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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Carlos Fuentes : le souvenir d’un dandy guérillero

Carlos Fuentes : le souvenir d’un dandy guérillero

Adulé par notre Gauche bobo, l'écrivain était brocardé en Amérique

Carlos Fuentes, récemment disparu, a toujours souhaité incarner le "beau Brummel", mais n'a jamais dépassé le niveau du "Dandy guérillero", surnom que lui a trouvé, au Mexique, un dénommé Krauze. Un Dandy (comme Dorian Gray) doit posséder deux faces et deux morales. Ainsi Fuentes joutait en faveur des mouvements sociaux progressistes, s'érigeait en défenseur des nobles causes, mais en aucune façon n'a dédaigné l'ambassade de France au moment où le président Mexicain, Luis Echeverría, menait une sale guerre contre les dissidents dans tout le pays. Cela aurait-il été une erreur de jeunesse ? Un coup de tête excusable, voire justifiable ? Non, car en 1970, Carlos Fuentes avait 40 ans. Il se mit en campagne, à côté du candidat à la présidentielle, en criant "Echeverría ou le fascisme". 
 
Carlos Fuentes , le "Dandy guérillero"
 
Le livre "Les années 68 : Paris, Prague, Mexico" regroupe trois textes très puissants qu'il a consacrés, à diverses époques et avec des préoccupations différentes, aux mouvements qui secouèrent les sociétés de ces années-à et furent écrasés, souvent, dans le sang. Fuentes paraissait alors appartenir à la catégorie des penseurs révolutionnaires, puisqu'il émettait des commentaires acides sur la barbarie lâchée contre la jeunesse dissidente. Il lui manquait de se plonger dans l'expérience de la guérilla, ce qu'il ne fit jamais, et lui valut donc le surnom de "Dandy Guérillero". Au moment où le président Mexicain Díaz Ordaz faisait décharger les guérilleros, morts ou vifs, dans l'Océan Pacifique, le "Dandy guérillero", mais surtout cynique, se prélassait à Paris.  
 
Lorsque Carlos Fuentes publia "Tiempo Mexicano", les intellectuels indépendants prirent conscience que celui-ci avait vendu sa plume. Les coups de gueule contre les régimes politiques antérieurs à celui du moment, les critiques dirigées vers les anciens présidents, critiques formulées certes avec brio, avec même une certaine énergie, visaient à montrer combien ceux-ci furent prosternés devant des idoles étrangères, Quels bandits, ils ont été, sans oublier de mettre l'accent sur leur médiocrité. 
 
 
Tout cela aboutit à un autel couvert d'encens, qui brûlait en faveur du président en titre et flattait l'ouverture démocratique qu'il prétendait incarner. On appelle cela "baisser la culotte", juste au moment où beaucoup de demi-intellectuels voyaient (et espéraient) Carlos Fuentes comme la future locomotive des penseurs situés plutôt à gauche. Mais non, Fuentes a préféré se transformer en prédicateur de lieux communs, en un orateur ordinaire au service du PRI (Parti Révolutionnaire Institutionnel), affirmant, à l'époque, que l'ouverture démocratique était la ligne politique réclamée par la Patrie Mexicaine. Ce nouveau discours, sous la plume de Fuentes, oubliait, sans rougir, qu'au milieu de cette ouverture démocratique survint le massacre du triste jeudi de Corpus Christi et la très énigmatique mort de Genaro Vázquez (1), toutes choses qui ne préoccupèrent pas l'écrivain.
 
La girouette oxydée
 
Lorsqu'en 1988 fut créé, au Mexique, le Conseil National pour la Culture et les Arts (CONACULTA), son premier président, Victor Flores Olea, se faisait passer évidemment pour progressiste et constitua, autour de lui, une petite coterie. Ils utilisèrent la revue Política pour se faire de la publicité et, une fois atteint une bonne situation, abandonnèrent leurs positions politiques. Se placer à gauche était une tactique pour faire monter les enchères, avant de se rallier complétement au régime. A cette revue Politica participait, bien évidemment, Carlos Fuentes dont les pantalonnades, depuis, ont bien fait rire car, un jour il était révolutionnaire très radical et le jour suivant, à New York, il racontait tout le contraire. 
 
