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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Bob Dylan, un monde perdu pour le monde

Bob Dylan, un monde perdu pour le monde

Ou comment l’avant-garde de la tradition disparut sous le poids de l’ego et la pression sociale.

« Qu’est-ce que cette merde ? », interrogeait Greil Marcus dans sa critique renommée du « Self Portrait » de Bob Dylan paru en 1970. Une question, certes importante, mais qui a totalement fait oublier tout le reste du texte, où Marcus discute surtout de la vocation de Dylan, de sa place dans la musique américaine, et insiste sur le fait que si Dylan ne revient pas « sur le marché » après cet album jugé calamiteux, il restera figé à tout jamais au regard du public comme l’homme derrière « The Times They Are A’Changin’ » (dont les Beach Boys firent une reprise mémorable sur « Party ! » en 1965), « Highway 61 Revisited », « Blonde on Blonde » et les « Basement Tapes » qui circulaient alors sous le manteau. Et le drame, c’est que Dylan est revenu sur le marché en 1975 avec son album « Blood On The Tracks », tout aussi estimé que ses albums des années 60 mais pour d’autres raisons. Alors qu’Adam West avait arrêté d’incarner « Batman » depuis des années et joué un dur dans un film de Francis Lyon, Bob Dylan abandonnait de son côté le désintéressement et le plagiat de ses premières œuvres pour commémorer son récent divorce en toute originalité.

En 1962, Dylan pompait un vieux gospel pour créer « Blowin’ In The Wind », la première d’une longue série de chansons qui toucheraient l’âme de la planète et le porteraient presque au statut de prophète. Sur la même formule, il bâtirait « A Hard Rain’s A-Gonna Fall », « Masters Of War », « Chimes Of Freedom ». Trouvant une inspiration dans des antiquités regroupées dans la célèbre anthologie d’Harry Smith, il en moderniserait le discours, irait puiser dans le folklore irlandais, noir ou tout simplement américain pour chanter les droits civiques, le pacifisme et l’amour sans y penser deux fois. Il passa au blues électrique au entonnant « Maggie’s Farm », puis au rock n’roll garage avec « Like A Rolling Stone ». Il absorba du Rimbaud pour écrire « Mr Tambourine Man », de la Bible pour « All Along The Watchtower » (repris par Hendrix dont il imitera l’interprétation par la suite), composa « Sad Eyed Lady Of The Lowlands », un bouquet de métaphores inspirées des plus beaux poèmes impressionnistes pour sa femme. Il se lancerait dans la country music avec « Lay Lady Lay », il rendrait hommage aux Eskimos sur « The Mighty Quinn », aux Indiens sur « Wigwam », à Gilbert Bécaud sur « Let It Be Me ». Bob Dylan faisait feu de toutes parts grâce à une ouverture d’esprit hors du commun.

Et puis soudain, ce fut la débâcle. Le barde oublia de regarder autour de lui et se focalisa sur son nombril. Il se ferait mégalo avec la « Rolling Thunder Revue », il monterait un mauvais film de quatre heures, il écrirait et jouerait avec Eric Clapton. Il hurlerait « Idiot Wind » à la face de son ex, vendrait son idée de Dieu aux foules avec « Slow Train Coming » et mettrait des synthétiseurs horribles dans tous les coins sur « Empire Burlesque ». Une accumulation d’évènements décevants qui ne sont arrivés que parce que le gars a voulu jouer au jeune, abandonner sa famille et repartir sur la route. Et parce que la mode des années 70, avant la drogue et le disco, c’était d’abord le divorce.

Bob Dylan était génial quand il ne pensait pas au marché, quand il pensait à sa vie, quand il écrivait de belles choses inspirées de vieilles choses dont il ne sauvegardait que le meilleur. Bob Dylan restera figé comme le musicien qui abandonna le capharnaüm joyeux de « Self Portrait » pour toutes ces inepties, et ne reviendrait au folklore qu’au début des années 90 alors qu’il était sur le point de sortir de la conscience collective, trouvant sa seconde jeunesse dans une solitude faite de tournées sans fin autour du monde. Il irait jusqu’à publier un album de reprises de chansons de Noël pour faire croire qu’il était revenu à la raison, alors que là-dessus comme sur tout ce qu’il fait depuis vingt ans, il imite le cri du corbeau à la perfection. En un seul élan, Bob Dylan est parvenu simultanément à briser la tradition et à parodier l’avant-garde.

Or, la tradition et l’avant-garde sont une seule et même chose. Dans « avant-garde », il y a deux mots encore plus conservateurs, pour ne pas écrire réactionnaires, que « tradition », « avant » et « garde ». La vénérable techno et l’institution du rap, domaines que Bob Dylan n’a pas explorés, existent parce que la nature fournit traditionnellement de la foudre et que par un bienheureux hasard qu’il n’a pas su ignorer, l’humain a été doté de la possibilité d’en faire de l’électricité. Et à force de s’y frotter, on se grille le cerveau, on se grille la mémoire, on finit comme un corbeau sur un arbre perché pendant que Batman part à la chasse au Pingouin.

