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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « Antigone » à choeur ouvert au rock « Des Femmes »

« Antigone » à choeur ouvert au rock « Des Femmes »

Wajdi Mouawad, homme de théâtre libanais, passant de Beyrouth à Paris, puis s’installant à Montréal, s’exilant de sa terre natale dans la littérature grecque fondatrice et salvatrice, est connu pour avoir porté à la scène une Trilogie avec « Littoral - Incendies- Forêts » au festival d’Avignon.

En 2009, sa tétralogie « Le sang des promesses » enflammait le public.

Il réitèrait son expérience d’Avignon en ayant présenté cet été, à la carrière de Boulbon, sa dernière création, un opus composé de 3 tragédies grecques traitant de grandes héroïnes :« les Trachiniennes, Antigone, Électre » au sein d’un projet monumental de monter, en volets thématiques, sept tragédies de Sophocle, qui devrait s’achever en 2015.

Ce 1er cycle est sous titré « des Femmes » et est traduit par le poète Robert Davreu. Il est repris au Théâtre des Amandiers de Nanterre avec en option, l’intégralité du spectacle durant 6 H 30.

Parmi les trois grandes figures de cet opus, Antigone est « la farouche et douce justicière », la désobéissante, qui veut accomplir les rites funéraires et donner une sépulture à son frère Polynice tombé dans un combat fratricide. Pour cela, elle devra braver les ordres du roi Créon lequel, jugeant celui-ci traître au peuple thébain, a l’intention de le laisser à l’air libre afin d’être dévoré par les charognards.

Antigone (Charlotte Farcet) franchira l’interdit et, presque nue, se recouvrira le corps de la terre destinée au linceul, elle devient désormais, chez Wajdi Mouawad, l’essence même de la guerrière qui se dresse seule contre la tyrannie, qui ira jusqu’au bout dans son habit de terre, telle une Antigone sacrificielle.

W.M. nous propose une vision très contemporaine de cette Histoire de sang, de famille déchirée.

Un décor nu avec structure métallique et une enceinte cernée par des rails déterminent l’aire de jeu des comédiens, prisonniers de l’espace mental de Créon (Patrick le Mauff) qui, s'imaginant au-dessus des lois divines, a cru pouvoir imposer un ordre humain, celui de l’obéissance absolue à ce qu’il pensait juste pour la gouvernance d’une cité.

Des spots se braquent sur les personnages prisonniers de cette enceinte. Les personnages s’avanceront sur cette scène dans une sobriété vestimentaire, presque somnambuliques dans leur opposition de points de vue, quand éclatera le chœur, chargé de toute la rage des antagonismes, en électrisant tout l’espace.

L’idée fantastique de W.M. a été de remplacer le choeur antique par un choeur rock, un groupe de trois musiciens, en live, et un chanteur pour ébranler la conscience de Créon.

Oui, W.M. a osé. Il a confié la rage, l’effroi du chœur grec à la partition de Bertrand Cantat.

Cependant, ce soir-là, le chanteur Igor Quezada, qui a une texture de voix similaire, profonde, grave, puissante et sensuelle remplace Bertrand Cantat qui, lui, ne devrait se produire qu'à la mi-décembre.

La voix de Sophocle résonne ; la force envoûtante du chant électrocute les protagonistes, qui, par opposition, semblent jouer avec un certain détachement ; les voix sont parfois tremblantes, presque tranquilles dans leur drame absolu ; le Coryphée (Raoul Fernandez) qui n’adhère pas complètement au totalitarisme de pensée du maître de Thèbes parle toujours très calmement, presque platement de la menace du divin.

Ce choix est sans doute délibéré car la confrontation avec le chœur est saisissante.

Le théâtre, question de vie ou de mort, est sans doute ici très distancié ; pourrait-on parler d’un concert immiscé dans le théâtre ? En tous cas, une force émane de ce mélange, une force saisissante à la hauteur de la tragédie grecque.

Créon, constatant que sa politique intransigeante l’a conduit à sa perte n’aspirera plus qu’à la mort. Sa vérité lui apparaîtra soudainement avec clarté. Il en sera dévasté. Le tragique est une lumière douloureuse qui révèle l’aveuglement. La puissance musicale en est ici le détonateur.

photo © Jean-Louis Fernandez

ANTIGONE ( Des Femmes) - ***. Cat'S / Theothea.com -  de Sophocle - mise en scène : Wadji Mouawad - avec Avec Martien Bélanger, Bertrand Cantat, Olivier Constant, Oreste Samuel Côté, Sylvie Drapeau, Charlotte Farcet, Raoul Fernandez, Pascal Humbert, Patrick Le Mauff, Sara Llorca, Benoît Lugué, Véronique Nordey, Marie-Eve Perron, Guillaume Perron & Igor Quezada - Théâtre des Amandiers

 


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