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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Arthur Rimbaud... L’enfant roi 1/2

Arthur Rimbaud... L’enfant roi 1/2

Après Nietzsche et Céline, voici donc Rimbaud dans mon panthéon littéraire. Des trois, il est celui avec lequel je devrai avoir le plus de mal. Moi qui suis d'un âge certain, simple remplisseur besogneux de pages inutiles et vaines, être confronté à la réalité de ses pages à lui...Gracieuses, fantasques, géniales, sublimes, irréelles et réelles, puissantes et ingénues, intemporelles donc éternelles, nécessaires...Indispensables même. C'est comme plonger les yeux dans un abîme sans fond. L'esprit en joie. La peur au ventre. Mais si le talent n'attend pas le nombre des années, s'agissant de ce sale gosse et de son œuvre, cela va bien au delà. Oui...Bien au delà... Comment peut-on avoir tout dit à vingt ans et surtout l'avoir dit de cette façon là ?...Je ne saurai dire moi, ce qui m'exaspère le plus au fond. Sa géniale précocité ?... Ou le gâchis que l'on imagine être son arrêt total de toute activité littéraire ?

Lorsque je rencontrais des écrivains, des poètes, des lettrés et que l'on abordait les maîtres du genre, je voyais invariablement les yeux de mes interlocuteurs s'émerveiller à l'évocation des Baudelaire, Mallarmé, Hugo, Verlaine, pour ne citer que les plus connus. Arrivé à Rimbaud, les yeux si brillants la seconde d'avant, s'assombrissaient tel des braises en fin de vie. Alors évidemment, comme il ne peut en être autrement, on l'encense, on le fête, on le déifie presque, mais...L'âme gênée. Presque foudroyée par cette indicible peur de ce je ne savais quoi, qui donnait à leurs discours des accents de repas mal digérés. Sans l'avouer, pas même à eux-mêmes...Ils éprouvaient une sorte de gêne sourde. Tout comme moi. Et tout comme moi, sans trop savoir pourquoi. Ce n'est que plus tard que je compris. On ne repousse pas le génie précoce. Ni son œuvre intouchable. Ni même l'arrêt brutal de sa carrière de poète, non...Ce que l'on ne supporte pas...C'est qu'il ait tout renié !...Tout !...La poésie, la littérature, l'écriture, la prose, l'art dans son ensemble. Il a, comme pour ces petites histoires qu'il écrivait enfant pour les délivrer le soir à la veillée, tout jeté au feu. En vrac...Sans rémissions, sans regrets, sans recours. Si lui, avec ce formidable esprit de fruit mûr et délicieux, si fécond, si génialement serviteur de la prose, des mots, de l'âme des hommes, fit s'écrouler à la fois la tour de Babel et la bibliothèque d'Alexandrie avec tout son contenu, nous qui ne sommes que d'humble Salieri devant Mozart. Des Hector devant Achille. Des grains de sables dans l'immensité de son espace. Nous si laid devant sa beauté, comment pourrions-nous seulement juger son œuvre ?...Si lui décide que tout cela ne vaut rien, que devons-nous faire alors ?...Peut-être comme pour Céline...Séparer le personnage de son écriture. L'homme de son œuvre. Dieu du monde qu'il a créé. Et se souvenir seulement du petit poucet timide de dix sept ans, qui demanda de l'aide dans une lettre extrêmement touchante.

Finalement et pour mon salut, je me fiche de l'expatrié vénale. Je préfère Gainsbourg à Gainsbarre...Le petit poète de Charleville Mézières au marchand de canons africain...Mais il n'empêche...Comme Verlaine en son temps. Je pleure un ami perdu à jamais. Un cœur pur errant dans le désert...

