• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Calvin Russell : la trempe des perdants

Calvin Russell : la trempe des perdants

Soldat de personne, colonel des vagabonds et des grands cabossés de la vie, Calvin Russell est connu en France depuis 1992, avec l’album « Soldier » et la tournée en Europe qui en est résultée. Une gueule d’enfer où Lucifer a creusé de profonds microsillons. Une voix tailladée comme des poignets, par l’alcool, les excès et l’errance. Un parcours atypique dans la scène musicale country/ folk. Dans ce No man’s land, C. Russell y va tout seul, et aucun autre que lui n’y va. Il y a urgence à découvrir son dernier album "Dawg Eat Dawg", sorti la semaine dernière. Parce que le compteur tourne, disent les taxis de la "Road to Hell".

Oui, le compteur tourne pour tout le monde, mais pour certains, il tourne en tarif de nuit. Et le ticket de l’addition ne demande qu’à sortir du compteur. Il y a donc urgence à écouter le dernier Russell, même si ce dernier n’est pas tout à fait du niveau de "Soldier", "Dream of the dog" ou du live "Crossroads".
 
Pour ceux qui ne connaîtraient pas, C. Russell est du monde de la route, la vraie, la rectiligne et longue comme les jours sans pain. La route bordée de cactus, que seuls quelques crotales traversent sans regarder. La route de Cormac Mc Carthy. Le monde du fuel lourd des jours blêmes et des alcools trompeurs. L’ordinaire des jours et les nuits hallucinées.
 
Né en 1948 au pays des derricks, des crotales et des grosses bagnoles (Austin, Texas), les starting-blocks de la vie l’ont propulsé dans le carré des perdants. De la dynastie des J.R, il n’a gardé que le chapeau. Famille de 9 enfants dont les parents tiennent un snack. Alcool, drogue, music rock/ country, puis dix ans de prison. Années d’errances et de vagabondages dont émergera l’album " A crack in time", et surtout "Soldier", qui eu bizarrement un succès plus important en Europe qu’aux USA (en France en particulier, grâce à Patrick Mathé). Le texan tatoué à chapeau débarque plusieurs fois à Paris, Crocodile dundee qui fait frémir les moiteurs des bourgeoises du 16eme. Parfois, son taux d’alcoolémie sur scène frise le retrait immédiat de guitare par les forces de l’ordre moral. Mais même à 50% de ses moyens, le bougre impressionne encore.
 
Il "envoie" en pureté et en simplicité, pas dans la fureur et dans le bruit. Une émotion simple, qui évoque "the ghost of Tom Joad" , presque mieux que ne l’a fait le Boss Springsteen lui-même. Une voix reconnaissable entre toutes dès les premières paroles, comme seuls sans doute Springsteen, Jo Cocker ( et Bashung en France) ont pu le faire avant lui. Vagabond dont la voix racle le fond des choses, Calvin Russell fait de la chanson à risque. Du blues, du vrai. Pas de la bluette. On ne le verra pas à la Télé, celui-là. Dormez tranquilles, bonnes gens.
 
Alors que de nouveaux ennuis se sont abattus sur le "tramp" génial ( une révocation de sursis suite à une sombre affaire de drogue trouvée dans sa voiture par le Sheriff du coin) , les trois dates prévues en France à l’automne pour la sortie du dernier album sont peut être compromises. Le vagabond est assigné à résidence ( un comble), sous contrôle judiciaire.
 
Tant pis, on l’écoutera au casque.
 
Calvin Russell y chantera la tristesse d’être là, la noirceur simple et aveuglante de la vie, le Diable, la rencontre attendue et sans cesse différée avec le grand horloger. Mais aussi des lueurs qui traversent brièvement tout cela. Il chante la vie duraille, la vie durant, la vie quand même.
Ce sont des chansons pour les gens. Des "Folk songs", comme on dit au Texas.
 
Calvin n’est pas protestant de métier. Les "protest songs", ce sera sans lui. Il ne la ramène pas, il chante sans y croire, il chante pour chanter et pour faire gémir la seule compagne qui vaille
( dit-il) : ses guitares. La vie lui a mis une bonne trempe, et il est devenu tramp[i]. Tramp de luxe. Le luxe, c’est dans la tête, on vous dit.
 
