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Ces présidents et leurs chers musées

Le 20 novembre, le Musée du quai Branly a eu cinq mois. Et le 18 novembre marque le 26e anniversaire du coup de foudre de Giscard pour la Gare d’Orsay. Dans son dernier livre, « C’était François Mitterrand », Jacques Attali dénonce le gâchis du projet de la Grande bibliothèque de Mitterrand. Comment nos présidents en ont-ils pincé pour tel ou tel grand projet ? Comment ont-ils combattu les obstacles et controverses ? Les quelques anecdotes et faits, relatés dans cet article à partir de ces trois exemples, offrent quelques réponses...

Quand on aime, on ne compte pas. Ou bien on compte mal. Quand on aime, on défend ce qui nous est cher. C’est ainsi que les présidents de la République française ont défendu et porté jusqu’à leur aboutissement des projets personnels dans le domaine de la culture, affrontant s’il le fallait l’incrédulité, voire l’incompréhension. Le Centre Pompidou en est un exemple, par son architecture si controversée. Ce qui intéresse ici est de regarder le cheminement de trois présidents, mais surtout de trois hommes vus à travers leurs désirs et passions propres, dans la voie de leur réalisation magistrale. Giscard et le Musée d’Orsay, Mitterrand et la Grande bibliothèque nationale, Chirac et le Musée du quai Branly.

  • L’entrée de Giscard en Gare d’Orsay

Nous sommes le 18 novembre1980 et il fait un froid de canard dans le bâtiment d’Orsay, raconte Valéry Giscard d’Estaing dans son livre Le pouvoir et la vie. Le chef de l’Etat connaît bien l’endroit pour y avoir tenu naguère des réunions politiques. Le rapport qui va se nouer entre Giscard et ce lieu sera affectif, passionnel, à l’image de ce que l’on connaît de l’homme qui ne laissa à personne le « monopole du cœur ». Il veut que la Gare d’Orsay devienne le musée du XIXe siècle français. Est-ce le froid extrême qui règne ce jour-là dans le bâtiment désaffecté qui fait qu’il se remémore le terrible hiver 1956 durant lequel l’Abbé Pierre y organisa une collecte de couvertures et de vêtements pour les mal logés et les sans-logis ? Toujours est-il qu’il déclare le XIXe siècle culturel français comme « le plus mal logé de tous... » et décide de lui dédier cet espace. Ce premier coup de foudre fait qu’il va donner au XIXe siècle français, qui « compte parmi les plus créatifs et les plus talentueux de notre histoire culturelle, et qui se situe à l’égal des plus grands », un lieu digne de l’idée qu’il s’en fait. Aussitôt après son élection, il empêche la démolition de la Gare d’Orsay et la fait inscrire aux Monuments historiques.

Second coup de foudre : à l’occasion de deux réunions au sommet à Venise, il tombe sous le charme du travail de la décoratrice italienne Gae Aulenti dont le projet d’aménagement sera suggéré par lui et retenu. Le musée d’Orsay peut enfin naître. Mais à quelle période faire débuter le XIXe siècle français ? Les conservateurs du musée du Louvre et les spécialistes veulent réduire cette période à la seconde moitié du siècle. Giscard n’est pas de cet avis. Il défend une notion plus large du « XIXe siècle français ». Giscard insistera aussi pour que soit reconstitué autant que possible le décor humain de la création de l’époque. Aujourd’hui, le Musée d’Orsay propose principalement la présentation de l’art français de 1848 à 1914, et c’est la conception courte de XIXe siècle qui a prévalu avec le temps.
Mais peu importe, on sait depuis que l’ancien président a trouvé un autre moyen de devenir immortel.

