• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « Brigade financière » : un huis clos saisissant !

« Brigade financière » : un huis clos saisissant !

Nous sommes dans un bureau de la Brigade financière. Deux personnages se font face : une commissaire de police opiniâtre et un arrogant patron du Cac40, sûr de lui, de sa puissance et de ses appuis politiques. Entre ces deux protagonistes que tout oppose, le poids d’un dossier lourd de menaces pour l’un, mais aussi pour l’autre. Tout commence par une audition libre...

Tel est le sujet de cette superbe pièce, révélation du festival d’Avignon Off de 2013. Écrit par Hugues Leforestier, ce face-à-face, qui aurait pu s’intituler « Garde à vue » si ce titre n’était si fortement attaché aux noms de Michel Audiard et Claude Miller, est tantôt pesant, tantôt caustique, mais également ponctué de quelques touches d’humour et de dérision. Ce huis clos en quatre actes est interprété avec beaucoup de fougue et de sincérité par l’auteur, parfaitement crédible dans son costume d’homme d’affaires en relation avec les plus hautes sphères politico-financières de l’État, et par l’impeccable Nathalie Mann, tout aussi convaincante dans son rôle d’enquêtrice méticuleuse et déterminée.

Menacé de poursuites judiciaires pour l’ensemble de son œuvre en matière de malversations financières de différentes natures, le grand patron se montre impertinent, méprisant, et même menaçant au fur et à mesure de la mise au jour de ses turpitudes. L’homme se croit manifestement au-dessus des lois, et il n’hésite d’ailleurs pas à l’affirmer avec un redoutable cynisme en s’efforçant de déstabiliser la fonctionnaire de police qui l’interroge et qu’il renvoie à la médiocrité de son utilité sociale pour le pays relativement à lui, l’entrepreneur créateur d’emplois et de richesses.

Quant à la commissaire, elle fait son job, tout simplement. Mais elle le fait avec la conviction des personnes viscéralement attachées au Droit et aux valeurs d’une Justice équitable, quel que soit le statut social des personnes en délicatesse avec le Code pénal. Une conviction qui lui permet d’affronter sans faiblesse ce personnage imbu de sa puissance qui n’est pas sans rappeler des justiciables connus qui ont défrayé – ou défraient encore – la chronique judiciaire de notre pays. Hugues Leforestier le reconnait lui-même : « J’ai été étonné de retrouver certaines répliques de cette pièce dans la bouche de personnalités mises en cause par la Justice », notamment en matière d’intimidations ou de dénégations outragées.

Superbement interprétée par le duo d’acteurs, la pièce dure environ 1 h 20, et l’on se prend à en déguster chaque réplique avec gourmandise tant le dialogue entre les deux bretteurs sonne juste et nous renvoie sans cesse à une actualité judiciaire faite d’abus de biens sociaux, de fausses factures, de dissimulation fiscale ou de rétro-commissions. « Des magistrats et juges eux-mêmes l’ont vue avec un grand plaisir », confie Nathalie Mann, très fière d’avoir réussi à séduire ce difficile public avec son partenaire de scène. 

Cerise sur le gâteau, les fauteuils du théâtre, aux allures de vastes canapés, sont sans doute ce que l’on fait de mieux dans le genre à Paris, à tel point que chaque spectateur a l’impression de voir deux amis jouer pour lui dans le cadre douillet de son salon privé. À voir sans tarder au séduisant théâtre Ciné XIII, 1 avenue Junot dans le 18e arrondissement, à deux pas de la maison montmartroise où habitait naguère le génial Marcel Aymé ! La pièce est programmée jusqu’au 21 mars. Courez-y vite ! 


Moyenne des avis sur cet article :  2.9/5   (21 votes)




Réagissez à l'article

23 réactions à cet article    


  • gruni gruni 28 février 2015 09:05

    Bonjour Fergus


    D’après ton article cette pièce n’est que l’exacte réplique de la réalité judiciaire de certains chefs d’entreprise ou homme politiques, quelquefois les deux. On peut d’ailleurs se demander si cette fiction n’est pas inspirée d’une affaire réelle, et si l’auteur du scénario n’a pas de relations amicales avec des magistrats complaisant qui auraient soufflé quelques répliques. 
    Dommage, Paris ça fait un peu loin pour moi.