Parti de zéro, il n’est arrivé à rien.
Enfin, si. Il chante et on l’écoute. A Paris, au Texas, à Ostende.
Il chante tranquillement que la vie ne vaut rien, mais que rien ne vaut la vie.
 
Et nous, les gens, on écoute le Monsieur tout cabossé.
 


[i] Tramp : en anglais, "vagabond".
 
Notes :
1 : Dernier album : "Dawg eat dawg" 2009 , chez XIII Bis Record.
 
2 : Lien vers une interview de Calvin Russell parlant de ses guitares :
 
3 : Pour les plus jeunes d’entre nous, et pour rafraîchir la mémoire, lien vers "Soldier"en live (1992)
 

Moyenne des avis sur cet article :  5/5   (10 votes)




Réagissez à l'article

31 réactions à cet article    


  • Lisa SION 2 Lisa SION 2 17 septembre 2009 09:41

    Qui sait gagner est un malin, qui sait perdre est un homme. André Prévot.


    • SANDRO FERRETTI SANDRO 17 septembre 2009 10:21

      Ouaips.
      « One thing I can see
      It might be too late
      To change where we’re going
      But in your mind
      You can always be free

      I am just a soldier
      Fighting that sorrow
      And if not today
      Maybe tomorrow »
      (Soldier)

      ou

      « I was born in that word of trouble
      Trouble is my first name
      I used to drink untill I was seein’ in double
      Yesterday is gone
      And tomorrow never comes »

      (Trouble)


    • tonton 17 septembre 2009 10:04

      ouais, il est très bon ...

      c’est le genre de truc à écouter avant d’aller braquer la Morgan-Chase avec un char Patton
      histoire de finir en beauté
      sans oublier la p’tite diarhée que se payeront ce jour-là les pingouins du quartier



      • franck2010 17 septembre 2009 21:25

        par anar de droite.


      • franck2010 17 septembre 2009 21:28

        « Parti de zéro, il n’est arrivé à rien. »

        parti de rien pour arriver


      • franck2010 17 septembre 2009 21:29

        ...pour arriver nulle part !


      • tonton 17 septembre 2009 21:53

        n’étant ni anar, ni de droite, si tu parlais pour ne rien dire, t’y es arrivé


      • TSS 17 septembre 2009 10:09


        j’etais allé le voir à Rambouillet il y a quelques années et malgré des prix cassés il n’y avait

        presque personne... !!


        • SANDRO FERRETTI SANDRO 17 septembre 2009 10:21

          Presque bon signe, non ?


        • Fergus Fergus 17 septembre 2009 10:45

          Personnellement, il y a deux titres que j’aime particulièrement : « Wild roses » et « Soldier ». Merci pour cet hommage à un... perdant magnifique !


          • ASINUS 17 septembre 2009 11:06

            yep decouvert ce jour ,
             
            pas perdu ma journée



            merci a l auteur


            Asinus : ne varietur




            • Yohan Yohan 17 septembre 2009 11:18

              Le hasard m’a fait tomber sur lui à l’occasion d’une écoute aléatoire à la FNAC. J’avais acheté un de ses disques qui prend aujourd’hui la poussière. Tu fais bien de me faire penser de lui redonner sa place sur la platine


              • SANDRO FERRETTI SANDRO 17 septembre 2009 11:59

                Yohan,
                Bonne idée, parce que lui , « il vient de loin, il vient du blues ».
                Pas comme l’autre....


                • Yohan Yohan 17 septembre 2009 13:16

                  L’autre, il singe le blues


                  • SANDRO FERRETTI SANDRO 17 septembre 2009 14:41

                    Parce que je ne résiste pas au plaisir de vous faire découvrir sa superbe gueule à la Lee Marvin ( grace à laquelle, nonobstant sa voix et ses dons de guitariste, dès qu’il arrive sur scène, la moitié du boulot est déjà fait), voici une petite galerie de portraits :

                    http://images.google.be/images?hl=fr&q=CALVIN+RUSSELL&lr=lang_fr&um=1&ie=UTF-8&ei=oi6ySqihHsPS-Qb24JzgCQ&sa=X&oi=image_result_group&ct=title&resnum=4

                    Allo, la Goldwin dans le Métro, et la Fox pleine d’intox ? Vous attendez quoi pour le faire tourner ? Puisqu’on vous dit que ça urge. C’est quelqu’un qui me l’a dit. Qu’est taxi.