  • La Grande bibliothèque nationale est en feu 

Jacques Attali, fidèle conseiller de Mitterrand, décoche - une fois n’est pas coutume - une flèche en direction du l’ancien président. Dans son dernier livre (C’était François Mitterrand), il évoque avec une grande amertume l’énorme gâchis de la Grande bibliothèque, d’autant plus que l’idée venait de lui : il l’avait soumise en mars 1988 à Mitterrand qui, d’abord sceptique sur l’intérêt de laisser une seconde trace dans l’histoire après son Grand Louvre, non seulement l’accepta mais l’annonça le jour de la Fête nationale de cette même année, et la fit connaître auprès d’autres chefs d’Etat. Mais très vite Attali sentit son enfant lui échapper, Mitterrand laissant les fonctionnaires réduire l’idée originelle à un simple lieu de stockage des livres, une sorte d’annexe de la Bibliothèque nationale. Attali voulut rattraper le coup auprès du vieux chef de l’Etat qui, bien qu’amoureux des livres et curieux des nouvelles technologies, s’en désintéressa. Résultat : l’approche bureaucratique pris le dessus : pléthore de fonctionnaires et dérapage de budget (budget initial de 1,5 milliard de francs, budget final : plus de 10 milliards de francs), mais surtout la France perdit l’occasion de prendre une avance considérable dans le domaine de la numérisation des livres et de se montrer pionnière dans l’émergence d’Internet. Ainsi parle Attali, le fidèle des fidèles : « Dis Tonton, pourquoi tu tousses ? »

  • Lézard Premier et son musée

On dit que c’est en lézardant sur une plage de l’île Maurice que Jacques Chirac eut l’idée du Musée des arts premiers. La démarche de Chirac sur les arts premiers présente des similitudes avec celle de Giscard pour le XIXe siècle français en ce qu’elle se veut légitime, réparatrice d’une injustice : il s’agit de "donner aux arts d’Afrique, des Amériques, d’Océanie et d’Asie leur juste place dans les institutions muséologiques de la France." (Conseil des ministres, 29 juillet 1998). Mais avant même la naissance de son musée, Jacques Chirac voit cette légitimité contestée. Certains lui reprochent le fait que l’idée soit née de son amitié avec un collectionneur d’œuvre d’art (Jacques Kerchache, marchand d’art et spécialiste en art africain), qu’il a rencontré un jour (sur la plage mentionnée plus haut), plutôt que d’une étude plus ample et réfléchie. Oui, mais voilà : c’est la force de tout coup de foudre, non ? Et puis, cela ne fut pas si brusquement amené. A son arrivée à la tête de l’État, Chirac avait déjà créé un département des arts premiers au Musée du Louvre.

D’autres polémiques naissent : Aminata Traore, essayiste et ancienne ministre de la Culture et du Tourisme du Mali, conteste le pillage des œuvres des peuples déshérités du Mali, du Bénin, de la Guinée, du Niger, du Burkina-Faso, du Cameroun, du Congo, qu’elle met en parallèle avec l’immigration choisie et la captation par la France des élites de ces pays. Au Québec fusent aussi des protestations, en raison de la sous-représentation des œuvres canadiennes. Les Inuits du Grand Nord sont représentés par un simple peigne, et les premières nations du Québec, par deux ceintures tissées.

Et puis, la question se pose : qu’est-ce qu’un art premier ? Cette notion assez nouvelle peut laisser croire que les peuples qui l’ont produit sont primitifs. Cette conception évolutionniste est largement remise en cause aujourd’hui par les anthropologues. C’est pourquoi la qualification de "Musée des arts premiers" fut ramenée à celle, plus neutre, de « Musée du quai Branly ».

Le succès populaire a relégué aujourd’hui au second plan les querelles d’experts, les divergences de vue. Par sa fréquentation qui se situe autour de 125 000 visiteurs par mois, avec une augmentation, jusqu’à présent forte et constante, des visites, le musée de l’ère Chirac a rempli la mission de « grande portée culturelle, politique et morale » voulue par son promoteur, cependant que d’autres commentaires ou critiques se font jour sur la configuration ou l’éclairage de ces lieux. A chacun de se faire son idée.
Quelle pourra bien être la future grande idée de notre prochain président ou de notre prochaine présidente ? Les paris sont ouverts...


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14 réactions à cet article    


  • Marie S (---.---.243.230) 21 novembre 2006 11:19

    Moi aussi j’ai lu cette lettre de délation de la Taverne des Poètes au Club des Rédacteurs, dans laquelle il demande qu’on jette Falloujah des rédacteurs.

    Le post qui vient d’en parler a été censuré. La censure marche à fond dans l’Agora. C’est la fin du média citoyen.


    • La Taverne des Poètes 21 novembre 2006 11:55

      Voici le mail -au mot près- posté sur le groupe des rédacteurs : Comme on peut le voir, j’y dénonce tous les excès de propagande d’où qu’ils viennent. D’autre part je me suis directement adressé à Falloujah (sur le forum où il sévissait) et il n’y a donc rien de caché.

