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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Alain-Fournier 1886-1914. Le Grand Meaulnes, Parfum d’enfance et (...)

Alain-Fournier 1886-1914. Le Grand Meaulnes, Parfum d’enfance et chimère d’adolescence


La chapelle d’Anguillon, un étrange et merveilleux enfant ouvre les yeux sur un monde déjà trop petit pour lui.

Est-ce pour cette raison que les prénoms et les noms fleurissent dans sa tête, avant même que les mots pour le dire ne les retiennent dans leur enveloppe duale.

Fournier Henri, Alban, Alain, François Seurel, Augustin Meaulnes, Frantz de Gallais...Yvonne du même nom...Sublime apparition dans le coeur du trouvère.

L’hybridation doucement inscrit l’itinéraire sensible et délicat d’un sentimental né d’ailleurs et de nul part. Le creuset romantique tendrement s’insinue.

Mais enfin ce poète encore vagissant connaît aussi des origines humaines. Oui, bien sur, c’est un être charnel, dans une France d’autrefois, aux contours de village, de clocher, de rumeurs artisanes et paysanes et de bruits d’enfants.

La France de la terre, réaliste de Gustave Flaubert, Daumier, Millet et Courbet. Celle, naturaliste, de Zola, Huysmans, Maupassant et du conteur ensoleillé et pourtant nostalgique et tragique Alphonse Daudet.

Parlons en d’Alphonse, avec sa petite Chèvre de M. Seguin, pour laquelle Henri versera tant de larmes au récit pathétique de cette petite aventurière dévorée par le loup. Innocente identification à la pauvrette qui ne commet que la faute suprême de la curiosité et du besoin vital d’aventure...

Quelques similitudes avec le petit Marcel, Marcel Pagnol, comme lui, Henri vient du monde privilégié de l’éthique, de l’esthétique simple et de l’application, celui de la République et du Savoir qui sont en marche, celui de la France rurale qui s’éveille aux grandeurs de l’alphabet et de l’arithmétique.

A ce passé très structuré de privilèges culturels, s’ajoute encore celui d’une grand-mère romanesque. Une grand mère romanesque...temps béni des Dieux. Et les livres se succèdent, Henri et sa soeur Isabelle lisent parfois en une journée deux ou trois livres d’affilée, au grand effroi de leur mère. En ce temps, que j’envie en secret, la passion du livre suscitait de l’inquiétude.

L’immortel Sans famille d’Hector Malot, Le Tour de France par deux enfants, Jules Verne, le bien aimé David Copperfield et le roi de l’aventure, Robinson Crusoë, père de tous les désirs naufragés.

« L’enfant vit dans un monde de rêve dont il est l’auteur. »

Le père est l’instituteur de la grande classe, il a comme il se doit à cet époque une haute conscience de son pouvoir et de ses responsabilités au sein de l’école laïque et obligatoire. La mère est maîtresse adjointe, elle s’occupe des plus petits. L’univers familial et social ancré, Henri-François règne sur l’école dans le confort moral et la sérénité dus à son rang...Henri-Augustin n’est pas loin.

Il se distingue déjà pendant les récréations, éminent lieu de liberté et d’invention. Il organise des jeux, les suscite, les ordonne, les lance...et entraîne en un clin d’oeil la moitié de la cour. C’est l’exaltation du leader qui enroule et déroule et porte par sa seule présence jusqu’à la plénitude, leurs excès et leurs ruptures.

Au moment où la cour va commencer de sentir comment elle s’amuse, lui n’est plus là, il a dépassé le jeu et n’y a pas trouvé ce qu’il cherchait...

Il ouvre au fond de lui tous les capteurs et récepteurs. Alors s’engouffrent les bourrasques, et les parfums violents de la nature suave et pleine, à l’état brut. Tant de puissance manifestée, tant d’inspiration saisie et absorbée dans cet esprit et ce corps pétris d’innocence juvénile.

Déjà les dédoublements chimériques d’une adolescence précoce, Henri- François-Augustin Meaulnes, sans le savoir, ce poète en mouvement anticipe inconsciemment son univers de chevalier en partance pour les folles croisades de l’amour et de l’amitié. L’adolescence, clé de voûte de l’espérance de vie, traverse en fulgurances soudaines, les mondes insatiables de son imaginaire.

