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Blaise Cendrars dans la Pléiade

Son entrée dans la prestigieuse Pléiade ne peut que réjouir les inconditionnels de cet aventurier de la plume.

  Septembre 1887 - Janvier 1961

Avec sa tête de baroudeur, sa cigarette vissée aux lèvres, Frédéric-Louis Sauser, devenu Blaise Cendrars en poésie, allait magnifier son existence de façon telle qu'elle deviendra une symphonie étonnante où le vécu et l'imaginé seront indissociables l'un de l'autre. Cendrars inventera tout : sa famille, ses voyages, son enfance, si bien qu'il faut prendre cet affabulateur, créateur de mythe, tel qu'il s'est rêvé, car là se trouve sa part la meilleure. Tout jeune, il préférait les frasques et les dissipations à l'école. Bientôt, l'aventure vagabonde et les livres vont ouvrir à son imaginations des perspectives enthousiasmantes. Il est vrai qu'il aime s'étonner et étonner, vivant en constante rupture avec la vie ordinaire. Impensable de le voir entre quatre murs noircir du papier. Ce poète-là a également ... des semelles de vent. De ceux de sa génération, il sera le plus libre et le plus libre dans sa façon d'écrire. Avec lui, la poésie prend le large, de préférence par train. Ce sont, en effet, les trains qui le séduisent, des trains comme le Transsibérien qui traversent les pays perdus. Il ira en Arménie, en Chine, en Perse, se perdra dans la toundra sibérienne alors qu'il n'est encore qu'un jeune homme et semble avoir déjà vécu plusieurs vies.

A New-York, en 1912, il est un vagabond exténué et s'apprête à vivre un éblouissement mystique qu'il relatera dans l'un de ses plus beaux poèmes " Pâques à New-York ". En 1914, il s'engage dans ce qui sera la future Légion étrangère et part sur le front. Blessé, il sera amputé d'un bras et rédigera "La main coupée", ce qui ne l'empêchera nullement de pratiquer le sport et de piloter des voitures rapides. Avec Cendrars, la vie ne s'envisage jamais qu'avec excès.

 

De 1917 à 1923, il travaille à la fameuse Anthologie de la poésie nègre et avec Abel Gance au film "La roue", car il se passionne pour le 7e Art, les éclairages, les ralentis et accélérés de la pellicule, l'accompagnement musical et le jeu des acteurs et, comme d'habitude, gagne de l'argent et s'empresse à le perdre, pris de court par les univers requin.

 

Après une longue vie, où il aura tout vu, tout envisagé et tout écrit, il se retire à Villefranche-sur-Mer, collaborant à des revues en véritable franc-tireur des lettres françaises. Affamé du monde, homme d'action, poète orpailleur, il reste l'image parfaite de l'homme libre, précurseur et découvreur, délimitant avec sa plume un nouveau continent aussi étrange que fascinant, peuplé d'une humanité humiliée dont il se sentait proche et qui était prête à le suivre ailleurs.

 

Son entrée dans la Pléiade n'étonnera pas ses nombreux admirateurs. Poète des immigrants et des malchanceux, des prostituées et des vagabonds, usant pour cela d'un langage inemployé avant lui, construit à partir de matériaux bruts, sans nonchalance, ni attendrissement, cet aventurier nous convie à son odyssée à la fois baroque, tragique et mystique, en errant émerveillé qui pressent de prochaines apocalypses et se range toujours aux côtés des gueux, des larrons et des va-nu-pieds.

 

En ce temps-là j'étais en mon adolescence
J'avais à peine seize ans et je ne me souvenais déjà plus de mon enfance
J'étais à 16.000 lieues du lieu de ma naissance
J'étais à Moscou, dans la ville des mille et trois clochers et des sept gares
Et je n'avais pas assez de sept gares et des mille et trois tours
Car mon adolescence était si ardente et si folle
Que mon coeur, tour à tour, brûlait comme le templs d'Ephèse ou comme la Place Rouge de Moscou
Quand le soleil se couche.

(...)

