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Ce n’est pas une FIN en soi

Le long cheminement du roman.

Il y a moins d’un mois, ma collègue inscrivait le mot « Fin » au bas de l’écran. Nous arrivions ainsi au terme de cette belle aventure ; c’est du moins ce que je croyais bien naïvement. Ce n’était que le début d’une nouvelle épopée, plus complexe sans doute et certainement moins exaltante. Je devine que ceux qui ont déjà entrepris d’écrire un roman n’ignorent rien de tout cela mais pour moi, le béotien, comme pour beaucoup de lecteurs, c’est une tout autre histoire qui débute.

La première étape post-écriture fut une relecture commune, à haute voix pour modifier la forme, apporter plus de nuances dans le vocabulaire, plus de cohérence encore en fonction des personnages qui sont évoqués ; chacun ayant son langage propre, ses manières de dire les choses. Plus le roman avançait, plus les caractères se distinguaient et il fallut reprendre à la base certains pans entiers de nos écrits communs.

La relecture se faisant à haute voix, il est apparu des mots qui accrochent, des juxtapositions maladroites, des cohabitations impossibles. Là encore, ce fut un travail patient et ô combien instructif pour moi qui découvrais ce nécessaire élagage. Je ne pensais pas que ce fût travail d'orfèvrerie à ce point !

Puis, il fallut traquer les répétitions, les redites, les mots trop fréquents qui deviennent à la longue de vilains amis. Il y en avait à foison. Je découvrais ainsi mes tics d’écriture, des manies qui en deviennent pesantes et indigestes. Ce fut une vraie traque à la redondance : il y avait matière à belle récolte. Ce qui ne présageait pas de la suite ; la substitution n’est pas qu’un jeu de synonymes : il y a des nuances à conserver, des faux frères et des mots qui déplaisent, il convenait parfois de changer toute la phrase.

Nous avancions lentement, aussi lentement finalement que dans la première phase. Un chapitre ainsi décortiqué, exigeant temps et patience, retour en arrière et replâtrage incessant. J’étais émerveillé par la rigueur de ma collègue, moi qui avais sans doute un affreux complexe de supériorité en matière langagière, elle me clouait gentiment le bec par son exigence.

La relecture achevée le 31 décembre, nous étions enfin rentrés dans nos prévisions. J’espérais que la suite serait plus facile. Il fallut néanmoins trouver une structure pour imprimer les premières moutures et protéger ainsi notre travail d’un éventuel plagiat ou, pire encore, d’une indélicate rapine. Pour contrecarrer ces éventualités, il est prudent de déposer un exemplaire chez un homme de loi ; d’autres s’adressent une copie en lettre recommandée à leur propre adresse, la prudence est de mise, les gens sont si mesquins !

Alors que je croyais l’affaire réglée, je découvrais que nous nous étions tellement focalisés sur le fond que la forme laissait à désirer. Notre travail était truffé de fautes, petites étourderies et grosses bourdes, espaces superflus et ponctuation mal placée, concordance incertaine et accords douteux. Une nouvelle étape s’offre à nous : étape qui bénéficiera de correcteurs de l’ombre : deux ou trois personnes patientes et bienveillantes qui se chargeront de relire, stylo rouge en main.

Mais cette étape ne sera pas celle de la fin de parcours. Les lecteurs vont donner leur avis, suggérer des modifications ou des inflexions. Il y aura une nouvelle relecture, un nouveau remodelage du roman. C’est un travail sans fin, une longue et patiente tapisserie qui se fait et se défait au fil des étapes. Je n’imaginais pas que ce fût ainsi. Mes billets quotidiens ou mes contes naissent l’espace d’une petite heure et puis s’en vont vivre leur vie.

Cette fois, il faut encore songer à la pagination, à l’aération des chapitres, à leur équilibre. Si l’écriture proprement dite est terminée, c’est un long processus de gestation qui commence avant que d’envoyer une version plus satisfaisante et présentable à un éditeur. Débutera alors une nouvelle phase, faite d’angoisse et d’incertitude, de contrariétés peut-être et d’impatience. Puis, il conviendra encore, en cas de succès, de préparer la sortie de l’enfant dans le monde. Un travail de communication et de promotion qui ne sera pas simple quand on n’est pas une vedette de la plume. Cette « Fin » n’était qu’un début. L’aventure continue.

Romanesquement sien.

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2 réactions à cet article    


  • juluch juluch 5 janvier 13:49

    Ca me rappelle quand je corrige mes CV ou lettres de motivations.... smiley

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