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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Avant-première - « Secret Défense » de Philippe Haïm : un film de genre (...)

Avant-première - « Secret Défense » de Philippe Haïm : un film de genre haletant, populaire et exigeant

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Les films d’espionnage sont plutôt rares dans le cinéma français, un genre que j’apprécie tout particulièrement, avec pour référence notamment Les Trois Jours du Condor de Sydney Pollack mais aussi certains Hitchcock (le meilleur du genre étant pour moi Les Enchaînés que je ne me lasse jamais de revoir), j’attendais donc ce Secret Défense avec beaucoup d’impatience… et j’avoue ne pas avoir été déçue. Le dernier film du genre qui m’a littéralement scotchée à mon fauteuil du premier au dernier plan est le dernier Jason Bourne,  La Vengeance dans la peau, auquel ce Secret Défense emprunte quelques règles et peut se comparer sans avoir à en rougir…

Synopsis : chaque jour, en France, mouvements terroristes et services de renseignements se livrent une guerre sans merci au nom d’idéologies que tout oppose… pourtant, terroristes et agents secrets mènent presque la même vie. Condamnés à la clandestinité, ces stratèges de la manipulation obéissent aux mêmes méthodes. Alex (Gérard Lanvin) et Al Barad (Simon Abkarian) sont deux d’entre eux. A la tête du contre-terrorisme de la DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure) pour l’un et d’un réseau terroriste pour l’autre, ils s’affrontent en utilisant les armes dont les plus redoutables : les êtres humains. Secret défense raconte leur guerre secrète à travers les destins de Diane (Vahina Giocante), une étudiante recrutée par les services secrets français, et de Pierre (Nicolas Duvauchelle), un paumé qui croit trouver son salut dans le terrorisme. Formés et endoctrinés pour des missions qui les dépassent, tous deux sont pris dans un engrenage auquel ils ne semblent pas pouvoir échapper. Seront-ils, l’un et l’autre, sacrifiés au nom de leurs "nobles" causes ?

Alors certes Philippe Haïm emprunte certaines règles aux films d’espionnage américains (montage nerveux, parallélisme de la narration, multiplicité de lieux avec cette manière d’inscrire leurs noms sur l’écran si spécifique au cinéma américain…), mais deux éléments contribuent néanmoins à en faire un film singulier : la comparaison établie entre les destins des agents de la DGSE et des terroristes, le jeu de miroirs d’une part et l’énorme travail de documentation et de consultation effectué par le réalisateur d’autre part, ce dernier ayant notamment eu recours à de nombreux consultants (officiers des renseignements, spécialistes du Moyen-Orient, grand reporter...)

Philippe Haïm a tout d’abord en effet eu l’excellente idée de mettre en parallèle les destins de deux êtres fragilisés, proies idéales pour devenir un agent, une arme de la vérité d’un côté, une arme des terroristes de l’autre. Même si bien évidemment les motivations des deux « organisations » sont différentes, leurs moyens de recrutement et même parfois d’action se révèlent similaires. Elles utilisent, manipulent et parfois broient des individus et recourent à l’illégalité, la manipulation, la violence pour découvrir la vérité pour l’une, pour terroriser de l’intérieur par la peur pour l’autre. Les destins des manipulateurs Alex et Al Barad, tous deux froids et calculateurs, sont donc mis en parallèle de même que ceux de leurs proies, Diane et Pierre. Entre la DGSE et les mouvements terroristes, il s’agit d’une partie d’échecs dont Pierre et Diane sont les pions dont la fragilité est exploitée, tous deux en pleine déconstruction identitaire et/ou familiale. Diane a un lourd secret qu’elle ne veut pas que son petit ami (Aurélien Wiik, encore trop rare au cinéma) découvre et dont « le père » Alex la fait chanter. Pierre a rencontré en prison des terroristes en lesquels il croit découvrir une famille et qui vont ainsi l’enrôler, sa mère, son seul lien affectif l’ayant mis à la porte.

La construction symétrique du scénario atteint son paroxysme lorsque les deux « proies » se rejoignent dans une scène d’une grande intensité qui n’a rien à envier à la saga des Jason Bourne et que je vous laisse découvrir.

Non seulement la documentation mais l’intelligence du réalisateur en font un film aussi palpitant, distrayant qu’instructif (sur les méthodes de recrutement des deux camps, dans les prisons pour l’un, dans les universités pour l’autre, sur le fonctionnement de la DGSE, des mouvements terroristes, mais aussi sur la situation géopolitique contemporaine) qui évite également l’écueil de tout amalgame entre musulmans et intégristes notamment par les personnages de Leila (Rachida Brakni toujours excellente) et Ahmed (Mehdi Nebbou), agents de la DGSE qui s’attaquent au terrorisme au péril de leur vie, mais aussi à travers de petits rôles qui cherchent à détruire le « système » de l’intérieur.

