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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Carlos Boix le peintre cubain « émigrant du monde »

Carlos Boix le peintre cubain « émigrant du monde »

Carlos Boix le peintre cubain,artiste majeur, exposé dans le monde entier, de passage à Paris

Beaucoup le comparent à Picasso.Il en a la profondeur, l'exubérance, la production prolifique, le génie éclectique.

3 ans après avoir présenté une exposition dans une galerie parisienne consacrée à 3 peintres cubains dont Carlos Boix, je le rencontre enfin à la Maison de l'Amérique Latine à Paris pour une interview en face à face passionnant et sans détour, sur son oeuvre, ses relations à Cuba,à l'Europe, aux Amériques.

Il arrive coiffé de son chapeau à larges bords, portant beau le costume sombre, cravate multicolore, un cigare Havane coincé entre 2 doigts d'une main qui d'habitude tient fermement le pinceau qui court sur la toile.

A.R. :" Vous êtes d'abord un produit de la formation picturale cubaine, que vous avez suivie, avant la rupture qui permet à tout artiste de s'exprimer en toute liberté."

C.B. :" Enfant j'étais asthmatique. J'ai passé une bonne partie de mon enfance en clinique. Et très vite le goût du dessin m'est venu. Dans ma famille j'avais un cousin éditeur de livres, propriétaire de plusieurs librairies à la Havane. J'ai pénétré dans le monde culturel assez jeune. Mon cousin était ami de plusieurs peintres cubains que j'ai rencontrés. Ma mère étudiait le ballet classique avec Alicia Alonso. Dès 12-13 ans à la Bibliothèque Nationale j'ai lu beaucoup de livres et je connais déjà Pierre Bonnard, Delacroix... J'ai fait beaucoup de recherches. Dans la clinique on m'a assuré que j'étais peintre et je l'ai cru. Je me suis lié de grande amitié avec les peintres Mariano Rodriguez, René Portocarrero. Je suis rentré dans le cordon ombilical de la peinture.

J'ai connu la discipline formelle des écoles ; j'ai été expulsé 3 fois de l'école parce que je ne voulais pas suivre la lecture classique de la peinture. En autodidacte, adulte, conscient de devoir réaliser mon oeuvre, je suis parti comme beaucoup d'autres artistes d'autres pays, pour connaitre d'autres latitudes pour m'exprimer. Cuba est une île qui reçoit beaucoup, de différentes cultures, de l'immigration, avec une histoire très riche, avec plusieurs ingrédients venant de l' extérieur, comme pour la cuisine des plats typiques cubains avec leurs épices.

Je me déplace, en Europe, Afrique,. Mais mon cordon ombilical me ramène toujours aux parfums, aux odeurs de mon pays natal."

A.R. :" Dans le vaste monde qu'est-ce qui vous rattache aux Caraïbes, à Cuba et qui fait de vous un peintre cubain aux racines extrêmement fortes ?"

C.B. :"Si vous regardez la Maison de l'Amérique Latine, une exposition d'artistes comme Wilfredo Lam qui parlait italien, français, avait vécu aux U.S.A., avec sa peinture et son afro-cubanité, vous voyez que sont incorporées plusieurs cultures et les nouveaux mythes de la société. La peinture intègre l'humour, l'ironie du peuple cubain, sa façon de vivre, la musicalité, l'envie de faire la fête. Tous les ingrédients sont là."

A.R. :" Quand on parle de Carlos Boix, viennent les adjectifs "explosif", "surréaliste", "baroque", "généreux", "viveur" même ;"

C.B. :" Cuba est un pays surréaliste, magique. Je suis né dans le surréalisme magique, réel et non intellectuel, imprégné par la littérature, la musique aussi. Wilfredo Lam lors de la seconde guerre mondiale s'échappe de l'Europe, pour Haïti, Santiago, la Havane et avec un groupe d'artistes pour les U.S.A. et New-york, alors qu'il avait fait la rencontre des surréalistes."

A.R. :"Un thème affleure dans votre travail, c'est la dénonciation de la société de consommation au sens large, société de consommation que vous n'aimez pas, que vous détestez peut-être d'ailleurs ?"

C.B. :" Je ne déteste pas la société de consommation parce que moi-même je consomme ; tout le monde consomme mais c'est la démesure qui me dérange. Tout le monde perçoit le phénomène de danger et on discute de ce danger dans plusieurs pays du monde occidental."

