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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Ce que révèle la grotte Henri Cosquer

Ce que révèle la grotte Henri Cosquer

Le grand spécialiste de la préhistoire, Jean Clottes, vient de publier un ouvrage sur l’art paléolithique européen. Il évoque des indices de la pratique du chamanisme au Paléolithique. Des images retrouvées dans des grottes très profondes, comme la grotte Cosquer, et que les hommes n’habitaient pas, renforceraient cette thèse. D’autres révélations étonnantes se font jour...

Il y a environ 18 000 ans, les hommes ont survécu à un réchauffement climatique bien plus terrible que celui qui nous est prédit pour l’avenir. Une avancée des eaux de plus de 100 kilomètres sur certaines côtes a enseveli de vastes paysages et des groupes humains. Elle a aussi englouti la grotte Cosquer (Provence), qui n’a été mise au jour qu’en 1991par le plongeur Henri Cosquer.

Henri Cosquer, scaphandrier professionnel résidant à Cassis, et d’origine bretonne, a découvert l’entrée de la grotte en 1985. Il l’explora à plusieurs reprises avant de la déclarer officiellement en 1991. L’entrée de la grotte a été murée afin de la préserver et de prévenir les risques d’accidents (trois plongeurs sont morts accidentellement quelques années auparavant, à l’entrée de la grotte).

Un bouleversement climatique important

La grotte Cosquer est aujourd’hui située à 37 mètres sous le niveau de la mer. Au bout d’un boyau inondé de 150 mètres, on atteint une immense cavité émergée. Ce qu’on y voit témoigne du brutal changement de climat, il y a environ 18 000 ans.

Les animaux


- Les animaux marins : dans les grottes ornées paléolithiques, les animaux marins sont très rarement représentés. Ce qui fait donc l’originalité de la grotte Cosquer, c’est qu’ils constituent 11 % des figures représentées. Des pingouins, des phoques, des poissons, mais aussi des signes qui font penser à des méduses ou à des poulpes, ont été dessinés ou bien gravés dans la roche.

Le pingouin est ici la première représentation préhistorique connue d’un tel animal. Il informe sur le climat qui régnait à l’époque en Provence, probablement proche de celui de la Scandinavie de nos jours. Après la montée des eaux, le climat est passé de sec, froid et ensoleillé à tempéré. Cela a eu pour effet de faire migrer les animaux de la steppe et de la toundra vers le nord de l’Europe. Les mammouths, eux, ont alors disparu.


- Les autres animaux : les chevaux constituent l’espèce la plus représentée (36 au total). On trouve aussi des bisons, des aurochs, des bouquetins, des cerfs. Le bison y est représenté, fait rare, de façon complète. Seules les pattes ne sont pas terminées.

Les mains

Les mains négatives, les premières à avoir attiré l’attention du découvreur Henri Cosquer, sont au nombre de 46. Elles datent de 27 000 ans environ, c’est-à-dire qu’elles sont encore plus anciennes que les autres peintures et gravures. Plus d’une cinquantaine de mains en tout ont été découvertes dans la grotte. Elles ont été dessinées soit en négatif (pochoir) soit en positif (enduites de colorant et appliquées sur la roche).

Les autres enseignements de la grotte Cosquer : guerre, cannibalisme, médecine, chamanisme...

Les "Saint-Sébastien" de la grotte Cosquer : une idée répandue est celle d’hommes préhistoriques à la Rousseau, vivant pacifiquement d’un peu de chasse et de pêche. Cette idée est aujourd’hui battue en brèche par les chercheurs. A ce titre, la grotte Cosquer porte témoignage de l’esprit belliqueux de nos ancêtres : on y voit représentés des personnages criblés de flèches. Ces peintures ornent aussi les grottes de Cougnac et de Pech-Merle (au nord de Toulouse). Jean Clottes préfère ne pas parler de guerre, mais d’escarmouches, les preuves de guerres n’étant pas suffisantes. Pourtant, la grotte d’Ofnet en Bavière met en scène une véritable tuerie macabre. Au Soudan, de telles découvertes ont aussi été faites. Où est la vérité ? Il est trop tôt pour le dire.

Clottes affirme en revanche que les peintures des grottes européennes sont liées à la pratique du chamanisme. Il s’en explique dans une interview du journal La Croix.

Jean Clottes et un autre préhistorien, Jean Courtin, parlent de la grotte Cosquer comme d’une pharmacie de la préhistoire. Ils apportent de surprenantes révélations sur l’usage des plantes comme médicaments naturels. Pour en savoir plus, consulter ce site.

