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Arianna Savall, el viaje

La mer n’est jamais très loin. On entend les vagues s’échouer sur le lit de sable. D’ailleurs, on ne sait plus très bien si elles font partie intégrante de la mélodie ou si notre imagination les recrée. Arianna Savall joue subtilement avec nos cinq sens dans des poèmes catalans bercés par quelques arpèges de harpe et sublimés par sa voix. Deux instruments qui ne font qu’un, réunis par un art de vivre, celui de l’instant vécu ici et maintenant, de la tendresse et la passion de l’amour, des incertitudes de la vie. Un sentiment de nostalgie accompagne les amoureux et les voyageurs "au cours d’une profonde nuit sans voix" (Salvador Espriu). La belle espagnole nous apprend que les choses simples peuvent être sources de félicité.

Née en 1972 dans une famille de musiciens catalans - elle n’est autre que la fille du baroqueux Jordi Savall & de la soprano Montserrat Figueras - Arianna Savall Figueras commence l’étude de la harpe classique et en 1991, débute parallèlement ses études de chant au Conservatoire de Terrassa, où elle termine celles aussi de harpe. En 1992, elle commence à étudier l’interprétation historique avec Rolf Lislevand et ses parents. Depuis 1998, elle accompagne ceux-ci sur différents projets dont l’Orfeo de Claudio Monteverdi dans le rôle d’Eurydice au Gran Teatre del Liceu de Barcelone. Elle participie à d’autres projets, en soliste ou non, avec des ensembles tels que le Ricercar Consort ou la Fenice.

Ses parcours en tant que chanteuse et harpiste fusionnent dans son premier disque en solitaire « Bella Terra », ode à la pratique ancestrale du "canto y arpa". Bien que perdurant encore en Irlande et dans certains pays d’Amérique du Sud, la tradition s’est éteinte dans le reste de l’Europe depuis la fin de la période baroque.

Ainsi, on navigue de compositions raffinées en pièces traditionnelles catalanes ou séfarades, sur des poèmes de Miquel Marti i Pol ou Omar Jayyam (Perse, XIè-XIIè siècle). Dans un seul souffle, le tout prend corps ; on ouvre la porte de la pureté dans sa quintessence tant la voix d’Arianna Savall est juste, parfaite, exceptionnellement claire, avec le peu de vibrato qu’il faut pour tenir une note dans son dernier élan. Les aigus sont transcendants, les vocalises voluptueuses, les vagues ne sont décidément jamais très loin. L’instrument est à visage découvert, purement pur ; c’est une bouffée d’air frais dans la frénésie d’une journée, dans les programmes des radios. On comprend tout de suite le sens des paroles : "Un instant partage ce qui est certain de l’incertain, profite de cet instant et donne lui tout son prix, car la somme de la vie est comprise en cet instant"(Omar Jayyam).

L’amor pourrait à elle seule représenter l’album. On frôle la perfection, le catalan n’a jamais été aussi bien chanté. Après tout elle n’a pas tort, "en amour tout est juste et nécessaire."

Quelques instruments s’invitent néanmoins au fil des plages. Un oud, une contrebasse, les percussions de Pedro Estevan, un saz (luth turc). On s’éprend alors de l’histoire d’un capitaine qui revenait de la mer en portant un perroquet vert ou encore d’un marinier offrant de la soie à une jeune fille qui la fit reine.

C’est la Méditérranée qui est concentrée dans un joyau d’un peu plus d’une heure. Il n’est pas question que de rigueur musicale mais bien plus, de diamant, tant visuel qu’auditif. Car comme toute pierre précieuse, sa force réside dans l’authenticité naturelle dont elle est composée.


2 extraits sont écoutables dans ce montage vidéo : Els ulls (les yeux) et L’Amor.


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