Plus tard, dans sa réalité d’élève brillant, il se retrouve à 13 ans au lycée Voltaire à Paris.

Jeune paysan, il assume mal le bouleversement et déclare : « Paris, j’ai commencé par le haïr, d’une haine de paysan. »

L’émotion apaisée, il découvre et s’épanche sur le quartier populaire, riche du passé tragique de la commune, dans cette capitale mutante et grouillante de vie.

Trois années d’excellence scolaire, il collectionne les prix, sauf pour l’histoire, elle existe déjà, lui le créateur d’histoire ne fait pas dans la récitation des autres.

Il rêve de mer et d’aventures, il entre comme interne au lycée de Brest, pour préparer l’école navale, puis en classe de philosophie au lycée de Bourges, il semble que l’introspection onirique et l’expansion géographique cheminent ensemble dans ce personnage en quête d’espace et de liberté.

Après son baccalauréat, il entre au lycée Lakanal, à sceaux, dans la classe de préparation à l’école normale supérieure. Il fait la rencontre de Jacques Rivière, ils entretiendront, l’une des plus belles correspondances de l’époque.

Il manquait à cette belle amitié culturelle, l’amour qui le guide depuis ses premiers cris et songes d’enfants...Au grand Palais, c’est la révélation, l’inaccessible et ensorcelante Yvonne lui apparaît.

D’ Yvonne à son enfance, de son enfance à yvonne, il tourne dans son cercle intérieur, « cherchant les mots brefs et légers qui disent le passé ou la vie »

« Cet amour est venu et maintenant je souffre » Son activité intellectuelle perturbée, il échoue au concours, sa réflexion se marginalise.

A la rentrée, il fait sa khâgne à Louis-le-Grand, il préfère lire Claudel et son partage de midi, « Divin, pur, effrayant de beauté »

« Cette blancheur, cette minutie, surtout cette impalpable ironie, me suffoque d’admiration. » Au sommet de son enthousiasme et de son délire amoureux, il apprend que son aimée, l’incomparable Yvonne, a posé ces jolis pieds dans la réalité de la vie et qu’elle vient de se marier.

L’homérique Chimère qui l’envoûte reçoit la première blessure, les temps sont venus, l’antique histoire est en marche .

Malheureux, mais glorieux, il commence « Le Grand Meaulnes »

Les femmes le hantent et lui donnent « la nostalgie de ces grands pays inconnus qui ont la force de leurs âmes, et vers où les ramènent le sommeil de la mort. »

Il s’avance dans le monde, porteur d’un désir « si grand qu’il plongera de l’autre coté ! » Ce langage d’illuminé, il le doit, plus encore qu’à Dostoïevski, à cette blessure intime qui le torture toujours.

« Une partie de ma vie se passe dans un autre monde plein d’imaginations et de paradis enfantins. De plusieurs femmes, déjà, j’ai pensé qu’elles sauraient y partir avec moi. Mais aucune n’a jamais su. »

En Août 1914, il est mobilisé, son innocence le poursuit et le devance, « Nous étions sûrs de la guerre. Je pars content. »

« Belle, grande et juste guerre. Je sens profondément que l’on sera vainqueur. »

Le 22 Septembre, au cours d’une reconnaissance dans les lignes ennemies, il offre sa jeunesse innocente, pure et chimérique...

Il est terrassé par un Bellérophon germanique, qui ignorait l’antique histoire, mais qui accomplissait inconsciemment les écritures païennes dans l’innocence de sa jeunesse.

Que Dieu, s’il existe, leurs pardonne tant d’innocence et d’amour perdus.

Quant à nous, témoins malgré nous, d’une belle et triste histoire pleines d’illusions déçues, il nous reste un ouvrage qui nous parle du parfum de l’enfance et de la chimère de l’adolescence « Le Grand Meaulnes »


Moyenne des avis sur cet article :  4.16/5   (19 votes)




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26 réactions à cet article    


  • Henri François 12 mai 2008 11:43

    Je suis à peu près certain l’ami, que la majorité de ceux qui passent quelques minutes, ou plusieurs heures, sur ce site, et que je commence à bien connaître, ne lirons cette douce et terrible réflexion qu’en diagonale. Hélas pour eux. Convaincus de détenir la Vérité actuelle, c’est à dire celle de la polémique négative, de la réaction ventrale (ou bas ventrale), du dédain, donc l’ignorance intellectuelle du passé pourtant proche, vous diront, nous diront, qu’il n’ont plus le temps de s’arrêter. Ils ne savent plus REFLECHIR ni S’INTERROGER.

