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Catwalk

A single man ou l’élégance du couturier

 Dans cette salle immense des Halles, "A single Man" de Tom Ford, oui oui, celui qui dessine des vêtements pour la haute couture.

L’histoire : on découvre un homme, seul, organisant avec minutie un environnement déjà sans défauts, dans une belle maison sombre et claire à larges baies vitrées, au coeur d’une banlieue huppée de Los Angeles. On découvre par voix off et flashes back que son ami est mort d’un accident de voiture peu de temps auparavant, après 16 ans de vie commune. Dans cette Amérique des années 60, c’est pour le moins déroutant.

Le propos est simple : il s’agit de la perte de l’autre et des ressources intérieures qu’il faudrait pouvoir déployer pour s’en remettre. Là, il est question de quelqu’un qui ne peut plus supporter de vivre et au chevet duquel, cependant, le monde extérieur a décidé de se pencher.

L’homme est professeur à l’université, il s’y rend en coupé Mercedes, après avoir vissé sa cravate en un noeud Windsor et brossé soigneusement ses souliers. L’allure est élégante, distinguée, raffinée même, le pas celui d’un héron ou d’un oiseau d’eau, perché sur de longues pattes fines. Les images sont nimbées de gris, même les toiles exposées dans son bureau sont monotones, chaque détail est soigné, il n’y a pas un fil qui dépasse.

L’homme a une "meilleure amie", une espèce de diva alcoolique et sophistiquée comme ont souvent les homos, ce genre de vieille copine à qui l’on dit tout et qui n’écouterait rien, ne serait même pas là si, elle non plus, n’était pas si désespérément seule.

L’homme regarde les hommes, quand même, mais sans se départir d’une lucidité qui révèle le côté vaniteux et pathétique de ces rencontres de circonstances. Ce sont eux pourtant qui le réveillent au monde, qui le ramènent à la couleur du ciel et au plaisir de l’eau. Il n’empêche que c’est sans faiblir, dans un souci maniéré de simplifier la mort, que l’homme prépare son suicide, alignant les consignes sur un bureau, identifiant les clés, classant les documents d’assurance sur la vie.... Sans parvenir toutefois à passer à l’acte.

A chaque fois interrompu par une mauvaise position d’un coussin, par l’idée qu’il va salir ses draps, par le téléphone qui sonne, il se reprend et suspend son geste. Il nous montre combien il est dans la vie et perméable à ses désagréments, et non au seuil de la mort, croulant sous le poids de l’indifférence.

L’acteur qui joue le rôle de ce Monsieur Falconer - Colin Firth - est exceptionnel de puissance sensible. Tous les personnages sont beaux, élégants, presque inhumains et c’est bien là qu’est le problème. Chaque scène est supra codifiée : l’homme est dans les lignes droites, le gris, les beiges et bruns, l’amie alcoolique dans les dorés, orangés, dans une espèce d’harmonie convenue. Les hommes croisés, les enfants, ont tous le regard bleu, et la beauté des femmes, filmée en gros plan, est centrée sur le regard, toujours clair et incroyablement vibrant.

Tout ceci pour nous dire que oui, les homos peuvent vivre des vraies histoires d’amour, comme tout le monde, mais apparemment pas n’importe où et pas avec n’importe qui. Malgré le talent certain des acteurs, cet amour-là laisse de marbre. S’il s’est voulu universel, il est passé au large de la "passion", car l’anglais pudique et réservé qui se cache derrière Tom Ford est resté définitivement distant du coeur qui saigne.

Pour un spectacle c’était un spectacle, un peu comme un numéro spécial de Vogue en papier glacé. Mais, malgré le soutien de ses acteurs confondants et de ses décors sublimes (trop ?), le costume de Tom Ford manque d’aisance au niveau du torse, il entrave ce souffle qui vient de l’intérieur.


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