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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « Ballons montés » et « Boules de Moulins »

« Ballons montés » et « Boules de Moulins »

Disons-le tout net, les « boules de Moulins » ont été un échec, mais elles ont constitué l’une des expériences postales les plus originales. Et une étonnante tentative de violation du blocus imposé aux Parisiens par l’armée prussienne durant le siège de 1870. Quant aux « ballons montés », imaginés eux aussi pour forcer ce blocus, ils ont officiellement inauguré la Poste aérienne...

19 septembre 1870. Après trois jours d’intenses combats autour de Paris, notamment pour tenir les positions fortifiées de Clamart et Châtillon, les troupes françaises du général Ducrot, vaincues, abandonnent sans gloire le terrain à l’armée prussienne. Au soir de cette déroute, la capitale et ses faubourgs sont totalement encerclés. Bismarck, installé dans le château des Rothschild à Ferrières-en-Brie, peut pavoiser : le « Siège de Paris  » commence.

Un siège particulièrement dur dont de nombreux journalistes et écrivains rendront compte de manière souvent très réaliste. Impossible d’entrer ou de sortir de la capitale, totalement verrouillée par les Prussiens : les messagers qui tentent de forcer le blocus sont fusillés et les chiens dressés sont abattus. La communication avec l’extérieur, et notamment avec les membres du gouvernement repliés à Tours, est pourtant essentielle, tant sur le plan politique que sur le plan militaire, et le dernier câble télégraphique immergé a été coupé par les Allemands. C’est alors qu’entre en piste un… photographe ami de Jules Verne : Gaspard-Félix Tourmachon, plus connu sous le nom de Nadar.

Passionné par les montgolfières, Nadar dirige la Compagnie Générale Aérostatique dont le siège est domicilié dans son atelier du 35 boulevard des Capucines. Après avoir fait des offres de service au général Trochu, gouverneur de la Défense nationale, il obtient le feu vert des autorités pour la construction de « ballons montés » destinés à acheminer du courrier vers la province, hors de portée des troupes allemandes. Nadar crée alors la Compagnie des Aérostiers militaires avec ses amis Camille Legrand (dit Dartois) et Jules Duruof. Sous leur impulsion, des ateliers de fabrication de montgolfières sont installés dans les gares d’Austerlitz, de l’Est et du Nord désertées de tout trafic ferroviaire pour cause de blocus, et une première base d’envol est implantée au pied de la Butte-Montmartre. Le 23 septembre, un premier ballon, le Neptune, est largué avec à son bord 36000 lettres. Il atterrira sans dommage près d’Évreux.

Du pigeon voyageur au cylindre à ailettes

Faute d’aéronautes, Nadar et ses amis recrutent des volontaires à qui l’on enseigne les rudiments du pilotage des aérostats. Au cours des 136 jours du siège, 67 ballons montés partiront de l’un des divers points d’envol de la capitale, emmenant avec eux un total de 99 passagers et... 2,5 millions de lettres ! Deux de ces ballons, poussés par un fort vent d’est, disparaîtront dans l’Atlantique (le Jacquard et le Richard Wallace). D’autres s’abimeront à l’atterrissage en occasionnant des blessures à leurs occupants. Un autre se posera en zone occupée (le Montgolfier). Léon Gambetta aura plus de chance : parti de Paris à bord de l’Armand-Barbès le 7 octobre en compagnie de son collaborateur Eugène Spuller et de l’aérostier Trichet, il atterrit à Montdidier (Somme) et peut rejoindre le gouvernement provisoire de Tours pour tenter d’organiser la défense du territoire. Gambetta et ses compagnons emportaient avec eux 4000 lettres. Il en ira de même pour les 66 autres ballons : tous seront porteurs de courriers destinés à des correspondants de province et de différents pays européens (80000 ressortissants étrangers on été piégés dans Paris).