    Votre texte mérite pourtant lecture et relecture donc une attention en éveil constant.

    Je vous promet de le relire autant de fois que je le trouverai en vie, ici même. Tout en maugréant contre ce foutu pays qui, depuis hier, a attendu prés d’un siècle pour rendre du bout des lèvres leur honneur à ceux qu’on a fusillé parce qu’ils refusaient de participer et subir une immonde boucherie.

    Amitiés d’un vieillard toujours lucide.


    • jack mandon jack mandon 12 mai 2008 13:05

       

      @ Henri François


       

      Cela fait bientôt 5o ans que cet auteur m’accompagne dans sa vision du monde. La France qu’il incarne, par certains aspects, me parle beaucoup, il faut sans doute un certain âge pour comprendre cela.

      En revanche, les fautes politiques de la fin du XIX ème et du début du XX ème siècles me désolent et m’attristent, elles sont monstrueuses et n’honorent pas les crétins qui n’ont pas su anticiper pour le progrès des peuples dans la paix.

      Mais quand on observe la mentalité destructrice qui règne sur ce site, les peuples ont évidemment une part de responsabilité. Nous avons les dirigeants que nous méritons, c’est une évidence incontournable.

      Quant à François Seurel, Augustin Meaulnes et Yvonne de Gallais, ils cheminent à mes côtés depuis longtemps et m’apportent du bonheur, avec un petit pincement au coeur...un manque qu’il me faut contrôler pour ne pas basculer dans la chimère destructrice de l’auteur et courir vers la mort avec conviction.

      Au fait, votre prénom, est-ce Henri ou François ?

      Dans les deux cas de figure vous entrez résolument dans le roman.

      J’accepte vos amitiés et vous présente les miennes à l’occasion de cet ouvrage et de son auteur qui reste à tout jamais, un témoin romantique et romanesque dans la fleur de l’âge.

      Bien à vous

      Jack Mandon.


    • Henri François 12 mai 2008 16:53

      à @ l’auteur

      Mon prénom est bien Henri et François, mon second prénom, un pseudonyme.


    • jack mandon jack mandon 16 mai 2008 00:56

      @ Furtif

      Bref, bien synthétisé, comme d’habitude ! en Anglais en plus.

      Merci

      Jack Mandon


    • Forest Ent Forest Ent 12 mai 2008 15:47

      Bonne analyse.

      C’est vrai, "le grand Meaulnes" est un chef d’oeuvre, mais qui m’a toujours mis mal à l’aise. C’est comme une fêlure profonde dans le lyrisme académique de l’époque, par exemple de Claudel qui est trois fois sur quatre franchement pompier. Les mémoires de la soeur de l’auteur sont affligeantes de sentimentalisme à deux sous, dégoulinant et vaguement sulpicien, l’expression "pureté de cristal" revenant par exemple à chaque page. Ca aurait pu être le destin de ce livre. Mais la fin, d’une rare cruauté, casse tout. On y ressent fort bien la désillusion dans ce contrepoint entre monde pseudo-merveilleux de l’enfance et renoncements de l’adulte. Seulement, et c’est là que ça me gêne, il n’en ressort rien de vivant : l’auteur a balayé toutes les illusions et laisse quelque chose proche du nihilisme. Il est bien dommage qu’il n’ait pas vécu plus pour en tirer en maturité un message porteur de plus d’espoir. Il reste juste ce témoignage transitoire sur la difficulté de vivre l’aspiration à l’amour.


      • Henri François 12 mai 2008 16:49

        Vous avez mis dans le mille. Il est mort trop jeune. Dommage. 


      • JL JL 13 mai 2008 09:47

        @ Forest, pareil : j’ai eu la chance de ne le lire que récemment donc sans nostalgie, avec un regard d’adulte. Je dirais presque que c’est du bovarysme adolescent. Intéressant pour les adultes, à déconseiller pour les enfants, et pourtant hélas, dans certaines écoles il est étudié en classe.

