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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Balade pour un père oublié, de Jean Teulé

Balade pour un père oublié, de Jean Teulé

Ni ton woa ma ? (Me reconnais-tu ?). William-Jean-Baptiste a bien des difficultés à être reconnu. Non pas que son physique soit ingrat mais sa profession de clappeur, celui qui fait lever les foules, rire les spectateurs, pleurer le public, ne lui donne que peu de loisirs pour qu’apparaisse sa singularité. Alors il part suivre sa route, chercher non pas à être connu, mais reconnu. Dix femmes borneront son chemin.

Agathe. D’origine brésilienne, elle ne porte pas de sous-vêtements, pas encore. William-Jean-Baptiste la met enceinte un soir et la transporte le jour de l’accouchement dans ses bras jusqu’à l’hôpital. Là il dérobe son enfant, une heure après sa venue au monde. Direction Béatrice.

Béatrice. Cette infirmière rousse était présente la veille au soir lors de l’émission où William-Jean-Baptiste clappait. Il lui avait ramassé sa photo dédicacée de l’animateur de ces dames-dames-dames. Dans l’hôpital où l’enfant naît, elle se souvient pas de la photo pas de celui qui l’a ramassée. Il doit continuer son chemin.

Carla. Il l’a rencontré sur un trottoir de Paris. Elle, la gérontophile. « Ce qu’elle préfère en [lui], [son mari], ce sont les années qui [les] séparent ». Sur un banc du Jardin des Tuileries, William-JB l’attend avec son enfant, emmitouflé dans un vieux numéro de l’Equipe. L’enfant a faim, elle lui donne le sein en plus de celui qu’elle tend au sien. Acharnement thérapeutique rencontre l’Astronome. Bu ton. Elle ne le reconnaît pas. Passons, partons.

Denise. Cette professeur de dessin ne prend le train que quand il pleut. L’eau a de la mémoire et donc le souvenir de celle qu’elle était plus jeune. Elle scrute dans les gouttes qui s’écrasent sur les vitres du TGV son visage passé. Lui, son ancien étudiant, l’a appelé pour qu’elle se joigne à son voyage. Mais, ses souvenirs sont ceux des dessins pas des dessinateurs. On efface, on gomme.

Edelburge. A Bruxelles, on peut tapiner en vitrine. C’est le métier d’Edelburge. William-Jean-Baptiste la revoit dans la gare de la capitale européenne. Elle compte 27.375 amants de plus que lors de leur première entrevue. Elle lui propose le gîte, il prend le couvert et s’endort, près d’un tableau de Toulouse-Lautrec. Mais sa spécialité n’est pas le visage. Changeons de trottoir.

Fidji alias Gwi-Lan ©. L’alcool fort des restaurants chinois guérit des maux de vente autant qu’il en provoque. Il guérit aussi les âmes solitaires. Dans son verre de Mei-kuey-lo, William-Jean-Baptiste l’aperçoit se dénuder quand le verre est plein, puis se rhabiller quand le verre est vide. Ah souvent les femmes varient. Ne pas oublier, rejoindre maman.

Héloïse. Frêle esquisse, Héloïse est timide, de celle qui attende le prince charmant mais qui, une fois celui-ci revenu triomphant des dragons ou des droïdes, ne peuvent plus prononcer un mot. WJB la retrouve, pénètre dans son appartement, lui parle, lui rappelle l’été de leurs cinq ans, où leur alliance des faibles, lui le bègue, elle la muette, n’avait su triompher de la méchanceté juvénile de leurs camarades. Est-ce qu’un bègue bégaie quand il pense ? Le temps de réfléchir, il est re-re-reparti. Absence de répartie.

Irène. Sur le bord de la départementale, Irène cultive son amantier. Un drôle d’arbre où les feuilles ne sont que des radiographies des poumons de ses patients. Elle découvre à Will.J.B. Une bronchite du nourrisson et une fleur à quatre pétales, deux de l’aventurier et deux de son passager clandestin. Reconnais-tu ma radio ? Quelle fréquence ? Toussotons.

J.... Au cimetière, W. tombe sur un os, plusieurs plutôt. Ceux de sa mère, bien tranquille dans sa tombe. Te souviens-tu de ton fils, maman. Je n’ai plus d’yeux pour voir et je suis morte en couche. Je ne t’ai jamais vu mais toujours aimé. Trépassons.

Kiki. Depuis la fin de sa carrière, une femme morte en couche pour cause de mauvais branchement des.... da part, Kiki en boit beaucoup. Virée sitôt commise son erreur, non elle n’a pas souvenir mais quelques pièces à lui donner. Le téléphone sonne.

Lune. Un drôle de personnage frappe à sa fenêtre. Elle a cinq ans. Le temps qu’il a passé à l’hôpital pour soigner ses fractures. Il lui tend un poignard en plastique en guise de cadeaux. Elle refuse. Je suis une fille moi, et ton cadeau, c’est un cadeau pour garçon. Co-co-comment ? Son fils est une fille. Il tombe de la gouttière. Chutons.

Agathe again. Nu comme un roi, William-Jean-Baptiste s’enfuit et un camion le percute. Ses yeux se ferment. Mais je te reconnais moi, dit la maman de Lune. Trop tard, l’artiste est mort.

Balade, pour un père oublié, de Jean Teulé.


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2 réactions à cet article    


  • Bill Grodé 23 avril 2009 20:32

    J’ai pas tout compris, mais j’ai été aspiré par l’étrange atmosphère poétique et mystérieuse. Captivant.


    • Mikaël Cabon Mikaël Cabon 23 avril 2009 23:00

      C’est un livre qui se lit avec regret... celui de le voir si court
      MC

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