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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Bernard Pingaud, l’éternel jeune homme

Bernard Pingaud, l’éternel jeune homme

Voilà un homme qui a traversé le siècle dernier, jeune homme il a flirté avec l’extrême droite française, a été un proche de Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, qui a participé à l’aventure de la revue des Temps modernes, il entre et reste comme fonctionnaire, rédacteur des débats à l’Assemblée nationale, il rate de peu le Prix Goncourt en 1950, qui s’engage contre la guerre d’Algérie, prend parti pour Michel Rocard, fait campagne pour Mitterrand, puis part au Caire comme Conseiller culturel… Aujourd’hui il vit à Collias dans le Gard.

Souvenirs…

J’ai bien connu Bernard Pingaud et partagé une toute petite partie de sa vie. Il a illuminé ma vie de jeune homme engagé en politique. Sa vaste culture, jamais pédante, son réseau des hommes, jamais envahissant, son engagement politique, jamais sectaire, sa gentillesse et sa générosité toujours disponible m’ont marqué à jamais.

Il y a encore quelques mois, du fond de sa retraite dans le Gard, il m’appelait en pleine campagne présidentielle pour que je lui donne les derniers sondages et les derniers pronostics. Michel Contat disait en parlant de lui un « gauchiste modéré », pratiquant ainsi l’oxymore un peu à l’excès. Mais quand je réfléchis à cette formule et ce qu’elle sous-entend, je comprends ma proximité avec Bernard Pingaud et les bons souvenirs de campagne que je garde de lui. Je pourrai faire mienne cette qualité de : « Gauchiste modéré »…

La liberté, comment faire ?

Bernard Pingaud est né à paris le 12 octobre 1923. Ce sera un parisien, il fait ses études secondaires au lycée Pasteur de Neuilly, puis ce sera la voie royale de l’Ecole normale supérieure. Pourtant il choisira d’intégrer l’Assemblée nationale, comme secrétaire des débats jusqu’en 1974. Il en sortira, à l’étonnement de ses collègues, comme le plus jeune retraité d’entre eux. La liberté, le mot qui fonde son action. Combien de fois ne m’a-t-il pas vanté les mérites du poste, m’engageant à préparer le concours ; la liberté disait-il. Un excellent salaire et beaucoup de temps libre pour écrire, pour militer et pour agir.

Un chemin compliqué et engagé.

Car Bernard Pingaud est un militant qui a pris parti tout au long du 20ième siècle, épousant les contorsions de l’histoire et cherchant sa voie. Tout jeune homme, il le confesse dan ses mémoires « Une tâche sans fin » il adhère aux thèses d’extrême droite du régime de Vichy, emporté par son admiration pour Brasillach. Mais c’est aussi ses débuts littéraires sous les auspices de Roland Laudenbach, le fondateur des Editions de la Table Ronde, qui lui publie Mon Beau navire  en 1946.

Le livre fera le lien et le chemin avec Jean-Paul Sartre, dont il est le sujet à travers l’analyse des Chemins de la liberté. Il passera donc avec armes et bagages dans l’équipée de Sartre et de Simone de Beauvoir, dont il sera très proche. Il est déjà loin le petit jeune homme à l’allure frêle excité par les idées de l’extrême droite pour mieux contrarier son père. Il s’engage avec ferveurs dans le Comité des intellectuels contre la poursuite de la guerre en Afrique du Nord. Il sera signataire du Manifeste des 121 (1960).

Entre temps, il publie toujours aux Editions de la Table ronde L’amour triste en 1950 et Le prisonnier en 1958. Puis il accompagne le nouveau roman un certain temps. Mai 1968, c’est l’heure de la liberté, son heure à lui. Il participe avec Michel Butor et Jean-Pierre Faye à la création de l’Union des écrivains. Mais c’est aussi son passage aux éditions Gallimard et sa célèbre couverture blanche… il y publie La scène primitive en 1965, la voix de son maître et L’imparfait en 1973.

Le parti socialiste.

Puis, c’est l’engagement au Parti Socialiste dans la période foisonnante qui suit le Congrès d’Epinay de 1971. C’est encore l’heure de s’engager, de s’engager pour Changer la société (le slogan du PS), il dirige alors le groupe d’études du secrétariat à l’Action culturelle jusqu’en 1979. Son parti pris pour Michel Rocard, qui tente alors de s’opposer à François Mitterrand, le marginalise au sein du PS, comme tous ceux qui feront ce choix.

C’est à cette période que je rencontre Bernard Pingaud et que je travaille avec lui et Jérôme Clément sur les dossiers culturels, sensés alimenter la campagne de Michel Rocard. Avec le retrait de la compétition de Michel Rocard, il rallie, comme nous tous, l’équipe de campagne de François Mitterrand. Il commence et poursuit toujours une amitié littéraire avec Catherine Clément, tous deux collaborent à la revu l’Arc.

En 1981, son parcours, son engagement le désigne naturellement aux yeux de Jack Lang, nouveau Ministre de la Culture pour présider une importante commission pour l’avenir encore à construire : la Commission des réflexions sur la politique du livre et de la lecture. Il sera à l’origine du prix unique du livre qu’il recommande en 1982 dans son rapport co-publié avec Alain Barreau.