         


      • Forest Ent Forest Ent 13 mai 2008 11:07

        Oui, c’est tout sauf un livre pour enfants.


      • Diane Diane 13 mai 2008 16:56

        à Forest Ent

        Quand on est bien dans sa tête, on lit sans problème le Grand Meaulnes.Tout est question de sensibilité, d’équilibre....Si on est en phase dépressive, on va se projeter dans le film la tête la première d’où ce sentiment de mal-être.

        Je crois que tout ce que nous voyons de nos jours à la télévision est bien plus perturbant que ce livre.


      • Forest Ent Forest Ent 13 mai 2008 21:52

        Je ne regarde jamais la télé. smiley

        Ce bouquin finit mal et aucun personnage n’en sort grandi. On y survit sans problème, mais c’est un peu la douche froide.


      • jack mandon jack mandon 16 mai 2008 01:31

         

        @ Forest Ent

        Si j’ai choisi de lier la destinée de la chimère antique à celle de l’auteur, c’est qu’un pathos se développe chez Alain-Fournier pour le conduire à sa perte.

        Son oeuvre ne peut être que le reflet d’une fin brutale et regrettable.

        Votre commentaire intelligent soulève, chez moi, dans un second temps, de nombreuses questions.

        Pourquoi vous cachez-vous derrière cette icône ? Elle est étrange.

        Merci pour votre intervention

        Jack Mandon


      • Forest Ent Forest Ent 16 mai 2008 03:27

        Pourquoi vous cachez-vous derrière cette icône ? Elle est étrange.

        C’est un extrait d’un dessin assez célèbre représentant un personnage d’un roman de Tolkien nommé "Le seigneur des anneaux", personnage nommé "Ent", d’où le pseudonyme. N’hésitez pas à en rédiger également une analyse, cet ouvrage vaut la lecture, même s’il est long à débuter. C’est une sorte de récit épique mélangeant plusieurs mythologies, dont beaucoup de celtes.

        Pourquoi utiliser un pseudonyme ? Parce que je n’ai pas envie que tous les gens qui me connaissent lisent mes articles et réciproquement. C’est une précaution. Internet n’oublie jamais rien.


      • jack mandon jack mandon 16 mai 2008 08:38

         

        @ Forest Ent

        Ok pour l’information sur Ent, peut être pour une question d’âge, j’ai une espèce de préjugé à l’endroit de cette production littéraire et cinématographique.

        En revanche, j’ai été conquis par l’adaptation au cinéma de l’Anneau sacré d’Uli Edel, j’ai trouvé qu’il constituait un bon tremplin à la Tétralogie Wagnérienne.

        Les celtes touchaient au subtil de l’âme, les sources de la chevalerie.

        Sur Agoravox, c’est tout autre chose, je comprend, un peu tard, le bien fondé de l’anonymat au pays de l’horizontalité et de la peur. C’est une tragédie bien humaine, une insuffisance de verticalité, la peur de l’autre, la projection...la voix du peuple, l’indifférenciation, la confusion...la misère d’une fausse liberté.

        Dommage pour moi que mes articles ne voient pas plus souvent votre passage dans vos commentaires...

        Merci de votre intervention.

        Jack Mandon.

         


      • Forest Ent Forest Ent 16 mai 2008 12:18

        Peut être pour une question d’âge, j’ai une espèce de préjugé à l’endroit de cette production littéraire.

        Je ne pense pas : c’est un roman de 1954. Mais il aurait aussi bien pu être écrit en 1854, car il ne porte en rien son époque en lui. Il aurait certainement inspiré Wagner (qui n’en est d’ailleurs arrivé aux mythes saxons qu’après plusieurs incursions dans d’autres domaines). A moins que cela n’ait été le contraire : le mythe de "l’anneau de puissance" est utilisé de manière comparable dans les deux oeuvres.


      • jack mandon jack mandon 16 mai 2008 20:38

         

        @ Forest ent

        Peut être suis je un peu ombrageux, mais j’ai tendance à m’exalter pour les obscurs, les sans grade, pour les évènements et les êtres oubliés, par affinités sans doute...les grands succés populaires...méfiance.