L’utilisation des ballons montés se heurte toutefois à une énorme difficulté : comment recevoir en retour dans la capitale assiégée du courrier de province et de l’étranger ? Quelques tentatives aérostatiques seront effectuées à différentes reprises lors du Siège, mais victimes de vents défavorables toutes seront sanctionnées par des échecs. Certes, il y a les pigeons voyageurs expédiés par ballon vers la province dans des cages d’osier pour être renvoyés vers Paris porteurs de messages, mais le pigeongramme (support micro-photographié) qui a été introduit dans une section de penne d’oiseau fixée sous la queue du pigeon ne contient au maximum que 2000 brèves dépêches. Un rendement qui, nécessité oblige, sera pourtant perfectionné de manière spectaculaire par le procédé de René Dagron consistant à transférer sur un support de collodion de multiples textes photographiques réduits à une surface de quelques millimètres carrés. Grâce à ce génial procédé, ce ne sont plus 2000 mais 30000 dépêches qui arrivent désormais dans un petit tube métallique fixé sous l’aile. Malheureusement, sur les 375 pigeons qui seront envoyés vers la province, 57 seulement retrouveront leur pigeonnier parisien, l’un d’entre eux, victime d’une balle prussienne ayant perdu son tube et plusieurs plumes de sa queue

Le problème semble difficilement soluble lorsqu’au début du mois d’octobre un dénommé Louis-Émile Robert présente au général Trochu le projet qu’il a conçu avec MM. Delort et Vonoven. Inspiré d’une méthode de contrebande en usage à la frontière franco-belge, il consiste à livrer au courant de la Seine en amont de Paris des cylindres de zinc munis de 12 ailettes et rendus étanches par un couvercle soudé. Chaque cylindre peut contenir environ 600 lettres. D’un diamètre de 13 cm pour une hauteur de 20 cm, il comporte à ses extrémités deux petites poches d’air destinées à ajuster de manière optimale son poids par obturation de la poche. Lesté par le courrier, le cylindre, soigneusement pesé, doit afficher une pesanteur en principe supérieure… d’un milligramme au poids spécifique de l’eau ! Immergé en amont de la capitale, le cylindre est censé se mouvoir entre deux eaux à la manière d’une roue à aubes avant d’être récupéré dans Paris assiégé à l’aide d’un filet tendu en travers du fleuve. 

Naissance de l’Aéropostale

Après un essai réussi dans la capitale, la décision est prise d’organiser cet étonnant service postal. Les lettres, écrites sur du papier pelure, devront peser au maximum 4 grammes. En accord avec l’administration postale, le courrier à destination de Paris sera centralisé à Moulins et portera la mention « Paris par Moulins (Allier) ». Le tarif est fixé à 1 franc par lettre, 20 centimes allant à l’administration et 80 centimes dans la poche des inventeurs du système (moitié lors de l’envoi, moitié après réception) ! Quatre cylindres et un ballon sont fabriqués, et le 7 décembre 1870 Delort et Robert s’envolent à bord du ballon Denis Papin. Tandis que Delort s’installe dans l’Allier pour superviser la fabrication des boules, leur remplissage et leur acheminement vers Cosne-sur-Loire, Robert se charge de les récupérer dans cette localité puis, déguisé en paysan, de les transporter et de les mettre à l’eau en amont de la capitale, le plus près possible des lignes prussiennes. La première boule de Moulins sera immergée à Bray-sur-Seine le 4 janvier 1871. D’autres le seront à Sanois puis à Thomery et Montereau, moins exposées à la surveillance allemande. Vonoven, resté à Paris, est chargé de récupérer les « agents », nom que leurs inventeurs ont initialement donné à ces étonnants cylindres postaux.

55 boules de Moulins seront mises à l’eau entre le 4 et le 28 janvier 1871. Interceptées par les Prussiens, envasées, prises dans les racines des rives ou insuffisamment étanches, aucune ne parviendra à destination dans les filets tendus par Vonoven au Port-à-l’Anglais entre Vitry et Alfortville. Toutes les boules ne seront pas perdues pour autant : le Siège de Paris levé, la première boule sera retrouvée aux Andelys le 6 mars ; trois autres seront repêchées au cours de cette année 1871. D’autres découvertes s’étaleront ensuite jusqu’en 1910. Au total, une trentaine de boules de Moulins seront récupérées, les dernières en Seine-Maritime, à Saint-Wandrille en 1968, et à Vatteville-la-Rue le 14 avril 1982. Avis aux amateurs, il reste environ 25 boules de Moulins à repêcher, avec à la clé un joli pactole lié à la valeur philatélique de leur contenu. 

Joli pactole également avec les lettres expédiées par ballons montés, la cote de certains plis atteignant plusieurs milliers d’euros. Normal : ces lettres font partie de l’histoire balbutiante d’une Aéropostale qui ne s’appelait évidemment pas encore comme cela. Elles ne sont toutefois pas les véritables pionnières de la Poste aérienne.
 
