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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Blasphème, caricature : L’Arétin, jeu dangereux

Blasphème, caricature : L’Arétin, jeu dangereux

L'Arétin, cet écrivain italien s'offrit le luxe de dresser contre lui les deux princes les plus puissants de l'univers, à son époque Charles Quint et François Premier. Mais aussi - au diable la prudence y compris pour le salut de son âme - Sa Sainteté le pape ! Ses critiques très virulentes à l'égard des princes et ses oeuvres satiriques très irrévérencieuses, en énervèrent plus d'un et il échappa à un attentat commis contre sa personne. Mais rien ne le fit taire. Seule la mort eut raison de cette grande gueule, et c'est de rire qu'il mourut ! Au sens lityéral du terme. Portrait d'un personnage haut en couleurs qui se rappelle à nous grâce à un tableau d'Ingres en voie d'acquisition par le musée de Lyon.

Légende : L'Arétin peint par Titien

Caricatures ? Blasphèmes ? L'Arétin en était un adepte à une époque où les risques encourus étaient particulièrement grands. Dans ses "Ragionamenti", il saisit le prétexte de raisonnements sous forme de dialogues platoniciens pour s'exprimer par la voie d'une prostituée qui se moque ouvertement de la société de son temps et des sacrements religieux.

Et la censure ?, me direz-vous. Charles Quint et François Premier tentèrent bien à tour de rôle de gagner ses faveurs en lui offrant de somptueux cadeaux mais notre homme s'en moqua. Le tableau d'Ingres retrouvé en 2010 et en vente en 2012 illustre la scène où l'envoyé de Charles Quint dérange notre écrivain en pleine luxure (deux femmes nues en arrière-plan), lui propose le cadeau de Charles Quiint et se fait rembarrer sèchement, ou plutôt très ironiquement : « c’est là un bien mince cadeau pour une si grande sottise  ». Envoyer paître l'envoyé de Charles Quint était tout simplement suicidaire alors. D'ailleurs, à ces mots, l'envoyé porte la main à son épée, menaçant de passer de vie à trépas l'outrageant trublion.

Musée cherche mécènes pas trop avare ni trop pingres mais "trop Ingres"...

Si t'es 'trop Ingres", vas-y achète du Ingres ! Participation minimale : 1 euro. Jusqu'au 15 décembre 2012, le musée des Beaux-Arts de Lyon vous propose de devenir l’un des mécènes de cette œuvre de Jean Auguste Dominique Ingres. "L’Arétin et l’envoyé de Charles Quint, peinte en 1848, est en effet un tableau qui compte (et qui coûte aussi : la modique somme de 750 000 €) tant par le talent déployé par le maître que par le symbole de la scène représentée.

La souscription est ouverte pour un montant de 80 000 €. La somme restante est financée par la Ville de Lyon, les entreprises du Club du Musée Saint-Pierre, les particuliers membres du Cercle Poussin et le FRAM (Ministère de la Culture-DRAC, Région Rhône-Alpes).

La collection mal Ingres du musée de Lyon

La collection maigrichonne comporte seulement deux études peintes par l’artiste pour "L’Apothéose d’Homère" en écho avec la peinture troubadour lyonnaise. Conservée par les descendants de la famille du peintre, l'oeuvre n'est réapparue sur le marché de l'art qu'en 2010. L'acquisition de cette toile est donc une aubaine.

- A partir d'un euro de don, vous figurez parmi les mécènes du musée et vous recevez un laissez-passer pour découvrir "L’Arétin et l’envoyé de Charles Quint" dans le département des peintures XIXe du musée.

- Tout don à partir de 150 euros ouvre droit à accès privilégié un mardi, jour de fermeture du musée afin de découvrir l’œuvre.

- A partir de 500 euros, vous accédez au nirvana : vous serez conviés à une soirée privée au musée en présence du directeur et des conservateurs. Nous vous invitons à nous contacter pour connaître les dispositifs de reconnaissance spécifiques proposés pour les dons exceptionnels.

Pour tous ceux dont l'art est le violon d'Ingres (rappelons que l'expression vient du fait que Ingres jouait du violon dans un orchestre), c'est une chance.

Faire rire, faire rire ! L'Arétin exercice difficile en période de dogmes religieux triomphants et de princes orgueilleux et arrogants. Quant à L'Arétin, il trouva refuge à Venise dont la République le protègea efficacement contre plusieurs tentatives d'assassinat. Hélas pour lui, il n'échappa pas à un attentat fatal d'une crise de rire. Lui qui, par le rire, n'avait probablement tué personne, et qui provoqua tant de grincements de dents chez les puissants, mourut d'une chute en se tenant les côtes et en se renversant en arrière. Je cherchais une chute pour cette histoire, je l'ai donc trouvée.

