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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Arts martiaux, Aiki Do : Le Fond et la Forme, tout est question (...)

Arts martiaux, Aiki Do : Le Fond et la Forme, tout est question d’équilibre

  Dans ses « Pensées », Pascal estimait qu’il n’était nul besoin des gestes de la foi pour la posséder. Pour lui, entrer dans la Forme est dérisoire comparé à la maîtrise des Principes, du Fond. 

  Transposé au monde des Arts Martiaux qu’en est-il de nos jours, alors que nous sommes loin, historiquement au moins, de cette sorte de foi qui a présidé à l’origine des Budô (Arts Martiaux japonais, cf : Documents www.aikidosansfrontières.com).

  Car la problématique qui occupait le philosophe français du 17e siècle est encore et toujours d’actualité. Est-il préférable de suivre une sorte de chorégraphie mise en scène par un groupe restreint, et souvent « intéressé », ou bien de poursuivre une étude aux aspects arides et dépouillés mais axée sur le « Sens » ? 

  Quoi qu’il en soit, ces deux univers ont chacun leurs partisans, réunis aujourd’hui au sein de clans pour le moins rivaux.

  Pascal propose déjà le terme « intérieur » pour définir la recherche des Principes fondamentaux. Il s’agit presque du même terme utilisé maintenant pour définir un pan particulier des arts martiaux : l’approche « interne ». 

  Si on se réfère à Pascal, cette manière présente de sérieux avantages. « C’est être superstitieux, de mettre son espérance dans les formalités ; mais c’est être superbe de ne vouloir s’y soumettre », écrit-il. Le savant prône donc de délaisser - pour sa plus grande partie - la Forme, qu’il qualifie d’ « extérieure ».

  Sans relation consciente avec les « Pensées » pascaliennes, les termes « intérieur » ou « interne » ont été ainsi choisis pour qualifier des arts désormais assez connus comme les Chinois Tai Chi, Qi Qong, ou plus confidentiels, à l’instar du Ba Gua. 

  Mais il est très possible également appréhender les Japonais Karate, Aiki Do, Kendo, ou même le planétaire Judo avec cette même approche.

  Mais la « Forme extérieure » fait pourtant flores. Une experte des plus reconnues en France dans le domaine de l’Aiki Do affirmait il y a peu, sans frémir : « le fond n’a aucune importance, seule la forme compte (…) le fond c’est pour les nuls ! ». 

                                      GHETTO

  Il est vrai que la chose a de quoi tenter certains. « Démontrer » à grands coups de « Nuits des Arts Martiaux » ou de vidéos largement diffusées sur le net, à l’attention d’un public ébahi, la puissance d’accélérations donnant lieu à de non moins spectaculaires chutes présente un intérêt… lucratif. Panem et circenses. 

  Ce qui se voit bien, se vend bien et encore mieux de nos jours. 

Même s’ils ont du mal à quitter une tenace forme de ghetto, les Samouraï, Ninjas et autres moines de Shao Lin (souvent très occidentaux) se prennent à investir une part (encore petite) du « Star System ». Leur gâteau n’est pas très gros, il s’agit de ne pas en laisser une miette.

  Le monde des Arts Martiaux (hors Judo) n’a que peu ou pas accès aux sponsors. Mieux, certains d’entre eux, comme l’Aiki Do, n’ont pas ( à une minuscule exception près, le « Tomiki ») de compétition. Ces deux particularités devraient être un bien.

  Mais elles subissent un effet pervers. Car il faut alors compter sur « l’aspirateur à élèves » bruyant et clinquant décrit ci-dessus, donc générateur de licences et de stages payants, pour vivre. Voire survivre. Et la … faim justifie les moyens.

  Il est aisé de comprendre, peut-être même de pardonner, tout ceci. De même qu’il sera facile de voir que des détenteurs « techniques » plus ou moins officiels, flirtent parfois dangereusement avec une « gouroutisation » - facilitée par l’engouement pour le « développement personnel » - pour ramasser les « miettes » restantes.

Au milieu de cette foire, un triste constat s’impose quel que soit la discipline considérée : le niveau des acquis des pratiquants est en chute libre.

   Et pour cause : à l’ère de l’apprentissage par internet, très accessible tant aux « enseignants » qu’à leurs futurs élèves, contrairement aux médias traditionnels (presse écrite, télévision, radio, etc… ) les principes des arts martiaux se perdent en rase campagne. Il n’y a pas de raison que la Culture martiale échappe à ce qui plombe la Culture en général …

  Bien entendu, Agoravox n’est pas le lieu pour avancer des éléments techniques . Mais convenons que s’exonérer de la dynamique du corps ou bien du système qui régit l’équilibre de celui-ci au profit d’un « show », d’un spectacle rythmé peut paraître assez éloigné de ce pourquoi les Arts Martiaux ont vu le jour. 

                           EQUATIONS ET ORTHOGRAPHE

  Si vous tentez de résoudre une équation et que vous loupez l’un des paramètres : la chose devient difficile. 