Bob Dylan, pendant sa première période acoustique, est parvenu à rendre la tradition attrayante aux oreilles de fans de rock n’roll électrique. Pendant sa deuxième période électrique, il s’est saisi de ce qui était à l’époque une avant-garde et il l’a introduite dans le grand palais des traditions déjà existantes. Il s’apprêtait à devenir âgé en 1970 en réalisant ce double album de standards que Greil Marcus désigne cruellement sous le substantif de « merde ». Dylan s’est défendu en affirmant qu’il avait sorti ce disque par cynisme, pour se défaire de la casquette de « porte-parole d’une génération » qu’il ressentait comme une pression, alors même qu’elle avait tout d’une chance. Mais la loi du marché était plus forte que lui, elle était aussi plus forte que le public. Morale Spiderman, « un grand pouvoir implique de grandes responsabilités » ; et Dylan, qui par son charisme et son syncrétisme pouvait porter de belles valeurs pour mener une alliance, pour asseoir une voie historiquement originale et sans rupture de continuité avec le passé, a tout laissé tomber. Il fallait célébrer le sang sur les pistes.

La société se débarrasse de son histoire comme elle jette ses téléphones portables bourrés de métaux précieux à la poubelle. Adam West n’a pas obtenu le rôle de Batman en 1989, Tim Burton a préféré le donner à Michael Keaton, un comique. Tout un pan de la vieille culture a disparu. Bob Dylan a abandonné sa mission trop tôt, et l’a reprise trop tard. La génération des années soixante n’a pas su vieillir. Elle a refusé les exemples. Elle a refusé de se montrer en exemple aux générations suivantes. Obsédée par les ruptures, par les déchirures, elle n’a laissé qu’un champ de ruines morales. Heureusement, elle est parvenue à stabiliser le prix du baril.

Deucalion et Pyrrha eurent besoin de faire rouler des pierres pour recréer l’humanité, Bob Dylan en attrapa une, en fit le sujet d’une de ses meilleures chansons, et connut le plus grand de ses succès grâce à elle. Sa « rolling stone » est un être perdu, un monde perdu dans un monde perdu, noyé sous un déluge permanent d’informations contradictoires et d’exploitations continues. Libre de rouler, sans direction, sans maison. Or, pierre qui roule n’amasse pas mousse. Pour stocker ses nombreux biens, il faut un toit au moins. Quand on a deux familles, c’est plus compliqué, à moins d’avoir plusieurs toits. Le poids du malheur est l’apanage de la richesse. Bob Dylan a fait le choix de la difficulté en retournant sur la route.

Bref, tout ça devient trop complexe, le rêve, le mythe, l’idée, la réalité, anticipation impossible de l’avenir, et Bob Dylan qui sert d’excuse. Rendez-moi mon Batman sixties, mon twist, et Mary Poppins. Et puis, non, ne me rendez rien, débarrassons-nous de tout ça. Créons notre propre nounou. Je la vois bien avec un sac sans fond.


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16 réactions à cet article    


  • Le p’tit Charles 13 avril 2016 12:55

    bob..Dit l’âne...Tout passe tout lasse tout casse.. !


    • La mouche du coche La mouche du coche 13 avril 2016 18:55

      Musique mondialisée de l’Empire


    • Pomme de Reinette 14 avril 2016 08:48

      @La mouche du coche

      La poésie n’a pas de frontières.
      Encore faut-il comprendre les paroles de la chanson ....


    • Nicolas Cavaliere Nicolas Ernandez 14 avril 2016 10:39

      @Pomme de Reinette
      L’homme a inventé la traduction pour déplacer la guerre sur le front du langage...


    • Pomme de Reinette 15 avril 2016 07:22

      @Nicolas Ernandez

      Guerre ou paix ?

      http://www.jukebox.fr/bob-dylan/clip,mozambique,qq53vv.html

      I like to spend some time in Mozambique
      The sunny sky is aqua blue
      And all the couples dancing cheek to cheek
      It’s very nice to stay a week or two
      And maybe fall in love just me and you

      There’s lots of pretty girls in Mozambique
      And plenty time for good romance
      And everybody likes to stop and speak
      To give the special one you seek a chance
      Or maybe say hello with just a glance

      Lying next to her by the ocean
      Reaching out and touching her hand
      Whispering your secret emotion
      Magic in a magical land

      And when it’s time for leaving Mozambique
      To say goodbye to sand and sea
      You turn around to take a final peek
      And you see why it’s so unique to be
      Among the lovely people living free
      Upon the beach of sunny Mozambique


