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Apollo

Le programme Apollo est une forme d'épopée moderne, un peu oubliée, puisqu'elle n'a plus d'actualité et peu de suites visibles. Elle a marqué la jeunesse de l'époque, elle avait l'allure d'une conquête, la conquête d'un monde nouveau, un monde extrême, glacial et immense. Le petit pas de l'homme ne fut pas un grand pas pour l'humanité, enfin, il ne semble pas.

Bruno Meyssat et les théâtres du chaman proposent leur vision de cette aventure. L'élan vital de conquête, et aussi, le quotidien de l'aventure, avec ses objets épars et hétéroclites les espaces restreints des véhicules inter-spatiaux...

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Le théâtre de cette équipe s'apparente à ce qu'on appelle l'écriture de plateau : on ne fera pas passer un texte d'une mise en scène à une autre réalisée plus tard, et par d'autres. Tout est là entre eux d'abord, entre eux et nous ensuite. Ils bâtissent ensemble par des improvisations sur les objets, beaucoup sur les objets. Ils lisent aussi et se rendent sur place. Pas sur la lune. A Cap Kennedy. Ils sont allés rencontrer les « vétérans », on pourrait dire. L'imprégnation de chacun des participants-créateurs par le sujet est une des essences du spectacle. On ne saurait dire où cette unité dans la perception se lit dans le spectacle, ils ne sauraient le dire eux-mêmes. Il leur est fondamental d'avoir affaire au plus près des originaux disponibles et de ne pas seulement se servir de copies, de traductions. Ils lisent les récits, les analyses certes, ils consultent les archives, les nombreuses images actuellement disponibles sur l'Internet, mais ils vont voir et toucher aussi.

Créer un spectacle à propos du programme Apollo était, semble-t-il, un vieux rêve de Bruno Meyssat. L'idée de l'élan vital, de l'expansion de l'humanité, du caractère génial de la technique... il n'y a rien dur terre qui corresponde à ce voyage sur la lune (je veux dire que s'il est difficile de faire voler des avions, les hommes voient voler les oiseaux depuis qu'ils sont sur terre) ; là, pas d'antécédent, rien qui fasse envisager la présence de l'homme hors de l'atmosphère.

D’une certaine façon, la conquête de l'espace, expression surannée me semble-t-il, même si la conquête de l’espace continue, marque la connaissance qu’ont les hommes de la totalité de la planète Terre, sur laquelle l’aventure découverte n’existe plus et aussi la soif humaine de toujours aller plus loin, l’absence de résignation devant la disparition de ces « terres vierges ». La conquête de l’espace propose un homme nouveau, frêle et petit, minéral dans des pèse-bébés ancien temps, de l'époque sans doute cependant. Nous sommes sur une boule, parmi tant d’autres boules… les approcher, aller les voir est si tentant.

Dans l'espace traversé des rayons lumineux, l'homme ne voit rien, l'homme ne voit que de l'obscurité. La lumière n'apparaît que si elle rebondit sur un obstacle, que l'on voit alors ; engagée dans sa course rectiligne, elle ne se fait pas remarquer. Ces immensités à parcourir sont plus noires que la nuit, et on n’en connait rien, absolument rien.

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L'espace intersidéral pose d'énormes problèmes d'espace pour nos corps humains. Pour naviguer dans cette immensité, il faut se contraindre dans des capsules d'une petitesse très difficile à pratiquer : attention en dormant, les pieds sur le tableau de bord de ne toucher à rien ! Dureté psychologique aussi dans ce confinement, travaillée elle-aussi au plus fin. Les corps des astronautes sont des corps d'un certain athlétisme, ils sont étudiés au plus près, dans toute la singularité de leurs fonctionnements intimes. Ils sont sélectionnés avec rigueur et sévérité. Chaque organe est vu au plus près, au plus détaillé. Il faut vraiment donner de soi pour être choisi et y aller.

L'espace scénique reprend, de façon visible, certains de ces espaces : on a la lune, semée d'étoiles, arrosée comme un jardin... Le conteneur de quarantaine, les matériaux nouveaux, le chaud-froid d'un contraste extrême. On y retrouve aussi le programme Apollo, contenu dans tout un bricolage d'objets techniques. Les enveloppes techniques des corps, la crainte bactérienne... L’espace scénique déjà, de tout temps, métaphore de l’espace public, devient ici représentation de cette lutte-voyage et son point d’arrivée qui nous fait rêver depuis si longtemps, notamment avec l’ami Pierrot, quand nous étions enfant, mais pas que.


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4 réactions à cet article    


  • Orélien Péréol Orélien Péréol 3 décembre 2014 12:53

    Sur Les Théâtres du Chaman, Bruno Meyssat et son équipe :


    • septikettak septikettak 3 décembre 2014 13:50

      « Le programme Apollo est une forme d’épopée moderne, un peu oubliée, puisqu’elle n’a plus d’actualité et peu de suites visibles »
      Bien sûr, comme l’homme n’est jamais allé sur la Lune et qu’il n’est pas près d’y aller, les suites visibles, ce sera pour la saint glinglin.


      • Hermes Hermes 4 décembre 2014 17:08

        Bonjour,

        Apollo s’inscrivait dans une course à la lune entre les deux blocs de la guerre froide, dont le coût énorme n’a eu aucun ROI (retour sur investissement).

        Bien sur que si il y a eu des suites : le choc psychologique de la réussite américaine a été énorme et a contribué à l’effondrement du bloc soviétique. Sur le plan technologique... cherchez un peu !

         smiley


        • Orélien Péréol Orélien Péréol 5 décembre 2014 20:24
          L’aventure continue :
          Le vol test du premier vaisseau américain depuis « Apollo » pouvant conduire des astronautes au-delà de l’orbite terrestre s’est parfaitement déroulé, selon la NASA.
          En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/#HuLHmySUsTWJiXR0.99

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