 

CHARLEVILLE MEZIERES :

JPEG Charleville Mézières...En face de la mairie se tient la place du marché et tout autour, de grandes bâtisses de pierres jaunes ornées de briques rouges. L'ensemble est imposant, massif, mais élégant. De loin en loin, les arches comme autant de petites niches et les toitures en ardoises grises, donnent au visiteur l'impression d'entrer dans un monastère...Un cloitre...Un joli enfermement. Quand la famille Rimbaud allait aux provisions, d'abord venaient les deux fillettes Vitalie et Isabelle se tenant par la main, puis au deuxième rang, les deux garçons, se tenant également par la main. Madame Rimbaud fermait la marche à distance réglementaire. Aussi bien chez Arthur que chez Frédéric, on observait un esprit d'Independence et d'obstination irréductible et chez la mère, de l'autoritarisme non moins forcené. Le mot "têtu', est la clé d'un drame familiale qui dura autant que les trois personnage...

 

UNE VIE DE FAMILLE :

Le père, capitaine dans l'armée française, avait quitté le foyer quand Arthur avait 7 ans. Ils ne le revirent jamais. Toutes les charges de la famille incombaient à la mère. La curiosité impitoyable des sociétés de province, qui ne sauraient tolérer sans interrogations harassantes cette continuelle absence de l'époux, fait que madame Rimbaud ne voit personne à Charleville, et se replie sur le soin de ses enfants, dont elle voudra avec une fermeté méticuleuse, faire seule l'éducation sociale.

Les enfants Rimbaud ne fréquentaient personne d'autre qu'eux-mêmes. Les jeux, les joies, les peines, la vie, s'effectuaient en famille. Nul témoin de cette intimité. Arthur, jeune garçon, écrivait des histoires, des aventures dans des déserts ou au milieu de la mer, de toutes façons dans des contrées lointaines et inconnues. Il les lisait à voix haute le soir, pour amuser la famille. Ceci fait, il déchirait les feuilles avant de les jeter au feu.

" Par les soirs bleus d'été, j'irai dans les sentiers. Picoté par les blés, fouler l'herbe menue, rêveur, j'en sentirai la fraicheur à mes pieds, je laisserai le vent baigner ma tête nue. je ne parlerai pas. Je ne penserai rien. Mais l'amour infini me montera dans l'âme et j'irai loin, bien loin, comme un bohémien, par la nature, heureux, comme avec une femme."

 

LE PETIT POUCET :

L'élève Rimbaud est installé au premier rang. Un petit poucet rêveur, menu et timide. Elève de rhétorique un peu guindé, sage et douçâtre. Aux ongles propres, aux cahiers sans tâches. Aux devoirs étonnamment corrects. Aux notes idéalement scolaires. Bref, un de ces petits monstres exemplaires et impeccables. Le type de la bête à concours. De l'acide au collège.

Dans ce réduit austère, il trouve chez son professeur, monsieur Izambard, le premier guide d'une cordée intellectuelle essentielle, qui lui fera découvrir les grands romans, puis la poésie, dont le "gringoire" de Banville. Rimbaud écrivit une lettre au poète de l'école parnassienne...

" Cher maitre,

Nous sommes au mois d'amour. J'ai 17 ans. L'âge des espérances et des chimères comme on dit. Et voici que je me suis mis, enfant touché par le doigt de la muse, pardon si c'est banal, a dire mes bonnes croyances, mes espérances, mes sensations. Toutes ces choses des poètes. Moi j'appelle cela du printemps. Dans deux ans, un an peut-être, je serai à Paris. Cher maitre à moi ! Levez-moi un peu...Je suis jeune, tendez-moi la main..."

1870...C'est la guerre. Rimbaud s'ennuie profondément dans cette petite ville de province "stupide et sans avenir". Il n'y a plus de nouveaux livres...Il tourne en rond...Il se sent "comme en exil dans son propre pays"...

 

PARIS...LA COMMUNE... :

En juillet, sur un coup de tête, il décide sans prévenir personne, pas même sa mère, de partir pour Paris. Il prend le train sans un sou, puis est arrêté à son arrivée comme resquilleur. Il est jeté en prison, n'ayant aperçu de la commune que quelques scènes à travers des barreaux. Le professeur Izambard vient à sa rescousse et le contraint presque par la force, à rejoindre le giron familiale. Retour donc à Charleville, où il se morfond de nouveau. D'humeur maussade et colérique, il plonge dans une sorte de dépression.

