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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Bibracte, capitale gauloise

Bibracte, capitale gauloise

S’il est un lieu magique dans notre pays, c’est bien ce mont Beuvray perdu dans sa forêt de hêtres du Morvan, véritable olympe béni des dieux. Dernier chantier du président Mitterrand, son étonnant musée consacré aux Celtes accueille chaque année plus de 20 000 visiteurs. Or, si l’on en croit un document de 1866 qui vient d’être publié sur Internet, il apparaît que le site a été contesté au moment même de sa redécouverte.

Contrairement à Alésia, le souvenir de Bibracte s’était perdu au fil du temps. On pensait que les ruines de l’antique cité se trouvaient sous la ville d’Autun. Il a fallu l’intérêt que Napoléon III portait aux campagnes de Jules César pour que la Société éduenne d’Autun se pose la question d’un autre lieu.

Il n’y a pas d’histoire plus fantastique que celle de Bibracte ! Dans ses Commentaires, César la résume dans une phrase courte mais très précise : "oppido Haeduorum longe maximo et copiosissimo" que je traduis ainsi : l’oppidum des Héduens de beaucoup le plus important et le plus riche (DBG I, 23). Il précise que c’était l’oppidum qui, chez eux, était le siège de l’autorité suprême (DBG VII, 55). Et il ajoute qu’aux temps anciens, ce sont les Héduens qui détenaient (en Gaule) "l’auctoritas maxima" (DBG VI, 12).

Auteur d’un ouvrage publié en 1867, l’avocat Garenne, après avoir parcouru le pays de long en large, avait relevé les traces de trois oppidum caractéristiques, l’un à Alise-Sainte-Reine, un autre à Mont-Saint-Vincent, en Bourgogne du sud, un troisième sur la hauteur du mont Beuvray, en plein Morvan. (Dans cet article, j’appelle oppidum les fortifications auxquelles Garenne donne le nom de citadelles. J’appelle oppidum-enclos la partie du terrain qui va jusqu’aux remparts et à laquelle les archéologues donnent le nom d’oppidum).

La localisation de la bataille d’Alésia à Alise-Sainte-Reine allant de soi - à cette époque - il ne restait plus en compétition que le Mont-Saint-Vincent et le mont Beuvray. Le Mont-Saint-Vincent avait plutôt pour lui le texte de César. En effet, comme il était admis qu’après la traversée de la Saône, les Helvètes et César marchaient plein ouest. Comme il était écrit qu’à l’issue d’une halte de nuit, ils avaient fait demi-tour - itinere converso (DBG I, 23) - on pouvait en déduire que tout ce monde-là revenait en direction de la Bourgogne du sud, vers le Mont-Saint-Vincent, d’autant plus que les distances indiquées par le général romain pouvaient concorder. Mais le mont Beuvray avait pour lui des arguments autrement plus convaincants : un sommet très élevé et dominant, et surtout, des vestiges d’une agglomération antique que l’on identifia aussitôt à Bibracte.

A Autun, ce fut une véritable bataille d’Hernani. En s’appuyant sur les textes grecs et latins, C. Rossigneux, officier de l’instruction publique, publia dans la Revue des Questions historiques - tome I, 1866 - toute une série d’arguments dans lesquels il démontrait, citations à l’appui, que Bibracte ne pouvait pas se trouver au mont Beuvray. Mais comme il concluait en disant que la capitale antique ne pouvait être qu’à Autun, la société éduenne rejeta sa démonstration (voir http://www.mediterranee-antique.info/Gaule/Divers/Bibracte. htm).

La mise en valeur du site du mont Beuvray a été décidée en 1980. Dans son édition du 17.9.85, le Journal de Saône-et-Loire déclare que les fouilles laissent augurer d’importantes découvertes. Un centre archéologique européen et un musée de la civilisation celtique sortent de terre, point culminant d’un projet de grande envergure au bénéfice d’une archéologie française en quête de reconnaissance nationale et internationale (Archéologie de la France, éditions de la Réunion des musées nationaux, 1989, préface de M. Jack Lang).

Le mont Beuvray est le dernier des grands travaux du Président Mitterrand. Mais, à la grande surprise des archéologues, les fouilles ne donnent pas les résultats escomptés.

Au Journal Officiel du 19/04/1999, page 2337, à une question qui lui est posée, Mme Trautmann, ministre de la Culture, déclare que la question de l’éventuelle mise en cause du bien-fondé de la localisation au mont Beuvray des vestiges de l’oppidum n’est pas un sujet de débat pour l’immense majorité des archéologues.