1983, c’est le départ pour l’Egypte, comme conseiller culturel jusqu’en 1997. A son retour en France Jean Gattegno, Directeur du livre au ministère de la culture lui confie encore une mission et un rapport  : Le droit de lire (mai 1989). Infatigable, il poursuit son activité comme président de la Maison des écrivains et de la littérature à Paris de 1990 à 1993.

Il publie chez Gallimard Adieu Kafka en 1989, et passe aux éditions du seuil, où il publie Bartoldi le comédien en 1966, Tu n’es plus là en 1998 et au Nom du frère en 2002.

Il n’aime pas parler de sa vie personnelle, de son divorce, pourtant ces années là seront celles d’une terrible douleur, la perte de deux de ses fils, l’un du Sida, l’autre d’une leucémie. Son dernier fils Denis Pingaud est le vice-président exécutif d’OpinionWay, spécialiste de la gauche et de l’extrême gauche, il a publié de nombreux ouvrages.

Il fera un passage chez Joëlle Losfeld en 2003 avec L’andante inconnu, Mon roman à moi, et en 2011, son dernier roman connu L’horloge de verre chez Acte Sud.

Un homme d’idées.

En parallèle à son œuvre de romancier Bernard Pingaud a écrit de nombreux essais. De 1954 avec un ouvrage sur la Hollande dans la collection Petite planète des éditions du seuil à La bonne aventure, toujours chez le même éditeur en 2007.

Signalons son remarquable Mme de la Fayette, dans la collection Ecrivains de toujours en 1959, aux éditions du seuil, L’expérience romanesque chez Gallimard en 1966 et Ecrire, jour et nuit en 2000.

Enfin, en 2009 il livre sa biographie : Une tâche sans fin (1940-2008) de nouveau aux éditions du Seuil qui révèle toute l’ampleur de sa personnalité, et combien il a marqué son temps. Il a voulu ce livre pour dire, en tant que romancier, essayiste et militant de la culture sa passion, ses chagrins, ses regrets et son précieux témoignage sur le temps, le temps qui a passé avec son lot d’espoirs et de déception. Mais il reste impitoyable avec son pire ennemi, lui-même qu’il qualifie d’ « écriveur »… il donne plus d’importance au Monde en tant que tel, qu’à sa réecriture par l’écrivain. Il reste qu’il est encore le veilleur, le guetteur, celui qui sait et qui regarde du haut de sa vigie, il n’a pas fini de nous surprendre, le meilleur est encore à venir.


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6 réactions à cet article    


  • Papybom Papybom 29 mars 2013 11:50

    Bonjour l’auteur.

    «   Sa vaste culture, jamais pédante, son réseau des hommes, jamais envahissant, son engagement politique, jamais sectaire, sa gentillesse et sa générosité toujours disponible m’ont marqué à jamais  ».

    Et vous étiez son ami, bizarre…

    «  Puis, c’est l’engagement au Parti Socialiste…  »

    Voila l’explication  !

    Serviteur.

     


    • Pelletier Jean Pelletier Jean 29 mars 2013 11:57

      Vous savez, j’ai peut être des défauts, mes idées ne sont peut être pas les bonnes, mais je n’avance pas masqué sous un pseudonyme, contrairement à d’autres




    • La mouche du coche La mouche du coche 29 mars 2013 20:26

      Quelqu’un qui passe de l’extrême-doite nationale à Sartre puis à Mitterrand, ça s’appelait autrefois un social-traitre, et aujourd’hui un type bien, ce qui est encore un bon signe que notre époque maléfique inverse toutes les valeurs. smiley


    • Papybom Papybom 29 mars 2013 13:01

      Monsieur l’auteur,

      Contrairement à vous, je n’ai pas de livres à vendre. Et le public doit connaître votre blog. La publicité, c’est un revenu  !

      Pour vos admirateurs : http://jmpelletier52.over-blog.com/

      Sous mon pseudonyme, je travail (en pure perte, mais bénévolement) pour que chacun est le droit de s’exprimer.

      Sans connaître les statistiques d’Agoravox, je pense que vous détenez le titre de champion du moinsage des articles. Ref  :

      votre fiche.

      Serviteur.


      • Pelletier Jean Pelletier Jean 29 mars 2013 13:13

        Vous vous répétez toujours caché et à l’abri de votre masque...


        quand à la pub sur mon site, vous ignorez mes motivations... en tout cas ce n’est pas l’argent, si vous saviez...

        Je suis aussi respectable que vous...

      • Papybom Papybom 29 mars 2013 13:43

        Monsieur l’auteur,

        Je vais voter en modération pour votre article  : Hollande, le dialogue difficile.

        Des morceaux de bravoure que nous devons, nous le petit peuple, connaître  :

        «  Le Président s’est exprimé avec clarté et simplicité, sans embarras, il a répondu à toutes les questions  »

        «  François Hollande continue à cultiver l’image d’un homme honnête et compétent

          ».

        Je ne voudrais pas vous priver de votre chèque en fin de mois. Ou encore, d’une place au gouvernement. Ministre de la propagande  ?

        Je vous propose d’écouter de la musique : Au Bal Masqué

        <iframe width="420" height="315" src="http://www.youtube.com/embed/zRrapbjfdNc" frameborder="0" allowfullscreen></iframe>

        Serviteur.

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