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Ali Farka Touré blues

L’album Ali and Toumani (dans les bacs depuis le 17 février, chez World Circuit) est le fruit de la collaboration entre le guitariste Ali Farka Touré et le joueur de kora Toumani DiabatéC’est la deuxième fois que ces grands de la musique malienne enregistraient ensemble. Mais c’est hélas, aussi, la dernière. Car Ali Farka Touré, musicien habité, maître de la guitare qui obtint trois Grammy awards, est mort en 2006, peu de temps après cet enregistrement.

En 2005, In the heart of the moon scelle la rencontre de deux maîtres de la musique malienne, Toumani Diabaté et Ali Farka Touré. Un troisième personnage participe à cet enregistrement : Ry Cooder. Ce guitariste et producteur (du Buena Vista Social Club, notamment) jouera un rôle important dans la carrière d’Ali Farka Touré. 
 
En 1995 il lui propose d’enregistrer Talking Timbuktu, album qui tant aux Etats-Unis qu’en Europe « fit mouche », pour reprendre l’expression du critique musical Franck Tenaille (in l’indispensable Le swing du caméléon publié chez éditions Actes Sud en 2000), et obtiendra un Grammy Award.

Ali Farka Touré né en 1939 d’un père « engagé dans l’armée française, qui fut tué durant la guerre de 39-45 » (Franck Tenaille), enregistre son premier disque (Farka) en 1976 (la discographie complète d’Ali Farka est disponible chez World Circuit).

Farka signifie âne. Ce surnom qui évoque la robustesse et non pas, comme sous nos latitudes, l’ignorance, lui vient du fait qu’il fut dixième et seul survivant d’une fratrie qui n’a pas dépassé la dixième année.

Entre 1976 et 1990, employé à Radio Mali, il poursuit sa carrière de musicien et enregistre une dizaine d’albums. Un changement apparaît en 1991, lorsqu’il sort The source, disque enregistré avec le bluesman Taj Mahal.
 
C’est alors qu’il est remarqué par Ry Cooder. « Cette notoriété, remarque Franck Tenaille, avait commencé lorsque des médias anglo-saxons s’étaient aperçus qu’à deux cent kilomètres au sud de Tombouctou vivait un homme qui faisait du blues comme s’il avait vécu au Mississipi ».

Ali Farka Touré disait qu’en 1967 un ami lui avait rapporté de Paris des disques de John Lee Hooker. « Je me suis dit que c’était un artiste de mon pays. Puis j’ai appris qu’il était américain et j’ai alors pensé qu’il avait volé notre musique. En fait ce qu’en Occident on appelle le blues est du pur tamachek, mais les musiciens américains ne le savent pas. Nous, nous avons la racine et le tronc, eux, ils ont les feuilles et les branches ».

Tenaille rapporte que Hooker et Touré se sont rencontrés en 1989 et qu’à l’issue de ce sommet le bluesman du Mississipi a déclaré que s’il venait à disparaître le seul à pouvoir prendre sa relève ne pourrait être que son homologue du fleuve Niger.
 
Voilà pour les similitudes. Mais, selon Ali Farka Touré, un abîme le séparait du créateur de Boom boom : « Il chante le whisky, la bière, les femmes. Je chante les pâturages, la verdure, la nature, le fleuve, la terre et le ciel, le travail, l’éducation contre l’inconscience et le racisme  ».

Avant ces collaborations prestigieuses le guitariste entame une série de concerts dans le monde. L’argent gagné lui permet d’acheter du matériel agricole, notamment des pompes à eau pour la commune de Niafunké dont il fut d’ailleurs maire à la fin de sa vie (et où il est inhumé).

Talking Timbuktu avait été enregistré en deux jours. Ali and Toumani, album qui vient de sortir, à été « mis en boîte » en trois jours. C’est le dernier enregistrement du guitariste qui mourra terrassé à Bamako, par un cancer des os, le 7 mars 2006. Il était âgé de 66 ans.
 
Toumani Diabaté raconte qu’Ali était déjà très malade, à Londres, au moment de cette session en studio supervisée par le fidèle Nick Gold (ingénieur du son proche de Ry Cooder qui fut notamment à l’origine du projet Buena Vista Social Club).
 