Cette grande première a été réalisée quelques jours plus tôt lors du Siège de Metz. Entre le 5 et le 14 septembre 1870, 14 petits ballons (un mètre de diamètre), tous porteurs de lettres, ont en effet été largués à l’initiative du pharmacien militaire Jeannel et du médecin-major Papillon, initiateurs de ce qu’ils présentent au général Bazaine, commandant la place de Metz encerclée, comme la « Poste aérostatique ». 7 de ces ballons, dits « ballons des pharmaciens », seront recueillis en zone française, les autres étant retombés derrière les lignes prussiennes. Une douzaine d’autres ballons, d’une taille supérieure (trois mètres de diamètre), seront lancés entre le 16 septembre et le 3 octobre, chacun d’entre eux emmenant environ 10000 dépêches. Ces courriers et dépêches, tous écrits sur du papier pelure, sont connus sous le nom de « papillons de Metz ». Un bien joli nom pour une bien belle histoire !
 

Documents joints à cet article

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26 réactions à cet article    


  • Fergus Fergus 1er février 2010 10:08

    Légende des illustrations :

    1) Boule de Moulins conservée au Musée de la Poste
    2) Timbre du Bicentenaire de la Poste aérienne (1970)
    3) Lettre expédiée par « Ballon monté » à un correspondant de Port-Saïd (Egypte)
    4) Projection d’un pigeongramme et transcription des dépêches à la main
    5) Lettre expédiée par « Boule de Moulins » à un correspondant parisien


    • Mania35 Mania35 1er février 2010 10:56

      Bonjour Fergus,
      Merci pour cette intéressante page d’histoire. Je connaissais l’usage des ballons et des pigeons voyageurs lors de ce siège, mais pas celui des Boules de Moulins.
      Bonne journée.


      • Fergus Fergus 1er février 2010 11:20

        Salut, Mania35.

        Si l’usage des ballons et des pigeons durant le Siège de Paris sont en effet connus, il n’en va pas de même pour les Boules de Moulins dont la notoriété ne dépasse guère le monde des philatélistes ou celui des passionnés de l’histoire mouvementée du 19e siècle.

        Je profite de ce commentaire pour ajouter qu’au nombre des déboires qu’ont connus les Boules de Moulins s’est ajouté l’extrême rigueur de l’hiver 70-71, des blocs de glace charriés par la Seine ayant arraché un premier filet tendu par Vonoven au Port-à-l’Anglais. Quand ça ne veut pas sourire...

        Bonne journée.


      • Lisa SION 2 Lisa SION 2 1er février 2010 11:24

        Slu Fergus,

        que ça fait du bien un article avec des quantités de noms de méritants sans un seul de nos dominants le paf actuel quotidien. Bel hommage que vous rendez là à tous ces petits inventeurs ingénieux qui n’avaient de motivation que de sauver la France et non pas la vendre une bouchée de pain comme on peut le voir aujourd’hui. Cela me fait dire que tous les propriétaires actuels de grosses berline allemandes sont déjà les collabos de demain. C’est curieux, pendant l’histoire des ballons montés, j’imaginais déjà le retour sous les eaux. Comme quoi.

        C’est fou de savoir à quel point la communication était la clé de toutes les batailles, et je ne peux pas m’empêcher de penser que c’est pour cette raison que nos dominants cherchent à couper l’internet. Reste à savoir si nous sommes les pigeons qu’il croient, et c’est une bonne idée que vous avez eu de remettre ce sujet sur la table, dès fois qu’on en ait bientôt besoin...

        Merci à vous pour ce beau voyage. L.S.


        • Fergus Fergus 1er février 2010 11:43

          Un grand merci à vous, Lisa Sion, pour ce commentaire.

          De tous temps (y compris durant l’Antiquité), la communication a en effet été l’une des clés, sinon LA clé des succès militaires. Pas de stratégie possible sans elle, pas de tactique réussie sans une communication efficace et la plus rapide possible. Communication et renseignement (l’un n’allant pas sans l’autre) ont d’ailleurs désormais largement pris le pas (ou sont en voie de le faire) sur tous les autres aspects de l’action militaire, de la lutte antiterroriste et de la conquête du... pouvoir politique.

          De là à penser que les gouvernants (les « dominants » comme vous l’écrivez justement) cherchent sinon à couper Internet, du moins à le circonscrire, à lui couper les ailes, à le priver des contre-pouvoirs qu’il est en train de bâtir via certains réseaux sociaux ou médias citoyens, il n’y a effectivement qu’un pas. D’où la nécessité, en effet, de rester vigilants et, la menace se précisant, de se mobiliser le moment venu pour défendre bec et ongles cet outil contre les agressions autocratiques.