A.R." Votre agent Yudith Nunez explique :" quand j'ai pénétré pour la première fois dans l'atelier de Carlos Boix, c'était un nouvel opéra, ses personnages, ses chanteurs, ses couleurs, une fête permanente d'images et, c'est ce qui m'intéresse, le tragique qui triomphe partout, la tristesse et la mélancolie aussi." Il n'y a pas chez vous que le côté exubérant, il y a aussi le côté tragique...."

C.B. :" Si on ne connait pas le tragique, on ne connait pas l'allégresse, c'est l'autre "visage" de la monnaie. C'est un ensemble. C'est comme la lune et le soleil. C'est comme un cocktail ; il faut le boire avec tous les ingrédients en bonne proportion, avec le sucre notamment ; la vie est un peu salée aussi, le sel de la vie..."

A.R. :" Actuellement en Europe, en Italie, c'est la sortie de " Boix, Boxing, Boixismo ", judicieusement titré, présentant vos oeuvres achevées. Nous aimerions connaitre ce sur quoi vous travaillez, ce que vous avez en tête sans pour autant le concrétiser sur la toile."

C.B. :" Un artiste travaille tous les jours du lundi au dimanche, tous les mois de l'année. Les souvenirs de voyage, de mon pays natal, les souvenirs de table, de l'amour, forment une accumulation, la sédimentation de mon expérience vitale, de toute ma vie, de ma formation, des changements opérés. Mes toiles ce sont des images qui se posent sur d' autres images, des collages incorporés dans mon oeuvre. C'est mon leitmotiv.

Aussi comme les habitants du monde occidental je vois la télé, je lis les journaux. Les médias, ce qui se passe dans le monde, me laissent une information et une envie de travailler sur l'actualité qu'on retrouve dans ma peinture actuelle. N'importe quel peintre, tous les jours est ainsi travaillé, motivé par la surréalité et je ne peux personnellement pas échapper à cela.

Mes projets en train de se faire : une exposition à la Havane au Musée d'Art Moderne, une autre aux U.S.A., à Miami.Déjà en Europe tous les jours mes oeuvres sont exposées."

A.R. :" La Havane, Miami : on ne peut échapper à l'actualité politique internationale entre Cuba et les USA depuis quelques mois. Le pâpe François s'est rendu à Cuba, le président Obama a rencontré Raul Castro. Vous êtes artiste mais aussi citoyen du monde, mais aussi citoyen cubain. Que pensez-vous de cette nouvelle donne ?"

C.B. :" Je pense que je ne suis pas un citoyen du monde mais un émigrant du monde. On a un peu peur de parler de l'émigration actuellement mais je suis un émigrant du monde.

Pour répondre à votre demande, je trouve que c'est magnifique de donner l'expression et le temps à des communications entre les 2 pays, les 2 peuples qui sont très proches l'un de l'autre. Relancer, rénover une relation ; tant le peuple américain que le peuple cubain méritent cette chance."

A.R. : " Vous nous disiez que vous projetiez une exposition à la Havane. Que ressentirez-vous quand vous serez de retour dans la ville où vous êtes né, dans laquelle vous avez commencé à vous exprimer ?"

C.B. :" Alain, vous connaissez très bien Cuba et pas mal de cubains. Le cubain à l'étranger est l'unique personne qui continue d'être cubain. Tous les jours je parle de Cuba, j'ai les amis au téléphone. Les cubains même quand ils partent, jamais ils sont partis. Ils gardent tous les jours le pays à l'intérieur parce que l'île c'est nous-mêmes. Beaucoup de souvenirs. J'ai visité mon pays natal ; j'y suis retourné pas mal de fois. J'ai une impression assez réelle, c'est quand l'avion atterrit et que la porte s'ouvre ; à l'intérieur de la cabine de l'avion passe une chaleur de four et vous commencez à transpirer et à ce moment-là, c'est une sorte de fête tropicale, de rencontre avec mon pays natal. Toucher la mer, sentir les parfums, sentir que je suis chez moi."

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1 réactions à cet article    


  • La mouche du coche La mouche du coche 13 janvier 2016 09:49

    C’est laid.
    C’est laid comme tout ce que produit actuellement la surclasse mondialiste

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