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Cannes Shooting... Festival 2008

Depuis vingt et un ans et « Sous le soleil de Satan » de Pialat, le cinéma français attendait une nouvelle palme d’or ; « Entre les murs  » a donc reçu la récompense suprême du 61e Festival de Cannes. Laurent Cantet, avec ce film sélectionné en dernière minute pour la compétition, réalise un véritable tour de magie en évitant tout cliché, écueil récurrent des films dédiés à l’univers scolaire des quartiers populaires.

Il concilie spontanéité et énergie brute façon documentaire, avec la profondeur et la richesse d’un scénario intelligent et subtil.

Sa maîtrise de la direction d’acteurs amateurs, expérience déjà tentée dans son film Ressources humaines voici dix ans, donne un équilibre parfait au film et une universalité ouvrant les portes d’une réussite artistique, doublée d’un possible succès commercial.

Le cinéma français à l’honneur cette année, puisque sélectionné cette fois dans la compétition « Un Certain Regard  », on découvrit Johnny Mad Dog, un film signé Jean-Stéphane Sauvaire, avec une énergie et une force incroyables dans l’univers des enfants soldats d’AfriqueProduit par un certain Kassovitz, le film au ton original et juste nous immerge dans l’univers psychologique de ces jeunes soldats, dans leur conditionnement, et bouleverse autant qu’éprouve… Film incompatible avec les « pop-corn » donc !

Présenté cette fois dans la sélection de la « Quinzaine des réalisateurs », Les Bureaux de Dieu, de la Française Claire Denis, s’apparente à un documentaire sur la vie d’un planning familial. Drôle et émouvant à souhait, le film arbore un ton si juste qu’il doit autant à Claire Denis qu’à une galerie d’actrices, aussi inspirées que talentueuses : Anne Alvaro, Nathalie Baye, Rachida Brakni, Isabelle Carré, Béatrice Dalle, Nicole Garcia, Marie Laforêt et bien d’autres actrices en première apparition à l’écran… Tout comme Les Bureaux de Dieu, Entre les murs et quelques autres films récompensés au palmarès 2008 (Gomorra, Grand Prix, et Le Silence de Lorna, Prix du scénario), une quinzaine de sélectionnés avaient reçu le soutien du programme européen Média, présenté le 19 mai à l’occasion de la Journée de l’Europe au Festival. L’idée consiste à répartir un budget annuel de 755 millions d’euros sur la phase de démarrage des films et leur distribution et, si l’idée semble pertinente puisque chaque euro investi dans les films amènerai 6 euros de fonds privés (selon le bilan interne), la pertinence du choix des films aidés semble s’affirmer puisque trois d’entre eux apparaissent au premier rang du palmarès 2008.

Egalement récompensé par le prix de l’excellent jury version 2008 présidé par Sean Penn, Il Divo, de Paolo Sorrentino, retrace la saga politico-(mafioso ?)-financière et le portrait sensible, subtil et profond de Giulio Andreotti, l’homme politique italien maintes fois ministre et président du Conseil entre les années 60 et 90.

Andreotti, dont l’humour et la personnalité attachante se révèlent au long du film, a déclaré après la remise du prix (selon l’AFP) : « Je suis content pour le producteur. Si j’avais une participation aux bénéfices, je serais encore plus content… ». Sorrentino, non sans humour, précise que recevoir le prix du meilleur scénario eût impliqué de le partager avec Andreotti, puisque toutes les répliques viennent de lui. (Cité par le Corriere della Sera toujours selon l’AFP).

Présent également au palmarès et récompensé cette année tout comme Catherine Deneuve pour l’ensemble de sa carrière, Clint Eastwood a offert dans L’Echange un rôle très fort assumé pleinement à Angelina Jolie, celui d’une mère seule confrontée à la disparition de son enfant et au fonctionnement d’un système policier rigide et corrompu dans le Los Angeles de 1928. Scénario basé autour d’un couple d’agent du FBI cette fois dans une petite ville perdue des Etats-Unis d’aujourd’hui, Jennifer Lynch dévoilait son dernier film hors compétition servi à merveille par le tandem Julia Ormond et Bill Pullman, en agents gouvernementaux à la recherche d’un tueur en série. Surveillance propose sans aucun doute l’un des tout meilleurs scénarios parmi les films présentés à Cannes en 2008 avec une énergie des plus étonnamment troubles !

Film également méritant une récompense, mais hors compétition : le dernier Abel Ferrara, Chelsea on the Rocks. Ce documentaire raconte l’histoire incroyable d’un lieu atypique, entre hôtel et résidence d’artiste existant depuis 1880 et repris par une nouvelle équipe de direction plus intéressée au profit qu’à l’âme du lieu… Il convenait réellement d’immortaliser cette mémoire historique, artistique et humaine ; imaginez un hôte accueillant artistes, créateurs et autres marginaux dans un hôtel-résidence empreint de toutes les folies et excès, avec pour résidents célèbres Arthur Miller ainsi que l’un des écrivains préférés d’A. Ferrara, Thomas Woolf, mais aussi Bob Dylan. Le film fait la part belle aux témoignages de personnalités célèbres comme aux inconnus ayant vécu dans cet hôtel-résidence expérimental où nombre de peintres payaient en donnant leurs toiles ensuite exposées dans l’hôtel et où le crédit devint une véritable institution pour certains résidents permanents. Ainsi Milos Forman raconte sa venue sans-le-sou juste après son premier film et la confiance qui lui fut témoignée ; autres témoins du documentaire : Ethan Hawke, Grace Jones, Dennis Hopper lui-même, présent au festival pour défendre Palermo Shooting de Wim Wenders, terminé là aussi spécialement pour le Festival de Cannes. Le film, peu apprécié par la presse, nous entraîne dans une réflexion profonde sur la mort et le sens de la vie, et même si le montage aurait pu laisser de côté quinze minutes peut -être non essentielles du milieu du film, Wenders offre une œuvre inspirée et un message fort d’humanité, et donne à Dennis Hopper et à Campino, chanteur punk allemand dont c’est le premier film, une des plus belles scènes du cinéma en fin de film. Bref, la fin justifie pleinement certaines longueurs dans les rêves, les errances et questionnements du héros, et l’esthétique visuelle inspirée résonne avec le contenu pertinent et universel d’un cinéma qui fait bouger les consciences.