Le Kremlin était comme un immense gâteau tartare
Croustillé d'or,
Avec les grandes amandes des cathédrales toutes blanches
Et l'or mielleux des cloches ...

(...)

Puis tout à coup, les pigeons du Saint Esprit s'envolaient sur la place
Et mes mains s'envolaient aussi, avec des bruissements d'albatros.

(...)

Je pressentais la venue du grand Christ rouge de la révolution russe.
Et le soleil était une mauvaise plaie
Qui s'ouvrait comme un brasier.

( Prose du transsibérien et de la petite Jehanne de France )

 

Blaise Cendrars - La Pléiade - Gallimard 2 volumes - Prix de lancement : coffret 105 euros

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Blaise Cendrars peint par Modigliani

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3 réactions à cet article    


  • Armelle Barguillet Hauteloire Armelle Barguillet Hauteloire 14 juin 2013 11:41

    Oui, Cendrars a écrit des romans, des contes et des nouvelles. Voici trois titres de roman :

    L’or
    L’eubage
    Moravagine.

    Merci de votre visite.

  • jack mandon jack mandon 14 juin 2013 08:40

    Bonjour Armelle,

    Il est un chemin dérobé, loin des villes, des bruits et des modes.
    Chemin qui vous est familier pour évoquer un homme singulier.
    Tu m’as dit si tu m’écris
    Ne tape pas tout à la machine
    Ajoute une ligne de ta main
    Un mot un rien oh pas grand chose
    Oui oui oui oui oui oui oui oui
    Ma Remington est belle pourtant
    Je l’aime beaucoup et travaille bien
    Mon écriture est nette est claire
    On voit très bien que c’est moi
    qui l’ai tapée
    Il y a des blancs que je suis seul à savoir faire
    Vois donc l’oeil qu’à ma page
    Pourtant, pour te faire plaisir j’ajoute à l’encre
    Deux trois mots
    Et une grosse tache d’encre
    Pour que tu ne puisses pas les lire.

    Extrait « Du Monde entier, Au Coeur du Monde »
    Poésie/Gallimar

    Peu d’affinité quant à la forme avec le baroudeur boulimique et sa clope.
    Passé le stade de l’antinomie de surface, on peut être attendri par cet homme
    de maman écossaise et de père helvétique voué aux grands voyages.
    Poète atypique, troquant l’introversion du refuge isolé pour l’envol.
    Cependant, pour l’avoir pratiqué à mon niveau, les expéditions ferroviaires
    et transatlantiques représentent de longues semaines qui lui permettaient
    sans doute de consigner sur la feuille ce qu’il avait expérimenté.
    L’expérimentation du sol, de la terre, de la nature...il avait cultivé le cresson,
    entrepris l’apiculture avec passion, en somme, un coeur paysan.
    C’est manifestement un poète écrivain extraverti qui se nourrit du monde
    et des gens. Comme les abeilles qu’il connaissait bien, il parcourait
    les espaces, elles pour un aller simple, lui pour aller mais écrire,
    elles donnaient à la ruche, lui s’alimentait de la vie des hommes.
    Au fond, Blaise Cendras cumulait en lui la personnalité de l’abeille ouvrière
    mais également de la reine de la ruche...sa machine à écrire était sa ruche.

    Merci de m’avoir permis de sortir de mon aquarium un moment.
    Contrairement à notre héros Blaise ma planète est minuscule.
     


    • Armelle Barguillet Hauteloire Armelle Barguillet Hauteloire 14 juin 2013 11:35

      Merci de votre article Jack. Il est vrai que Cendrars a bousculé bien des choses mais j’avoue être sensible à cette poésie en prose, un peu bancale, rapide, essoufflée, qui court comme le transsibérien. C’est particulièrement ce poème que j’aime avec la petite Jehanne de France et ce côté enfant malheureux, ce petit nomade du coeur que le poète restait malgré son aspect baroudeur. Il y avait un décalage entre son physique et son âme d’enfant. Touchant souvent, agaçant quelquefois, mais plein d’une vitalité et d’un goût prononcé pour la vie.

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