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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Ce que le cinéma nous a offert ces deux dernières années

Ce que le cinéma nous a offert ces deux dernières années

Attention : liste tout sauf exhaustive.

Pacific Rim (2013). Un délire de geek. Voilà, grossièrement résumée, l’impression laissée par la dernière livraison du visionnaire Guillermo del Toro (Hellboy, Le Labyrinthe de Pan). Avec ses humanoïdes colossaux, ses interconnexions neuronales, ses monstres titanesques venus des mers et son casting de série télé (Idris Elba, Charlie Hunnam, Ron Perlman…), Pacific Rim devrait en effet régaler tous les fans de jeux vidéo, de nouvelles technologies et, au hasard, de The Big Bang Theory. Mais catégoriser hâtivement ce blockbuster apocalyptique, le cantonner dans une case exiguë, reviendrait à se fourrer le doigt dans l’œil jusqu’à l’omoplate. La critique, plus divisée que jamais, en est peut-être la meilleure illustration. Il faut dire que l’on trouve à boire et à manger dans le dernier del Toro : des effets spéciaux endiablés, un visuel léché, un rythme exalté, mais aussi, une fois dépassé le stade purement formel, un script gribouillé sur un coin de table, des interprétations moyennement convaincantes et une surabondance de clichés typiquement hollywoodiens. Si, comme à l’accoutumée, le cinéaste mexicain sait prendre son public par la main, il reste que son Pacific Rim manque cruellement de ressort dramatique et se contente souvent de mettre aux prises créatures malintentionnées et robots géants providentiels. Au final, cela donne à voir beaucoup de tôles froissées pour pas grand-chose. (6/10)

Mud (2012). À 34 ans, Jeff Nichols sait déjà y faire avec une caméra. Après l’indispensable Take Shelter, il revient à la charge sur les rives du Mississippi, armé de son goût immodéré pour les images léchées et les arches narratives romanesques. Moins déroutant que par le passé, le cinéaste américain vient néanmoins frapper avec pugnacité à la porte des ogres du septième art. Car ce qu’il a perdu en effet de surprise, il l’a incontestablement gagné en maturité. Son film dresse le portrait sans concession d’une certaine Amérique, désabusée et éprouvée, un peu à la manière d’un Terrence Malick. Mieux, avec cette amitié naissante filmée à hauteur d’enfants, Mud prouve qu’il a autant de cœur que de souffle. Déjà fort d’une distribution irréprochable – Matthew McConaughey enfin dans la cour des grands ? –, il peut en outre se prévaloir d’une photographie classieuse, d’un cadrage savant et d’une mise en scène imperturbable. De quoi faire de ce joyau poli un classique instantané. D’autant plus que le scénario prend le temps de planter le décor, avant d’entremêler avec doigté les intrigues – une histoire d’amour imparfaite, des gosses en quête de repères, une vengeance personnelle, une cavale éprouvante. Cultivant l’art – mésestimé – du repérage cinématographique, produisant pas moins de 130 minutes de séquences sublimes sans le moindre déchet corollaire, Jeff Nichols va au bout de cette rencontre entre deux adolescents et un mystérieux rebut, aussi crasseux et affamé que magnétique, conférant à son œuvre une portée symbolique rarement rencontrée ces dernières années. Enfin, pour l’anecdote, on retrouve une nouvelle fois l’habituel et inusable Michael Shannon, un rien sacrifié mais impeccable comme à l’accoutumée. (9/10)

Spring Breakers (2012). Ceux qui ont cherché une quelconque filiation à Spring Breakers ont dû se faire une raison : par l’imagerie ostensiblement déployée, de la violence débridée à la nudité gratuite, le film de Harmony Korine s’inspire ouvertement des clips de rap les plus effrontés. Surfait et sans mesure aucune, le long métrage prend le parti d’immiscer quatre jeunes femmes déboussolées dans un milieu coutumier des excès en tout genre, sans foi ni loi. S’il y a là matière à réflexion, le traitement expéditif réservé à ce pitch prometteur donne lieu à une orgie de clichés racoleurs, eux-mêmes parasités par les convulsions frénétiques de corps dénudés. À force de massacrer la nuance et à mesure qu’il s’embourbe dans les facilités scénaristiques, Spring Breakers finit d’ailleurs par se révéler désespérément creux et incapable du moindre second degré. Le seul salut viendra d’un visuel d’apparat, mettant en scène une stylisation implacable, conçue à l’aide d’une débauche de formes et de couleurs. À la fois idyllique et cauchemardesque, fascinant et rebutant, saturé et vide, le film joue sur tous les tableaux et se fourvoie lamentablement, jusqu’à n’avoir plus qu’une carte à faire valoir : le déferlement d’effets plastiques et de procédés esthétiques. Un bijou clinquant, mais en toc. (5/10)

