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Cadeau de rentrée. L’œuvre complète de Guillaume Lekeu

C’est un évènement qu’il ne fallait pas passer sous silence et qui n’est pas choisi par hasard comme première chronique de la rentrée. La réédition des œuvres complètes de Guillaume Lekeu (1870-1894) tient enfin de la réalité : elle paraît cette fin d’été en un seul coffret de 8 CD chez Ricercar/Outhere Music (collection Les Pléiades).
À vrai dire, tous les enregistrements existaient déjà séparément mais étaient devenus introuvables depuis un bon nombre d’années, tout comme le premier coffret déjà édité en 1994. Les captations s’échelonnent entre 1987 et 1994 et datent donc de la première époque du label tenu par Jérôme Lejeune. Le coffret ne reprend que les œuvres achevées — à l’exception de son dernier quatuor à clavier — car le compositeur a laissé bien des esquisses et des fragments. 

Guillaume Lekeu naît en 1870 à Heusy, près de Verviers, d’un père négociant en laine et d’une mère au foyer, tous deux sensibles à la musique. Ville située près de Liège, Verviers est alors en plein boom démographique et urbanistique. La vie musicale n’est pas en reste, plusieurs institutions de concerts et d’enseignement comme le conservatoire voient le jour. C’est d’ailleurs le directeur de ce dernier établissement qui donne les premières leçons au jeune Guillaume.
En 1879, la famille s’installe en France à Poitiers où Guillaume y continue son apprentissage musical par la pratique du violon,du piano et du violoncelle. Dès 1885, il se met à composer. Les premières œuvres du coffret remontent à 1887, année féconde, où sa passion de la musique rejoint celle de la poésie dans la composition de premières mélodies. Plus tard, il sera lui-même l’auteur des textes comme dans les Trois Poèmes.

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L’année suivante, la famille emménage à Paris. Guillaume obtient son bachelier en lettres et philosophie et devient l’élève de César Franck qui lui enseigne le contrepoint et la fugue. Ses compositions deviennent plus approfondies et soigneuses. Après la mort du maître fin de l’année 1890, Guillaume Lekeu suit l’enseignement de Vincent d’Indy. Celui-ci le convainc de participer au concours du prix de Rome à Bruxelles. Avec sa cantate Andromède, Guillaume Lekeu reçoit le 12 septembre 1891 un second prix du jury. Se sentant jugé de manière partiale car il n’est issu d’aucun conservatoire belge et qu’il a préféré l’enseignement de Franck à Paris, il refuse son prix. Cependant, Andromède sera créée l’année suivante lors du concert annuel de l’Ecole de musique de Verviers. 
1891 est aussi l’année de composition du célèbre Adagio pour quatuor d'orchestre mais aussi l’année de rencontre avec Eugène Ysaÿe. À la suite d’une représentation d’un extrait de sa cantate avec accompagnement réduit pour piano et cordes, ce dernier lui commande l’année d’après une autre œuvre célèbre, sa Sonate pour piano et violon. Outre ce qui a déjà été mentionné, 1892 est une année d’un nouvel intérêt dans l’œuvre créatrice du compositeur : ses Trois Poèmes pour chant et piano paraissent ainsi que sa Fantaisie pour orchestre sur deux airs populaires angevins. Emporté par une fièvre typhoïde le 21 janvier 1894 contractée à cause d’un sorbet commandé au restaurant un soir d’octobre, Guillaume Lekeu ne termine pas son Quatuor pour piano, violon, alto et violoncelle commencé en 1893 dont seuls deux mouvements voient le jour.

Le coffret est évidemment un parfait moyen de comprendre l’évolution stylistique du compositeur. Deux périodes encadrent son flux créateur, celle avant la rencontre avec César Franck, fougueuse, disparate, et celle d’après, où émerge un véritable discours de la maturité que les audaces harmoniques ne démentent pas. En ce sens, l’idée de commencer le premier disque par les deux dernières œuvres avant de reprendre le cours chronologique normal est une excellente chose. Le long texte de présentation de Jérôme Lejeune — fouillé, augmenté par rapport à la première édition, parsemé d’extraits de lettres du compositeur — suit la même trame. On remarque dès les premières compositions que Guillaume Lekeu suit une voie toute personnelle, que ce soit dans la musique de chambre, la mélodie ou les Morceaux égoïstes pour piano. Déjà à ce moment, l’empreinte mélancolique, caractéristique de la majorité des compositions, est abondante. Heureusement, son amour des airs populaires ne le dispense pas de contrastes plus joyeux.