    • Fergus Fergus 28 février 2015 09:15

      Bonjour, Gruni.

      En effet, en assistant à cette représentation, on a l’impression, selon les moments et les faits évoqués, de voir un face à face entre une enquêtrice de la Brigade financière et des personnages comme Le Floch-Prigent, Tapie, Balkany ou même Sarkozy, pour ne citer que ceux-là et en se référant à leurs propos rapportés dans les médias.

      Il faut savoir en outre que l’auteur de cette pièce, actuel directeur du célèbre théâtre de chansonniers Le Caveau de la République, a lui même été directeur de banque et directeur financier, ce qui fait de lui un expert des différents types de malversations commises par des personnages puissants qui se croient au-dessus des lois.

      Dommage en effet que tu ne puisses voir cette pièce, je pense que tu l’aurais vivement appréciée !


    • gruni gruni 28 février 2015 09:24

      @Fergus


      Je pensais justement que Tapie aurait pu jouer cette pièce avec beaucoup de talent et de conviction.

      « Dommage en effet que tu ne puisses voir cette pièce, je pense que tu l’aurais vivement appréciée ! »
      C’est vrai, tu pourrais peut-être de mémoire donner quelques extraits du dialogue.

      Bonne journée


    • Fergus Fergus 28 février 2015 10:15


      @ Gruni.

      J’ai acheté le texte. En voici un court extrait, peu après l’entrée du Patron dans le bureau de la Commissaire

       ELLE  : Vous êtes content de votre portable ?

      LUI : Très. Content, content ! Content de ma voiture, de mon costume, de mon coiffeur…

      ELLE : Parfait. Je vais vous demander de bien vouloir l’éteindre.

      LUI : Vous plaisantez ?

      ELLE : Ça m’arrive. Pas aussi souvent que je l’aimerais ces jours ci, mais ça m’arrive.

      LUI : Et si l’Elysée cherche à me joindre ?

      ELLE : Ils devraient arriver à se passer de vous 5 minutes. Ils savent où vous êtes. Il leur suffira de m’appeler.

      ...


    • gruni gruni 28 février 2015 11:52

      @Fergus


      Merci Fergus, le personnage principal est bien comme on se l’imagine, il transpire la vanité et la suffisance. Les juges, même s’ils ont l’habitude, doivent avoir des nerfs d’acier pour traiter des profils comme ça.

    • Fergus Fergus 28 février 2015 12:02

      @ Gruni.

      Oui, leur quotidien ne doit pas être de tout repos face à de tels individus, le plus souvent intelligents et retors. Du moins lorsqu’ils ne se laissent pas dominer par leur indignation que l’on puisse oser leur demander des comptes sur leurs agissements.


    • Mania35 Mania35 28 février 2015 10:16

      Bonjour Fergus,


      Cette pièce, dont je n’avais jamais entendu parler, m’a l’air très intéressante. Elle est vraiment d’actualité compte-tenu des diverses affaires visant des hommes politiques ou des grands patrons qui se croient effectivement au-dessus des lois et ne comprennent vraiment pas pourquoi « des petits juges » osent s’en prendre à eux.
      Comme Gruni, je regrette que Paris soit loin, surtout si la pièce se termine le 21 mars. Il serait agréable qu’une tournée en provinces soit organisée. 

      Bonne journée. 

      • Fergus Fergus 28 février 2015 10:33

        Salut, Mania35.

        Merci pour ton commentaire. Effectivement, cette pièce colle parfaitement à l’actualité politico-judiciaire. Et elle sonne de ce fait parfaitement juste.

        Une tournée en province, ce serait en effet une excellente idée, ce n’est pas le Dinannais que je suis qui dira le contraire !

        Bonne journée.



        • Fergus Fergus 28 février 2015 11:29

          Bonjour, Fifi Brind_acier.

          Vous avez entièrement raison, et je vous remercie pour ce lien très éclairant sur les pratiques érigées en système dans les classes dirigeantes.

          Raison de plus pour pointer du doigt ces pratiques scandaleuses, de même que les obstacles auxquels les enquêteurs peuvent être confrontés, un volet du problème qui n’est évidemment pas éludé par la pièce « Brigade financière ». 


        • ZEN ZEN 28 février 2015 12:44

          Salut Fergus
          Comme dit Fifi, la réalité dépasse l’affiction
          Je repense à Eva Joly, qui avait pour travailler un petit bureau minable, une collaboratrice et un ordinateur d’un autre âge..