World War Z (2013). Le nouveau film de Marc Forster (Neverland, Quantum of Solace) ressemble peu ou prou à une offre soumise à conditions. World War Z avait tout pour être le premier blockbuster mettant en scène des zombies, le point de jonction entre Kathryn Bigelow et Roland Emmerich, la réinvention d’un genre depuis trop longtemps en panne d’inspiration. Mais les contrariétés se cachent dans les petits caractères du contrat : pour pleinement adhérer à ce long métrage horrifique post-apocalyptique, il vous faudra faire abstraction de ses multiples incongruités, de ses rebondissements tirés par les cheveux et de son scénar poussé à l’anorexie par des « auteurs » rasant les murs. Car si, techniquement, le cinéaste suisse parvient à faire mouche, menant son film tambour battant, il abat vite toutes ses cartes et finit englué dans les facilités. Pis, l’intrigue s’avère usée jusqu’à la moelle : Brad Pitt, que l’on n’attendait pas forcément dans un tel projet, incarne (avec conviction) un enquêteur de l’ONU chargé d’étudier un virus qui se propage dans le monde entier comme une traînée de poudre, contaminant les hommes et les transformant immédiatement en morts-vivants. Le pitch se veut périlleux et World War Z contient tous les vices de forme de la métaphore inachevée : quand Marc Forster entend braquer sa caméra sur nos sociétés contemporaines, accusant ainsi la fragilité des institutions et de l’ordre social, il ne parvient jamais à se montrer à la hauteur de ses ambitions, peinant ne serait-ce qu’à tenir tête au pire épisode de The Walking Dead. C’est dire si son film a plus de corps que d’esprit. Car si le script a de toute évidence été gribouillé sur un coin de table, la réalisation peut en revanche se prévaloir d’un rythme effréné et d’effets visuels convaincants. Qui pourrait d’ailleurs légitimement faire la fine bouche devant cette contamination au pas de charge d’un avion ou, mieux encore, d’une ville entière ? Au final, ce World War Z s’apparente volontiers à un uppercut mal adressé. (6/10)

Zero Dark Thirty (2012). Kathryn Bigelow, cinéaste déjà aux commandes de l’explosif Démineurs, met cette fois en scène la traque d’Oussama Ben Laden. Percutant, exhaustif, hyper documenté et porté par l’excellente Jessica Chastain, Zero Dark Thirty s’offre en plus le luxe de multiplier les scènes haletantes et d’arborer un réalisme troublant. Un thriller politique parfois amoral, mais toujours captivant. (8/10)

Very Bad Trip 3 (2013). Todd Phillips est devenu, au fil des années, une figure incontournable de la comédie américaine. Aux commandes de Road Trip, Retour à la fac, Starsky & Hutch ou encore de la saga Very Bad Trip, il a réveillé, à l’instar d’un Judd Apatow, un genre qui tendait au mieux à s’endormir sur ses lauriers. Bien qu’imparfaite et inégale, sa filmographie concentre quelques pièces de choix valant – au moins – leur pesant d’or. Mais le retour sur les écrans des quatre potes les plus névrosés du cinéma vaut-il pour autant le déplacement ? On peut en douter. Primo : avec Very Bad Trip, l’intérêt comique semble s’estomper à mesure que le budget s’accroît. Secundo : le scénar est archi-convenu – un ami endeuillé à réconforter – et les gags pédalent quelque peu dans la semoule, troquant manifestement l’inventivité contre la sécurité, donc l’académisme. Tertio : même Zach Galifianakis, héros tout désigné de ce nouveau volet, alterne le meilleur et le pire, se révélant au final moins piquant que sa crinière hirsute. Quarto : la réalisation, efficace à défaut de déborder d’imagination, ne sort jamais, ou si peu, des sentiers battus. Un peu comme si le bolide VBT avait pris trop de valeur, ou que son pilote était devenu trop précautionneux, pour s’adonner à la conduite à risque. Résultat : un Todd Phillips en mode mineur, qui oublie de passer la seconde, davantage préoccupé par ses rétroviseurs que par les nids-de-poule qui ornent sa route. (6/10)

