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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Bouquet final à Radio France pour le maestro Chung

Bouquet final à Radio France pour le maestro Chung

« Grâce à la musique et à l’art en général, nous pouvons goûter l’universelle beauté des traditions et renforcer les liens qui unissent les hommes. » (Chung).



Le chef d’orchestre d’origine coréenne Myung-Whun Chung a produit son dernier concert dans le Grand Auditorium de la Maison de la Radio le vendredi 12 juin 2015. Dernier concert en tant que directeur musical de l’Orchestre Philharmonique de Radio France (créé en 1937). Il avait pris ses fonctions en mai 2000 et termine ainsi à la fois la saison et ses fonctions d’un commun accord avec Radio France. Avec quinze années de direction musicale, Chung frôle la longévité de son prédécesseur direct, Marek Janowski qui dirigea l’orchestre de 1984 à 2000. C’est Mikko Franck qui prendra sa succession.

Chung est parti en beauté avec le Premier Concerto pour violon et orchestre en sol mineur opus 26 de Max Bruch de 1868 (avec Gil Shaham au violon) et la Cinquième Symphonie en ut dièse mineur de Gustav Mahler de 1904. Mathieu Gallet, le président de Radio France, venu le remercier sur la scène à la fin du concert, l’a nommé directeur musical honoraire.

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Honoré par la présence, entre autres, d’anciens présidents de Radio France comme Roland Faure et Jean-Luc Hees, également de Philippe Val, ancien directeur de France Inter, Chung a tenu à exprimer sa gratitude pour les (nombreux) musiciens du Philharmonique de Radio France qui l’avaient accueilli, et il est vrai qu’une véritable "osmose" s’est développée dès le début de leur collaboration entre l’orchestre et son directeur pour produire de la musique tout en sensibilité et harmonie. Il est même allé donner l’accolade à l’un des musiciens présents (un violoniste, je crois) qui finissait comme lui la saison et qui allait prendre sa retraite.

Dans sa courte intervention, Myung-Whun Chung a aussi affirmé que la musique représentait pour lui une expérience humaine, une émotion esthétique et un geste patriotique. Mais il regrettait qu’en dirigeant un orchestre, il était le seul finalement de l’équipe à ne pas jouer de la musique et semblait souhaiter se consacrer dans un avenir proche plus souvent à jouer du piano (il a sorti son premier enregistrement piano solo dédié à l’enfance en 2014).

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En 2007, Chung et les musiciens du Philharmonique ont été nommés ambassadeurs de l’Unicef , ils ont alors parcouru le monde auprès d’enfants défavorisés pour leur permettre un accès à la culture. Le concert du 12 juin 2015 a été fait au bénéfice du Sidaction. Pierre Bergé, son président, était présent dans l’assistance et fut également remercié par le maestro.

Au-delà de ses qualités de chef à porter l’orchestre vers l’excellence musicale, Chung s’est également passionné à transmettre la musique aux enfants. Depuis plusieurs années, il a permis à des collégiens de se produire au cours de véritables concerts, selon cette petite règle : « L’exigence est toujours récompensée, et un enfant est très sensible au fait qu’on lui fasse confiance, qu’on lui dise : "oublie tout et écoute bien, cette musique est faite pour toi parce qu’elle est belle et que tu vas éprouver du plaisir à l’écouter". Il va de soi qu’en échange, nous jouons avec la même précision et la même intensité que s’il s’agissait d’un concert pour adultes ! (…) Ne comptez pas sur moi pour faire du jeunisme et brader la musique que je propose de faire découvrir. » (Chung).

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Et d’expliquer : « Je me suis souvenu du choc qu’a éprouvé mon fils, à l’âge de 8 ans, en écoutant la Cinquième Symphonie de Beethoven, alors qu’il n’était pas du tout intéressé a priori par cette musique. Mon rôle consiste à montrer comment les instruments se combinent entre eux, un peu comme les rues d’une ville. Aux auditeurs, ensuite, enfants et adolescents, de faire par eux-mêmes le voyage. (…) Moi, je suis heureux quand un enfant, après avoir fait un petit effort de silence et d’attention, se rend compte qu’il peut ressentir de très grandes joies musicales. J’aime aussi montrer que chaque concert est une expérience unique et apporte quelques chose de nouveau. » (propos recueillis par Christian Wasselin).