      « Pour illustrer mon propos, je citerai l’exemple de Falloujah dont certains »posts" sont aussi pernicieux (prosélytisme islamique) et malhonnêtes (plagiat, manipulation d’informations) que certains posts d’extrêmistes ou islamophobes. Le péril est de tous côtés...Aussi me suis-je permis ce commentaire sur le forum à la suite de l’article de Mourrey :

      "à Falloujah :

      Non seulement vous plagiez un article publié sur un blog et qui n’est pas de vous (et vous ne mentionnez pas la source, ce qui serait honnête de faire ) mais en plus vous substituez le « nous » au « vous » dans l’article incriminé, et ce faisant vous vous positionnez clairement contre nous, les Occidentaux. C’est un peu comme si moi, breton, je disais « vous les Français... ».

      Evidemment, je désapprouve vos déclarations comme celles-ci :

      « Le Coran est le livre le plus abouti sur le plan littéraire de toute l’histoire de l’humanité que cela soit proclamé. »

      « La Beauté et la Splendeur de notre Islam insultent, la bétise et la laideur des médiocres. »

      De manière générale je trouve vos interventions plus prosélytistes que constructives et je vote contre lorsque c’est le cas car ce n’est pas de nature à apaiser la discussion.

      Rappel utile : Notre pays est laïque, le site Agoravox l’est aussi.

      FIN DU POST au goupe

      Enfin tout le monde aura pu remarquer que je m’en suis pris aussi durement et toujours directement à Bulgroz et Omnivore sobriquet quand j’estimais devoir le faire. A chacun de juger donc...

      Pour la question du statut de rédacteur, voici mon post :

      Bonjour,

      Je partage vos avis là-dessus. J’avais posé la question d’ailleurs dans le forum de Carlo de savoir combien de temps durait le statut de « nouveau rédacteur ». (Il faut une limite de durée si aucun article n’est publié) Actuellement, je pense comme vous qu’il faut prendre le problème plus à la source et n’octoyer le statut qu’après un premier article publié. Sauf si cela pose des problèmes particuliers.


    • Gravidia (---.---.249.26) 21 novembre 2006 12:08

      Vous faites honte à la liberté d’expression et à la République.


    • Mandrykate (---.---.246.215) 21 novembre 2006 11:36

      Article à peine digne de la feuille d’information du diocèse de Marronier-les-Quimper.


      • Bulgroz 21 novembre 2006 13:44

        Taverne,

        Il vous faut changer la taille de votre chapeau, à jouer aux dames patronesses, votre tête a enflé, vous êtes atteint du syndrome damaniesque, à défaut d’avoir un quelconque talent en matière de libre expression.

        Publiez vos règles de bonne police et Agoravox s’y pliera.


        • La Taverne des Poètes 21 novembre 2006 15:11

          à Bulgroz :

          Vous savez très bien que je n’appelle pas la « police de la pensée » pour frapper aveuglément, mais que je m’adresse toujours directement à la personne qui commet des abus. Vous en avez commis un l’autre jour et je vous ai dit franchement ma façon de penser. je l’ai fait pour Demian West plusieurs fois, avec Faloujah une fois, et avec d’autres intervenants... Mes cibles ne sont pas des attaques qui visent la personne elle-même que je respecte. Ceux qui le comprennent bien ainsi reprennent ensuite une conversation avec moi : cela a été le cas -temporairement de Demian West-, c’est le cas pour Marsupilami...

          Je sais que nul n’est parfait. Et moi non plus d’ailleurs. Deux preuves au moins : J’ai été censuré pour quelques commentaires jugés insolents d’hier soir sous l’article consacré à Rachid Nekkaz. Et dimanche j’ai été remis en place par plusieurs femmes sur le fil du Pakistan à cause d’une interprétation malheureuse de deux mots de conseil et de prévenance.

          Mais je suis effectivement pour qu’Agoravox fasse mieux respecter la liberté de parole de tous, ce qui pour cela suppose de calmer quelques-uns.


        • Bulgroz 21 novembre 2006 16:21

          « Mes cibles ne sont pas des attaques qui visent la personne elle-même que je respecte. » dites vous.