Main dans la main (2012). Encensée par la critique à l’occasion de la sortie de l’excellent La Guerre est déclarée, Valérie Donzelli s’est vite imposée comme l’une des cinéastes les plus prometteuses de France. Avec, pour conséquence directe, les attentes parfois démesurées d’un public toujours plus sourcilleux. C’est dans ce contexte qu’a été accueilli son dernier long métrage, la comédie dramatique Main dans la main. Postulat surréaliste, réalisation ambitieuse, sens du loufoque, casting de premier choix – Jérémie Elkaïm et Valérie Lemercier : tout portait à croire que le cinéma français tenait là un nouveau joyau. Mais cette histoire d’amour impossible, émaillée d’indices autobiographiques, peine à décoller et se fourvoie à plus d’une reprise en cours de route. Car si Main dans la main laisse effectivement transparaître quelques bonnes idées, leur exploitation ne parvient que rarement à séduire. La faute à des maladresses malvenues et à une superficialité qui se prête mal à la galaxie Donzelli. Même l’attribut burlesque porte les stigmates d’un comique de répétition quelque peu avachi. Faut-il pour autant vouer aux gémonies cette comédie imparfaite ? On préférera sans doute retenir sa sincérité et ses quelques morceaux de bravoure. (6/10) 

Foxfire, confessions d’un gang de filles (2013). C’est l’un des retours les plus attendus du cinéma français. Avec le thriller social Foxfire, tiré d’un roman de Joyce Carol Oates, Laurent Cantet épouse la cause d’un groupe d’adolescentes quelque peu vengeresses, qui se serrent les coudes en vue de raviver la flamme de la révolte. La vie les ayant broyées à plus d’une reprise, elles décident de réagir en conséquence, avec force et détermination. Tour à tour méprisées, insultées et violentées, ces jeunes insoumises vont s’acoquiner avec la colère et fonder ce qui s’apparente toujours plus à une seconde famille, à la fois protectrice et formatrice. Mais ces sommets de complicité et de fraternité, symbolisés par la vie en communauté, déboucheront invariablement sur des pentes savonneuses. C’est au mieux difficile à omettre : le cinéaste français opère une double filiation entre Foxfire et son chef-d’œuvre Entre les murs, primé à Cannes en 2008. Il y a la distribution d’abord, avec sa flopée de comédiens amateurs, et l’étude des effets de groupe ensuite. Deux paris gagnés : le casting s’avère imparable et la trame psychologisante ennoblit l’histoire. Mais Laurent Cantet ne s’arrête pas là. Prenant pour cadre l’Amérique des années 1950, il s’adonne à une reconstitution minutieuse des mœurs de l’époque, privilégiant – comme toujours – l’auteur au réalisateur virtuose. Cela n’empêche en aucun cas Foxfire d’arborer plusieurs plans sublimes, égarés il est vrai au milieu d’un tableau technique plutôt modeste. Quant au récit, il peut se prévaloir d’une double subtilité : la présence d’un narrateur et la rédaction progressive d’un manuscrit portant sur le gang. De quoi relancer l’intérêt alors même que les premières longueurs se font jour et que le manque de souffle romanesque met à mal cet édifice imparfait. Verdict ? Une petite déception pour tous ceux qui attendaient beaucoup (trop ?) de ce nouveau Laurent Cantet. Mais une œuvre néanmoins solide, parfois même exemplaire et d’une sincérité appréciable. (7/10)

