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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Brialy est Max Jacob

Brialy est Max Jacob

Jean-Claude Brialy, pour son dernier rôle à la télévision, a choisi d’incarner le poète quimpérois Max Jacob. « Maintenant je peux partir l’âme tranquille », a-t-il confié à Daniel Leconte, producteur de « Monsieur Max ». Ce téléfilm sera diffusé sur la chaîne Arte le 14 septembre 2007. Nul doute qu’il sera suivi comme un hommage touchant à l’acteur récemment disparu et au poète.

A la télévision, Brialy est Max Jacob :

Dans son dernier téléfilm, qui a été présenté à Biarritz au FIPA et a recueilli des éloges unanimes, Jean-Claude Brialy interprète Max Jacob auprès de Dominique Blanc. Le scénario est de l’écrivain Dan Franck, l’écrivain qui s’exclame : « C’est un clown tragique. Un homme à l’incroyable destin qui, bien que converti au catholicisme, est mort en juif au camp de Drancy. Quelle ironie ! ». Février 1944 : Alice (Dominique Blanc) annonce à Jean Cocteau (Jean-Chrétien Siberton-Blanc) et Jean Marais (Alexis Michalik) que Max Jacob vient d’être arrêté et transféré à Drancy. Elle ne parviendra pas à le sauver et il mourra dans ce camp quelques jours après son arrestation. Les personnages sont réels à l’exception d’Alice qui est en partie inventée. "Jean-Claude Brialy y est bouleversant de tendresse et de profondeur. Nul ne pouvait imaginer qu’après avoir magnifiquement incarné les dernières années de ce poète emprisonné et mort à Drancy, il serait lui aussi frappé par la mort, quelques mois après le tournage", déclare Jérôme Clément, président d’Arte France et vice-président d’arte, en hommage à Brialy quelques jours après sa mort.

Qui était Max Jacob ? Il est né à Quimper (29) en 1876. Il est mort à Drancy en 1944 : c’est en hommage à son ami Max Jacob que Jean Moulin avait choisi Max comme nom de résistant. L’auteur du Cornet à dés (1917) et du Laboratoire central (1921) est né au 8, rue du Parc à Quimper, le 12 juillet 1876, d’une famille juive. Max Jacob a quitté sa ville natale pour Paris à 20 ans. A Paris, il rencontre, dès 1901, Picasso avec lequel il se lie d’une amitié très profonde, à tel point que, lorsqu’il se convertira au catholicisme, Picasso en sera le parrain. A Paris, Max fréquente Apollinaire et André Salmon. Il ne se révèle toutefois comme poète qu’en 1917 avec Le Cornet à dés qui établira sa réputation. En 1921, Max Jacob se retire à l’ombre d’un monastère et s’astreint à la vie religieuse. Son dernier passage à Quimper remonte à 1942, l’année du décès de sa soeur. Sa fin sera tragique : le 24 février 1944, au sortir de la messe, la Gestapo l’arrête. Il meurt le 5 mars au camp de Drancy.

La Bretagne est parsemée de ces lieux mythiques encore hantés de la présence des grandes voix qui se sont éteintes. Il faut visiter ces traces qu’elles ont laissées puisque, comme l’a dit René Char, "Un poète doit laisser des traces de son passage, non des preuves. Seules les traces font rêver". Cet article est l’occasion d’évoquer deux autres grands poètes bretons, les aînés de Max : Tristan Corbière et Jean Richepin.

A Morlaix (29 ), Tristan Corbière (1845 - 1883), le "poète maudit" :

Il est né le 18 juillet 1845 au manoir de Koat Kongar, près de Morlaix. En août 1873, Les Amours jaunes paraissent à ses frais et n’ont aucun succès. Paul Verlaine tire l’oeuvre de l’ombre dix ans plus tard dans son étude des Poètes maudits dans laquelle Corbière paraît avec Mallarmé, Rimbaud et deux autres. Le 1er mars 1875 meurt Tristan dans sa trentième année. Il n’avait que la peau et les os ; il était surnommé l’Ankou (en Bretagne, spectre de la mort). André Breton saluera en Tristan Corbière le précurseur du surréalisme. "Çà" est le nom que Tristan se donne. Un poème porte ce nom. "Bonsoir - ce crapaud-là c’est moi", écrit-il aussi à la fin de son célèbre poème Le Crapaud. Tristan Corbière n’aura vécu que trente années.

Un site sur Tristan Corbière.

A Pléneuf-Val-André (22) : Jean Richepin (1849 - 1926), du réfractaire au "vieux con" :

Sitôt licencié en lettres, Jean Richepin devient franc-tireur, avec Jules Vallès comme maître à penser. La Chanson des gueux lui vaut un mois de prison et 500 francs d’amende et une réputation de Villon des temps modernes. Il s’attaque à tout ce qui est bourgeois et catholique. Son entrée à l’Académie française en 1909 le consacre comme "révolté officiel" mais désormais inoffensif. Membre des "bourreurs de crâne", avec, entre autres, Maurice Barrés, pendant la guerre 14-18, il deviendra la cible du tout nouvel hebdomadaire satirique de l’époque : Le Canard enchaîné. Le voici devenu "vieux con" ! Mais peu importe que son oeuvre soit aujourd’hui oubliée, puisqu’il reste dans nos têtes avec son poème Philistins mis en musique par Brassens, chanson reprise récemment par Renaud : Philistins.

