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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « Batman 3 » : si bath que ça ?

« Batman 3 » : si bath que ça ?

Batman, le Chevalier Noir protecteur de Gotham City, est de retour au cinéma grâce à M. Wayne et à Christopher Nolan. Cette fois-ci, il est au plus mal : en fuite, traqué comme un animal blessé, notre légendaire homme chauve-souris doit faire face à une femme fatale redoutable et cleptomane (Catwoman) et à un ennemi féroce d’un genre nouveau : le terroriste masqué Bane. A coup sûr, ça va cogner ! 

Il serait faux de dire que Batman 3, The Dark Knigt Rises, est un mauvais film. Il est même plutôt prenant, du 3 sur 5 pour moi. On ne s’y ennuie pas. Avec notamment ses gadgets technologiques à profusion, il comporte des passages vraiment séduisants. Les séquences humides ou enneigées offrent une belle poésie visuelle, et le plan crépusculaire du masque de Batman au sol est une jolie métonymie pour dire la déroute du vengeur masqué, en guerre permanente contre le crime. De toute évidence, certains moments du film valent largement le détour, que l’on pense par exemple à la séquence désormais fameuse du terrain de foot bourré d’explosifs qui s’effondre sur lui-même ou encore à la belle trouvaille numérique de la moto de Batman à larges roues (la Bat-Pod, je crois) qui tourne sur elle-même pour partir dans des directions un peu folles, façon les Moto-Terminators de Terminator Renaissance (2009) ; et il y a un beau raccord dans l'axe dans The Dark Knight Rises, cf. la discussion entre Bruce Wayne et Lucius Fox (Morgan Freeman). C'est un film qui ne manque pas d’élégance, on pourrait aussi s’attarder sur les poses aguicheuses que prend la sexy Catwoman (la jolie Anne Hathaway) sur son bolide, pour autant on aurait pu s’attendre à mieux, le meilleur côtoie par instants le pire : sans révéler la fin - pour ceux qui n’auraient pas encore vu LE blockbuster de cet été - la prestation de Marion Cotillard n’est pas, avouons-le, des plus inoubliables et le plan de la procession des flics s’avançant pour combattre la horde de malfrats en roue libre semble tout droit sorti d’un clip néoconservateur promotionnel au service de la police newyorkaise et de l’idéal sécuritaire, au secours !

Autant le film de Christopher Nolan est habile pour mélanger des sources diverses [tragédie grecque et allusions politiques (société ultra-violente, trauma post-11 septembre, prison d’Abou Ghraib, menace nucléaire, rapports de classe, capitalisme sauvage, mainmise de la finance sur l’humain)], autant il n’y va pas avec le dos de la cuillère pour développer son récit et parvenir à ses fins (servir sa démonstration que… Tout va s’embraser). Pontifiant à souhait, grandiloquent, fier de lui jusqu'à la prétention et à la pompe, Batman 3 n'est pas mauvais, loin de là, mais il a une fâcheuse tendance à se regarder un peu trop le nombril. OK, et c’est tout à fait louable, il tire le film de super-héros vers l’âge adulte, ça c’est chouette, pour autant, question « puissance de feu » (pour reprendre l’une des expressions du film), Nolan semble manquer de jus, comme s’il ignorait qu’il venait chasser tambour battant sur les terres précédemment labourées, et avec talent, par James Cameron, Ridley Scott, Tim Burton et Steven Spielberg. L’Anglais Christopher Nolan n'est pas un mauvais cinéaste, loin de moi cette idée, mais il est, au risque je vous l’accorde de faire un tant soit peu la fine bouche ici, particulièrement moyen en ce qui concerne sa maîtrise de l’écriture cinématographique. Au fond, c’est un peu ça son problème.

