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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « Bates Motel » : la généalogie de « Psychose »

« Bates Motel » : la généalogie de « Psychose »

Après les insignifiantes The Cleaner et Breakout Kings, A&E passe enfin à la vitesse supérieure. Lancée le 18 mars, la série Bates Motel s’inscrit sans complexe dans les pas du grand Alfred Hitchcock. À mi-chemin de Twin Peaks et de Psychose, cette création signée Anthony Cipriano a tout de l’exercice périlleux, mais s’en sort néanmoins avec les honneurs.

Alfred Hitchcock a définitivement la cote. Alors que Sacha Gervasi vient de lui consacrer un biopic mi-figue mi-raisin, c’est aujourd’hui la chaîne câblée A&E qui prend à son compte la genèse de Norman Bates, le héros de Psychose, monument du septième art s’il en est. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que Bates Motel joue des épaules pour se hisser parmi les références du genre. Pour ce faire, la série peut compter sur une mécanique bien rodée : une atmosphère oppressante, des intrigues qui s’entremêlent, des personnages secondaires habilement développés et une réalisation convaincante. Freddie Highmore (Neverland, Charlie et la Chocolaterie) y tient le rôle principal, tandis que l’implacable Vera Farmiga (In the Air, Les Infiltrés) incarne avec maestria Norma, une mère hyper possessive, voire carrément castratrice, et complètement déséquilibrée.

Cette préquelle est non seulement l’œuvre du showrunner Anthony Cipriano, mais aussi de Carlton Cuse et Kerry Ehrin, respectivement scénaristes de Lost et de Friday Night Lights. Ensemble, ils transposent l’adolescence du héros de Psychose à l’époque contemporaine. De quoi alimenter les anachronismes, tant par les décors que par le personnage de Norman Bates. Car c’est sans doute là que le bât blesse : la série se trouve inutilement arrimée au chef-d’œuvre d’Alfred Hitchcock, alors qu’elle se suffit amplement à elle-même. Les auteurs en subissent évidemment les contrecoups, devant sans cesse veiller à respecter l’esprit originel de l’histoire, pour ne pas fâcher les nombreux puristes hitchcockiens. Comment dès lors sortir des sentiers battus et faire montre d’originalité ? On voit poindre, à des kilomètres, le piège de l’autocensure, toujours délicat à manœuvrer. Heureusement, cela reste pour l’heure sans conséquence.

Norma et Norman

Lui, c’est Norman, l’adolescent trop mature pour son âge, trop protecteur à l’égard de sa mère. Elle, c’est Norma, la figure maternelle castratrice par excellence, une femme instable, mentalement fragile, qui attire les problèmes comme le miel le fait avec les abeilles. Entre eux : une relation toxique mêlant jeux de possessivité et de culpabilisation. Nul doute que Bates Motel observe avec un appétit insatiable des protagonistes qui s’empoisonnent mutuellement, qui cherchent à préserver à tout prix un équilibre socioaffectif pourtant destructeur. Leurs principales caractéristiques ? Une mélancolie pesante, une normalité de façade et des secrets jalousement gardés.

Cependant, détrompez-vous : il ne s’agit nullement d’un binôme, mais bien d’un triangle familial. Car Dylan, le demi-frère aîné, fait rapidement irruption, brisant ainsi le cocon immuable qui prévalait jusque-là. Il s’impose vite comme l’anti-Norma, celui qui s’évertue à raisonner Norman, devenant au fil du récit plus une boussole qu’un lointain parent de passage. Une fois l’équilibre rompu, les trois personnages vont se familiariser avec le fil du rasoir, qu’ils ne quitteront pas de sitôt. De quoi creuser questions psychologiques et morales. Car Bates Motel fait clairement écho à un certain stade primaire de l’inceste et de la maladie mentale.

Une petite ville paisible…

D’emblée, les sériephiles l’ont compris : Twin Peaks a inspiré Bates Motel autant, si pas plus, que Psychose. Comme sa grande sœur, la petite ville de White Pine Bay regorge de secrets et d’affaires en tout genre. L’arrivée de la famille Bates déclenche une série d’événements qui vont progressivement mettre en lumière les recoins les plus obscurs de ces contrées qui ne paient pas de mine. Plus qu’une radiographie de la famille américaine déconstruite et névrosée, Bates Motel fait état de ces sociétés repliées sur elles-mêmes, où les habitudes et la résignation viennent banaliser les pires bassesses. C’est là où Anthony Cipriano parvient à joindre la partie – une cellule familiale éclatée et malade – au tout – une ville anodine livrée à elle-même, renfermant les secrets les plus malsains. Et, comme dans Les Revenants, ce sont bel et bien les frontières géographiques qui délimitent l’étendue de l’action (en ce qui concerne la première demi-douzaine d’épisodes en tout cas).

A&E enclenche le turbo

C’est une certitude : Bates Motel a su redéfinir les standards programmatiques de la petite chaîne A&E. Plutôt salutaire quand on sait que, sur le terrain de la téléfiction, cette dernière a fort à faire face aux géants que sont HBO, Showtime ou encore AMC. Et si la préquelle de Psychose souffre de substantielles lacunes, à commencer par ses nombreuses fautes de rythme, notamment dans l’introduction des Bates, elle n’en reste pas moins un modèle d’efficacité. Avec son casting quatre étoiles, son suspense bien calibré et sa mise en scène percutante, elle en a assurément sous la semelle. D’autant plus que sa photographie n’a rien à envier aux piliers du genre et que son univers dépressif demeure toujours cohérent, quand il n’est pas simplement jubilatoire.

Si A&E peinait jusqu’ici à convaincre, Bates Motel constitue un premier coup de force prometteur. Bien loin des anecdotiques The Cleaner ou Breakout Kings, elle a au moins deux mérites notables : ceux de l’originalité et de la maturité.

 

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