• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Albert Camus... Le Prince de Belcourt

Albert Camus... Le Prince de Belcourt

Cela se voyait trop qu’il était le plus grand dans sa noble indigence,
Cela se voyait trop, sous ses airs de gavroche algérois, qu’il était fils de roi.

Son père, le monarque était mort en croisade contre les ostrogoths.
Pour la terre des ancêtres, son père, qu’il ne connaissait pas s’en était allé.
Maintenant sans modèle, errait abandonné, solitaire, le soleil pour témoin.
Phébus pour seul ami d’esprit, posait de ses raies les premières voies.
L’étrange dramaturge, à l’antique espérance, plaçait ses premières voix.
Mais quels furent les moments et circonstances qui étayèrent son humanité et marquèrent sa destinée ?

Le cadre méditerranéen, son enfance gorgée de soleil et de sensations lui "rendirent sa misère fastueuse et participèrent, primordiales, à la formation de sa personnalité."

En ce temps de régence, il partageait
avec ses "sujets" les plages algéroises. Ses copains de fortune contestaient cependant son autorité. Ils aimaient lui rappeler ses origines alsaciennes et le traitaient de "boche". Après ces moments de rixes et de cruautés aux enfants coutumières, il regagnait sa rue.

Les ombres sonores et populeuses, épicées, odorantes et colorées. Souvenirs prégnants de l’empire ottoman, portes de l’orient, empreintes de luxures, théâtrale, atmosphère aux contours somptueux... Alger la blanche, ville de lumière.
Puis il se retrouvait au coeur de son royaume.

En son domaine sévissait une régente autoritaire, la reine mère, sa grand-mère. Dans son esprit de visionnaire fantasmatique, elle s’imposa sans doute dans un rôle de mère redoutable. Ainsi naturellement, tout enfant est enclin a grandir les images de premier plan qui s’imposent à lui. La mère redoutable érige, obligatoire, le matriarcat. C’est la face possessive, absorbante, " super-protectrice" qui peut menacer le développement, l’épanouissement, l’indépendance de l’enfant.

Cependant, elle forgera ses racines, l’attention au réel, au présent. C’est le bon sens naturel, les vues positives et réalistes, ses contacts faciles et amicaux. Sensoriel il le sera dans l’excès, plongeant dans les volutes sournoises de la nicotine, alimentant, suicidaire, la tuberculose qui rongeait son intégrité. 
Dans la force de l’âge il revêtira la toge du roi légendaire de Chypre, Pygmalion...que ne faut il pas faire pour échapper à l’autorité des femmes...les séduire, les charmer, les détruire, les nier.

La vraie maman effacée et fragile n’assumera pas ses responsabilités éducatives, elle les abandonnera à la régente. La maman d’un poète,
qui ne comprend un interlocuteur qu’en lisant sur ses lèvres...ce que le langage commun nomme la surdité et l’analphabétisme constituera une relation privilégiée entre elle et son enfant qui lui vouera amour et vénération.

Au panthéon des archétypes elle représente secrètement
la prêtresse. Elle est la source de l’amour et de l’inspiration, la muse. Elle lui offrira un cadeau de roi, la fonction du devenir, l’intemporalité de la perception conjuguée à tous les temps, l’intuition du visionnaire.

Le père manquant ?...et les psychanalystes de faire assaut d’imagination ; on pourrait concevoir un père imaginaire, un père symbolique ou un père réel ( à condition de prendre la précaution de dire
que le réel n’existe pas ), toute cette abondance de signifiants autour du père ne cache qu’une chose : c’est que le signifié père est vide.
"Père, pourquoi m’as tu abandonné ?"

Pour autant que les mythes nous révèlent les structures de base de l’histoire, nous pourrions dire que le silence du père et la plainte du fils se trouvaient déjà annoncés par le mythe chrétien. Le mythe central qui a guidé les derniers millénaires de notre évolution est étonnamment marqué par l’absence du père.
Dans le creuset de son enfance, le soleil
au-dessus de lui prévalait , mais la puissance lunaire du matriarcat régnait sans partage.