No (2012). Disons-le d’emblée : plus qu’un film, No est une vertigineuse plongée au cœur du Chili du général Pinochet, un dictateur implacable, opportunément appuyé par certaines puissances occidentales, les États-Unis en tête. Marchant constamment dans les pas du meilleur cinéma historique, ce chef-d’œuvre signé Pablo Larraín peut se prévaloir d’une sagacité peu commune. Il fait foisonner les sujets de réflexion, attirant le regard, avec justesse, sur ces faits édifiants que l’esprit humain tend à gommer trop rapidement. Mieux encore, il jauge superbement la communication politique, devenue toute-puissante, progressivement mise en scène comme un personnage à part entière. Techniquement, Pablo Larraín opte pour des images uniformisées, cachetées VHS, permettant ainsi aux archives et aux séquences fictionnelles de se confondre. Conséquence directe : la photographie laisse quelque peu à désirer, les couleurs ternes rétrécissant considérablement le champ plastique exploitable. Mais cela n’affecte nullement un long métrage en tout point ingénieux. Le script, quant à lui, a tout du colosse imperturbable : si la campagne référendaire de l’opposition chilienne trace tranquillement une intrigue politique fascinante, elle sert également de prétexte au portrait d’une société profondément divisée, où l’intérêt individuel prime souvent le collectif. Nul doute en tout cas que les cinéphiles se souviendront de No comme de l’une des œuvres les plus abouties de l’année 2012, une authentique claque, magnifiée par la performance de Gael García Bernal, comédien impénétrable et hyper talentueux. (9/10)

Les Misérables (2012). Que l’on se nomme Tom Hooper ou non, remettre le pied à l’étrier après un succès retentissant s’avère toujours complexe. Et lorsque ce succès n’est autre qu’un mastodonte quadruplement oscarisé (Le Discours d’un roi), la tâche se révèle encore plus ardue. Cerise sur le gâteau, Les Misérables, le successeur désigné, a tout de l’exercice casse-gueule : un concept propre à rebuter le public, des vedettes attendues au tournant et une inspiration littéraire adulée par les amoureux de lettres. Malgré cela, personne, ou presque, ne doutait du cinéaste britannique, jugé suffisamment virtuose pour mener à bien ce projet fou. Seulement voilà : il ne faut pas plus de dix minutes pour comprendre que les œufs sur lesquels il marche ont craqué. Car Tom Hooper se contente de faire des pirouettes avec sa caméra, s’adonnant volontiers au cadrage parkinsonien et au montage « clipesque », le tout en adoptant des plans serrés qui privent le public des somptueux décors. Résultat : toute notre attention se concentre sur un défilé de stars poussant maladroitement la chansonnette. Des prestations qui relèvent souvent du calvaire auditif. Et comme rien ne nous est épargné, cette réalisation tremblotante et sans idées dégouline de prétention. Au final, si Hugh Jackman et Anne Hathaway s’en tirent à bon compte et si quelques scènes époustouflantes laissent entrevoir ce que Les Misérables aurait pu être, il n’en reste pas moins qu’une bonne moitié de cette interminable bizarrerie est, au mieux, à jeter aux orties. (5/10)

Rengaine (2012). C’est peu dire que le drame social français peut compter sur des ambassadeurs de choix. Et aux côtés d’un Laurent Cantet, d’un Cyril Mennegun ou d’un Jacques Audiard figure désormais Rachid Djaïdani, réalisateur sans le sou mais néanmoins père d’un film coup de poing, le bouleversant Rengaine. Travail de fond titanesque, fruit d’un tournage interminable (neuf années), ce long métrage emprunte au documentaire sa grammaire et aligne les séquences filmées caméra sur épaule. Côté scénar, il pose son regard, toujours clinique, sur les clivages raciaux, prenant Paris pour cadre et la haine pour objet. Authentique fable moderne, portrait sociétal sans concessions, cette œuvre évoque avec pertinence le parcours d’un couple métissé rêvant de mariage, mais avançant sur le fil du rasoir et se heurtant à toutes sortes de jugements, voire de mises en garde. À la fois subtil et brutal, poignant et révoltant, Rengaine porte en tout cas bien son nom : il ne cesse de marteler son message, sans larmes ni poncifs. Au final, on regrettera juste une chose : la négation de l’esthétique. (8/10)