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Que reste-t-il de la qualité des enregistrements captés pour la plupart il y a plus de vingt ans avec des interprètes majoritairement belges et qui faisaient œuvre de pionnier ? Bien sûr, certaines pièces ont été depuis enregistrées remarquablement, songeons par exemple ces derniers mois aux Trois poèmes par Marie-Nicole Lemieux et Roger Vignoles (Naïve), mais que ce soit pour ce cycle ou pour un autre, il est difficile de ne pas revenir à cette intégrale tant elle forme un tout cohérent. On est forcé d’admiration devant les palettes chamarrées de l’Orchestre Philharmonique de Liège qui fait toujours autant mouche dans le Larghetto pour violoncelle et orchestre(sublime Marie Hallynck), l’Adagio pour quatuor d’orchestre ou la Fantaisie contrapuntique sur un cramignon liégeois. Et quelle belle justice rendue à Andromède, partition majeure qui épouse les différentes influences du jeune compositeur et qui montre tout son savoir-faire après les passages chez Franck et D’Indy ! Les solistes ne sont pas en reste : chacun assume une diction exemplaire, excepté peut-être la soprano Dinah Bryant. Ces qualités se retrouvent dans les mélodies où l’on côtoie le jeune ténor de l’époque Guy de Mey et la soprano Greta de Reyghere alors en pleine carrière. La musique de chambre obtient les mêmes lauriers. Luc Devos est tantôt le parfait accompagnateur (mélodies), tantôt le parfait chambriste (Adagio molto espressivo pour deux violons et piano et le Trio à clavier en ut mineur) et enfin le soliste mérité (Morceaux égoïstes et autres pièces pour piano). Saluons enfin l’ensemble Domus, le Quatuor Camerata et le Trio Arthur Grumiaux qui offrent d’honnêtes versions des œuvres pour cordes qui jalonnent toute la période créatrice du jeune compositeur.

Voici donc la meilleure approche disponible pour entrer en contact avec l’œuvre de Guillaume Lekeu. Bien plus que la simple valeur documentaire qu’on serait tenté de lui accoler un peu trop vite, ce coffret offre le bonheur de conjuguer à la fois un texte de qualité avec des interprétations de premier plan — ce sont certainement les seules qui existent pour quelques pièces. Notons aussi les belles reproductions de lettres et partitions sur chacun des huit disques, conférant au coffret un caractère prestigieux. C’est aussi l’occasion de montrer combien Guillaume Lekeu se situe à la croisée des chemins et combien il nous reste à apprendre de ses compositions. Du premier au dernier disque, il y a assurément là un langage personnel, émouvant et passionnant que semble parfaitement résumer le premier mouvement de la Sonate pour violon créée en 1893 par Eugène Ysaÿe.

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Guillaume Lekeu (1870-1894)

Les Fleurs Pâles du Souvenir…



Complete Works

Orchestre Philharmonique de Liège (direction : Pierre Bartholomée)
Grand Orchestre d’Harmonie des Guides (direction : Norbert Nozy)
Chœur Symphonique de Namur
Quatuor Camerata - Trio Arthur Grumiaux - Domus 
Philippe Hirshorn & Philippe Koch, violon - Luc Dewez & Marie Hallynck, violoncelle
Luc Devos, Jean-Claude Vanden Eynden, Daniel Blumenthal, Dirk Herten, Catherine Mertens, piano
Bernard Foccroulle, orgue - Carl Delbart, tuba -
Greta de Reyghere & Dinah Bryant, soprano - Lucienne Van Deyck, mezzo-soprano - Guy de Mey & Zeger Vandersteene, ténor - Philippe Huttenlocher, bariton - Jules Bastin, basse

2015 Ricercar (Outhere Music) RIC 351


Ce coffret peut être acheté via ce lien

 


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3 réactions à cet article    


  • Antoine 3 septembre 2015 23:14

    De très belles pages en particulier l’adagio pour quatuor d’orchestre, même si la version présentée n’est peut-être pas la meilleure (cf Jordan).


    • Frédéric Degroote Frédéric Degroote 4 septembre 2015 22:25

      @Antoine
       

      Oui, cela fait partie des œuvres dont on ne manque guère de versions mais, ceci dit, celle du coffret par l’orchestre philharmonique de Liège ne manque pas de tenue. Merci pour votre mot !

    • Antoine 5 septembre 2015 00:00

      @Frédéric Degroote
         Soit, mais celle de Jordan est plus vivante et frémissante et, faute de réédition et de la détenir, il faudra se contenter de celle de Bartholomée tout à fait respectable par ailleurs.

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