          Bonne journée.


        • eugène wermelinger eugène wermelinger 1er février 2010 12:26

          Bonjour Fergus et votre article qui m’en a appris. Merci et félicitations.
          Lisa soulève un point important : comment d’ores et déjà contourner ici ou ailleurs un blocus d’Internet.
          Toutes les idées sont les bienvenues, et il vaudrait mieux déjà avoir d’avance un plan B. même x, y z ! 


        • Fergus Fergus 1er février 2010 13:06

          Bonjour, Eugène, et merci pour votre commentaire.

          Vous avez entièrement raison de soutenir les propos de Lisa. Il est évident que des menaces pèsent sur Internet et sur ceux qui utilisent ce média pour donner de la voix et se faire entendre du plus grand nombre au service d’une liberté d’expression, et peut-être un jour d’une liberté tout court, menacées par les censeurs et les affidés d’un pouvoir toujours plus autocratique et replié sur les exorbitants privilèges d’une minorité.

          Sans doute faudrait-il envisager d’ores et déjà des ripostes ou mieux, la meilleure défense étant l’attaque, constituer des Comités de vigilance. Nous pourrions peut-être commencer à en parler sur des forums...


        • eugène wermelinger eugène wermelinger 1er février 2010 13:49

          constituer des Comités de vigilance. 


          bonne idée : à creuser. 

        • Mmarvinbear mmarvin 2 février 2010 16:48

          Warf !

          "Bel hommage que vous rendez là à tous ces petits inventeurs ingénieux qui n’avaient de motivation que de sauver la France et non pas la vendre une bouchée de pain comme on peut le voir aujourd’hui"

          Mon pauvre... Le courrier acheminé de cette façon était 5 fois plus cher que la normal ! La lettre à 20 centimes était payée 1 franc ! Les 80 centimes allaient dans la poche des concepteurs...

          Pas d’autre motivation, vraiment ???


        • Fergus Fergus 2 février 2010 17:56

          Bonjour, Mmarvin.

          En de telles circonstances, on trouve de tout : des passionnés qui se mettent bénévolement au service de leur pays, ce qui a été assez largement le cas de Nadar et de ses amis, et des affairistes désireux de tirer profit de leur invention, tels les promoteurs de la « boule de Moulins ».

          Cela a toujours été le cas, et sans doute cela le sera-t-il encore dans l’avenir, tant au niveau des individus que des états. On peut en effet le regretter.


        • Mmarvinbear mmarvin 2 février 2010 19:03

          Je précise que je ne critique nullement le fait d’être rémunéré pour une invention ou une création, fut-ce en temps de guerre.

          Mais il ne faut pas croire dans ce cas que le « sauvetage de la Patrie » avait pris le pas sur le reste...

          De plus, (mais il faudrait que je retrouve les références...), j’ai lu a ce sujet que les boules de Moulins avaient été retardées dans leur utilisation par le fait que leurs concepteurs les utilisaient sous l’égide d’une société privée qu’ils avaient baptisée « poste libre ». Les députés s’en sont émus, arguant qu’en France il ne pouvait y avoir qu’une seule Poste. Ils ne donnèrent leur feu vert qu’après changement de nom de la société.


        • Fergus Fergus 3 février 2010 09:30

          « Sauver la patrie » n’est en effet pas toujours la principale motivation des innovateurs. Mais, comme vous le soulignez, cela n’a qu’une importance relative dans la mesure où leurs idées et leurs actions peuvent contribuer à servir le pays, fut-ce de manière rémunérée (une règle quasi généralisée dans le renseignement).

          Je n’ai pas eu connaissance d’un projet de « poste libre » mais il me semble tout à fait plausible qu’il ait existé. Cela dit, une telle tentative était vouée à l’échec face à la pugnacité, pour ne pas dire l’hostilité, du directeur de l’administration postale, le très rigide Gustave Rampont-Léchin. Nadar et ses amis ont eux-mêmes connu des difficultés avec lui et ont eu toutes les peines du monde à obtenir le décret validant les « ballons montés ». L’accord concernant les « boules de Moulins » a été tout aussi difficile à lui arracher.

          En revanche, le patron des postes de Moulins, un dénommé Bertrand, s’est mis sans la moindre arrière-pensée au service de Robert et Delort, participant même à la préparation des boules.

          Bonne journée.