Tous les acteurs se révèlent impeccables au premier rang desquels Vahina Giocante (ici étonnante, qui sort de ses rôles habituels d’ingénue sulfureuse, elle est ici parfaite, entre fragilité et détermination) à Rachida Brakni, Catherine Hiegel, Mehdi Nebbou, Aurélien Wiik, Al Barad et puis évidemment Gérard Lanvin pour qui « Un agent n’est pas un être humain, juste une arme. Rien de plus », impressionnant de détermination, de froideur, de maîtrise, de charisme dans son costume noir et son attitude imperturbable, et enfin Nicolas Duvauchelle en petit bandit sensible et influençable qui croit trouver le salut et une famille et qui trouvera sa perdition. Alex, Diane et Pierre ont en commun d’être dévorés par la solitude et les acteurs qui les incarnent font passer ce sentiment avec talent et justesse.

Le seul reproche serait peut-être qu’à force de passer d’un personnage à un autre, d’un lieu à un autre (ce qui est certes nécessaire pour que le parallélisme fonctionne) Philippe Haïm lâche momentanément notre intérêt qu’il raccroche néanmoins rapidement. Peut-être aurait-il été intéressant de creuser la relation entre Jérémy et Diane, mais il est vrai que là n’était pas le sujet...

La mise en scène est aussi nerveuse qu’efficace : la caméra à l’épaule qui reflète le chaos intérieur des personnages, les gros plans qui reflètent leur détermination ou leurs doutes, leurs failles, le montage nerveux, le jeu de miroirs (au propre comme au figuré). Les décors entre couleurs grisâtres et sombres et couleurs immaculées des couloirs de la DGSE sans ouverture sur l’extérieur nous plongent aussi d’emblée dans cette atmosphère d’enfermement, de paranoïa, de claustrophobie, de secret, de monde parallèle, insondable, souterrain.

Un film comme on en voit rarement et comme on aimerait en voir plus souvent dans le cinéma français qui a de surcroît le courage de s’attaquer à un sujet qui de part et d’autre risque de susciter des inimitiés, mais dont le travail de documentation et la subtilité, l’absence de manichéisme constituent une réponse préalable et irréfutable aux critiques.

Un film de genre haletant, très documenté, populaire et exigeant, aux interprètes irréprochables qu’« In the mood for cinema » vous recommande.

Durée  : 1 h 40

Site internet officiel du film : http://www.secretdefense-lefilm.com

Sortie en salles : le 10 décembre 2008

Cet article est extrait du blog "In the mood for cinema" : http://www.inthemoodforcinema.com


Moyenne des avis sur cet article :  4/5   (8 votes)




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3 réactions à cet article    


  • CAMBRONNE CAMBRONNE 29 octobre 2008 15:27

    BONJOUR SANDRA

    Je n’ai pas vu le film mais je ne demande qu’à être enthousiaste tellement le cinéma français est chiant en général et en particulier ces derniers temps .

    En lecture, je vous conseille "citoyens clandestins" de DOA (pseudo signifiant dead on arrival) . Excellent bouquin qui met en scène ce dont parle le film mais avec la précision d’un vrai spécialiste des services de renseignement français .

    Je voudrais apporter ma petite pierre à l’édifice en indiquant un point qui n’est pas de détail : la différence entre un "agent" et un officier de renseignement .

    L’Agent est recruté pour une durée déterminée ou pour une opération particulière . On trouve de tout dans cette catégorie , des volontaires et des malgré nous . L’officier lui est le manipulateur, l’organisateur et en général c’est un monsieur tout le monde, plutôt bon père de famille , allant à la messe le dimanche , sorti de Saint cyr ou d’une grande école civile et surtout , surtout, bien dans ses baskets . l’agent peut être sacrifié , il n’est pas de la maison il peut même être étranger . La plupart des agents sont volontaires . En tout cas ils n’émargent pas au ministère de la défense et ne touchent pas de retraite .

    Ce qui n’empèche pas les officiers de se mouiller et d’aller au charbon aux cotés de leurs agents .

    Le livre que je vous ai donné en référence est interessant dans la mesure où il dépeint l’ensemble des services et des personnels faisant du renseignement en France et le fonctionnement de leurs "boutiques".


    Ma petite précision ayant été apportée je me permet de dire sans avoir vu le film qu’il n’est pas sérieux de faire le parallèle entre un terroriste et un officier de renseignement qui sont vraiment de cultures et de natures opposées . Quant à l’agent il est possible de faire ce parralèle dans la mesure où justement il aura été sélectionné pour grenouiller dans les mêmes marigots .

    Bien à vous SANDRA


    • jakback jakback 29 octobre 2008 15:49

      Une phrase de trop, votre enthousiasme pour ce film, m’aurais convaincu, dommage que vous écriviez :

      Le dernier film du genre qui m’a littéralement scotchée à mon fauteuil du premier au dernier plan est le dernier Jason Bourne,  La Vengeance dans la peau, auquel ce Secret Défense emprunte quelques règles et peut se comparer sans avoir à en rougir…

      La douche glacée, le coup poing au plexus, bref le K.O, vous avez aimée la Vengeance dans la peau, auquel Secret Défense peut être comparé. Vous contribuez a l’amélioration de notre pouvoir d’achat en nous faisant économiser 10€.
      Cordialement


      • Mr Mimose Mr Mimose 29 octobre 2008 16:36

        D’accord avec toit Jakback.
        Merci Sandra de m’avoir fait économiser 10 euros à moi aussi.

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