Traces de cannibalisme : la grotte Cosquer n’en comporte pas, mais celle d’Agris en Charente contient des ossements humains qui ne laissent aucune doute sur la pratique d’extraction de moelle opérée par un groupe de chasseurs. Les spécialistes avancent prudemment sur cette question. Il y a eu des cas, mais était-ce une pratique répandue ?

Une théorie plus partagée par les scientifiques est celle de la sédentarisation des hommes du Paléothique après la montée des eaux et le passage du climat quasi polaire au climat tempéré tel que nous le connaissons aujourd’hui.

Photo en illustration de l’article : Main de la grotte Pech-Merle

LIENS :


Les reproductions des photos de la grotte Cosquer n’étant pas autorisées, voici quelques liens qui permettent de les admirer :

Ce site officiel permet une visite virtuelle de la grotte.

Autre site officiel

De belles reproductions photographiques des images rupestres sur ce site.

Ce document scientifique en ligne.

Un diaporama magnifique montrant l’intérieur de la grotte.


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6 réactions à cet article    


  • Marc P 29 août 2008 14:16

    Merci Taverne, article intéressant... :

    Drôle toutefois le "d’origine Bretonne" , sans compter qu’on avait tous noté le fait, on peut vous taquiner en feignant l’ingorance et en vous demandant s’il l’est par son père ou par sa mère ? Aurait on précisé d’origine corrézienne, savoyarde ou parisienne ? Au moins, ça fait comique de répépétition... et l’aurait on rappelé au sujet de certains personnage plutôt célèbre et antipathique ?

    Ensuite, dommage de s’arrêter en route sur la comparaison entre le réchauffement du climat et la montée des eaux d’alors et ceux que nous connaissons aujourd’hui...

    Leur vitesse est sans commune mesure, les especes vegetales, animales et autres on eu le temps de s’adapter il y a 18 000 ans... Aujourd’hui ce n’est pas le cas... 

    La perte d’infrastructures ou de "constructions" inondées par la montée de la mer était faible, même s’il s’agit, on est d’accord de témoignages merveilleux ; l’homme était nomadisant... Elle s’est sans doute faite sur des siecles... ou aumoins des 1/2 siecles...

    Il fallait bien rectifier ou préciser un peu ces quelques Torts Taverneux !

    Cordialement et vivent les Bretons et les Corréziens !

    Marc P


    • La Taverne des Poètes 29 août 2008 14:31

      Le découvreur de la grotte est le parfait homonyme de mon père, aujourd’hui décédé, qui s’appelait aussi Henri Cosquer. Cet article est donc un double hommage. Ce qui explique ce petit laisser aller avec l’ajout du bout de phrase "d’origine bretonne" qui, vous conviendrez, ne retire rien à l’article même s’il n’apporte pas grand chose. Je tiens à préciser que le "r" de Cosquer se prononce, à la bretonne (Le nom vient de Kos Ker et signifie "vieille maison".). Cette subtilité me permet d’éliminer 95% des démarcheurs par téléphones :

      - "Allo monsieur Cosqué ?

      - "Pas du tout, c’est une erreur,

      - Oh excusez-moi

      - Pas de mal. Au revoir..." ;_)


       


    • Forest Ent Forest Ent 29 août 2008 14:24

      Intéressant.


      • sisyphe sisyphe 29 août 2008 19:09

        Merci de cet article, et des liens, qui permettent de voir certaines gravures magnifiques. 
        Je suis absolument fasciné par les gravures préhistoriques, et leur incroyable pureté et linéarité. 
        Un art que peuvent envier bien des artistes de toutes les époques, par sa totale simplicité. 

        Picasso et Matisse, par exemple, ont travaillé toute leur vie pour essayer d’atteindre cette pureté spontanée. 

        Matisse disait :
        "Ce qui m’importe le plus ? De travailler mon modèle jusqu’à ce que je l’aie suffisamment en moi pour pouvoir improviser, laisser courir ma main en parvenant à respecter la grandeur et le caractère sacré de toute chose vivante."

        Picasso disait : "J’ai mis toute ma vie à savoir dessiner comme un enfant"


        • K K 29 août 2008 21:24

          Merci Taverne pour votre beau textes et vos liens.

          Cet article est passionnant et de qualité. Voilà tout à fait ce que j’attends d’un site comme celui là.

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