                    • norbert gabriel norbert gabriel 17 septembre 2009 16:28

                      très bel article, bravo ! je remercie encore Hubert Félix Thiéfaine qui m’a fait découvrir Calvin Russel l il y a quelques années à La Rochelle (et aussi France Inter qui l’a programmé de temps en temps)
                      Salut l’artiste...


                      • norbert gabriel norbert gabriel 17 septembre 2009 16:33

                        Pour répondre à André Prévot, « Qui sait gagner est un malin, qui sait perdre est un homme ». cette phrase de Churchill, « le succès c’est aller d’échec en échec sans perdre son enthousiasme »  des fois, ça remonte le moral ce genre de témoignage...Il y a aussi le poème de Kipling ; « Si.... »

                        (...) Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
                        Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,
                        Si tu peux conserver ton courage et ta tête
                        Quand tous les autres les perdront,

                        Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
                        Seront à tous jamais tes esclaves soumis,
                        Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire
                        Tu seras un homme, mon fils.


                        • SANDRO FERRETTI SANDRO 17 septembre 2009 16:46

                          @ Norbert Gabriel

                          Oui, ce n’est sans doute pas la meilleure, mais j’ai une tendresse particulière pour « Common one », extrait de l’album « Sam » :

                          « This is a song for the common one
                          Who do everything that’s ever been done
                          Whose hands built the cities
                          This is a song for you

                          This is a song for my brothers and friends
                          It has been said before but I ’ll say it again
                          We fight the same battle that no one can win
                          This is a song for you...
                          Etc...

                          PS : Ah oui, H.F. T, qu’il fasse gaffe à lui, celui-là aussi.
                          Sinon, c’est »dernière station avant l’autoroute« , comme il disait. Celle qu’est juste après »les dingues et les paumés".


                          • SANDRO FERRETTI SANDRO 17 septembre 2009 18:54

                            http://www.lepost.fr/article/2009/08/28/1672606_calvin-russell-libere.html

                            ( pour la deuxième et dernière vidéo en live en France, version longue de « Crossroad »).


                            • tonton 17 septembre 2009 22:19

                              Sandro

                              entre nous, tes textes sont de petites perles
                              et je trouve que ce site-poubelle ne les mérite pas




                              • SANDRO FERRETTI SANDRO 18 septembre 2009 09:34

                                @Tall
                                C’est une vraie question, que tu poses là.
                                Tu auras observé que je me fais plus rare.
                                Quelques nécros en stock sur des gens qui me tiennent à coeur ( ou des morts-vivants, comme Russell), et basta.
                                Merci quand méme. On the road again, again...


                                • rocla (haddock) rocla (haddock) 18 septembre 2009 09:51

                                   Sandro frise le retrait immédiat de plume pour cause d’ articles figurant Ostende B allée Russel ...

                                  Sel me faisant penser à Knock-le-Zout ....

                                  Arriver à rien et repartir de zéro ...

                                  Merci Sandro pour ta façon .


                                  • SANDRO FERRETTI SANDRO 18 septembre 2009 10:26

                                    Salut Had,

                                    Yep, je suis « folk-writer », j’écris pour les gens.

                                    Donc pour toi.

                                    Glisse un vieux Calvin dans le lecteur CD de la Buick, et tu verras, ça roule tout seul sur la road to hell...Pas de pandorres ni de permis à points, c’est le grand horloger qui t’attend au péage...


                                    • zyka 22 septembre 2009 14:04

                                      Bonjour Sandro,


                                      D’ou tiens-tu l’infos : 

                                      Alors que de nouveaux ennuis se sont abattus sur le « tramp » génial ( une révocation de sursis suite à une sombre affaire de drogue trouvée dans sa voiture par le Sheriff du coin) , les trois dates prévues en France à l’automne pour la sortie du dernier album sont peut être compromises. Le vagabond est assigné à résidence ( un comble), sous contrôle judiciaire.