"Je m'en allais les poings dans mes poches trouées, mon paletot aussi devenait idéal, j'allais sous le ciel muse, et j'étais ton féal ...Ah là là...Que d'amour splendide j'ai rêvé..."

Février 1871, nouvelle tentative sur Paris. La montre d'argent vendue, sert à payer le voyage. Epuisé, l'aventurier tenace erre dans les rues de la capitale. Se couche au hasard des lieux et se nourrit de ce qu'il trouve. Finalement, penaud, il retourne à pied à Charleville. Madame Rimbaud est fermement résolue à mettre l'insubordonné en pension. Arthur a nettement formulé sa volonté contraire. Sa mère n'a jamais dû revenir de son illusion....Etre un élève travailleur et docile pour elle, c'était sûrement faire ce qu'il faut pour devenir un "gros monsieur"...

"Je serai un travailleur. C'est l'idée qui me retient quand les colères folles me poussent vers la bataille de Paris, où tant de travailleurs meurent pourtant encore, tandis que je vous écris. Travailler maintenant ?...Jamais...JAMAIS !!...Je suis en grève. Maintenant je m'encrapule le plus possible. Pourquoi ?...Je veux être poète et je travaille à me rendre voyant. Vous ne comprendrez pas du tout et je ne saurais presque vous expliquer. Il s'agit d'arriver à l'inconnu par le dérèglement de tous les sens. Les souffrances sont énormes. Mais il faut être fort, être poète et je me suis reconnu poète. C'est faux de dire : " Je pense ", on devrait dire : "on me pense"..."Je" est un autre.

Est-il allé à Paris pendant la commune ?...Oui. Il est enrôlé dans les francs-tireurs de la révolution, mais on ne l'arme pas, on ne l'habille pas, on l'envoie manger et coucher à la caserne Babylone, avec un ramassis de déserteurs et de trainards de l'armée régulière.

Ces 17 ans assistent à l'agonie de la commune. Son âme est pleine du spectacle tumultueusement tragique de cette insurrection ouvrière. Son esprit bouillonne dans des rêves de fraternité universelle. Son cœur se fond de sympathie pour le peuple. En mai 1871 encore, il croit effectivement possible de changer la vie grace à la révolution de la commune. Mais ses espérances s'écroulent après le massacre qui lui succède. Ecœuré, il doit désormais renoncer à sa recherche du salut collectif, pour se consacrer à celle de son salut personnel.

 

LE BATEAU IVRE :

PNG Rimbaud en a vraiment plus qu'assez de Charleville !...De cette douce endormie...Il veut absolument retourner à Paris et cette fois pour de bon !... Pour y vivre. Mais qui pour l'y accueillir ? Quel écrivain ? Quel poète ?...Son ami Bretagne lui dit avoir rencontré le poète Paul Verlaine. Il lui suggère de lui envoyer ses vers. Rimbaud y joignit une lettre en écriture serrée, où il dit son idéal, ses rages, ses enthousiasmes, son ennuie, tout ce qu'il était. Puis il soumit ses vers à l'opinion de Verlaine. Lui demandant avis et conseils. Vint la réponse telle que l'avait prévue Bretagne, chaleureuse et fraternelle : " Venez chère grande âme, venez, on vous attend."...

Il ne pouvait arriver à Paris les mains vides. Sans rien d'autre que sa personne, ses illusions et ses vieux vers qu'il avait d'ailleurs déjà envoyé à Verlaine. Il n'irai pas sans rien...Ca non !...Il se présentera donc avec "Le bateau ivre".

" Comme je descendais des fleuves impassibles, je ne me sentis plus guidé par les haleurs : Des peaux-rouges criards les avaient pris pour cibles. Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs. J'étais insoucieux de tous les équipages, porteur de blés flamands ou de coton anglais. Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages, les fleuves m'ont laissé descendre où je voulais. (...)"