Le Dernier Rempart (2013). Impossible d’évoquer le cinéma sud-coréen sans citer le nom de Kim Jee-woon, le réalisateur totalement décomplexé et hyper talentueux des flamboyants J’ai rencontré le Diable et A Bittersweet Life. Alors, forcément, quand ce dernier décide de remettre en selle le sexagénaire Arnold Schwarzenegger, acteur ankylosé et gouverneur à la retraite, cela ne peut qu’éveiller notre intérêt. Pourtant, la bombe tant espérée s’apparente plutôt à un pétard mouillé. Le Dernier Rempart a d’ailleurs tout du film indéfendable, Kim Jee-woon ayant décidé de taire son audace pour mieux rentrer dans le rang hollywoodien. Résultat : le scénar est archi-convenu et la plupart des scènes se révèlent anémiques, voire gentillettes. Bien que le Sud-Coréen soit l’un des cinéastes les plus habiles de sa génération, on déplore l’absence de tout parti pris esthétique. Et il y a fort à parier que le public le moins avisé prendra ce créateur anesthésié – comateux ? – pour un manchot peu inspiré. Un gâchis au mieux regrettable. Car si l’ensemble tient la route et sort les griffes à l’occasion, il se situe tout de même trois crans en deçà du niveau habituellement affiché par le réalisateur. Pis encore : cette histoire de shérif pantouflard mettant à mal un gang mortifère portait en elle ses propres limites et ne pouvait dès lors s’élever qu’en pratiquant le hors piste, chose apparemment inconcevable ici. Papy Schwarzy ? Jamais mauvais – ni brillant –, le « chêne autrichien » paraît inchangé et, surtout, increvable. Il s’essaie même à l’autodérision, assurant une prestation globale qui devrait en toute logique contenter ses nombreux fans. Mais cela ne suffira pas à sauver Le Dernier Rempart, qui se traîne trop souvent dans son ornière, devenue à certains égards foncièrement indigeste. Au final, cela reste de la série B pure race, menée tambour battant, mais par trop balisée. De quoi décevoir les amateurs d’un Kim Jee-woon habituellement bien plus à son avantage. (6/10)

Die Hard : Belle journée pour mourir (2013). Si la saga Die Hard a dans un premier temps révolutionné le film d’action, elle a fini par sombrer dans le n’importe quoi le plus absolu. En cela, elle se montre révélatrice de la fumisterie de toutes ces suites hollywoodiennes « bankables » totalement dépourvues d’idées porteuses. Le dernier volet en date, réalisé par le très rentre-dedans John Moore, laissait franchement présager le pire. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il tient toutes ses promesses. D’une médiocrité comparable à celle d’un Max Payne – du même cinéaste ! –, il met l’humour à la diète, comme pour signifier qu’il se prend au sérieux, ce que tout spectateur doté d’une once de raison considérera en toute logique comme de la pure folie. Le vieillissant Bruce Willis, peu convaincant, doit composer avec un scénario creux où les incohérences pullulent, une sorte de florilège des intrigues les plus pathétiques jamais portées au cinéma. Ni son overdose de cascades gratuites, ni ses effets spéciaux numériques bas de gamme, pas plus que sa photographie bleuette indigeste, ne sauveront ce lamentable Die Hard de la déroute. De cette vulgaire série B bodybuildée, il ne restera finalement qu’une surabondance de clichés, un sentimentalisme triomphant et une dose éléphantesque d’inintelligence. (4/10)

Happiness Therapy (2012). Quand l’amour est porté au cinéma, cela donne souvent lieu à des œuvres à l’eau de rose, aux glissements convenus ou au pathos indigeste. C’est donc en toute logique que le public sourcille quelque peu lorsque David O. Russell décide d’embrasser le genre, toujours plus casse-gueule que réellement enthousiasmant. Mais le réalisateur des implacables Fighter et Les Rois du désert ne se fourvoie pas. Au contraire. Galvanisé par un casting indiscutable – l’oscarisée Jennifer Lawrence et le trop rare Bradley Cooper –, Happiness Therapy se distingue nettement de ses pairs, se singularisant surtout par son cadre franchement saugrenu et ses traits d’humour habilement distillés. C’est ainsi que l’on braque l’objectif sur deux personnages parfaitement névrosés, injustement détraqués par les épreuves qu’ils traversent, mais qui, étonnamment, se bonifient mutuellement. Lancés dans une sorte d’apprentissage émotionnel, celui de la stabilité et du plaisir, ils vont progressivement regoûter à la vie. Avec subtilité, le long métrage parvient à échapper aux écueils de la comédie sentimentale : il diversifie les thématiques rencontrées – le décès, l’adultère, la famille, l’amour, la maladie, les préjugés – et refuse toute facilité narrative. Bénéficiant d’une solide direction d’acteurs – la renaissance de Robert De Niro en atteste largement –, Happiness Therapy se révèle en outre rythmé, amusant et adroitement photographié. On regrettera cependant que cette mécanique bien huilée, jamais lacrymale, dérape légèrement au dernier virage, épousant une conclusion par trop attendue. (8/10)