Comme le faire dire à son Chat, le dessinateur Philippe Gelluck : Quand on fait une faute d’orthographe dans un mot de deux lettres : Ce n’est tout de suite plus le même mot »…

 Et ceci se constate à tous les stades : de l’apprentissage à la « maîtrise ». Si vous en doutez, emmenez donc un ami boxeur voir un passage de grade Karate, Aiki Do ou même Judo pour ne citer que ceux-là. Au mieux, l’habitué des rings aura un fou rire.

 La « Forme » a donc permis l’impossible : l’attaquant vise à côté de l’attaqué, le soulève au mépris de tous les principes élémentaires de la physique. Des principes de bon sens, comme ne jamais tourner le dos à son partenaire, ou le regarder, ne sont que très rarement respectés. 

Mais ce n’est pas grave, si c’est « joli », entendez par là : « pas trop gênant pour les habitudes des examinateurs », tout sera pardonné. Il faut bien que l’argent rentre !

  Mais, pour le profane, comme votre maman ou votre concierge, une technique de combat digne d’intérêt ( qui va mettre temporairement de côté la passionnante lecture de Nous Deux) est une technique permettant de « calmer » sans ambiguité aucune le délinquant « normal ». C’est-à-dire pas un élève habitué à se laisser faire par son professeur ou ses copains d’entrainement pour ne vexer personne, mais plutôt le « lascar » amateur de sac à main. 

  Et là, sans Pincipes clairs ce n’est même pas la peine de rêver. 

  La pratique formelle aura sans doute de quoi retourner dans leurs tombes - ou tumulus - ceux qui, au fil des siècles , ont mis ensemble leurs expérimentations pour parvenir à quelque chose de martialement cohérent et qui fonctionne sans distinction ni ambages. 

Pensez donc : ils étaient des experts de la sécurité, entrainant militaires ou policiers (au sens japonais du terme, au service du seigneur ou du juge).

  A la limite, ces grands Anciens seraient plus apaisés, dans leurs mausolées, en considérant des pratiques connexes comme le Kinomichi, du regretté Masamichi Noro, ex-maître considérable d’Aïkido qui a transposé son savoir sur une nouvelle pratique basée sur le contact et sans prétention de combat.

  Enfin, sachant que nous n’avons évoqué jusqu’ici que les aspects physiques de l’art du combat. Mais que dire ensuite des éléments mentaux des Arts Martiaux, qui devraient être assurément en amont de ces derniers ?

                                    OSEZ DOSER

  Il ne s’agit pas d’évoquer, dans cet article au moins, une quelconque « philosophie » sous-jacente bouddhiste, shintoïste ou encore taoïste. Mais simplement de l’état d’esprit martial, de l’intention (ou de la non-intention) sans laquelle rien n’est possible.

  Sans attaque sincère, aucun système de défense ou de contre-attaque n’a de sens sur le tatami ou l’enceinte d’entraînement. Donc pas moyen de travailler, donc d’avancer. 

  De même que ces objectifs seront inaccessibles sans efforts de concentration. Et grandement facilités grâce à des pratiques ad hoc (les contrôles de la respiration et de la vison - de la vue - étant des bases).

  Et ne parlons pas, non plus, de cet élément assurant la jonction entre le mental et le physique et qui permet de poursuivre loin, très loin, la pratique : le Ki (en japonais), Chi (en chinois). Cette « énergie » est représentée par un idéogramme stylisant la vapeur du riz en train de cuire. A méditer …

  Cachée, presque bannie, elle surgit néanmoins parfois avec le …. travail. 

Comme ce pratiquant racontant, tout étonné, que lors de l’exercice de sa difficile profession il a réussi à repousser un délinquant décidé à en découdre grâce à ce quelque chose … d’inexplicable. Surtout d’inexpliqué.

  Personne ne vous a dit que vous pouviez en respectant les directions de la dynamique d’un mouvement de combat devenir très puissant sans vous fatiguer ? Si ?

  Alors « Cirque de Pékin » bondissant ou monastère zen psalmodiant ? Spotlights ou pénombre des sanctuaires ? L’équilibre. La voie est là. 

  Avec Pascal retenons peut-être alors qu’il « faut que l’extérieur soit joint à l’intérieur pour obtenir (si ce n’est) de Dieu » au moins de nos efforts intensifs … 

Et avec feu Osawa Kisaburo (maître d’Aiki Do) souvenons-nous qu’une des choses primordiales de l ‘existence est de « doser » celle-ci.

Denis Thomas


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1 réactions à cet article    


  • gaijin gaijin 16 juin 2014 11:11

    la forme n’est là que pour permettre l’émergence du fond, mais comme l’ acquisition de la forme est longue beaucoup croient que c’est tout ce qui existe ....
    en plus le fond ne se voit pas ( du point de vue de quelqu’un qui ne l’a pas acquis ) et culturellement on n’en parle pas non plus ......
    les arts martiaux sont une pratique élitiste réservée a ceux qui sont prêt a y consacrer leur existence, croire le contraire est une illusion qui condamne a admirer les pseudos maitres en papier glacé des magazines et les gymnastes de shaolin.

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