        • jack mandon jack mandon 1er février 2010 11:46

          @ Fergus,

          Avec le décalage, l’histoire prend des allures d’historiette et de guinguette, sauf respect pour les victimes humaines de tous les camps.
          Sans compter que cette guerre de 1870 allait modifier profondément le cours de l’histoire du monde au plan territorial pour un nouveau monde en pleine expansion.
          La vie des parisiens, des bourgeois d’alors n’était pas triste...

          Durant les 135 jours que dura le siège, on dit que l’humiliation la plus grave des bourgeois de Paris fut d’avoir mangé du rat. Il y eut des boucheries canines et félines. En décembre 1870, après trois mois de siège, le rat coûtait 3 francs, un chat 10 francs, un œuf 2 francs et un boîte de sardines 5 francs. On pêcha aussi les poissons de la Seine, de la Marne et des lacs du bois de Boulogne. Dans les restaurants de luxe, on servit les animaux du zoo et du Jardin d’acclimatation.

          L’homme s’adapte apparemment joyeusement...c’est l’impression que l’on a avec le recul.

          Merci pour ce premier voyage en ballon avec les« petites jambes » ( Gambetta)


          • Fergus Fergus 1er février 2010 12:58

            Bonjour, Jack Mandon.

            Vous avez, hélas, raison de souligner cet aspect : trop souvent, les guerres sont présentées sous des angles ancedotiques et parfois cocasses. Et peut-être y ai-je participé en écrivant cet article sous un angle essentiellement technique qui passe sous silence les trop nombreuses victimes de ce conflit.

            Je ne les ai pourtant pas oubliées, ces victimes, tant françaises que prussiennes, d’une guerre rendue plus dure encore par les conditions climatiques. Mais, de même que j’ai volontairement écarté du propos le contexte politique (défaite de Sedan, chute de Napoléon III et proclamation le 4 septembre de la 3e République), j’ai écarté les descriptions de la situation sanitaire et alimentaire de la capitale pour ne pas trop alourdir cet article.

            Cela dit, pour ce qui est du « joyeux siège » vécu par les bourgeois, il est infiniment probable qu’il n’a laissé des « bons souvenirs » (l’homme a une capacité exceptionnelle à cet exercice de bonification) qu’à ceux qui n’ont pas trop souffert de la famine et de la maladie. Cela n’a pas été le cas de l’écrasante majorité de la population, sortie très affaible de cette épreuve.

            Un dernier point : vous avez souligné que ce conflit, et les évènements politiques qui l’ont amené ou qui l’ont suivi, ont constitué un tournant dans l’histoire. Et vous avez raison. c’est pourquoi je trouve dommageable pour la compréhension du monde dans lequel nous vivons que cette période soit aussi mal connue de nos concitoyens.


          • JL JL 1er février 2010 12:04

            Bonjour Fergus, bien que n’étant pas philatéliste, je vous remercie pour ce texte passionnant et instructif qui m’en a appris.

            Vous dites : « le cylindre est censé se mouvoir entre deux eaux à la manière d’une roue à aubes ». J’avoue que je ne vois pas l’intérêt des aubes, sinon même un inconvénient par rapport à des boules rondes et lisses.

            D’autre part, savez-vous s’il y avait un code secret pour les dépêches stratégiques ?


            • Fergus Fergus 1er février 2010 13:33

              Content que ce texte vous ait intéressé, JL.

              N’étant pas ingénieur, j’ai pensé comme vous, lorsque j’ai découvert les Boules de Moulins naguère, qu’une sphère lisse risquerait moins d’être arrêtée par un obstacle et remplirait mieux sa mission.

              Les spécialistes de l’époque ont pensé et démontré lors d’essais que le cylindre possédait de meilleures dispositions en matière de dynamique immergée du fait du mouvement rotatif induit par les ailettes. Nul en physique, je m’en remets à eux sur ce plan. Je note cependant que de nombreuses Boules de Moulins ont disparu ou ont mis un temps considérable à effectuer le parcours jusqu’à leur lieu de repêchage ; peut-être les ailettes, en facilitant l’accrochage dans la végétation immergée des rives ou dans les vases grasses, ont-elles au contraire été plus un inconvénient qu’un avantage ? J’avoue ma perplexité sur le sujet.

              Pour ce qui est des dépêches stratégiques confiées aux Ballons montés ou aux Boules de Moulins, il est probable qu’elles étaient chiffrées. Cela dit,à ma connaissance l’essentiel des documents de ce type a été confié dans le sens Province-Paris aux pigeons voyageurs, les Boules de Moulins étant, pour l’écrasante majorité du courrier transporté, de nature privée.