Alger la blanche, la grande mère et la prêtresse veillaient. Dans le coeur du dramaturge, Sisyphe le colosse émergeait.

L’imaginaire et le don de l’écriture firent le reste. De l’empire matriarcal, le monde de l’évidence, de l’immédiateté, il décida de pousser le rocher du monde intemporel de l’abstraction dans l’univers patriarcal.

Nous sommes déterminés par le langage, notre destin peut se trouver orienté par le simple jeu de signes, de symboles et de lettres.

L’ancien monde oriental disparu, dans l’angoisse de son questionnement, Albert Camus, méditerranéen dans l’âme restaure l’image de ce géant pour le planter dans un décor contemporain.

Dans une adaptation métaphorique il donne à Sisyphe, l’occasion de ne pas consentir au destin qui l’opprime. Il trouve sa grandeur dans la modernité. Albert Camus, dans son mythe, rapproche sa conception de l’homme du personnage légendaire. Son récit en grande partie imaginaire aborde un thème universel et critique : La quête du bonheur et de la raison.
 
Son modèle prend en main son propre destin pour supporter l’absurdité de sa situation. Son personnage s’impose un combat. C’est la grandeur de l’homme restauré dans la dignité. Dans une volonté à toute épreuve, il paye le prix de son exaltation pour la vie. Ainsi il maitrise ses jours et s’efforce d’estimer la vanité des répétitions éternelles.

La joie silencieuse de l’homme se manifeste dans la possession triomphante de la fatalité. Sa volonté de vivre surpasse l’idée du néant. Son combat n’est pas sans souffrance, mais dans un puissant effort, il dégage une satisfaction et une sérénité. Il devient le créateur de sa vie.

Je laisse à la multitude d’admirateurs et de spécialistes le soin de poursuivre le voyage à l’ombre de cette montagne paisible et fraternelle.

Moyenne des avis sur cet article :  3.5/5   (8 votes)




Réagissez à l'article

9 réactions à cet article    


  • sissy972 13 janvier 2010 13:23

    Bonjour M. Mandon,
    la petite souris qui en principe devrait faire tourner la roue pour alimenter mon cerveau manque singulièrement d’énergie ce matin car j’ai trouvé votre texte passablement abscons.
    Mais, comme j’ai beaucoup d’humour, je dirais que c’est normal car j’y suis née à Abscon !
    Il n’y a que le titre que j’ai compris, il s’agit de M. Camus.
    Pour en rajouter un peu plus dans mon ignorance, pensez-vous que d’encenser à ce point un homme soit humain ?
    Bonne journée
    Sissy


    • jack mandon jack mandon 13 janvier 2010 14:09

      @ l’impératrice...

      Abscon, c’est pas joli, c’est presque ambigu...

      Je préfère sibyllin, la sibylle, Delphes,
      Merveilleux transport dans l’esthétique et la sagesse de la Grèce antique.


      • jack mandon jack mandon 13 janvier 2010 14:44

        @ Sissy,

        Je voulais montrer la naissance d’un mythe.

        Alger la blanche, gorgée de soleil, les « portes de l’orient »,
        le début du monde.
        La grand-mère, la racine guerrière et sensorielle, la force de vie.
        La mère éthérée, délicate, l’inspiratrice, la muse, l’amour, la vision.
        La puissance du matriarcat pour une âme sensible,
        un bien et un mal duquel il faut émerger, d’où,
        sorti du chaos de l’adolescence, l’alchimie du colosse, Sisyphe.
        Le lien subtil entre tous ces mondes.
        Une belle intelligence en éveil, qui n’est pas le fruit de mon imagination A. Camus.
        L’amitié fait le reste.

