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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « Black Coal » : la Chine, l’âme charbonneuse

« Black Coal » : la Chine, l’âme charbonneuse

En pleine mutation, appâtée par les chants de sirène d’un capitalisme débridé, la Chine apparaît comme un empire indécis de curiosités et de frustrations. Brimbalant sur un trouble identitaire patent, dépositaire d’innombrables fractures sociales, elle fait la courte échelle aux néons étincelants, tandis que ses valeurs traditionnelles, cernées d’anxiété et de confusion, se plient à l’économie libérale mondialisée.

Diao Yi'nan flatte les atmosphères grisantes, les entours macabres et lugubres. On y noie son chagrin et son malaise en purgeant une fiasque enivrante, avant de se laisser déposséder, ivre mort, au bord d’une chaussée enneigée. On y fraie avec les lourdeurs bureaucratiques, une corruption endémique et des violences mouvantes. À coups de clairs-obscurs nocturnes, de plans-séquences élégants, et sous une lumière bouillonnante dominée par les teintes rouges et vertes.

 

À la dérive…

Diao Yi'nan n’a pas volé son Ours d'or. Avec talent, il échafaude un portrait désenchanté de la Chine provinciale, sans coup d’esbroufe, mais transporté par des ambiances cafardeuses conçues en orfèvre. Ancré en deux temps au cœur de la Mandchourie minière, son polar noir s’amorce, sans lambiner, par la mise au jour de cadavres odieusement découpés, disséminés çà et là, point de départ d’une enquête policière pluriannuelle, quelque peu reléguée au second plan par un sous-texte social mordant.

Alignant ruptures de rythme et de ton, fourrageant tant chez Howard Hawks que Carol Reed, Black Coal procède par accès fulgurants de violence et détournements sémiologiques – discothèque, salon de coiffure, patinoire et fête foraine s’y apparenteront bientôt à des mouroirs. Deux personnages centraux à la relation ambiguë se nichent évasivement en son sein, comme pour mieux autopsier un monde en crise : Liao Fan campe avec maestria un ancien inspecteur de police, aujourd’hui désavoué et reconverti dans la sécurité, alcoolique notoire obsédé par une affaire qui le tourmente incessamment ; Gwei Lun-Mei interprète une jeune employée de pressing, aussi discrète que mélancolique, autour de laquelle la mort frappe assidûment.

Contempteur d’une société chinoise à la dérive, Diao Yi'nan élabore et agence de petits blocs narratifs aux rendus variables. Il gratte la surface, brisent les tabous, fait pousser le drame sur le terreau socioéconomique. Surtout, il filme à l’épure une tension sourde, matelassée, qui atteindra son apogée à travers une ultime allégorie du soulèvement populaire, forcément inattendue.

 

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2 réactions à cet article    


  • pens4sy pens4sy 18 décembre 2014 23:59

    Tres beau film aux ambiances lourdes. On se promène dedans virtuellement.,
    Une Chine qui se révèle avec un cinema de haut niveau


    • DanielD2 DanielD2 19 décembre 2014 03:34

      Faut aimer. C’est entre le film policier et le film d’auteur.

      Le Cinéma Chinois est pas terrible ( ceci dit c’est pas nous et nos films pourris subventionnés qui allons leur donner des leçons ... )

      Pour généraliser en très gros le cinéma asiatique :

      Cinéma Chinois = copie du cinéma occidentale, que ça soit les grosses productions d’actions ou les films d’auteurs, sans jamais arrivé à égaler l’original.

      Cinéma Japonnais = La plupart du temps trop bizarre pour le reste du monde. Quelques individualités le sauve un peu.

      Cinéma Coréen = Très bon et pas dans le copiage de l’occident. 

      Cinéma Asie du Sud = ils font des films ?!! Connait pas.

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