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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Be Kind Rewind : nouveau délire salutaire de Michel Gondry

Be Kind Rewind : nouveau délire salutaire de Michel Gondry

Le plus américain de nos réalisateurs français, Michel Gondry, est aussi un cinéaste rare, bricoleur génial à l’imagination, à la fantaisie et à la générosité débordante. Tout en perpétuant les thèmes qui lui sont chers (la place de l’enfant dans le monde adulte, le rapport entre le rêve et la réalité, et les rapports humains qui s’y tissent), il livre avec « Be Kind Rewind » une comédie désopilante qui est aussi un brillant manifeste pour la coopération et l’esprit de groupe. Jubilatoire et salutaire.

Le pitch, d’abord : Un homme dont le cerveau devient magnétique efface involontairement toutes les cassettes du vidéoclub dans lequel l’un de ses amis travaille. Afin de satisfaire la demande de la plus fidèle cliente du vidéoclub, une femme démente, les deux hommes décident de réaliser les remakes des films effacés parmi lesquels "SOS Fantômes", "Le Roi lion" et "Robocop".

C’est peu dire que d’affirmer que j’attendais ce film avec impatience. J’étais tellement sûre que j’allais l’adorer, que je craignais presque d’être déçue. Eh bien non. Be Kind Rewind (Soyez sympas, rembobinez est le malheureux titre français) est la quintessence de ce tout que j’adore chez Gondry, avec peut-être même quelque chose en plus : l’amour ? Sous le bricolage, la fantaisie et le délire ambiant, encore plus d’humanité et de tendresse ?

En tout cas, premier sujet de réjouissance, et non des moindres : Be Kind Rewind est un film proprement hilarant, du début à la fin. À l’image du film collectif, biopic du jazzman Fats Waller, que réalisent les habitants de la petite ville de Passaic où se déroule l’action, Be Kind Rewind est un délire permanent, une fantaisie burlesque irrésistible, un conte attendrissant et troublant. On pouvait craindre que s’appuyant sur un pitch déjà génial et prometteur, le scénario ne fasse que le dérouler sans surprise. C’était sans compter sur le génie, la créativité et l’inventivité du metteur en scène, qui sont ici à leur apogée, avec mille idées par plan, toutes plus délirantes, décalées et surprenantes les unes que les autres.

Du coup, les interprètes s’en donnent à cœur joie. L’abattage comique de Jack Black n’a jamais été aussi efficace, et Mos Def, faussement timide et maladroit, lui donne parfaitement la réplique. À leurs côtés, la présence amusante de Danny Glover et Mia Farrow est une sorte de clin d’œil qui les constitue en figues tutélaires, dans un hommage au cinéma sous toutes ses formes. Car Gondry nous invite ici à une cinéphilie décomplexée où se côtoient sans s’opposer classiques, films cultes, blockbusters qui font tous partie de l’inconscient collectif. Dans une sorte de mouvement nostalgique, et en digne héritier du cinéma d’un Méliès, Gondry, bricoleur de génie, nous renvoie au monde de l’enfance, où l’imagination est reine, où du carton-pâte, un ruban de scotch et des crayons de couleur suffisent à créer un univers ludique et poétique. Attention, une folle envie de ressortir votre vieux caméscope risque de vous saisir !

Be Kind Rewind, c’est aussi l’histoire de deux losers marginaux qui créent presque malgré eux du lien social dans une bourgade paumée du New Jersey. Là où les films précédents de Gondry étudiaient plutôt le rapport de l’individu au rêve et au souvenir, Be Kind Rewind s’avère une comédie profondément généreuse, altruiste en ce qu’elle nous parle de délire collectif, de mémoire collective, de rêve collectif. Jamais le pouvoir fédérateur, social, contestataire, politique même du cinéma n’avait été mis en scène avec une telle force et une telle sensibilité. On peut réécrire son histoire, on peut se réinventer sans cesse, on peut s’amuser comme des enfants... et ce même si les forces du pragmatisme, de l’uniformisation et de la prétendue modernité viennent frapper à votre porte pour vous gâcher la fête.

La scène finale proprement bouleversante, évitant brillamment toute mièvrerie et tout pathos, achève de nous persuader que la liberté créatrice, le jeu, la passion sont les meilleurs ciments de la cohésion d’un groupe. Be Kind Rewind est un conte, bien sûr, éminemment idéaliste voire naïf. Mais, porteur d’espoir, il donne follement envie d’y croire, de s’ouvrir aux autres et de créer. Cette déclaration d’amour au cinéma populaire de quartier, ce manifeste salutaire pour le do it yourself, le partage et le travail en commun, Michel Gondry les délivre avec tant de modestie, de fraîcheur et de sincérité que l’on sort véritablement chamboulé de cette comédie renversante de poésie et de générosité. Tout ce que devrait être le cinéma est là. Et qu’est-ce que ça fait du bien !


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2 réactions à cet article    


  • Yves Loiseau Yves Loiseau 10 mars 2008 15:11

    A voir absolument ! Ca fait du bien intelligemment !


    • fabien fabien 11 mars 2008 14:09

      C’est bien écrit et ça donne envie. Merci.

       

       

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