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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Boulevard de la mort : un film « on the road again » !

Boulevard de la mort : un film « on the road again » !

"Quand on y songe, les grands magasins sont un peu comme des musées."
Andy Warhol, America, 1985

Vroum, badaboum ! : Boulevard de la mort fonce à 200 à l’heure, avec la bagnole à l’épreuve de la mort, customisée style Darkness, de Mike la Cascade/Stuntman Mike, qui roule des mécaniques à "donf" et prend son pied à rouler sur des jeunes filles ô combien sexy, aux jolis fesses et pieds, filmées sous toutes les coutures par un Quentin Tarantino sadomaso en totale roue libre. C’est un film gros calibre, "hyper burné" (les filles ne cessent de tchatcher comme des mecs chauds comme la b(r)aise ! ) et qui pète le feu, à toute berzingue, tant au rayon Pop de la série B, Z ou du cinéma bis qu’au rayon automobile (!) d’un certain cinéma américain vintage (Point limite zéro, 1971, de Richard C.Sarafian ). Oui, il faut voir ce film-recyclage ( un mix de genres façon DJ grand fou : entre le road-movie et le rodéo-film mâtiné de Slasher ) comme une grande voiture-balai pétaradante avalant tout sur son passage, dont, à coup sûr, notre enthousiasme de spectateurs secoués, comme une bouteille d’Orangina*, par cet ovni cinématographique foutraque signé par un cinéaste-barman on the road again optant pour l’open bar extralarge : de la bombe, baby, yeaaaaah !