 

VERLAINE :

Verlaine a 27 ans. Ayant reçu les vers de Rimbaud, il en reste interdit. Ebahi. Remué comme jamais par la terrible puissance de ces mots jetés comme des bouées sur une terre inondée. Sur l'ancien monde, qui d'un coup se marque de rides. C'est plus qu'une révélation...C'est une révolution !. Il décide donc, avec l'assentiment de sa belle famille, chez qui il vit, de le faire venir. Il lui envoie un mandat pour les frais de voyage. Flanqué de son ami Charles Cros et pressé de le rencontrer, il le manque à la gare. En rentrant, il le trouve installé, tenant salon avec Madame Verlaine et sa mère. Pendant le repas, Rimbaud ne répond à aucune des questions que lui pose avidement Charles Cros, notamment sur la genèse de son œuvre. Il se contente de balbutier quelques onomatopées, presque des grognements de lassitude. C'est un enfant se dit Verlaine. Mais un sorte de Casanova dégingandé en pleine croissance. D'une beauté irréelle. D'une beauté diabolique...

Verlaine sortait avec Arthur et le promenait à travers Paris à longueur de journées. Le présentant à ses amis, qui étaient tous des poètes de la commune. Rimbaud partage leur haine de la réaction bourgeoise. Partage leurs colères...Leurs désirs impuissants de vengeance. Pour lui, la défaite de la commune, c'est la fin de la société...La fin du monde.

Son esprit affiné, développé, muri si étonnamment, fait de sa conversation un plaisir indispensable à Verlaine, qui reprend son ancienne vie de café. Indignation de l'épouse, qui se met à détester violemment Rimbaud. Verlaine désormais, n'est plus sur terre. Il refuse de penser qu'il a une famille. Il est plus que sous le charme de l'adolescent. Il est totalement subjugué par le gamin qui écrit des choses..." Au dessus de la littérature "... Il admirait aussi et peut-être surtout en lui, le mépris pour toutes traditions artistiques. Quany à Rimbaud, il était sans doute déçu de voir le poète des "fêtes galantes", vivre en petit bourgeois dans sa belle famille, travailler dans un cabinet d'assurance et rentrer tous les soirs, sagement, pour le diner de 19h00...

Verlaine avait donc présenté Rimbaud à ses amis, qui étaient tous d'anciens communards avides de revanche et de vengeance. Mais le plus fou, le plus extrême, restait Rimbaud.

"Industriels, princes, sénat, périssez ! Puissance, justice, histoire, à bas !...Ca nous est dû...Le sang, ! Le sang ! La flamme d'or ! Tout à la guerre...A la vengeance ! A la terreur mon esprit ! Tournons dans la morsure ; Ah passez républiques de ce monde. Des empereurs, des régiments, des colons, des peuples...Assez ! Europe, Asie, Amérique...Disparaissez ! Notre marche vengeresse a tout occupé, cités et campagnes. Nous serons écrasés, les volcans sauteront et l'océan frappé...Oh mes amis, mon cœur c'est sûr, ils sont des frères. Noirs inconnus...Si nous allions ?...Allons !...Allons ! "

 

PARIS DES ILLUSIONS :

Ses nuits parisiennes sont pleines de hachich... Logeant dans un petit hôtel boulevard St Michel, il écrit peu...Passant ses journées à marcher inlassablement dans les rue de la capitale. C'était un marcheur infatigable. Il fréquentait les franges les plus extrêmes des anciens communards, tous prêts à mourir les armes à la main. Il s'imaginait ainsi...

Paris ville lumière...Paris tête et cœur de la France... "Blague immonde" disait-il... Paris selon lui, était un lieu où l'on venait pour gagner de l'argent. Quelques idéalistes s'y donnaient encore, par une vieille coutume, rendez-vous, mais quelle erreur ! puisque là aussi venaient par millions, les vanités les plus bêtes, les cupidités les plus cyniques, les appétits les plus brutaux, les pensées les plus grossières de toute la nation !...Nulle part les âmes n'étaient plus lourdes, plus sourdes, plus aveugles en sommes. L'endroit le moins intellectuel du monde.