Le "star system hollywoodien" était déjà connu et pratiqué du temps de la jeunesse de Fuentes. Celui-ci fut adopté, aidé, propulsé comme un golden boy. Toute la nouvelle technologie du marketing des années cinquante fut mise à son service : critiques élogieuses, commentaires dithyrambiques, éditeurs et rédacteurs de revues le prirent sous leur coupe et le hissèrent jusqu'à la cime du parnasse littéraire. On le maria avec une actrice de cinéma, de telle sorte que son nom inonda les colonnes des revues populaires, les cancans et potins des vedettes, en même temps que cela permettait d'applaudir ses poses et de vanter sa manière élégante de s'habiller. On affirma alors de partout -et Fuentes lui-même finit par le croire- que "La Région transparente", publiée en 1958, était le premier roman totalement urbain rédigé au Mexique. Quiconque ne gobait pas cela passait pour un ignorant. 
 
Le groupe, qui comprenait aussi Enrique González Pedredo et Fernando Benítez se définissait comme "intellectuels de gauche fidèles à Marx", dont ils utilisaient la pensée comme méthode de connaissance, ouverte et dialectique, et affirmait combattre les erreurs et les dogmes de intellectuels marxistes encartés, "victoriens" en quelque sorte. Le groupe s'autoproclamait l'élite de la gauche mexicaine, et il ne fallut pas beaucoup de temps pour que cette élite auto-proclamée passât de la Gauche marxiste pure à la Gauche fidèle à la Constitution. Il leur paraissait évident qu'être de gauche ne signifiait pas nécessairement être pauvre. Quand on est riche, on combat mieux la pauvreté. Ils ne refusaient jamais les prébendes, gratifications, soultes. Fuentes accumula donc une grande richesse et servit le PRI lorsque ce dernier contrôlait le pouvoir au Mexique et donnait accès à la fortune. 
 
Le 5 août 1964 était publié, dans la revue Siempre !, une lettre dans laquelle cinq intellectuels, dont Fuentes, expliquaient pourquoi ils cessaient d'écrire dans la revue Politica. Cette revue, destinée à réunir la Gauche mexicaine et à en finir avec le sectarisme et les dogmes, était tombée dans ce qu'elle voulait dénoncer. Peu de temps après, de détracteurs du système politique mexicain ils se convertissaient en ses défenseurs. Quelques années de plus et ils en formaient l'essence même. 
 
En septembre 2006, à Madrid, Carlos Fuentes présenta une nième œuvre. Au moment où un journaliste l'informait que le Président du Venezuela, Hugo Chavez, ne reconnaissait pas le triomphe, au Mexique, du candidat présidentiel, Felipe Calderon, il répondit : "Cela fait partie de ses pitreries. Chavez est un clown continental qui ne va pas durer longtemps. Ce qu'il dit n'a aucune importance". 
 
Mais ce clown vénézuélien a supporté les pires avanies de la ploutocratie de son pays, appuyée par des multinationales, et a eu le courage de les freiner. Ce clown continental a lutté pour arracher le pétrole des griffes de la mafia étatsunienne et a réussi. Ce clown qui, brutalement, ne plaît pas à Fuentes s'efforce de réduire l'énorme différence de classes qui caractérise son pays et a obtenu régulièrement l'appui de son peuple à l'occasion de referendums. Ce clown possède une qualité que Fuentes veut présenter comme un défaut : il est patriote. Défaut qu'aucun des présidents mexicains, depuis Avila Camacho, n'a eu… Fuentes, à qualifier Chavez de "clown", lèche, en fait, les bottes des Etats-Unis et, pour cette raison, a conquis le surnom de girouette oxydée, car toujours il a fléchi les genoux devant le Nord du continent américain. 
 
Il a passé son temps à se plagier
 
Octavio Paz, dès sa naissance, voulut obtenir le prix Nobel. Mais au Mexique, deux auteurs croissaient en importance : Juan Rulfo et Carlos Fuentes. Paz attaqua violemment Fuentes, directement et à travers quelques-uns de ses obligés. Comme Carlos Fuentes était doté d'un tempérament impétueux et colérique, qu'il avait le don d'ubiquité et s'était converti en intellectuel "politiquement correct", il pouvait désormais voyager à travers le monde pour y dispenser les pensées pieuses de l'occident dans des conférences, des cours, des séminaires, des symposiums, conventions, etc. où rien ne venait perturber le nouvel empire du néant pour lequel il travaillait. Il se trouve que, en plus, Carlos Fuentes était assez beau et élégant. On en avait fait un gentleman de la super caste mondiale, de la jet set vide et creuse, dont le pillage est l'activité quotidienne. Aussi, lorsque le dénommé Krauze lui colla le sobriquet de "Dandy guérillero" et rabaissa la note de son œuvre, tout le gang Paz considéra que l'élimination de la concurrence était en bonne voie. Ce fut exact en partie, du moins tant que Octavio Paz a vécu. Mais la mafia de Paz a sali tout autant l'ambiance littéraire de Mexico et de toute l'Amérique latine… 
 