Toujours dans les coups de cœur à contre-courant, Of Time and the City réconcilie documentaire, musique, poésie et philosophie dans une ode au Liverpool d’après-guerre nourrie de l’enfance du réalisateur Terence Davies… Soixante-douze minutes de génie, de bonheur dans un film où la BO d’Ian Neil mélange des musiques de l’époque, y compris bien sûr la déferlante des « Beatles », mais surtout de la musique classique particulièrement appréciée du réalisateur et parfois utilisée sur des plans très innovants, le tout sous-tendu par une voix off qui nous rend la ville comme les messages du réalisateur très intimes… Pourquoi 10 % des spectateurs et de la presse sont-ils partis durant la projection ? La question est posée, peut-être que la beauté « ça peut être très chiant… » ou que le génie « ça peut ne pas plaire à tout le monde » ou que l’absence de paillettes et de scènes d’action « nuisent gravement » ?

Emouvoir, délivrer un message, faire rêver et donner à réfléchir, appartient au cinéma et une émotion particulière s’est emparée du festival ce mercredi 21 mai 2008, lors de la soirée privée de projection en avant-première du film The Day After Peace pour découvrir l’histoire réellement extraordinaire de Jeremy Gilley, réalisateur du film et réalisateur de son propre rêve qu’il poursuit activement depuis de nombreuses années : créer un jour mondial pour la paix (Peace One Day). Ce jour de la paix dont le film retrace la gestation avec de nombreuses rencontres avec des responsables de l’ONU tel Kofi Annan pour arriver à la reconnaissance ce jour par l’autorité internationale. Jeremy reçoit le soutien public de nombreuses personnalités, entreprises et célébrités présentes tout au long du film et l’émotion monte d’un cran lorsque Jude Law s’engage pour soutenir ce projet, allant jusqu’à accompagner le créateur de Peace One Day en Afghanistan, prenant part aux négociations pour la réalisation d’un « cessez-le-feu » en vue de concrétiser ce jour de paix du 21 septembre et s’associant à l’aide directe à ces populations très précaires…

Autre combat, autre rêve, celui de Madonna d’adopter un enfant du Malawi et de sensibiliser l’opinion mondiale sur la situation d’un peuple des plus pauvres au monde et des plus touchés par le sida. Avec le nom poétique I am Because we are, film qu’elle a produit, la star y contribue au-delà de toutes polémiques ou jalousies et c’est tout logiquement qu’elle profita de sa présence à Cannes pour coprésider, avec Sharon Stone, la très prestigieuse soirée traditionnelle de l’AMFAR (Fondation américaine de recherche sur le sida) où furent récoltés pas moins de 6,4 millions d’euros.

Le panorama du festival pourrait continuer encore longtemps, tant la diversité du festival approche l’infini, du film à grand budget, cette année Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal marquant le retour sur la croisette de Spielberg, au cinéma populaire avec le cinéma de la plage, des soirées cannoises dont les plus fidèles adeptes croisent les festivaliers des premières séances du matin, au marché du film incluant une partie dédiée au court métrage : « Le Short Film Corner  ».

Je vous propose de zoomer une dernière fois sur un des éléments importants et annonciateurs des talents de demain, le court métrage avec en toute justice les primés 2008 ; la Palme d’or remise à Megatron de Marian Crisan (Roumanie) et la Mention spéciale à Jerrycan de Julius Avery (Australie) auxquels il faudrait adjoindre l’excellent et coquin Love you more de San Taylor-Wood (Angleterre) scénario où la sortie d’un 45 tour dans l’été 1978 devient le début d’un flirt entre deux lycéens… Jeanne Chehral prête son image au non moins humoristique et coquin court de Frédérick Vin, La Consultation, un petit bijoux tout comme La Dinde d’Anna Margarita Albelo, l’anniversaire d’une mère de famille qui va lui faire changer de vie…

L’étage 0 du palais du festival accueillait cette année encore le laboratoire des nouveaux talents et du court métrage « Short Film Corner  », bien sûr une version consultable sur internet semble une solution d’avenir pour un tel lieu avec votes des internautes et autres possibilités liées au net …

En guise d’au revoir, je pourrais brosser le Festival de Cannes en quelques chiffres : 1 000 auteurs/metteurs en scène, 4 000 distributeurs, 5 000 producteurs et plus de 4 000 journalistes ; mais la meilleure conclusion appartient sans doute au réalisateur de Palermo Shooting, Wim Wenders : « Il y a beaucoup de festivals, des Oscars, des prix, mais le cœur du cinéma bat à Cannes, une fois par an ! »

Gus

Retrouvez une galerie photo et tout le palmarès ICI


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