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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > C’est déjà un Grand !

C’est déjà un Grand !

Valérian

En une période calamiteuse pour la culture en France, oser réserver la grande salle du théâtre d'Orléans pour le récital d'un petit gars du pays est un pari insensé. Une folie, autant pour l'organisateur, l'association ABCD, que pour le chanteur, seul sur cette immense plateau. Pourtant, le pari a été gagné et Valérian a démontré qu'il y avait encore de l'espoir pour la chanson française malgré tous les mauvais coups de cette période où l'argent va à l'organisation de l'élection de Miss France, plutôt qu'à la culture populaire.

Il est arrivé dans le noir ; sa guitare l'attendait sur cette scène bien trop grande pour lui. Il était comme étonné de se retrouver là. La sidération ne dura pas longtemps ; bien vite il prit possession des lieux, emporta tranquillement son public pour ne plus le lâcher, tout du long d'un récital qui s'inscrit, d'ores et déjà, dans le panthéon des grands tours de chant.

C'est d'abord sa guitare qui peuple l'espace. Elle est surligneuse plus que mélodieuse. Quelques mélopées, des accords saccadés, des petites touches incertaines qui prennent un sens, créent une ambiance tout en offrant toute la place à la voix et aux paroles. Valérian assume le pari du solo, il fait de la musique une simple ponctuation de son tour de chant.

C'est sa voix qui est son instrument principal. Il la maîtrise parfaitement, en joue, la module, la pousse, la distord, la susurre. Il ne cesse de proposer toutes les facettes de son talent vocal au service d'une écriture tendue, travaillée, puissante et évocatrice. Il s'autorise un récital a cappella, sa guitare n'étant qu'une partenaire discrète pour habiller quelques silences.

Le spectateur est transporté. Le silence dans la salle est la preuve d'une magie qui opère, qui fascine, qui pousse à l'écoute. Valérian, au petit jeu des comparaison, suit les traces de Maîtres Jacques, sans jamais le singer, sans jamais vouloir faire du Brel. Il a trouvé sa voie, elle est exigeante et magnifique ; un grand de la chanson est en passe d'éclore sous nos yeux.

Comment évoquer son univers sans prendre le risque de décourager les moins aventureux, les plus futiles ? Bien sûr, ses récits sont un peu sombres, puissants et douloureux. C'est le propre des grands interprètes, des créateurs qui ne cherchent pas à flatter les envies et les facilités. Il arpente les chemins sinueux de l'âme, de la passion et de la vie. Il plante un décor qui ne laisse pas le spectateur indifférent.

Ses mots claquent, résonnent, rebondissent et se répondent. Il se joue des sens et des sonorités, il cisèle des métaphores, il donne à voir et à entendre sans imposer un discours littéraire. Il a tout saisi de l'art si complexe de la chanson, il a taillé des diamants, des bijoux d'orfèvrerie lexicale. L'émotion s'impose bien plus que la compréhension précise. Il suggère tout en nous installant dans son univers.

Il a la délicatesse de nous permettre de souffler. Son humour vient contrebalancer son répertoire. Il prend cette distance qui nous permet de décompresser, de comprendre et d'en redemander. Il nous fait rire avant de nous émouvoir l'instant d'après. Alchimiste des émotions, Valérian a une maîtrise de la scène qui fascine pour son jeune âge.

Hélas, il ne doit rien attendre des télévisions et des radios pour se faire connaître de tous. Son talent est trop évident pour fréquenter la médiocrité de nos médias. C'est sur scène que le bouche à oreille le portera au pinacle, là où il sera bientôt, à n'en point douter.

Encore faut-il qu'il reste dans ce pays des intermittents du spectacle, des organisateurs et du public. La culture est en danger parce qu'elle est un danger réel pour un système qui ne cherche qu'à asservir l'individu, l'enfermer dans une pensée minimaliste et simpliste. Il n'est qu'à voir les émissions de notre chère télévision pour s'en convaincre.

Si vous voulez échapper à cette dérive, si vous aimez vibrer et vous émouvoir, si vous êtes curieux et non conformiste, si vous avez envie de découvrir une perle, prenez la peine d'aller à sa rencontre. Invitez-le sur scène, accordez-vous ce bonheur rare de découvrir un grand de la chanson. Valérian Renault est de ceux-là, ne le manquez pas !

Dithyrambiquement sien 


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2 réactions à cet article    


  • C'est Nabum C’est Nabum 26 novembre 2014 07:00

    Emilie


    Vous serez peut-être la denrière également

    Il n’est pas simple de sortir du rang
    Le mouton prèfère la télévision 

    Merci de ne pas être de ceux-là 

  • C'est Nabum C’est Nabum 28 novembre 2014 06:16

    Emilie


    Il faut accepter que cette société privilégie la médiocrité et la vulgarité. Les artistes sont les premières victimes du choix d’un public qui va de plus en plus vers les produits fabriqués en studio
    L’originalité, la poésir, la magie n’ont plus leur place
    Il faut faire ce que le public attend et il attend ça parce qu’il a étét formaté

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