Le 14 mars 2015, par exemple, trois classes de collégiens ont ainsi pu jouer le dernier mouvement de la Symphonie du Nouveau Monde de Dvorak dans le Grand Auditorium de la Maison de la Radio devant une salle comble. En 2011, mille cinq cents enfants ont chanté "L’Hymne à la joie" de Beethoven dans des conditions similaires.

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Parmi les moments mémorables des concerts Chung de Radio France, il y a eu ce concert historique, à la Salle Pleyel, avec l’Orchestre Unhasu de Corée du Nord le 14 mars 2012 (sa mère, décédée peu avant ce concert, était née en Corée du Nord). Et également la production du très long oratorio "Saint François d’Assise" d’Olivier Messiaen le 31 octobre 2008, à l’occasion du centenaire du compositeur : « Quand je dirige Messiaen, par exemple, je ne sépare pas la musique de l’homme que j’ai connu, et j’essaie de faire entendre le message spirituel qui est au centre de tout ce qu’il a fait. J’éprouve alors une sensation de paix, j’entre dans un monde plus élevé que le nôtre. » (Chung).

Avant ses fonctions à Radio France, Chung avait déjà eu des fonctions officielles à Paris comme directeur musical de l’Opéra de la Bastille entre 1989 et 1994. Il a créé mondialement la dernière œuvre de Messiaen, "Concert à quatre", qui lui était dédiée. En 1995, il a été récompensé trois fois aux Victoires de la musique classique en France et a été nommé homme de l’année par l’Unesco. En été 1997, Chung dirigea un concert à l’hippodrome de Longchamp devant plus d’un million de jeunes lors de la venue du pape Jean-Paul II aux Journées mondiales de la jeunesse à Paris.

Myung-Whun Chung a réalisé beaucoup d’enregistrements avec l’Orchestre Philharmonique de Radio France, en particulier : Beethoven (Symphonie n°5), Dutilleux (Tout un monde lointain), Messiaen (La Transfiguration ; Trois petites Liturgies de la Présence Divine), Ravel (Daphnis et Chloé ; Concerto en sol ; Concerto pour la main gauche, Boléro), Schubert (Symphonie inachevée), Stravinsky (Le Sacre du printemps), Moussorgski (Les Tableaux d’une exposition), ainsi que des disques pour jeune public : Berlioz (Symphonie fantastique), Dvorak (Symphonie du Nouveau Monde), Bartok (Concerto pour orchestre), Prokofiev (Roméo et Juliette), Saint-Saëns (Le Carnaval des animaux)…

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Le départ de Chung de Radio France n’est cependant que statuaire car il continuera encore à diriger l’Orchestre Philharmonique de Radio France à plusieurs occasions, comme ce 19 juin 2015, à la Philharmonie de Paris (Cité de la Musique) où il a interprété un concerto de Rachmaninov et une symphonie de Brahms. Il sera également présent au Festival de Saint-Denis, dans la Basilique où sont enterrés les rois de France, les 23 et 24 juin 2015 à 20h30 pour le Requiem de Verdi (la répétition a eu lieu en public le 20 juin 2015 au Grand Auditorium de la Maison de la Radio, gratuitement en raison de la Fête de la Musique), et il dirigera aussi au Festival Chorégies d’Orange, au Théâtre antique, le 10 juillet 2015 à 21h45 une ouverture de Berlioz, un concerto de Poulenc et une symphonie de Saint-Saëns (avec Nicholas Angelich et Martha Argerich au piano).

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Chung a acquis tout au long de ces quinze années une grande reconnaissance internationale et nul doute que l’excellente collaboration entre le Philharmonique et lui se poursuivra encore longtemps dans les prochaines années, à Paris ou ailleurs, pour le bonheur du public.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 juin 2015)
http://www.rakotoarison.eu

Pour aller plus loin :
L’horreur musicale en Corée du Nord.
Mikko Franck.
Le Philharmonique fait l’événement politique.
Concert du 14 juillet 2014.
Le feu d’artifice du 14 juillet 2014.
Mathieu Gallet.
Lorin Maazel (1930-2014).
Pierre Boulez.
Pierre Henry.
Humour présidentiel à la Maison de la Radio.
Les 50 ans de la Maison de la Radio (17 décembre 2013).
Jean-Luc Hees.
Philippe Val.
Jean-Paul Cluzel.
Jacqueline Baudrier.
Stéphane Guillon.

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1 réactions à cet article    


  • Antoine 26 juin 2015 23:57

    Chung, très bon chef, qui a enregistré un excellent Ravel avec cet orchestre.

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