          Extraits de vos 3 commentaires suite à mon post (+23) :

          http://agoravox.fr/article.php3?id_article=15387#commentaire219371

          i) D’autre part, si de nombreux faits cités sont vrais, l’ensemble est un gros mensonge éhonté et tout simplement tendancieux. (-11)

          ii) Vous répondez là comme un crétin et vous n’apportez rien au débat par ces propos infondés et excessifs. (-22, replié)

          iii) Savez-vous que vous vous y prenez à la façon d’un gros raciste ?(-13)

          iv) Ne défendez pas l’indéfendable. Un débat est fait pour argumenter et contre argumenter, pas pour répandre ici de la propagande développée ailleurs, en des lieux douteux...(-19, replié)

          Voyez, par ailleurs, les réactions à mon post(toutes positives) d’autres commentateurs :

          (IP:xxx.x53.230.208) le 12 novembre 2006 à 11H14 : +10

          (IP:xxx.x93.145.105) le 12 novembre 2006 à 15H18 : +11

          (IP:xxx.x37.138.115) le 12 novembre 2006 à 16H02 : +15

          (IP:xxx.x93.145.105) le 12 novembre 2006 à 16H04 : +9

          (IP:xxx.x93.145.105) le 12 novembre 2006 à 16H09 : +13


        • La Taverne des Poètes 21 novembre 2006 17:32

          Parfaitement je vous ai attaqué particulièrement ce jour-là pour avoir présenté un commentaire raciste et anti-Islam en manipulant des faits disparates que vous avez assemblés pour édifier le lecteur. Je suis intraitable avec les manipulations qui sont mensongères et dangereuses pour la démocratie et la paix sociale.

          Et je ne regrette rien, pas même l’utilisation (car vous le méritiez) des expressions « agir comme un crétin » ou « à la façon d’un gros raciste ». « A la manière de » ne signifiant d’ailleurs pas que je vous traite de ... C’est la seule fois que je vous ai repris car sur vos autres posts que j’ai lus, je n’ai pas relevé ce genre d’agissement.

          Maintenant, si vous n’avez toujours pas admis votre malhonnêteté intellectuelle sur ce coup-là, c’est que vous n’avez pas évolué et que ce genre d’opération coup de poing de ma part peut se reproduire...


        • La Taverne des Poètes 21 novembre 2006 13:53

          à tous :

          J’ai quelques collègues ici, à Plouc-les-Bains, qui -comme moi- n’ont pas souvent l’occasion d’aller à Paris et voudraient visiter le musée du quai Branly.

          Si vous avez visité le musée, qu’auriez-vous à en dire ? des tuyaux quoi ? Merci de vos témoignages.


          • (---.---.21.32) 22 novembre 2006 08:26

            La visite du Musée du quai Branly est ici : http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=11821


          • La Taverne des Poètes 22 novembre 2006 09:49

            J’attendais plutôt des témiognages de visites intérieures du musée (Car des opinions ont été exprimées sur la trop grande obscurité des pièces ne permettant pas de bien apprécier les oeuvres, ou sur les couloirs, par exemple). Mais je vous remercie tout de même pour ce lien qui de plus mène à un article de « confrères » d’Agoravox.


          • parkway (---.---.18.161) 21 novembre 2006 14:08

            encore des exemples de la gabegie de nos politiques qui s’occupent de leurs envies personnelles...


            • (---.---.21.32) 22 novembre 2006 08:24

              « Jacques Attali dénonce le gâchis du projet de la Grande bibliothèque de Mitterrand. »

              Et pourquoi ne l’a-t-il pas dit quand il conseillait Mitterand ? C’est facile de « dénoncer » quand le bâtiment est terminé, quel faux-cul celui-là alors !! smiley Quand je pense que De Rosnay fait un article élogieux sur ce personnage... smiley


              • La Taverne des Poètes 22 novembre 2006 09:55

                Comme je le dis dans mon article, Attali a tenté de ramener au projet initial en intervenant auprès de Mitterrand. Ce dernier, à l’écoute d’une phrase technocratique et intelligible de Rocard (*), s’est laissé convaincre par ce dernier qu’il fallait laisser mener les choses par les fonctionnaires.

                (*) Si vous avez l’occasion de lire cette phrase dans le livre d’Attali vous serez édifié de l’art sybillin et embrouillé du Rocard justement brocardé dans les Guignols pour son talent inné à ne pas faire comprendre du peuple quand il s’exprime sur de dossiers. MDR !

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