                                      • SANDRO FERRETTI SANDRO 22 septembre 2009 16:55

                                        Cela figurait il y a quelques mois sur le site officiel de C. Russell aux USA, ainsi que sur Wikipedia.
                                        Son sursis n’a finalement pas été révoqué, mais il aurait un controle judiciaire l’interdidant de quitter l’Etat du Texas. J’ai vu par ailleurs une interview de lui cet été dans sa caravane ( oui, il habite une caravane...) où il disait étre inquiet pour ces concerts en Europe cet automne ( je ne retrouve pas le lien).
                                        Mais d’un autre côté, certains sites annoncent toujours 5 dates en France en octobre / novembre :


                                        http://www.infoconcert.com/artiste/calvin-russell-4477/concerts.html

                                        Wait and see.


                                        • jack mandon jack mandon 24 septembre 2009 07:31

                                          @ Sandro

                                          Les anti-héros sont des héros qui s’ignorent... c’est Sandro qui passait par là.
                                          Il chante la beauté qui se cache au coeur de la noirceur...pas besoin de défaire les noeuds.
                                          Il me rappelle un poète, qui, comme lui, au cours d’une promenade, croque la pomme qui posait là pour le peintre de la réalité. ( Prévert )
                                          ah mais ça c’est bien sur, Picasso...Sandro....les deux noms sont soulignés d’un trait rouge en même temps, quand je tape sur le clavier de mon ordinateur ?
                                          J’arrive enfin au bout de mon enquête. Je tiens le coupable de « poésie sauvage ».
                                          Colombo-Bourel-Jack...filatures en tout genre...jack.mandon@laposte.net


                                          • SANDRO FERRETTI SANDRO 24 septembre 2009 10:51

                                            Merci, Jack.
                                            Mais prendre Calvin Russell en filature, c’est compliqué et faut beaucoup de fil pour dérouler la bobine qui se débine dans la bibine.
                                            Et puis :
                                             « il ne faut pas trop prendre la vie au sérieux. Est-ce qu’elle nous prend au sérieux, elle ?... »


                                            • Gül 24 septembre 2009 11:29

                                              Salut Sandro,

                                              J’avais raté ce billet !

                                              J’aime bien tes mots et tes maux....

                                              Je découvre, merci.


                                              • SANDRO FERRETTI SANDRO 5 octobre 2009 18:05

                                                Comme je le laissais entendre en plusieurs endroits de l’article, la santé de C. Russell est fragile. On vient d’apprendre qu’il a été opéré ce week end en urgence , d’« une intervention lourde ».
                                                Par conséquent, les concerts de la tournée en Europe, et en France en particulier, sont annulés.

                                                http://www.citin.fr/le-concert-de-calvin-russell-a-la-cigale-le-4-novembre-est-annule.html


                                                • moineau moineau 5 avril 2011 12:27

                                                  merci pour ce bel article, sandro. j’ai suivi un lien d’alain trop tard mais jamais trop tard. rip, monsieur cal. xoxoxoxoox


                                                  • SANDRO FERRETTI SANDRO 6 avril 2011 22:29

                                                    C’est pas que je suis voyant, mais bon...
                                                    Cette faucheuse est une trainée.
                                                    Au lieu de nous prendre deux barils de footballeurs, de buveurs de bierre, un trader, une intellectuelle de gauche, un écologiste verdatre ou une actrice hystérique, non, rien de tout cela, il a fallu qu’elle aille nous chercher ce vieux Calvin, qui n’emmerdait personne avec sa guitare, sa pedal steel et ses 62 ans au milieu de crotales.

                                                    « It’s might be too late
                                                    To change whre we are going
                                                    But in your mind
                                                    You can always be free ».

                                                    J’espère qu’il est libre, Max, euh enfin, Calvin.
                                                    Dans sa tête.
                                                    Pendant ce temps, les crotales continuent de traverser la route sans regarder.
                                                    Show must go on.

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON







Palmarès