       

    • bakerstreet bakerstreet 13 avril 2016 14:31

      Je suis en tous points d’accord avec vous. Dylan est mort quelque part sur la highway 61, après avoir pris mister tambourine man en stop....Peut être bien qu’il l’a tué avant la fin des années 60. En tout cas on n’a jamais retrouvé son cadavre ; de même il fut le dernier à voir une certaine « baby blue » avant qu’elle ne disparaisse... Il y eut une époque où il suffisait que je mette un de ces vieux 33 tours rayés sur mon teppaz, pour avoir la chair de poule, les accords de guitare se mêlant aux grésillements mono, et me faire partir plus loin que n’importe quelle camelote, que n’importe quelle saloperie prise sur la route des indes de ces années étranges, jusque sur la tête des géants de Bamyan... 

      Le souvenir ému de bonheurs perdus me réchauffe toujours le coeur. Le passé ne meurt jamais. « Si tu ne vit que de rêves, le temps t’épargnera » ,nous disait Glemmor. 
      Lui faisait partie des bardes authentiques, un peu comme Van Ronk, un vieux chanteur country que Dylan pilla aussi et que les frère Coen ont honoré dans leur très beau « inside lewyn davies », à voir absolument pour ceux qui s’intéressent à cette époque, le village, la route.Inside Llewyn Davis Bande-annonce VO - AlloCiné
      Tout ça doit être la faute à la notoriété et au vieillissement, qui quand ils se conjuguent vous font davantage des ego de vieux dictateurs, masters of war, que des clochards célestes, démêlant les toiles d’araignées de l’enfance perdue. A partir d’un certain moment, la vision disparaît, et tout s’effondre, sur fond de cynisme et de désenchantement. Ce n’est pas trop grave, un problème de vision mineure que vous ne remarquerez pas, que vous ne saisirez même pas ; d’ailleurs vous trouverez toujours des groupies en ouvrant votre lit pour vous dire que vous êtes toujours génial. « J’ai la banane ! » Nous dit Renaud aussi, prêt à embrasser les flics. 
      Pas tout à fait le même tonneau, mais le même principe alcoolique : Celui des réveils chancelants, des gueules de bois en bordure du vide. Et vous vous demandez si les courtisans ne se foutent pas de votre gueule, quand ils implorent un autographe
      On n’aurait du s’en douter. « It’s a hard rain will gonna fall ! »
      But don’t think twice ;..it’s all right. 

      • Nicolas Cavaliere Nicolas Ernandez 14 avril 2016 10:36

        @bakerstreet
        Très beau commentaire. Le film des frères Coen m’a beaucoup parlé aussi, Van Ronk était trop violent pour se faire une place dans le grand public, alors que Dylan était quelque part « adaptable » et jouait plus facilement de son corps, ça lui donnait une place dans les médias, et c’est quelque chose qu’il a remarqué lui-même, il le dit dans le documentaire « Don’t Look Back », quand il prend les journalistes à parti, et les journalistes comprennent pas, ou font mine de pas comprendre.


      • Pomme de Reinette 13 avril 2016 14:53

        Savez-vous qu’en plus d’être un musicien, homme-orchestre, auteur et compositeur de grand talent si ce n’est de génie, Bob Dylan est aussi peintre à ses heures perdues ?

        J’ai découvert ceci, que je partage :
        http://www.lintermede.com/exposition-bob-dylan-the-brazil-series-peinture-statens-museum-for-kunst-copenhague.php

        Et bien même en peinture, il se défend pas mal, avec un style très personnel.


        • Shopi 13 avril 2016 16:44

          @Pomme de Reinette
          Sympa !
          J’aime beaucoup les couleurs chaudes.
          Merci !


        • Shopi 13 avril 2016 15:01

          Idem, j’ai lâché Dylan quelque part vers la fin des années 70.
          Ou plutôt, j’ai suivi The Band à la place à un moment donné...

          « « All Along The Watchtower » (repris par Hendrix dont il imitera l’interprétation par la suite), »
          La version Hendrix (https://www.youtube.com/watch?v=TLV4_xaYynY) est GÉANTE, un des morceaux que j’emmènerais sur une île déserte.
          Merci de cette article,
          signé : une vieille bab smiley


          • Pomme de Reinette 13 avril 2016 15:13

            @Shopi

            Ah les nostalgiques ! smiley
            Pour ma part j’ai tenu jusqu’à l’album « Oh mercy ! » (1989) qui est encore grandiose : Political World, Everything is broken, What was it you wanted ....
            Essayer c’est l’adopter !