        Et quand tout le monde est endormi sur l’actuallité du moment, je vais, solitaire, consommer la chose, comme un bon vin* que l’on a laissé vieillir au fond de la cave, après le passage du temps, je contemple des petites choses avec des grands yeux, respectueux de l’enfant curieux, toujours très vivant en moi. Je découvre.

        C’est une excellente raison pour suivre vos conseils n’est ce pas ?

        Merci et à bientôt sur les ondes.

        Jack

        *Attention, c’est une image, je suis sobre et plutôt spartiate.

        Vous rendez vous compte, ce que je vous raconte, et par la même occasion c’est une confidence collective. En fait, j’ai vécu ce jour comme le dernier, simplement, mais avec intensité, que faut il craindre ?


      • Forest Ent Forest Ent 16 mai 2008 23:16

        J’ai tendance également en matière de romans à éviter les nouveautés. On peut bien sûr y rater des découvertes, mais je suis si loin d’avoir épuisé ce qui survit des siècles passés et a ainsi prouvé qu’il n’était pas un effet de mode. En tout cas, je n’ai pas encore trouvé plus à mon goût que Shakespeare, Dostoievski et quelques autres anciens.


      • Imhotep Imhotep 12 mai 2008 20:30

         Ce livre voulait surtout démontrer que le devoir était plus fort que l’amour, en fait c’est le triomphe de l’égoïsme qui profite de l’amitié par caprice.

        C’est ce qu’on dit autour de ce livre qui en a fait un grand livre, mais à une seconde lecture il énerve plus qu’il ne plaît et pourtant il affole et émeut à la première.


        • jack mandon jack mandon 16 mai 2008 01:42

          @ Imhotep

          C’est vrai que depuis le sommet de votre pyramide vous avez une autre perspective, en plus, avec vous on fait un bond dans le temps et l’espace, ça me change de la montagne et du XXI ème siècle.

          Merci de votre intervention.

          Jack Mandon


        • Armelle Barguillet Hauteloire Armelle Barguillet Hauteloire 13 mai 2008 10:53

          Le Grand Meaulnes, sous le couvert d’un récit limpide, plonge dans la nuit de l’imagination et engage l’âme toute entière dans les rêves les plus éperdus de l’adolescence. Dans chaque personnage, ce n’est pas le caractère qui semble retenir l’attention de l’auteur, mais plutôt sa destinée. Et les grandes scènes en reçoivent un supplément de pathétique. Rester fidèle à une apparition humaine, c’est mettre toute sa personne dans l’émotion la plus haute, c’est frôler avec délice les flammes de la croyance mystique, en espérer ensuite désespérément le retour, s’engager dans une poursuite sans fin. Mais il y a dans cette poursuite une si exceptionnelle humanité et une telle ivresse de tristesse ! Faute d’être grand poète pour la chanter, Alain-Fournier a voulu du moins la transposer dans un roman fait de pressentiments, d’approches, de nostalgies et de secrets. Mademoiselle de Galais résume les promesses d’un impossible et unique bonheur dans une figure merveilleusement simple et doublement douloureuse. Malgré certains défauts et quelques confusions dans le récit, Le Grand Meaulnes a le mérite de nous révéler une expérience intime à l’aide de moyens étonnamment suggestifs, ce qui permet au mystère de s’insinuer sans faiblir et de rayonner sans partage. Cette aventure intérieure est bien une épopée envoûtante de l’imaginaire en sa perspective la plus extrême, qui ne sera pas sans influencer des écrivains comme Marcel Arland et Julien Green.


          • brieli67 13 mai 2008 14:24

             l’auteur du Meaulnes est mort à 28 ans----------- un Rastignac comme bien d’autres 

             

            arrêter net votre adolescence et celle du Henri. SI brillant èlève allez revoir la copie...

             

             

            Haha tous ces relents bruissants bon du Péguy du Barrès du ........ Daudet ...... fils docteur Léon !

             

            au fait prostestant ou catho............... notre auteur ? 


            • armand armand 13 mai 2008 14:56

              Hé oui, Brieli...et on assume.

