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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Auguste Renoir. Le bal des couleurs

Auguste Renoir. Le bal des couleurs

Le jeune Pierre-Auguste Renoir est né de parents assez pauvres. Son père est tailleur, sa mère, couturière. Il est d'abord décorateur de porcelaine dans sa ville natale, Limoges. L'atelier fait faillite et le père embarque pour Paris avec la famille, espérant y trouver une meilleure situation pour lui et une éducation pour son fils. De sa période de décorateur de porcelaine , Pierre-Auguste gardera deux choses : un état d'esprit de simple artisan, une prédilection pour les teints blancs porcelaine de certains de ses portraits de femmes.
 

"Sa vie tout entière et son oeuvre sont une leçon de bonheur", déclara le critique Octave Mirbeau. Pierre-Auguste Renoir se voit comme un artisan, souvent insatisfait de son travail et qui aime partager son bonheur de peindre avec le spectateur. Révolutionnaire par la technique, il a aussi ressenti le besoin de se rassurer avec des références sûres : les maîtres comme Raphaël ou Ingres, l'institution avec le salon officiel qu'il quitta pour rejoindre les indépendants bientôt nommés "Impressionnistes" et vers lequel il retourna finalement.

«  Villa des Arts, près l'avenue
De Clichy, peint Monsieur Renoir
Qui devant une épaule nue
Broie autre chose que du noir
. »

Une fois n'est pas coutume, ces vers ne sont pas de l'auteur de cet article. Lecteur, sois patient, le nom de l'auteur n'est divulgué qu'à la fin.

Renoir et le blanc porcelaine

("Dame en noir" : 1876)

Quand il travaille dans son atelier, il arrive au peintre de donner à ses modèles féminins des teints blancs comme la porcelaine. Puis, quand il ira peindre en plein air avec son ami Claude Monet, ses modèles vont prendre des couleurs.

La Dame en noir est un exemple de l'utilisation du blanc porcelaine par Auguste Renoir. Ici, la blancheur confond presque en une seule masse le menton, le cou et la poitrine. Le reste du tableau est seulement esquissé et insignifiant, si ce n'est certains sur lesquels l'artiste attire notre attention : les lèvres (que la blancheur met en valeur), les yeux, les bijoux.

Renoir et le noir Goya-Velasquez

"Femme à l’éventail" (1881) représente ici Alphonsine Fournaise dans un hommage à Goya et Velasquez. La chevelure est ici peinte en brun à la Goya. La facture est dans la droite ligne de la tradition espagnole. Outre le noir, le peintre emploie les trois couleurs primaires : le rouge pour le fauteuil, le jaune pour le mur, le bleu pour la poitrine de la jeune fille.

"Nu couché vu de dos" (1909) évoque la "Vénus au miroir" de Vélasquez.

Renoir et la couleur

("Torse, effet de soleil" : 1875 – 76)

Renoir s'attache ici à montrer ce qu'il appelait la "mobilité lumineuse", ce qui sera très mal compris des critiques de son époque, lesquels seront choqués de ces couleurs violacées de la chair. L'oeuvre date de 1875 – 76). Les feuillages dessinent des marbrures sur le corps de la jeune fille qui prend des teintes roses, vertes et violacées. Le paysage du contour est simplement esquissé.

Le « Bal du Moulin de la Galette » (1876) (voir le tableau en illustration de l'article) pousse encore la sophistication en employant non pas des ombres ou des taches pour marquer les effets de la lumière mais des couleurs. Le bal des couleurs sur la gauche tend à mettre en scène les deux danseurs (Margot avec un peintre espagnol) en attirant notre regard.

Les citations de Renoir

- Ingres

Lassé de vivre d'expédients,
Renoir changea les ingrédients
De sa peinture et à dessein
Revint à Ingres et au dessin.

Le peintre le plus cité est sans doute Ingres. Déjà en 1864, Renoir peint le portrait de "William Sisley" (père du peintre Alfred Sisley) qui rappelle le "Portrait de Monsieur Bertin" d’Ingres. Renoir a toujours admiré ce peintre et durant ce que l'on a appelé sa période ingresque ou "aigre" après 1880, il opéra un retour au conventionnel voire à l'ancien, s'éloignant de l'impressionnisme. Son art se fait aussi alors plus affirmé. Il recherche davantage les effets de lignes, les contours et les contrastes marqués. Il veut à nouveau dessiner. Les trois danses ("Danse à Bougival", "Danse à la ville" et "Danse à la campagne" vers 1883) témoignent aussi de cette évolution.

Avec "Nu", la tête de la jeune femme est au sommet d’un triangle composé d’une masse de chair sertie d’une colonne vertébrale à la manière de l'Odalisque d’Ingres mais sans vertèbre ajoutée !

On voit aussi avec "Femme nue dans un paysage" (1883) que Renoir a évolué après se voyages en Italie où il a pu contempler à loisir les fresques de Raphaël à la Villa Farnésine. Ce qui le ramène à l’époque où il étudiait les tableaux d’Ingres au Louvre. Ingres étant lui-même un disciple de Raphaël. Sa période dite ingresque ou Aigre culmine en 1887 lorsqu'il présente ses fameuses Grandes Baigneuses à Paris. Les contours de ses personnages deviennent plus précis. Il dessine les formes avec plus de rigueur, les couleurs se font plus froides, plus acides. Il est plus influencé aussi par l'art ancien.

