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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « Capitalism : a love story » ou la révolution par l’hu-Moore (...)

« Capitalism : a love story » ou la révolution par l’hu-Moore !

 
"Je vais vous dire un truc, j’en ai marre de faire ça tout seul. Alors vous qui êtes dans cette salle, venez me rejoindre. Et dépêchez-vous !"
 
Ce sera la conclusion d’un cinéaste engagé qui une fois de plus a mis ses tripes sur l’écran, des tripes à la sauce colère pimentée d’envie d’en découdre avec un système qu’il n’en finit plus de dénoncer depuis 20 ans et son premier film intitulé Roger and me réalisé en 1989 sur ses terres autour du géant Général Motors, géant aux pieds d’argile à l’image du capitalisme "construit sur du sable".
 
Car chez Michael Moore aussi les histoires d’amour finissent mal. La preuve par l’image au sujet de celle née entre les Etat-Unis, fondées sur le mythe de la libre entreprise et de la réussite individuelle du plus méritant et un système économique sensé réaliser le bien par le seul jeu d’un marché dérégulé : le capitalisme.
 
Loin des petits débats tout aussi enflammés que vains autour d’une main survenue à l’occasion d’un match de football, le réalisateur montre, plan après plan, les terribles méfaits causés par la "main invisible du marché" laissée libre de jouer son propre jeu, sa propre partition comme déconnectée d’un corps social qu’elle exploite sans vergogne (certaines grandes compagnies prennent des assurances-vie "peasant dead" sur leurs salariés et empochent les primes de plusieurs milliers de dollars voire plusieurs millions dans certains cas au moment de leur décès, ou encore à incarcérer des jeunes adolescent pour des faits mineurs afin de rentabiliser les intérêts privés investis dans la construction des prisons) au risque même de le tuer et de tout perdre.
 
La méthode Moore est connue, rodée. Mélange d’images d’archives, d’interview, "d’arguments massue", de "chiffres coup de poing" (un américain expulsé toutes les sept secondes et demi) et d’actions d’éclat. Et elle fonctionne. Il y a du rythme, de l’humour, de l’émotion parfois trop (on regrettera le recours excessif au pathos lorsqu’il filme une famille victime des "peasant dead"). Nietzsche avait inventé la philosophie au marteau pour faire tomber les idoles de la vulgate philosophique. Michael Moore l’applique à l’économie capitaliste. 
 
En effet, il ne se borne pas à montrer, il cogne pour démonter la mécanique. Il interroge les instances de contrôle (où est notre argent ? Je ne sais pas..."), les membres du Congrès, les économistes, les prêtres, les ouvriers, et même les banquiers qui curieusement lui refusent l’accès à leur bureau.
 
En ligne de mire, le pouvoir politique qui a capitulé le jour où un acteur de cinéma de série B puis de publicité pour industriels, se trouve propulsé par les banques d’affaire à la tête de l’état le plus riche et le plus puissant de la planète avec pour seule mission de servir leurs intérêts et déréguler le système bancaire et boursier. Homme de pacotille placé sous le contrôle permanent de ses mentors qui sûr d’eux n’hésitent pas à lui dire lors d’une allocution publique prononcée d’un balcon "Dépêchez-vous" (ou "dépêche-toi" comment savoir en anglais ?)... Et l’homme de paille de s’exécuter. Terrible image qui en dit plus long que tous les discours sur la défaite du politique comme vecteur de projet collectif face au pouvoir économique confisqué au bénéfice d’une minorité avide et rapace. Mission accomplie. Le début de la fin ?
 
Une preuve supplémentaire de cette capitulation ? La voici fournie par la dernière crise bancaire et le vote en deux fois du budget alloué au sauvetage des banques, soit 700 millions de dollars (la bête, en l’espèce le Congrès, avait connu un sursaut d’orgueil en résistant une première fois à la formidable pression exercée par Wall Street et ses élites au plus haut sommet de l’Etat, elle reconnaîtra la main de son maître à la seconde tentative).
 
Du reste, de preuves, le cinéaste n’en manque pas. Il lui suffit de promener sa caméra sur des villes devenues champs de ruine d’un pays sinistré que l’on croirait en guerre. Pour ne pas oublier que l’absence de conflit armé sur son territoire ne protège pas les Etats Unis des ravages de la guerre économique telle qu’elle est menée par des financiers incapables d’expliquer leur activité (scène poilante sur l’explication emberlificotée des produits dérivés).
 
Toutefois, il ne se limite pas à démonter, dénoncer, il laisse leur place aux solutions alternatives défendues pour la plupart par les mouvements libertaires (sans les mentionner) : l’autogestion dans les entreprises (avec les exemples où cela fonctionne ; les opposants diront qu’il omet de citer toutes celles qui périclitent mais n’est-ce pas aussi le cas des sociétés dirigées au nom des seuls intérêts d’actionnaires uniquement soucieux de la rentabilité à deux chiffres de leurs investissements ?), l’action directe et la reprise en main par les ouvriers et les employés de leur destin dans une lutte collective. Il ne faudra pas plus que six jours à des salariés d’une usine dont les capitaux sont détenus par Bank of America pour obtenir gain de cause ! On est loin des quarante jours d’un conflit très dur dans les Antilles.
 