Lorsqu’In the heart of the moon, leur premier cd, est sorti (lui aussi récompensé par un Grammy Award en 2006) , il a été suivi d’une série de concerts à Londres, notamment. « Sachant qu’Ali viendrait en apportant de nouvelles musiques, j’avais demandé à Nick [Gold] s’il était possible de nous retrouver un peu avant, dans un studio » raconte Diabaté dans le livret.
 
"Il avait de grosses crises de douleur. Par moment, nous devions nous arrêter au beau milieu d’une chanson car il avait trop mal. C’était dur pour lui de faire ce disque, mais il voulait continuer ». Il ne portait pas ce surnom synonyme de robustesse pour rien.
 
Finalement le miracle a eu lieu. Ali and Toumani est un disque béni des dieux de la musique.
 
C’est ainsi qu’est né Ali and Toumani. Presque à l’improviste. Comme un bœuf. Tout comme Vieux Farka Touré, le fils d’Ali qui a pris la relève, le contrebassiste Cachaito Lopez (du Buena Vista Social club, entre autres) est également de la partie. Lui non plus n’assistera pas à la sortie de ce disque. Il a disparu l’an passé.

Ali and Toumani est un dialogue élégant entre un des grands maîtres de la kora et un guitariste défricheur comme l’histoire de la six cordes en a peu connu.
 
D’excellents guitaristes il y en eut, certes. Mais combien de poètes audacieux et téméraires, de solitaires sans ascendance ni descendance comme Ali Farka Touré et son  jeu de guitare reconnaissable entre tous bien qu’il paraisse simple et évident.
 
C’est le blues lent du Niger, un balancement parfait, comme une transe qui berce et éveille l’esprit, un swing imparable en apparence nonchalant, mais tendu sur des aigus tranchants qu’il jouait de la pulpe du pouce et de l’ongle de l’index. Multi-instrumentiste Ali Farka connaissait les secrets de la musique.
 
On pourrait en dire autant de son compère le griot Toumani Diabaté, fils de Sidiki Diabaté, qui perpétue avec bonheur l’art de la kora, seul ou au travers de fructueuses collaborations.
 
Pour ce dernier écouter Ali and Toumani « c’est comme lire un livre sur Ali Farka Touré. C’est un album synthèse de tous ceux qu’il avait fait auparavant ». Il ne s’agit pas d’un best of d’Ali Farka Touré.
 
Mais toutes les chansons ramènent à des moments précis de sa vie : Sabu Yerkoy est une rumba, cette musique qui a tellement influencé les musiciens maliens. Bé Mankan est une ancienne chanson mandingue, Ruby une chanson Bobo, Warbé une chanson Peul, Machengoidi un chant patriotique Songhaï.
 
Quant à Sina Mory elle est, précise le producteur Nick Gold, « la toute première chanson qu’Ali avait entendu jouée à la guitare par Keita Fodeba, en Guinée, en 1956 ». Avec Kanté Facelli, Keita Fodeba fut l’autre grande influence d’Ali Farka Touré. Influence dont il sut se détacher pour créer son propre style.

Si vous ne connaissez pas Ali Farka Touré, ce disque est un livre ouvert. C’est un morceau d’histoire du Mali. C’est surtout un moment musical d’une grande force. Ali Farka Touré vit encore.

Nota Bene :
Toumani Diabaté et Septet acoustique en concert au Casino de Paris le 18 mai 2010
 
Crédit photo : World circuit









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3 réactions à cet article    


  • Francky la Hache Francky la Hache 2 mars 2010 17:55

    Magnifique !
    « In the heart of the moon » me touche toujours à chaque écoute,
    voilà un de mes albums préférés.


    • Dominique Secret Dominique Secret 2 mars 2010 18:43

      Un grand Monsieur et un grand Musicien !
      L’album « Talking Timbuktu » en duo avec Ry Cooder est un « must have » !


      • docdory docdory 2 mars 2010 23:31

        @ Olivier Bailly 


        Merci d’avoir fait un si bel hommage à ce grand musicien trop peu connu, et dont les disques sont malheureusement parfois difficiles à trouver .

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