Dan sa période ingresque, Renoir rétablit ses finances en vendant plus, y compris à l'Etat (ses "Jeunes filles au piano" -1882).

Dans sa période Ingres, il peindra beaucoup de baigneuses. Mais "Les Grandes Baigneuses " (1887) mettront un terme à la période ingresque. Par dépit. En effet, cette fut totalement incomprise et vivement critiquée. Inspirée d’une sculpture de François Girardon, Renoir avait découpé, structuré les formes féminines. Les corps sont plus importants que les décors, qui ne font qu'arrière-plan.

- Les autres citations :

"Les Fiancés. Epoux Sisley" » (1868), par le contour du pantalon, rappelle « Le Fifre » de Manet.

"Chemin montant dans les hautes herbes" (1875) date de la même époque que "Champs de coquelicots" de Claude Monet. La tache rouge du parapluie se rapporte au rouge des coquelicots.

La Liseuse" (1874 – 76) est inspirée de la Liseuse de Fragonard. Elle représente la jeune Margot, qui mourra de maladie en 1879, malgré les soins du docteur Gachet (célèbre pour avoir été le client de Van Gogh). Pour permettre à la jeune fille de bénéficier d’un traitement médical, Renoir offrit à ce médecin un "Portrait de Margot " (1878).

"Les Grandes Baigneuses " (1887) (voir ci-dessus) s'inspire largement de Cézanne.

"Le clown" (1909) : Le modèle est son fils Claude. C’est une véritable citation du Gilles de Watteau mais la tristesse en moins et le décorum en plus (la colonne).

Renoir, les femmes et les enfants

Renoir aime les femmes. Dans ses œuvres, on les retrouve souvent avec des formes charnelles, des bouches petites et charnues, aux lèvres souvent très rouges. Il peint avec une joie enfantine. "J’arrange mon sujet comme je le veux, ensuite je vais de l’avant et je le peins comme un enfant."

Lise

("Lise à l'ombrelle")

Il a rencontré Lise Tréhot, une jeune fille, à Marlotte chez son ami peintre Jules Le Cœur. Lise apparaît dans :

- "Diane chasseresse"
- Lise à l'ombrelle (1867) : cette oeuvre figura au salon 1868 et suscita un commentaire très élogieux de la part d'un jeune critique, un certain Émile Zola.
- "La Bohémienne" (1868)
- "La Femme d'Alger" (1870)
- "Les Parisiennes habillées en Algériennes" (1872)

Aline Renoir

("Madame Renoir au chien")

Plus tard, il rencontre sa future femme. Comme une romance. De retour d’Algérie, il s’arrête à Chatou où il fait la connaissance d’Aline Charigot. Il est amoureux et ne souhaite plus bouger d'endroit. Quand Duret l’invitera en Angleterre, il décliner son offre en lui répondant qu’il "lutte avec des arbres en fleurs, avec femmes et enfants, et il ne veut rien voir au-delà." En 1890, Renoir épouse son nouveau modèle, Aline. "Le Déjeuner des canotiers" est le chant du cygne de la période impressionniste du peintre. Il va chercher l'inspiration auprès des œuvres de Raphaël. Il admire Ingres et évolue vers un retour à la tradition du tableau en atelier.

Quelques tableaux où Aline est représentée :

- Le déjeuner des Canotiers (1881)
- Les Canotiers à Chatou (1879)
- Madame Renoir au chien (1880)
- Danse à la campagne (1883)
- Les Parapluies (1881 - 1885)

Gabrielle

En 1894, naît son second fils Jean (le futur cinéaste). Il prend alors comme gouvernante Gabrielle Renard, une cousine de sa femme. Elle sera son modèle pendant vingt ans. Il peint des œuvres de maternité, comme il l'avait fait lors de la naissance de Pierre.

"Gabrielle aux bijoux" (1910)
"Gabrielle à la rose" (1911)
"Gabrielle à la chemis ouverte" (1907)

Les enfants

On voit aussi que Renoir prenait un grand plaisir à peindre les enfants. Les siens et ceux des autres. "Sur la terrasse" (1881), qui représente peut-être une actrice et sa fille ou deux soeurs, montre à quel point Renoir sait rendre avec une grande sensibilité l’état d’âme des enfants, leur innocence, leur timidité.

Conclusion

C'est ici que je vous dois vous révéler comme promis le nom du poète auteur des vers présentés en introduction. Il s'agit de Stéphane Mallarmé ("Les Loisirs de la poste", 1894). Par respect du protocole, mes propres vers ne figurent qu'ici :

Degas peignait des ballerines,
Renoir, des bals, des balançoires.

Leurs modèles sont des figurines
Qui rayonnent mieux qu'un Grand Soir.

Les deux magiciens déballaient
Leurs tours et peignaient des ballets

Faits de lumière et de couleurs.
Plus de plaisir que de douleur.

La vidéo des oeuvres de Renoir sur une musique de Charles Gounod (qui fut le professeur de solfège et de chant de Renoir) :

 

 


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3 réactions à cet article    


  • zelectron zelectron 26 décembre 2012 14:10

    sympathique évocation, merci, ainsi que pour les petites illustrations et surtout les liens.


    • Taverne Taverne 26 décembre 2012 18:49

      Quelle belle invention que le lien hypertexte. D’un simple clic, nous voilà propulsé dans un musée !


    • Georges Yang 1er janvier 2013 00:29

      Dans le film, c’est plutôt Michel Bouquet dégarni

      Bonne année

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