              Bonne journée. 




            • Lapa Lapa 1er février 2010 13:28

              Bonjour Fergus,

              merci pour votre article de boules fort instructif smiley


              • Fergus Fergus 1er février 2010 13:42

                Bonjour, Lapa.

                Content que mes boules, enfin celles de Moulins, vous aient intéressé !


              • Lisa SION 2 Lisa SION 2 1er février 2010 13:47

                Deux petites pistes, les ailettes tournant donnent de l’inertie à l’objet qui ainsi résiste aux changements de directions par exemple... ? Les ailettes peuvent faire croire à une mine et décourager quiconque d’y toucher... ?

                Et celle là : on est en 1917, et un pécheur voit des remous se former à la surface et une sorte de gros tonneau sortir de l’eau. Un couvercle s’ouvre et un barbu sort la tête et demande : Elle est finie la guerre ? , non, répond le pécheur ! Salaud de Bismark  ! s’écrie le vieux loup en refermant son couvercle pour replonger dans un concert de grosses bulles.


                • Fergus Fergus 1er février 2010 16:30

                  Pour ce qui est des mines, je ne suis pas sûr qu’il ait existé à l’époque des mines marines, contrairement aux mines terrestres qui existaient depuis fort longtemps. Certaines étaient même nommées « fougasses » au 18e siècle, du nom de ce pain que l’on trouve en Provence ou de cette brioche pralinée très répandu dans le sud de l’Auvergne.

                  Blague à part, cette amusante histoire de tonneau fait penser à ces combattants japonais que l’on a retrouvé des années après la guerre (jusque dans les années 70) dans les jungles de Guam ou de Guadalcanal. L’histoire ne dit pas s’il se sont écrié « Salaud de Roosevelt ! »


                • Papybom Papybom 1er février 2010 14:55

                  Bonjour Fergus.

                  J’avais offert à un de mes fils : Les plus belles inventions du monde.

                  Mais, l’ingrat, il est parti avec. Je découvre grâce à vous, cette page de l’histoire.

                  Je comprends mieux l’expression favorite des Moulinois : « J’ai les boules ! ».

                  Tout s’explique d’une façon historique !

                  Cordialement.


                  • Fergus Fergus 1er février 2010 16:18

                    Bonjour, Papybom.

                    Offrir des cadeaux pour en profiter soi-même est plutôt bien pensé. Sauf évidemment si le bénéficiaire se carapate avec...

                    « Avoir les boules » est peut-être moulinois, mais pas seulement. Même à Paris où ces boules ne sont jamais arrivées (certaines n’ont fait que passer, les ingrates !), il existe une « rue des Deux Boules ».

                    Rien à voir avec les boules de Moulins. Et n’en déplaise aux internautes égrillards, aucun rapport (pas même sexuel) avec le jeu que porte en toutes circonstances 50% de l’humanité. Le nom est tiré de l’enseigne d’un chapelier et non de celui d’un théâtre érotique tel celui (Théâtre des Deux Boules) qui a disparu rue des Ecoles, probablement vaincu par le déferlement des DVD spécialisés.

                    Cordiales salutations également.


                  • adeline 1er février 2010 19:54

                    Très interessant Fergus merci à vous


                    • Fergus Fergus 1er février 2010 20:00

                      C’est moi qui vous remercie, Adeline, d’avoir bien voulu m’accompagner dans le Paris assiégé de1870.


                    • brieli67 22 février 2010 17:10

                      @ Fergus

                      Les Tours de Chappe ... Humm ! hors services ?
                       Il y a encore des sémaphores sur le trajet Strasbourg - Paris.

                      Dans tes recherches, as tu croisé des données « spécifiques »
                      sur le siège de Strasbourg et celui de Belfort ?


                      • Fergus Fergus 22 février 2010 17:57

                        Salut, Brieli.

                        Je sais qu’il existe encore quelques « tours de Chappe » pour la bonne raison que j’en connais une à Saint-Marcan, à environ 60 km de mon domicile (Rennes).

                        En ce qui concerne les sièges de Strasbourg et Belfort, je n’ai rien trouvé de particulier en écrivant cet article, mais j’ai déjà eu l’occasion dans un passé déjà lointain de m’intéresser au cas particulier de Belfort, ayant été sensibilisé à ce siège lors de mon passage dans une école communale parisienne située à 300 m de la place Denfert-Rochereau où trône unereproduction du lion de Bartholdy.

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