Mourir, c'est donc "possiblement vrai. D'ailleurs la preuve en est qu'ils n'osent plus trop rire", dira quelqu'un bien après lui, quelqu'un qui n'avait pas non plus sa langue dans sa poche.

En 1538, un procès pour « blasphème » et « sodomie », avaient été intentés contre l'écrivain licencieux. Après sa mort, c'est tout logiquement que le pape Paul IV mit ses livres à l’Index.


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10 réactions à cet article    


  • Georges Yang 3 octobre 2012 08:15

    On dit que l’Arétin mourut de rire en tombant à la renverse après qu’on lui eut raconté une blague salace

    J’aurais aimé connaitre cette blague, il faut vivre dangereusement

    L’Arétin est l’exemple même du cultivé obscène, car l’obscénité est le langage de la liberté


    • Taverne Taverne 3 octobre 2012 10:59

      La liberté possède aussi bien d’autres langages...

      « Plutôt l’Arétin que l’art éteint. » (proverbe du jour de Taverne)


    • Taverne Taverne 3 octobre 2012 11:18

      Pour ceux qui se rendront à Lyon voir le tableau d’Ingres, je signale aussi l’exposition de la galerie Descours qui s’ouvre demain. A toutes fins utiles, pour les amateurs du coin. Parmi les nouvelles acquisitions dont plusieurs inconnues du public, il y a un dessin préparatoire de Jacques Louis David pour son « Serment des Horaces », drame cornélien mis en scène par le peintre, qui a inventé ce serment (qui n’est pas dans l’histoire originale ni dans les écrits des auteurs de l’antiquité).

      Ma vidéo sur l’oeuvre de David (en musique comme d’hab)


      • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 3 octobre 2012 11:20

        Bizzare cette main empoignant l’épée ,l’était contortioniste l’envoyé de Charles ?


        • Taverne Taverne 3 octobre 2012 13:44

          Très juste. Il lui a allongé le bras. Ingres rajouta aussi quelques vertèbres à sa « Grande Odalisque ».


        • Taverne Taverne 3 octobre 2012 13:58

          On peut y voir l’illustration de l’expression « avoir le bras long » (interprétation personnelle de ma part). « Avoir le bras long signifie » que l’on connaît des gens puissants et que l’on peut donc tout exiger de vous. Mais Il n’obtint rien d’Aretin qui, plus tard cependant se rallia à Charles Quint. Mais librement.


        • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 3 octobre 2012 14:06

          Le poing férmé près de la tete du personnage semble avoir le pouce en bas ,donc il ne peut s’agir en ce cas que de sa main droite .Il tiendrait donc le pommeau de son épée coté gauche avec sa main gauche ,ouillle....ouille !
          Merci pour le lien ,en effet elle a une grande colonne .


        • Jason Jason 3 octobre 2012 17:09

          Non, mais il devait avoir le bras long.


        • tingo 3 octobre 2012 15:10

          Petite opinion, condivisible ou pas. J’ai grandement apprécié notre ami Pietro Aretino, tout comme Pierre Louys, en quelque sorte un de ses confrères à distance de plusieurs siècles. Cependant, l’intérêt a diminué d’un bon cran lorsque je suis tombé sur un recueil de poèmes du premier, et sur un « roman » du second (attribué, il est vrai), tous deux entièrement dédiés – que dis-je, consacrés, voués – à l’enculage (ce qu’on appelle la sodomie dans le beau langage, mais vu que ce sont eux-mêmes qui utilisent abondamment le terme...) sous ce qui seraient toutes ses facettes s’il en existait une multitude. C’est peut-être parce que je ne suis pas porté sur la chose, mais j’ai trouvé ces deux ouvrages d’une valeur littéraire nulle, me rappelant un machin de M. Ou-el-Beq qui, toutes les trois pages, insistait pour me décrire sa bitte et le suçage de celle-ci. Toutefois, au contraire de ce dernier, que j’ai balancé dans le feu pour cause aggravante de racisme putréfié, je me suis séparé des deux bouquins de l’Arétin et de Louys comme de coutume, en les abandonnant dans un restoroute quelconque.


          • Mugiwara 3 octobre 2012 22:15

            je soutiens l’Arétin : 


            le pape, le grand mufti, le grand rabbin, le pape orthodoxe et d’autres autorités religieuses ne sont que des enculés, moïse , mohammed , jésus sont des connards. (insulte suprême, j’ai pas mis des majuscules, tellement ils sont minuscules).

            le nazisme parti de putes, le communisme parti de merdeux débiles. 

            voilà, à mon tour de mourir de rire :) 

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