Car oui, le risque pointé par une note confidentielle de contexte adressée par une banque d’affaire à ses clients les plus riches réside bien là : dans le risque démocratique.
 
On l’aurait presque oublié ! Comme l’écho à une chanson d’une jeune rappeuse marseillaise engagée elle aussi, Keny Arkana qui scande "ils ont le chiffre, on a le nombre..."
 
Mais alors, pourquoi la majorité, l’immense majorité reste-telle amorphe face à ce qu’il qualifie de "coup d’état financier" ? La question est posée dans le film, la réponse donnée : parce que, pour l’heure, ce que Tocqueville décrivait déjà dans son grand traité sur l’Amérique, à savoir l’illusion de l’ascension sociale par le mérite et le travail, fonctionne encore. Si tout le monde peut devenir riche, pourquoi en vouloir à ceux qui y parviennent ? Cette opinion largement entretenue par la "propagande" médiatique, scolaire et cinématographique permet à la société, aussi déséquilibrée soit-elle de ne pas imploser. Pour combien de temps ? Voilà le véritable aléa quand la classe moyenne américaine (mais le propos pourrait aisément être généralisé) semble fondre aussi vite que nos banquises avec les mêmes risques de débordement à la vue de l’arsenal qu’elle détient dans ses armoires (un de ces propriétaires expulsés de sa maison étale devant la caméra tous ses pistolets et dit comprendre que certains craquent et s’en servent...), quand la colère gronde ("On sent un frémissement").
 
Pour l’heure, les milieux d’affaire tentent de limiter le risque en faisant ce qu’ils savent faire le mieux : acheter. Ils paient les frais somptuaires de campagnes électorales nécessairement spectaculaires. Y compris celle d’Obama. Le retour d’ascenseur : une présence au cœur du système, dans l’administration qui dirige le pays et plus précisément dans les finances. L’exemple type : la porosité entre l’administration et la banque d’affaire Goldman Sachs.
 
Certes, il y a des évidences dans ce film (surtout pour les lecteurs du Monde Diplomatique ou de la presse alternatives dont Agoravox), certains diront sans doute des facilités. Mais il y a des évidences qu’il fait bon entendre comme par exemple qu’aux Etats-Unis l’on pratiquait des taux d’imposition jusqu’à 90 % pour les plus riches ! Solution un temps évoquée par un Barack Obama présenté dans le film comme lueur d’espoir. Que rien n’est figé dans la Constitution américaine sur le sujet quand l’Europe, qui se pose en alternative, n’a de cesse de vouloir inscrire dans le marbre de ses textes fondateurs les principes d’une organisation économique fondée sur le mythe de la concurrence comme alpha et oméga de toute réflexion sociétale.
 
Oui, il faut un moment exprimer les choses de façon abrupte. Dommage que ce soit des prêtres qui s’en chargent dans le film...
 
Oui, le capitalisme est mauvais parce qu’incapable d’assurer au plus grand nombre les conditions d’une vie digne ! Oui, ce système est mauvais car il a renoncé à diminuer les inégalités et qu’au contraire, jour après jour, il les creuse ! Oui, ce système est mauvais car au lieu de libérer l’homme, il l’aliène et l’asservit toujours davantage ! Oui ce système est mauvais car il repose avant tout sur l’avidité ! Oui, ce système est mauvais car ces tares lui sont consubstantielles !
 
Drôle d’écho à une chronique du Monde de dimanche 22 lundi 23 novembre d’Hervé Kempf intitulée "Le capitalisme brun" et qui se concluait ainsi : "Mais comme la croissance du PIB est de plus en plus freinée par le désordre financier et la crise écologique qu’elle aggrave, les tensions sociales se durcissent. Cela conduit au raidissement autoritaire du capitalisme. Répression policière accrue, vidéosurveillance, fichage généralisé, contrôle des médias, multiplication des prisons, recours au nationalisme ("identité nationale")...
 
Chacun de ces items se trouve illustré par le film de Michael Moore. Qui s’étonnera alors qu’il en appelle pour contrecarrer le plan à l’œuvre à la démocratie, à une prise de conscience des peuples par des actions militantes humoristiques, décalées et provocatrices !
 
Combien serons-nous à suivre son conseil avisé ?
 

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13 réactions à cet article    


  • yoananda 26 novembre 2009 14:19

    Suivre son conseil oui ! mais comment ?
    Parce que sortir de ce capitalisme ca veut dire :
    * sortir son argent des banques
    * sortir de l’utilisation du pétrole
    * sortir de la sur-consomation

    d’une certaine manière la crise nous y oblige, mais c’est plus facile à dire qu’a faire.


    • anty 26 novembre 2009 20:24

      Le gros Moore a trouvé un filon du tonnerre ,il exploite le sentiment anti capitaliste des gogos
      comme sisyphe and Co (çà fait un peu capitaliste )

      Gagnera-t-il beaucoup d’argent sur leur dos ? On peut dire sans trop se tromper:certainement oui. En tout cas il se démerde mieux que son compatriote Al Gore que certain ont lâché par anti -américanisme primaire.