              Et si le Français avait la fibre théâtrale comme les ’Ricains, j’aurais aimé que les restes de Fournier, découverts voici quelques années dans la forêt où il était tombé avec ses camarades en ’14, fussent ensevelis en grande pompe, au Panthéon, avec un défilé de reenactors en uniformes de poilus. Comme ces vaillants sous-mariniers sudistes du ’Hunley’, retrouvés au large de Charleston et ensevelis il y a deux ans...


            • Armelle Barguillet Hauteloire Armelle Barguillet Hauteloire 13 mai 2008 18:45

              Jung s’est séparé de Freud parce que ce dernier ramenait trop le contexte psychique humain aux seuls instincts, alors que Jung était en quête de la part spirituelle de tout homme. Dans L’homme à la découverte de son âme, il reconnaît que la conscience, cette précieuse conquête, est entourée par les abîmes de l’inconscient comme par une mer menaçante, mais trouve des parades, ne serait-ce que par l’étude des rêves et des fantasmes, qui nous renseignent sur les dispositions profondes de notre moi. En effet, une représentation est inconsciente parce qu’elle n’est pas intégrée à celles qui forment le système du moi conscient, images qui sont admises, reconnues, acceptées. Mais l’image refoulée, qui se manifeste dans les rêves, les lapsus, les actes manqués, les obsessions, demande à être mise à jour, expliquée, ce qui est le propre de la psychanalyse. Ainsi la psychanalyse est-elle fondée sur l’auto-analyse, car mieux vaut tirer au clair les monstres qui sont en nous à la manière de Socrate, en apprenant à se connaître. Si on refoule par peur, le refoulement se change en mauvaise conscience. Simone Weil, la philosophe, écrivait à ce propos : « Nous avons la responsabilité totale du degré de clarté de nos propres pensées ; nous ne faisons pas toujours l’effort nécessaire pour devenir pleinement conscients, mais nous avons toujours le pouvoir de le devenir. Toutes les observations qui tendent à établir des degrés de conscience peuvent être admises mais, quand ils ne s’expliquent pas par des états physiologiques, ils s’expliquent par une non-activité de la pensée volontaire ». Si bien que la dimension morale de mon existence est aussi un acte, l’acte de ma conscience morale de remettre en lumière la face cachée de moi-même.

              Jung a eu le mérite supplémentaire d’ajouter à son inventaire savant des archétypes, qui ne sont autres que les images originaires, primordiales que l’on rencontre dans toutes les cultures, comme le dragon, le chevalier, le feu, le principe suivant : qu’il existe un fond commun d’archétypes, qui sont le trésor de l’humanité, et qu’il a envisagé comme un « inconscient collectif » . Il y aurait ainsi des archétypes à fonction religieuse, principe universel de l’âme élémentaire.


              • Armelle Barguillet Hauteloire Armelle Barguillet Hauteloire 13 mai 2008 18:47

                Excusez-moi, j’ai mis par erreur ce commentaire sous l’article consacré à Alain-Fournier au lieu de le placer sous celui de l’Animus/Anima.


              • Armelle Barguillet Hauteloire Armelle Barguillet Hauteloire 16 mai 2008 09:17

                Assez d’accord avec vous, le Furtif, pour l’effet " Grand Bleu " du chef-d’oeuvre d’Alain-Fournier sur la jeunesse de l’époque. Mais, à la différence du film, le livre était un chef-d’oeuvre. Et le reste, car il n’a pas vieilli, bien que très situé sur le plan narratif. On pourrait dire la même chose ou presque de "La princesse de Clèves". Le propre du grand art.


                • jack mandon jack mandon 16 mai 2008 12:20

                  Quand des gens courtois, respectueux et animés principalement du plaisir de l’échange, occupent l’espace de la communication, ça me donne envie, même modestement de me laisser aller à écrire.

                  Merci à vous tous.

                  Jack Mandon


                  • jack mandon jack mandon 16 mai 2008 12:35

                     

                    @ A tous

                    Je voulais ajouter, parce que j’ai tout mon temps, surtout quand je me sens en bonne compagnie,

                    Le naturel et le culturel constituent l’essence de notre vie, comme le médicament avec effets indésirables...la posologie s’impose...la pédagogie sans doute.

                    Merci

                    Jack

                     

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