Là où Nolan s'en sort le mieux c'est dans l'exploitation de sa marque de fabrique, ou diront ses détracteurs de son fonds de commerce, à savoir miser sur la noirceur du monde actuel et l'angoisse existentielle de ses personnages, en l'occurrence ici Batman. Que l’on pense à Memento, Insomnia (à mes yeux son meilleur film) ou Inception, Nolan est toujours habile pour développer une vision apocalyptique et paranoïaque du temps présent et pour dépeindre le désordre mental de ses « héros ». Mais Christian Bale, si bon soit-il dans son rôle d’homme chauve-souris (quoi qu’il en fasse un peu beaucoup avec sa voix d’outre-tombe !), n'est pas Heath Ledger : il ne livre pas ici une composition hallucinante. Il faut dire que The Dark Knight bénéficiait d'un atout majeur : le côté jusqu'au-boutiste d'un acteur suicidaire, attiré par les puissances de l'ombre. Le joker de Batman 2 c’était justement son Joker. En quelque sorte, le Joker du film jouissait alors d'une plus-value relevant du « méta-cinéma » : le suicide de l'acteur, insomniaque et gavé de médocs, dans le réel. Avec The Dark Knight Rises, on a aussi, entre guillemets, du méta-cinéma : en juillet dernier la fusillade abominable [12 morts, 40 blessés] dans un cinéma de Denver, Colorado, lors d’une avant-première du film Batman 3. Ainsi, celui-ci, pendant le visionnage, prend une teinte dantesque. Pour autant, c'est un fait divers qui échappe au film. Alors que le Joker suicidaire était comme une suite logique a l'équipée terroriste de l'homme au sourire figé, on se souvient encore de ses envolées lyriques bien sombres : « Certains hommes sont sans but logique, comme l’argent. On ne peut les acheter, les intimider, les raisonner où les amener à négocier. Certains hommes veulent juste voir le monde brûler. (…) On vit dans un drôle de monde. A ce propos, tu veux savoir comment j’ai eu ces cicatrices ? » ; cette fente rouge sang sur le visage était déjà un appel à la faille, au déséquilibre, au meurtre. Devant The Dark Knight Rises, on se dit juste que, pour les plus faibles d'esprit, la bande-son tonitruante et l'appel du gouffre face à la noirceur réaliste post-capitaliste contemporaine (Gotham City = New York post-11 septembre) peuvent leur taper sur le ciboulot, hélas ; cf. le cinglé James Holmes, le « Joker du Colorado » (photo n°2). Pour les cinéphiles patentés, on y verra surtout un film assez balourd, bien calé entre la balourdise formelle (Hans Zimmer et ses sons super-graves) et la roublardise antisystème - je critique le système (le Mal est la finance, les riches, des puissants égoïstes) mais au passage je suis un blockbuster de major hollywoodienne (Warner) qui fait marcher au centuple la planche à billets verts ! 

Pas très bien monté, par moments mou du genou, ce film-somme, qui ponctue la trilogie, n'a jamais la grâce ni l'envolée formaliste foutraque des deux Batman signés Burton. A maints niveaux, Nolan perd des points. Question invention formelle et allusion sexy, il est en dessous de Tim Burton. Question pétarade, il est en dessous de Cameron ou du Mann de Heat. Question folie, son Bane masqué et musclé n’est pas assez méchant : le George Miller de Mad Max II, avec ses hors-la-loi aux crânes rasés nervurés, pourrait lui donner des leçons ! Et question noirceur, il descend moins profond que le Spielberg désenchanté de La Guerre des mondes. Enfin, question « tunnel rasoir », il est parfois limite soulant ! On a l'impression de ne jamais sortir de son puits des condamnés comme dans son Batman Begins on s'éternisait avec sa « Ligue de Ninjas labellisés Ra’s Al Ghul » qui permettait surtout à Liam Neeson de cachetonner une fois de plus ! Là où Nolan marque des points c'est pour refourguer ses personnages – même le « défunt » Liam Neeson est de la partie ! - et pour l'entrecroisement, ou l'emboîtement, des récits : là, il est à l’aise, comme un JJ. Abrams. Il fait de son film touffu de 2h45 une grosse série TV qui brasse une profusion de personnages, d’allusions à d’autres films (impossible par moments de ne pas voir en Bruce Wayne le psychopathe Patrick Bateman d’American Psycho et en Gordon/Gary Oldman le flic ripou de Léon) et de twists en veux-tu en voilà. Pour le reste, et n'en déplaise a ses fans, il n'apparaît in fine que comme un réalisateur assez bon mais jamais brillant, ne tirant pas, selon moi, le blockbuster vers des contrées un peu plus fines et retorses : eh oui, n'est pas Tim Burton ou Paul Verhoeven qui veut.