      • Jean-Pierre Lovichi Jean-Pierre Lovichi 27 novembre 2009 13:54

        Et oui désolé Anty, on s’acharne sur des chimères.
        Vous au moins vous semblez avoir tout compris à la problématique.
        Il y a un type qui profite d’idiots pour faire de l’argent.
        Mais pourquoi lui en voulez-vous ?
        Vu que l’argent est ce que l’on peut et doit souhaiter, ce qui donne le sens de notre vie ?

         


      • jacques casamarta 26 novembre 2009 21:35

        L’article donne envie d’aller voir ce film et il est important d’avoir des documents, des outils, qui dénoncent la dictature de l’argent. Mais le combat est assez inégal aujourd’hui dans le monde.

        Le capitalisme est en effet incapable d’assurer au plus grand nombre les conditions d’une vie digne, mais il produit aussi la misère, les conflits et les guerres, parce que nous vivons dans un monde unipolaire et que les perspectives progressistes sont éclatées, morcelées.... Il suffit de regarder l’évolution du monde, la situation de l’Afrique...

         Il faut voir aussi qu’il a organisé un artifice de communication redoutable et impréssionnant de puissance pour maintenir son pouvoir. C’est probablement vrai qu’il redoute le « risque démocratique », mais la question est de savoir comment construire cette force démocratique suffisemment forte et puissante... 
        Merci Jean Pierre pour cet article, cet engagement, qui contribue à ce combat pour la justice, la solidarité, la fraternité.


        • anty 26 novembre 2009 22:03

          Ah oui la dictature du fric est terrible je suis bien d’accord avec toi c’est pourquoi je te suggère de t’alléger de ce fardeau totalement inutile.

          Voilà je recycle l’argent ecologiment, je le garderai que pour moi et tu peux me faire confiance je le donnerai à personne d’autre.

          Contacte moi sur ce forum pour te débarrasser de cet infâme fric qui te fait tant de mal.

          Ton ami ,qui te veut du bien


        • Jean-Pierre Lovichi Jean-Pierre Lovichi 27 novembre 2009 13:49

          Merci Jacques !

          Il est clair que certains dont Anty (anty quoi exactement difficile de le savoir puisqu’il semble plutôt pour l’argent,pour ce capitalisme fabuleux qui lui assure sans doute une petite vie confortable et bourgeoise) la construction d’une force démocratique est un concept sans doute fumeux et lointain. Mieux vaut accuser et diffuser des fausses rumeurs surtout sous le couvert de l’anonymat, c’est tellement courageux !

          Heureusement, il y a des personnes comme toi et tous les militants de PER A PACE qui par leur action quotidienne mène le combat.

          La tâche est rude.

          Maintenant, avec le nouveau cataclysme financier qui s’annonce suite à Dubaï, le moment n’est peut-être plus très loin où les forces démocratiques et de progrès devront de nouveau reprendre le flambeau laissé trop longtemps aux financiers...


        • Jean-paul 26 novembre 2009 23:43

          @casamarta
          Va voir le film qui denonce le capitalisme car le multi millionnaire Moore a besoin de ta collaboration .Peut etre pense t il acheter un autre apart de 1 million de dollars a New York .
          He needs you !
          L’auteur contribue aussi en lui faisant de la pub gratuitement .
          Moore a tout compris .


          • Jean-paul 29 novembre 2009 14:04

            Chanteclerc avec son objectivite ( anti americanisme primaire ) le sent authentique mais il ne savait pas qu’il etait millionnaire .Pour lui il ya les bons et les mauvais millionnaires ,je ne pense pas que wall street fasse la difference .
            Ce qui est surtout authentique c’est son fond de commerce .
            Moore a tout compris ,surtout comment se fabriquer une fortune .


          • libellule 27 novembre 2009 01:00

            Juse pour défendre Moore :

            il a dit à maintes reprises qu’il autorisait les gens à télécharger ses films car les recettes du cinéma lui étaient suffisantes ...


            • anty 29 novembre 2009 11:30

              Vous m’effrayer Moore serait qu’un capitaliste loupé ?

              Chuuuuut il ne faut surtout pas ébruiter cette infamie le pauvre homme il ne se remettra jamais
              de ce coup...pensez au nombre de gogos qui seront complètement déçu

              eux qui cherche un gourou digne de ce nom à la fois un peu enrobé profiteur et salaud pardon ferme (bon c’est vrai il est pas trop musclé)

              Il a un avenir prometteur ce gars


            • pierrot123 29 novembre 2009 23:32

              Très bon film (un poil long ?).

              Michael Moore a ses défauts, mais il dit la vérité.

              A voir, et à conseiller à ceux qui veulent comprendre un peu de ce qui est en train de nous dégringoler sur la tronche...(et c’est pas fini !!!)


              • pierrot123 29 novembre 2009 23:33

                Anty...Va te cacher !...T’es pathétique, tu vois...mais presque !


                • Jean-paul 30 novembre 2009 01:27

                  @ Pierrot 123

                  Va visiter les USA .

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