Gangster Squad (2013). Pour peu, le dernier film de Ruben Fleischer (à qui l’on doit notamment Zombieland) nous ferait presque penser à ces jeunes filles à la plastique parfaite, mais totalement dénuées d’intérêt. On tombe immédiatement amoureux de l’emballage, mais l’on prend ses jambes à son cou une fois la coquille vide démasquée. Avec son casting de rêve, son scénario gribouillé sur un coin de table et sa réalisation sans inspiration, Gangster Squad supporte en effet sans mal la comparaison. Les plus optimistes affirmeront sans doute que la photographie, la distribution et les nombreux traits d’humour suffisent à sauver les meubles. Admettons. Mais l’on nous promettait un imparable film noir, où des policiers incorruptibles traqueraient avec bravoure des mafieux sans pitié. Une œuvre salvatrice à inscrire d’urgence au panthéon du genre. Un peu médusés, on découvre finalement une sorte de Parrain du pauvre, un (trop) long métrage peu original, très bavard, désespérément convenu et parfois même involontairement parodique. Alors, forcément, la déception est au rendez-vous. (6/10)

Paperboy (2012). Malgré son casting bodybuildé, Paperboy transpire la fébrilité. Comme égaré dans la Floride des années 1960, Lee Daniels propose un polar au mieux insignifiant. Pis encore : à force de maladresse et de prétention, il échoue sur toute la ligne. Présenté comme impertinent, voire carrément corrosif, ce long métrage peu inspiré confond en réalité anticonformisme et vulgarité gratuite. Nicole Kidman, méconnaissable, se donne beaucoup de mal pour pas grand-chose. Dommage. (5/10)


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5 réactions à cet article    


  • Fergus Fergus 2 septembre 2013 11:34

    Bonjour, Jonathan.

    Mes préférences pour cette période :

    Le cochon de Gaza

    38 témoins

    Margin Call

    Du vent dans mes mollets

    Monsieur Lazhar

    Dans la maison

    A royal affair

    Alceste à bicyclette

    Lincoln

    Au bout du conte

    Bref, nous n’avons manifestement pas les mêmes goûts. Et c’est très bien ainsi.

     

     

     


    • Elodie Leroy Elodie Leroy 2 septembre 2013 11:36

      Article sympathique mais dans les films que vous avez relevés, j’ai l’impression qu’il n’y a quasiment que des films français et américains (OK, « No » n’est pas complètement américain). Tout de même, il n’y a pas que les continents américain et européens, dans le monde !

      Concernant Le Dernier Rempart, je ne l’ai toujours pas vu mais en tant que fan de Kim Jee Woon, je me demande si je dois vraiment me ternir son image en regardant ce film ! L’expérience des réalisateurs chinois dans les années 2000 m’a échaudée !

      A propos de World War Z, je dirais juste une chose : faire un film d’horreur à 200 millions de dollars de budget, c’est juste une absurdité. Par définition, un film d’horreur ne s’adresse pas à un large public en raison de ses scènes... d’horreur ! En plus du fait que ce genre est souvent utiliser pour aborder des sujets subversifs (les films de zombies, notamment). Or quand on fait un film à 200 millions, il faut bien rentabiliser, donc faire du grand public. D’où l’absurdité de la démarche ! Le résultat ? Un film de zombies dans lequel il n’y a pas une seule goutte de sang... C’est juste parce que c’est vendu comme un « film de mecs » que les critiques sont indulgentes avec WWZ. Mais en fin de compte, c’est pipeau. Même Twilight 3 est plus horrifique !


      • docdory docdory 2 septembre 2013 14:15

        @Jonhatan Fanara


        En novembre 2011 ( donc il y a un peu moins de deux ans ) est sorti l’excellentissime chef d’oeuvre « time out » , qui, à mon avis, est l’un des tous meilleurs films de ces dix dernières années, et sera certainement une des oeuvres phares de la décennie 2010 / 2020.
        A voir en priorité pour tous ceux qui ne l’ont pas vu ...

        • In Bruges In Bruges 2 septembre 2013 15:34

          Et «  la grande bellezza », vous connaissez ?
          Sorti au printemps, ca vaut tous les trucs à minets que vous citez...


          • bert bert 3 septembre 2013 02:07

            y’a aussi kick ass II avec Chloé Moretz smiley

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