Mais ce ne serait que ça, le film serait pas mal (2 étoiles au compteur, sur une échelle de 4 ), sans plus. Or, si l’on soulève la surface des images dérivées d’images, c’est beaucoup plus (au moins du 3 étoiles, c’est le minimum syndical, pardi !), voilà pourquoi : Boulevard de la mort est un film-bolide, un truc hybride, métissé, impur, entre l’arty Pop, vintage, et le côté péquenot des rednecks amerloques de drive-in, qui fonce droit sur le spectateur secoué quasi non-stop par la pétarade filmique qui bondit à l’écran cranté. En ce sens c’est un film cranté, junk, signé par un " péquenot arty " adepte notamment de Lapdance putassière à souhait, en écho au twist culte de Pulp Fiction, et qui vous pète à la gueule ! Ah ! la la !, au milieu du film, je me souviendrai encore longtemps du passage soudain d’un noir et blanc par défaut (accident de la bobine) à des rouges et des jaunes Technicolor flashy et punchy qui vous pètent à la tronche, tels des blasons ou des panneaux signalétiques affirmant leur frontalité d’apparat, le film se faisant alors étalage pop de son supermarché filmique, hénaurme ! - plaisir purement scopique, plaisir de l’oeil, de l’étiquette, de la signature, de la marque de fabrique, le principe de plaisir écrase ici le principe de réalité, et on se dit alors, pour paraphraser Cézanne disant cela de Monet : " Ce Tarantino, ce n’est qu’un oeil, mais quel oeil ! "
On a aussi un générique qui repousse d’emblée les frontières du bon goût (lettres jaunes des noms des acteurs écrits en très gros, comme chez Bébel au temps de ses guignolades façon Le Marginal !) et qui sent bon les seventies de mauvais goût, puis une image de clodo, limite pourrave, sur une copie volontairement dégradée (pellicule vieillie artificiellement), avec des rayures, des jump-cuts et autres faux raccords, parasites, images manquantes, abîmées, crépitements de la bande sonore ou répétitions d’images qui avaient souvent lieu dans les salles de seconde zone, estampillées grindhouse, où les séries B étaient montrées en masse. Et c’est formellement, notamment, que ce... Bavard de la mort se surpasse dans le côté film-bazar, film-patchwork, car tout semble se répéter deux fois : les jambes alanguies sur un canapé de Sydney Tamiia Poitier et de Brigitte Bardot, les gangs de nanas allumées et allumeuses sorties tout droit de " Reservoir Bitches " (du SM au SMS), les courses-poursuites tonitruantes en bagnole à l’épreuve de la mort ( Death Proof ), Kurt Russell - alias Mike la Cascade - semblant, lui, rejouer son cultissime Snake Plissken de New York 1997, puis, surtout, les deux parties distinctes du film, scindé en deux, avec l’une qui serait le commentaire de l’autre et vice-versa - bref un film Duel, un film binaire, avec deux blocs de récit, un film-miroir à la fois relais et redondant (avec passages, continuités et solutions de continuité), qui oscillerait, un peu comme Marx - Karl, pas Groucho ! - décrivant le mouvement de l’Histoire, entre la tragédie et la farce. Avec ce Tarantino, on est dans le double, dans la duplication, dans la pizza Calzone, dans la mise en abyme de son art, un peu à la manière d’un peintre contemporain français, Bernard Piffaretti, qui propose des toiles en diptyque, recto-verso, avec l’une, « Canada Dry », qui semble toujours la copie conforme ou le duplicata de l’autre (jusque dans les coulures et autres "accidents de la peinture), mais il en résulte, au demeurant, que toutes les peintures de Bernard Piffaretti sont absolument différentes les unes des autres tout en étant profondément semblables... et nous voilà amenés à jouer, entre l’original et la copie, au " Jeu des 7 erreurs " comme chez Andy Warhol, recherchant ce qui se trame derrière l’image, ou comme au bon vieux temps, référence moins prestigieuse, du dessin-énigme labellisé Télé 7 jours. Avec le Tarantino, on est conduit tambour battant dans le même stratagème conceptuel du film retourné (avec ourlets mal fagotés), de la représentation bis (répétition du même) ; c’est bel et bien un objet filmique conceptuel qui, au-delà de son charme évident - entre le slasher et le road-movie venant puiser son inspiration aussi bien dans les séries B, Z, XXL que dans le cinéma hollywoodien d’auteur tel, on l’a vu, Point limite zéro - 1971 - de Richard C. Sarafian -, est un formidable film auto(!)-réflexif sur le cinéma et ses modalités narratives. Oui, loin d’être une simple pochade de potache, une private joke entre nerds ou un film mineur pour mineurs dans la filmographie de "Kwantin" Tarantino, connu, comme on le sait, pour ses structures de films purement... tarantiniennes (rythme déstructuré, séquences de dialogues s’étirant jusqu’à l’interminable, etc.), son Boulevard de la mort est au contraire l’exégèse de son cinéma, une définition en film du cinéma bis, dans tous les sens du terme (un cinéma bis deux fois, en quelque sorte !) signé Tarantino qui, loin de nous apparaître ici comme un simple réalisateur novateur, frais et simplement funky, est désormais quasiment un classique, faisant partie des meubles composites, trouvant même le luxe, comme chez les grands peintres ou les grands cinéastes et écrivains, d’interroger son propre langage, sa propre écriture.
D’ailleurs, pas étonnant que Quentin Tarantino soit barman dans son film de bar ; certes il nous ressert ses plus fameux cocktails et plats, mais il en profite au passage, dans son open bar freestyle à 200 à l’heure, pour dresser la table de sa propre herméneutique filmique - trop fort, un vrai cinéaste en état (de) critique, autrement dit un film schizophrène fascinant, un très grand (petit) film, voilà !

* Certes, avec un peu de vodka dedans...


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2 réactions à cet article    


  • Cris Wilkinson Cris Wilkinson 15 juin 2007 13:21

    Le problème avec les films de Tarantino, c’est qu’il faut ce payer 25 minutes de palabres interminalbe pour 3mn de pur bonheur.

    A choisir, je préfère son collègue Rodriguez qui nous offre 25 minutes de pur délires pour 3 paroles.


    • ExSam 17 juin 2007 23:37

      Ouais, un film cuculte pour ados bacstage en peep, esclavagisé pour demeurer fan. L’annonce band tient la route par la pêche du texto scotché à donf sous ectasy sexocelebro.

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