Philistins, épiciers,
Tandis que vous caressiez
Vos femmes,

En songeant aux petits
Que vos grossiers appétits
Engendrent,

Vous pensiez : "Ils seront,
Menton rasé, ventre rond,
Notaires",

Mais pour bien vous punir,
Un jour vous voyez venir
Sur terre

Des enfants non voulus
Qui deviennent chevelus
Poètes.

Un site consacré à Jean Richepin. (en chanson : mettez le son !)

Pour conclure, un extrait de poème de Max Jacob en hommage à Quimper, sa ville natale :

Quimper (extrait)

O mes écrits nouveaux ! je veux qu’ils outrepassent
Le ciel ! le poète fidèle à son rêve impossible !
Attelé dans les bras solides de la Muse
Il écrit sur l’azur envers du Paradis.
Gentil Quimper, le nid de mon enfance
De lierre, ormeaux, roches tout tapissé,
Vois ce, d’un tendre effort, qu’à ta face
J’offre ! un miroir de hêtres et de houx,
Hêtres et houx cachant nos jeux de courses
Par intervalle dans l’étroite vallée !
Ayant confié le cartable à la mousse
Avec les compagnons j’ai folâtré.

Les collections Max Jacob à visiter.


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7 réactions à cet article    


  • L'enfoiré L’enfoiré 11 juillet 2007 12:08

    Salut Poète des Tavernes,

    La phrase que j’ai retenue est : « Un poète doit laisser des traces de son passage, non des preuves. Seules les traces font rêver »

    Elle résume, un peu, notre passage ici bas et pas uniquement celui des poètes.

    Le 14 septembre, je serai en vacances. Je dois trouver quelqu’un pour me l’enregistrer. Merci pour l’info.

    Pourquoi Arte, seul, d’ailleurs ?

     smiley


    • La Taverne des Poètes 11 juillet 2007 13:31

      Salut Guy,

      et « le poète fidèle à son rêve impossible », du poème de Max Jacob reproduit dans l’article, n’est-ce pas une belle formule aussi ?


    • L'enfoiré L’enfoiré 11 juillet 2007 14:01

      C’est un complément. L’un ne va pas sans l’autre.


    • La Taverne des Poètes 11 juillet 2007 14:41

      La lettre de Jean Cocteau à Max Jacob le 29 février 1944, écrite dans le train qui mène au camp de Drancy : « Je t’écris dans un wagon par la complaisance des gendarmes qui nous encadrent. Nous serons à Drancy tout à l’heure. C’est tout ce que j’ai à dire. Sacha (ndlr : Guitry), quand on lui a parlé de ma soeur, a dit : »si c’était lui, je pourais quelque chose !« >Eh bien, c’est moi. Je t’embrasse. Max »

      L’ordre de libération sera signé le 4 mars. Max Jacob sera mort le lendemain. Mais « C’est Cocteau qui s’est le plus mouillé » dit le conservateur du musée des Beaux Arts de Quimper. En revanche, Picasso n’a pas fait grand chose pour aider le poète. Picasso a déclaré « ça n’est pas la peine de faire quoi que ce soit. Max est un ange. Il n’a pas besoin de nous pour s’envoler de sa prison ».


      • La Taverne des Poètes 11 juillet 2007 15:49

        Max Jacob assassiné, par Paul Eluard

        "Après Saint-Pol-Roux, Max Jacob vient d’être assassiné par les nazis. Comme Saint-Pol-Roux, Max Jacob a eu contre lui son innocence, innocence : la candeur, la légèreté, la grâce du coeur et de l’esprit, la confiance et la foi. La plus vivace intelligence, la véritable honnêteté intellectuelle. Il était, avec Saint-Pol-Roux, un de nos plus grands poètes.

        Né le 12 juillet 1876, à Quimper-Corentin, Max Jacob, qui vint de bonne heure se fixer à Paris, s’était lié avec les poètes et les peintres les plus ardents et les plus audacieux de notre temps. On a pu dire de lui qu’il fut non seulement poète et peintre, mais précurseur et prophéte : son oeuvre si diverse, où l’ironie laisse toujours transparaitre la plus chaude tendresse et la sensibilité la plus fine, marque une véritable date dans la poésie française. Depuis Aloysius Bertrand, Baudelaire et Rimbaud, nul plus que lui n’avait ouvert à la prose française toutes les portes de la poésie. Entre les poèmes en prose du Cornet à dés et les poèmes en vers du Laboratoire Central, entre les Oeuvres Mystiques et Burlesques du frère Matorel et Le Terrain Bouchaballe, la poésie occupe le domaine entier de la vie parlée, dans la réalité, et en rêve".

        Paul Eluard, 1944


        • weevers 13 juillet 2007 16:41

          René Guy Cadou était né à Sainte-Reine-de-Bretagne. Gilles Servat qui a chanté ses poèmes est originaire de ce même village.

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