          • Nicolas Cavaliere Nicolas Ernandez 14 avril 2016 10:49

            @Pomme de Reinette
            Oui, un album décrit comme sa renaissance à l’époque. Il a encore tâtonné un brin, puis les médias ont décidé que « Time Out Of Mind » était son vrai retour. J’aime beaucoup « Love & Theft », le titre est un manifeste à lui seul :)


          • diamond joe (---.---.229.34) 14 avril 2016 13:27

            Are you serious ? 


            • GWill (---.---.233.138) 15 avril 2016 12:04

              What is this shit ?


              • Deaf Boy Grunt (---.---.54.26) 16 avril 2016 13:20

                C’est sidérant de voir une tribune qui se contente de reprendre des opinions péremptoires formulées il y a 50 ans, quand Dylan avait refusé devenir le porte-parole de la gauche contestataire américaine et s’était vu reprocher son virage rock et des textes apolitiques, avec toute une série d’accusations sur ses débuts. Quand des gens comme Phil Ochs étaient tout de suite jugés plus honnêtes, plus « politiquement corrects ». Sauf que là, on a Adam West à la place.


                Dylan et le « plagiat » ? Il n’a jamais caché s’être inspiré de « No More Auction Block » quand il a écrit « Blowin’ in the Wind », mais il y a tout un travail d’écriture ensuite. Les paroles n’ont rien à voir, la mélodie est méconnaissable, etc. Et les rivaux qui avaient affirmé en 1963 qu’il existait une autre chanson qu’il aurait copiée presque mot pour mot n’ont jamais été capable de la citer.
                Dylan est les esquimaux ? « The Mighty Quinn » n’est pas un hommage à la culture esquimau mais une pochade sur Anthony Quinn et son rôle d’Inuit dans Les Dents du Diable...
                Quant à la période fin des années 60, Dylan s’en est lui-même expliqué et on dispose maintenant de la version alternative de « Self-Portrait » dans la Bootleg Series, « Another Self-Portrait », qui montre plutôt que les séances avaient été très riches, mais qu’il avait totalement bâclé le mixage final et la sélection des titres. Ce qui était d’ailleurs plus ou moins conscient, comme Dylan l’explique lui-même dans Chroniques : il était confronté à des fans qui guettaient ses moindres déclarations, comme s’il était leur messie, et qui le harcelaient même dans la ferme perdue où il s’était planqué avec sa famille. Et Dylan, comme souvent, a pris plaisir à prendre le contrepied total de ce qu’on attendait de lui.

                Ça ne me surprend donc pas que l’auteur fasse dans les réactions un tel contresens sur Inside Llewyn Davis, avec des énormités dans la lecture qui feraient passer le discours d’Elysium de Neill Blomkamp pour un chef d’œuvre de matérialisme dialectique. Ça n’est pas Dave Van Ronk « trop violent » contre Bob Dylan plus « adaptable » et commercial. Le drame de Llewyn Davis dans le film, c’est que c’est un artiste à la fois unique et comme beaucoup d’autres : doué, attachant, et autodestructeur. Une partie des épreuves qu’il traverse vient des circonstances ou des hasards (un peu comme le Job moderne au centre de A Serious Man), une autre de la mort de son partenaire (une lecture intéressante du film est qu’il montre ce que les frères Coen deviendraient privés de l’apport de l’autre), et la dernière de sa tendance à saboter sa propre carrière. Le fait que Dylan se ramène à la fin et lui vole la vedette n’est que l’ironie suprême qui fait qu’il se retrouve sur la même scène qu’un artiste comme il en arrive quelques uns par siècle. Ce qui ne le rend pas lui, ou Dave Van Ronk, moins digne d’attention pour autant.

                Au fond, ce que l’auteur de cette analyse inepte exprime, c’est sa frustration que Dylan ne se soit pas comporté exactement comme il aurait « fallu » qu’il le fasse. Mais n’importe qui avec un minimum de compréhension de la carrière de Dylan sait que ce qui a toujours fait avancer Dylan, c’est de rejeter justement ce que les gens attendaient qu’il fasse ensuite, et de les prendre à rebrousse-poil. Là, on a un nouveau Monsieur Prudhomme qui conclut que c’est l’ambition qui perd les hommes : si Napoléon était resté officier d’artillerie, il serait encore sur le trône.

                • Memento (---.---.184.202) 12 mai 2016 12:20

                  @Deaf Boy Grunt Merci d’avoir mis des mots précis sur le problème latent de cette critique, qui sent effectivement bon le réchauffé. L’oeuvre de Dylan est bourrée de pépites, et sûrement autant de chansons ratées. Mais il parait normal quand on est aussi prolifique que lui d’être inégale sur l’ensemble de sa carrière. Dylan n’a jamais été un Dieu, ni un prophète. Ecoutez ce qu’il a fait après1960. Rien que pour « Love sick » et tant d’autres. 

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