Bref, ce Batman 3, malgré des qualités indéniables en ce qui concerne le brassage des personnages, des récits et l’orchestration des ellipses, manque tout de même de puissance de feu : il est un peu trop mainstream et pas assez aventureux, voire formaliste ; par exemple, les scènes de free fight sont d’un plan-plan ! Par contre, si on compare The Dark Knight Rises au piteux Catwoman (2003) de Pitof, alors on tient là un authentique chef-d’œuvre ! 

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« Batman 3 » : si bath que ça ?

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3 réactions à cet article    


  • Vincent Delaury Vincent Delaury 4 août 2012 13:42

    Musima : « Faites donc l’addition du nombre d’heures de vraie Vie que vous perdez à vous faire hypnotiser dans des salles pleines de bruits, de fureur et d’idéologie de la violence... »
     
    Ce que vous écrivez, même si c’est caricatural, n’est pas absurde. ’Batman 3’, de par son réalisme noir et ses métaphores politiques, a une telle puissance d’absorption, ou hypnotique, qu’il peut entraîner pour certains une confusion entre la fiction et la réalité. Ca a été le cas pour Holmes du Colorado.
    Dans le texte « La salle de cinéma, nouveau lieu du crime ? » (in dossier « Batman assassin ? »), les journalistes de ’Télérama’ (n°3264, p.17) notent ceci : 
    « Dans ’La Rose pourpre du Caire’, Tom Baxter, personnage de fiction en noir et blanc, s’échappait de l’écran pour donner des couleurs à la vie de Cecilia (Mia Farrow), spectatrice assidue du Jewel Palace. La tuerie survenue dans l’obscurité du Century 16, multiplexe d’Aurora, apparaît comme l’envers macabre de la fantaisie cinéphile de Woody Allen. Le rêve s’est changé en cauchemar quand James Holmes, identifié au Joker, a fait irruption et tiré dans la foule. Comme si les ténèbres de la troisième dimension avaient jailli dans ce film tourné en 2 D. »
    Même si le film de Nolan n’est pas responsable de la tuerie d’Aurora (banlieue de Denver), il est à noter que ce James Holmes n’a pas sorti son arme devant le dernier Pixar, ’Rebelle’, ou un énième ’Rox et Rouky’...



    • Vincent Delaury Vincent Delaury 6 août 2012 10:34

      Deux choses :

      1) Un film peut être prétentieux sans être mauvais sur toute la ligne. D’où la note : 3 sur 5, c’est cohérent.

      2) Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas écrit. Non, ma phrase ne veut pas dire que le film en question est responsable de la tuerie, il s’agit juste d’une remarque factuelle : la fusillade a eu lieu devant un ’Batman’ très noir, non pas devant un dessin animé mignonnet.
      Maintenant, et pas besoin d’être sorti de Saint-Cyr pour le constater !, c’est très certainement une société ultra-violente, où les ventes d’armes sont autorisées, qui peut pousser à cela ; la preuve en est cette nouvelle fusillade, où visiblement il n’y a pas l’ombre de Batman, dans le Wisconsin 15 jours après celle d’Aurora : http://www.la-croix.com/Actualite/S-informer/Monde/Sept-morts-dans-une-fusillade-dans-un-temple-sikh-du-nord-des-Etats-Unis-_NG_-2012-08-06-839394 

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