Une sorte de nuit semblait s'être abattue sur les enthousiasmes du jeune révolutionnaire. C'était en réalité dans son cerveau qu'une révolution se faisait peu à peu...Irrésistible et angoissante, parce qu'imprévue. Parce qu'il n'en discernait pas encore la formule...Qui devait éclater plus tard dans les affres d'une "saison en enfer"... Il se replie, douloureux, sur lui-même. Revient à Charleville, où il passe l’hiver et le printemps.

"Oisive jeunesse à tout asservie, par délicatesse j'ai perdu ma vie. Ah ! Que le temps vienne où les coeurs s'éprennent. Elle est retrouvée...Quoi ?...L'éternité."

Sa réputation était devenue mauvaise dans les milieux d'artistes et de gens de lettres à Paris. Rimbaud méprise trop le coté "artiste" des poètes, pour se cantonner dans un esthétisme de salon. Il entend au contraire "changer la vie"...Sa haine croissante pour l'éloquence, l'esprit et ce qu'il appelait "l'artisticaillerie" le rendit bientôt insupportable. On le voit de plus en plus souvent errer dans les rues de Charleville, la pipe à la bouche, les cheveux longs et en désordre, dans une tenue systématiquement négligée. Il échange des lettres avec Verlaine...

"Le travail est plus loin de moi, que mon ongle l'est de mon œil...Merde pour moi ! Merde pour moi ! Merde pour moi ! Merde pour moi ! Merde pour moi !...Quand vous me verrez manger positivement de la merde, alors seulement vous ne trouverez plus que je coûte trop cher à nourrir !..."

Il y a le tableau de Fantin Latour, qui fit le portrait d'une dizaine d'entre eux. On peut y voir Verlaine dans toute l'austérité de sa personne et à ses cotés, Rimbaud, dans une pause alanguie et efféminée. Une sorte de douceur luisait et souriait dans ses cruels yeux bleus clairs. Et sur cette forte bouche rouge, aux plis amers ; Mysticisme et sensualité. Il prévoyait d'étonnantes révolutions de l'amour. L'heure du désir et des satisfactions essentielles. Verlaine comprit probablement qu'il ne pouvait l'atteindre...Qu'il ne pouvait entrer dans son monde...

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Un étrange bruit courait dans Paris sur la qualité de l'affection éprouvée par Verlaine à l'égard de son jeune ami. Aux réunions des cénacles, on disait que Rimbaud, du point de vue sexuel, avait des goûts dépravés et que Verlaine était attiré vers lui par une étrange passion. La belle famille de Verlaine accuse Rimbaud. La famille de Rimbaud accuse Verlaine. Histoire de poètes, qui ne peut être jugée par les bourgeois...

 

RIMBAUD-VERLAINE...L'ESCAPADE :

En juillet 1872, Verlaine sort quérir des médicaments pour sa femme souffrante. En chemin, il croise Rimbaud qui venait justement le prévenir qu'il quittait Paris, qui le dégoûtait de plus en plus, pour la Belgique. Il demande alors à Verlaine de tout quitter et de le suivre. Celui-ci succombe à sa demande...

De Bruxelles, ils passent en Angleterre. A Londres, ils fréquentent bars et docks, mais aussi, bibliothèques et cénacles de communards. En Rimbaud sévit une crise d'âme atroce, qui diminue la force morale, rend l'humeur taquine et fantasque. Mutuellement, ils s"exaspèrent...Et quand on est bien saoul, on se cogne. Rimbaud ne détestait point cela. C'était dans son système de culture morale de guerre à sa timidité naturelle. Il revient une première fois de Londres. S'installe à la ferme familiale à Roche, d'où il écrit à ses amis.

" Cher ami, tu vois mon existence actuelle dans l'aquarelle ci-dessous

 Ô Nature ! ô ma mère ! Quelle chierie ! et quel monstres d'innocince, ces paysans. Il faut le soir faire deux lieues, et plus pour boire un peu...La mother m'a mis là dans un triste trou. Je ne sais comment en sortir ; j'en sortirai pourtant. Je regrette cet atroce Charlestoown, l'univers, la bibliothèque, etc...Je travaille pourtant assez régulièrement, je fais de petites histoires en prose, titre général : Livre païen ou Livre nègre. C'est bête et innocent. (...) La mère Rimb. retournera à Charlestown dans le courant de juin, c'est sûr, et je tâcherai de rester dans cette jolie ville quelque temps. Le soleil est accablant et il gèle le matin. Je suis abominablement gêné, pas un livre, pas un cabaret à portée de moi, pas un incident dans la rue. Quelle horreur que cette campagne française. Mon sort dépend de ce livre, pour lequel une demi-douzaine d'histoires atroces sont encore à inventer." 