          • ZEN ZEN 28 février 2015 12:45

            Erratum : l’affliction


            • Fergus Fergus 28 février 2015 12:56

              Bonjour, ZEN.

              C’est vrai, et pas seulement pour les magistrats : les policiers sont également trop souvent contraints de travailler dans des conditions indignes de la 5e puissance économique mondiale !

              En réalité, c’est toute là sphère judiciaire, y compris l’univers carcéral, qui souffre d’un manque criant d’effectifs et de moyens matériels. Des carences qui servent évidemment les intérêts des justiciables les plus en vue et les mieux à même d’opposer aux acteurs de la Justice des avocats rompus à toutes les manœuvres dilatoires et à la recherche des moindres vices de forme dans de volumineux actes de procédure.


            • Fergus Fergus 28 février 2015 14:26

              Bonjour, Tonimarus45.

              « Des carences voulues par les pouvoirs en place »

              En tous les cas entretenues par les différents pouvoirs (de gauche comme de droite) qui se sont succédés depuis des décennies.

              Et pour ce qui est de la manière dont a été traité Denis Robert (y compris en effet pas des collègues des grands médias) dans l’affaire Clearstream, cela relève du scandale, sans aucun doute.


            • alinea alinea 28 février 2015 15:02

              Bon évidemment, en bon critique, tu ne peux pas nous dire qui gagne !!
              Est-ce morale, ou est-ce lucide ??
              Le jour où je verrai tous ces connards mourir de honte, par quelque revers de situation, je pourrai mourir tranquille ; soit je mourrai très très vieille, soit, plus probablement, je ne mourrai pas tranquille !! smiley


              • Fergus Fergus 28 février 2015 16:53

                Salut, Alinea.

                Non seulement je ne te dirai pas « qui gagne », mais pas non plus si c’est « moral ». Mais c’est très « lucide » sur les mœurs en vigueur dans les affaires et sur le fonctionnement de l’appareil judiciaire.

                Je crains, hélas !, que tu ne puisses pas mourir tranquille ! smiley

                Bonne fin d’après-midi.


              • Alex Alex 28 février 2015 17:10

                @alinea

                « ces connards mourir de honte... »

                Vous risquez attendre longtemps ! Ce qui m’a toujours frappé n’est pas qu’il y ait des escrocs plus ou moins astucieux – il y en a toujours eu –, mais le culot dont certains font preuve en continuant à se pavaner en public.
                Mais tout va changer avec la guyanaise « de souche » chère à Fergus...


              • Fergus Fergus 28 février 2015 20:58

                Bonsoir, Alex.

                D’accord avec vous pour ce qui est de ce genre d’individus. Quant à « la Guyanaise de souche », je n’attends pas grand chose d’elle, si ce n’est quelques améliorations du code de procédure pénale.


              • alberto alberto 28 février 2015 21:09

                @Fergus : merci pour l’info !

                J’y cours de de ce pas...

                T’en as d’autres comme ça ?


              • Fergus Fergus 28 février 2015 22:24

                Bonsoir, Alberto.

                Où cours-tu ? Au Ciné XIII ? Si tel est le cas, tu ne devrais pas être déçu.


              • Garance 1er mars 2015 08:40

                Bonjour Fergus


                Il aurait été cocasse que le rôle masculin fut joué par B. Tapie

                N’est-il pas comédien dans tous les sens du terme ?

                La pièce aurait été à l’affiche pendant au moins 10 ans

                • Fergus Fergus 1er mars 2015 08:57

                  Bonjour, Garance.

                  Tapie, acteur de théâtre dans une pièce de ce type, n’aurait même pas eu à composer son personnage : il eût suffi qu’il soit lui-même, autrement dit hâbleur et arrogant, tel qu’il l’a toujours été au long des procédures qui l’ont concerné. Un « comédien dans tous les sens du terme », en effet !


                • Sharpshooter - Snoopy86 sharpshooter 1er mars 2015 12:37

                  Monsieur Garance

                  Qui est ce Bernard Tapie dont vous parlez ? L’escroc escroqué par le Crédit Lyonnais ou le ministre de l’union de la gôche mitterrandienne ?

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON








Les thématiques de l'article


Palmarès