 
La vie et l'œuvre de Carlos Fuentes ont fait germer l'humour chez les auteurs plus honnêtes et moins "dandy". D'abord, nombreux sont ceux qui considèrent que le livre le plus intéressant de Fuentes a été "La mort d'Artemio Cruz", publié en 1962. Depuis cette date, il a fonctionné au rythme d'un roman tous les deux ans, mais en répétant toujours la même chose. Il a passé son temps à se plagier lui même. En un ultime effort, il a pondu "Notre terre" en 1975, pour donner l'illusion d'une grande culture. Mais ce catalogue de bulles de culture générale est pédant, présomptueux et plus vide qu'une balle de ping-pong. 
 

Octavio Paz
 
Quelques blagues circulent sur son compte, dont une est de notoriété publique ; ce qui nous autorise à la citer. Le Dandy Guérillero entre à la librairie de l'Alliance française et cherche, cherche. Il trouve un roman en français, le paye et s'en va. Par hasard, à côté de la caisse, se tient le directeur de la librairie avec lequel le quidam, qui a observé la scène, établit le dialogue suivant :
- Il me semble connaître ce Monsieur - C'est Carlos Fuentes. Il a acheté un livre en français. 
 - Oui, c'est son prochain roman…..
 
On citera, pour terminer, une lettre ouverte, à lui adressée, rédigée à l'occasion de la participation de Fuentes à une émission de CNN, animée par Carmen Aristegui : "Où est la lucidité géniale du profond analyste littéraire du passé, du présent et apte à anticiper l'avenir ? Fox (2) est un campagnard bonasse et populaire ? Mais que dire des mineurs de Pasta de Conchos ?(3) Et des femmes de Atenco ?(4). L'intervention de Fox dans la campagne électorale est une erreur… Ce ne serait rien de plus ? L'analyse de la société mexicaine a été source de réflexions pertinentes de la part de Enrique González Pedrero, auquel on doit le concept d'institutions digérées, ou de Lorenzo Meyer, qui parle d'institutions devenues des coquilles vides. Il eût été préférable que Fuentes reflexionât deux fois avant de parler".
 
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(1) Le premier mai 1971 débute l'opération"toile d'araignée" dans l'Etat de Guerrero pour éliminer les guérilleros de Genaro Vázquez
(2) Vicente Fox fut Président du Mexique de 2000 à 2006. Lui a succédé Felipe Calderon.
(3) Le 19 février 2006, 65 mineurs mexicains se sont retrouvés enterrés à 120 mètres sous terre, suite à l’explosion d’une galerie dans la mine Pasta de Conchos. Argumentant que la mine était susceptible d’exploser à nouveau, le gouvernement mexicain n’a entrepris aucune opération de sauvetage, et malgré la volonté des familles de donner une sépulture adéquate à leurs proches, les corps des anciens mineurs se trouvent toujours sous terre.
(4) Dans la nuit du 3 au 4 mai 2006, environ 4000 policiers interviennent à San Salvador Atenco pour mater une manifestation. Lors du transport des détenus au pénitencier, la majorité des femmes furent soumises à des tortures sexuelles. Ces crimes sont demeurés impunis.
 

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1 réactions à cet article    


  • ALasverne ALasverne 14 juin 2012 12:38

    Constat exact, quand un peu connu maintenant du Fuentes libéral, loin de la mitraille...Mais tout cela appartient à l’homme Fuentes et son oeuvre reste autre. De ce point de vue, je ne suis pas pour faire une salade de brins de vie mêlés avec des lignes de fictions pêchées au grès des thèses psycho-machin que développent les biographes.
    De la même façon, on ne peut trouver dans la vie de Céline ce qui explique toute son écriture, ses récits,, et encore moins résume son oeuvre.

    Un peu sévère sur Tierra Nostra que je tiens pour un grand roman par la puissance imaginative, irriguée de symbolisme, qui le propulse.

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