Au Journal Officiel du 2/7/2001, page 3835, la question est de nouveau posée par le député Marc-Philippe Daubresse qui souhaiterait savoir quels sont les résultats des fouilles et quelle a été la conclusion des experts concernant la localisation du site de Bibracte. Madame Tasca, ministre de la Culture, répond que les recherches archéologiques sur le mont Beuvray... ne s’occupent pas de la localisation mais plutôt de l’environnement...On peut noter, ajoute-t-elle, que M.... professeur au Collège de France... juge certaine la localisation de Bibracte au Mont Beuvray.

Le 4/04/95, Le Président Mitterrand, accompagné de nombreuses personnalités, se rend au mont Beuvray pour y inaugurer le musée de Bibracte.

Le 18/1/96, Paris Match annonce son décès en présentant le mont Beuvray comme le lieu d’inhumation choisi. C’est une fausse nouvelle, l’enterrement aura lieu à Jarnac.

Depuis, aucun ministre, aucune personnalité, aucun responsable politique n’est monté sur le site, à l’exception de M. Montebourg et de ceux qui l’accompagnaient.

Le 28 janvier 2003, M. Aillagon, Ministre de la Culture, a été officiellement saisi par le Garde des Sceaux et son Directeur de l’architecture et du patrimoine chargé d’étudier le dossier.

Au mont Beuvray, les fouilles se poursuivent.


E. Mourey

http://www.bibracte.com


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5 réactions à cet article    


  • LE CHAT LE CHAT 14 février 2007 15:33

    c’était le bon temps des druides , bientôt viendra le temps des droïdes .Moi je viens du pays des morins , redoutable tribu belge !

    bien à toi


    • Emile Mourey Emile Mourey 14 février 2007 15:42

      A Le Chat

      Merci ! Le peuple héduen salut le courageux peuple morin qui résista aux légions de César.


    • Frodon Frodon 14 février 2007 15:50

      Toujours aussi intéressantes vos recherches. Cette réflexion sur l’oubli de l’Histoire est au fond bien intéressante. Je n’ai pas encore visité ce musée, celà va se faire dès que mes pieds s’arreteron au pied (!) de ce mont .


      • Emile Mourey Emile Mourey 14 février 2007 15:53

        A Frodon

        Visitez aussi la Bourgogne du sud, Mont-Saint-Vincent, Gourdon, c’est une région fabuleuse et chargée d’histoire.


      • Emile Mourey Emile Mourey 15 février 2007 11:01

        @ Demian West

        Votre discours sur la méthode ne manque pas d’arguments, j’en conviens, mais ce que vous ignorez - tout simplement parce que vous ne pouvez pas le savoir - c’est qu’il existe dans notre beau pays une Nomenklatura dans le domaine de l’archéologie. A la tête de cette Nomenklatura se trouvent le Collège de France, la Direction du Patrimoine du ministère de la Culture et le Centre archéologique européen du mont Beuvray. Le point sensible de cette organisation est l’opération « mont Beuvray » montée sous la présidence de François Mitterrand. En fait, le principal argument des archéologues du mont Beuvray est de dire que le débat est clos, ce qui leur permet de se retrancher derrière l’autorité de l’ancien président de la République qui aurait officialisé le site et qui, évidemment, ne porte aucune responsabilité dans cette affaire.

        Compte tenu par ailleurs que ces hauts responsables sont soutenus par un actuel ministre de la Culture qu’il est très difficile d’informer, ou qui ne cherche pas vraiment à s’informer, il n’y a pas d’autres solutions que de mettre les puissants qui nous gouvernent face à leurs silences et à leurs contradictions.

        Cette histoire de la Gaule est d’un très grand intérêt. Il faut l’enlever à ceux qui l’accaparent et la redonner à l’ensemble du peuple français, que ses membres soient issus de vieille souche ou de souche plus récente.

        Il existe dans le milieu des archéologues une grande insatisfaction. Des jeunes archéologues se sentent brimés par des a priori qui n’ont aucun sens, par exemple - pour n’en citer que quelques-uns - que les Gaulois ignoraient l’usage de la chaux et que tout ce qui est construit en pierre ne peut être que romain ou franc, qu’il ne peut exister de villes gauloises qui auraient précédé la petite et assez triste agglomération du mont Beuvray.

        Aujourd’hui, mon souci n’est plus de penser à la méthode. Quand je vois d’illustres vestiges disparaître au fil du temps sur des sites prestigieux alors qu’on honore leur mémoire sur des sites erronés, je ne peux qu’en appeler à l’opinion.

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