        J’en conviens mes propos sibyllins ne stimulent pas la lecture.
        C’est mon plaisir, n’y voyez aucune malice.
        Je préfère la solitude à la vulgarité.


        • sissy972 13 janvier 2010 20:34

          M. Mandon,
          Le texte est magnifique je le reconnais.
          Ce matin en essayant de le lire ma concentration était ailleurs, à quelques centaines de km de mon île, là-bas où des hommes et des femmes illétrés, dignes dans la lutte perpétuelle pour leur survie étaient une fois de plus meurtris par la vie.
          Je ne suis pas impératrice, car je n’ai pas vocation à me croire investie par un quelconque dieu sur terre et d’en être son représentant !!
          Je suis une parmi les autres à vouloir la paix sur cette planète. Je veux croire que le lien qui m’unit aux autres parmi les autres restera uni.
          Mon trait d’humour ne vous a pas convaincu, il était amical et sans malice.
          Bonne soirée
          Sylvia -


        • Armelle Barguillet Hauteloire Armelle Barguillet Hauteloire 13 janvier 2010 16:56

          Camus aimait les mythes et s’entourait de mystère. C’est normal. Il était fragile, fier et solitaire. Mais il n’a voulu ignorer aucune des servitudes de son époque. C’est le devoir des dieux de faire semblant de ressembler aux hommes. Le spectacle de la beauté avait d’abord été sa richesse, avec le silence et l’effacement de sa mère. Ce qu’il a tenté, c’est de transformer le monde en tâchant de lui rendre au moins la justice« justifiable » et le bonheur « significatif ». Il incarnait la figure du juste car il avait appris à l’école des grecs le goût de la...mesure, en quelque sorte l’équilibre entre courage et contemplation.
          Pour moi son plus beau livre est son dernier « Le premier homme ».

          Et bonne et riche année pour vous. Qu’elle soit inspirante.


          • jack mandon jack mandon 14 janvier 2010 07:54

            @ Sissy

            Pas le soupçon d’une ombre mon amie, j’ai compris votre message.
            La tête vagabonde et se pose au gré des évènements où le coeur se pose.
            Quand on vit quelques heures dans un article, on est en éveil et vulnérable.
            Dans le commentaire on vient d’ailleurs et surtout de notre différence.
            Il faut un peu de temps pour que tout se normalise.
            Nous avons tous une pensée pour ce peuple éprouvé sur son ile.

            Au plaisir


          • jack mandon jack mandon 13 janvier 2010 17:40

            @ Armelle

            Merci pour l’ hommage sensible à cet homme au fond romantique.
            L’évocation des dieux me plonge dans la Tétralogie wagnérienne.
            Siegfried-Camus confronté à la trahison de Gunter-Sartre.
            La fin d’un monde. 


            • Monica Monica 13 janvier 2010 19:48

              Merci, Jack, de ce Billet serein et doux...

              On y pénètre et on en ressort délicatement.

              Deux belles images de femmes autour de Camus.

              La grand-mère, peut-être redoutable, mais si structurante...Matriarche et peut-être patriarche ?
              Elle aurait pu  menacer le développement, l’épanouissement, l’indépendance de l’enfant,
              au lieu de cela elle lui a permis de devenir Camus, cet homme qui ne voulait pas que la haine engendre la haine...


              La mère, sourde et analphabète , qui apporte et accueille l’amour, et ouvre l’enfant aux mots qu’elle ne peut entendre, lire ou écrire, et qu’il entend, lit et écrit, sans doute aussi pour elle, deux fois...

              • jack mandon jack mandon 14 janvier 2010 08:16

                @ Monica

                Les mots ont émergé de la pauvreté,
                musculeux et titanesques par l’action de la mère redoutable,
                essentiels et visionnaires dans le silence de la prêtresse-mère.
                Ces mots là ont dérangés beaucoup de gens et réjouis beaucoup d’autres.

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON







Palmarès