Finalement, il quitte de nouveau les Ardennes, pour retourner à Londres où il soignera son ami malade. Mais c'est le drame de nouveau. Des querelles incessantes. Cette fois c'est Verlaine, de plus en plus inquiet des agissements de sa femme qui demande le divorce, qui rentre sur Paris pour se réconcilier avec Mathilde.

"Reviens cher ami, reviens cher ami, cher ami reviens, je jure que je serai bon. Si j'étais maussade avec toi, c'est une plaisanterie où je me suis entêté. Je m'en repens plus qu'on ne peut dire...Reviens, ce sera vite oublié. Voilà deux jours que je ne cesse de pleurer, reviens. J'espère que tu sais bien à présent qu'il n'y avait rien de vrai dans notre discution. L'affreux moment...Mais toi, quand je te faisais signe de quitter le bateau, pourquoi ne venais-tu pas ? Nous avons vécu deux ans ensemble pour arriver à cette heure là ?...Que vas-tu faire ?...Si tu ne veux pas revenir ici, veux-tu que j'aille te trouver où tu es ? Oui, c'est moi qui ai eu tort...Oh, tu ne m'oublieras pas dis ?...Non, tu ne peux m'oublier...Moi, je t'ai toujours là, à toi toute la vie. Si je ne dois plus te revoir, je m'engagerai dans la marine ou l'armée ! "

A SUIVRE...


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4 réactions à cet article    


  • bakerstreet bakerstreet 2 avril 2015 13:03

    Pour ma part j’ai jamais été gêné par Arthur, ayant moi même tout renié à 18 ans, prenant la route, pendant de nombreuses années. 

    SDF sans que je ne sache, sans que je ne le dise.
    Alors bien au contraire, ces poèmes et sa vie était une exemple réconfortant.
    Ses œuvres de grand frère, je les avais toujours dans mon sac à dos, et la lecture de certains poèmes, le soir, dans des endroits pas toujours hospitaliers, m’étaient précieuses.
     Les gens dont j’ai trouvé grande qualité de cœur et d’esprit, et qui m’ont ému,étaient presque tous des révoltés, des marginaux, prenant au propre et au figuré les chemins de l’école buissonnière, troquant des frusques de bourgeois pour un paletot idéal : 
    Throreau, Rousseau, Kerouac, Cendrars, Miller, et Arthur au milieu....C’était la bande avec qui je frayais . Fantin Latour aurait pu en faire un tableau

    • Delphus Delphus 2 avril 2015 16:30

      @bakerstreet
      Une bien jolie bande que la votre...


    • Gollum Gollum 3 avril 2015 08:38

      Perso j’ai toujours eu du mal avec Rimbaud à part le bateau ivre et quelques autres peut-être.. Je lui préfère Baudelaire, de loin, qui se la pète moins et qui finalement est sans doute plus profond. Très peu de déchets chez Baudelaire alors qu’on ne peut pas en dire autant chez Rimbaud. Sa saison en enfer notamment m’a relativement laissé de marbre..


      • Delphus Delphus 3 avril 2015 15:56

        @Gollum Je vous trouve sévère s’agissant du jugement sur son œuvre que vous qualifiez de prétentieuse. D’autant que s’agissant d’une œuvre poétique, le ressenti doit prendre le pas sur toute autre forme d’analyse intellectuelle. Que vous préfériez Baudelaire ne m’étonne pas au fond, puisque l’ami Arthur avait lui même un jugement assez sévère sur ce poète du « vieux monde »...Pour ma part et même si je ne suis pas insensible aux œuvres de Baudelaire, je garde un indéniable penchant pour Rimbaud. 

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