• vendredi 10 février 2012
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Ch’tis 1, Gaulois 0
8%
D'accord avec l'article ?
 
92%
(38 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Marquer et partager

Ch’tis 1, Gaulois 0

Ou comment une bande de Gaulois réduite par les contraintes d’exportation se fait battre par l’invasion d’une ch’tite comédie "bien d’chez nous".

C’est presque un ouf de soulagement. Enfin une comédie française drôle, auquel le public adhère plus grâce au bouche-à-oreille qu’à la promo, loin, très loin des suradaptations de bande dessinée (Iznogoud, Astérix aux Jeux Olympiques), ou de personnages comiques à succès (Brice de Nice, Camping, Les Bronzés 3...), ces comédies "vues chez Arthur", mais au final rarement drôles. En quelques semaines, Dany Boon et sa bande de ch’tis ont donné une bonne leçon aux derniers standards français et relancé une mécanique comique qui tournait à vide.

Et pourtant, bizarrement, du scénario à la production, on retrouve une partie de l’équipe du tragi-comique Astérix aux Jeux Olympiques. La différence ??? Déjà, c’est qu’une équipe fonctionne mieux avec un minimum d’obstacles. Le tournage du dernier Astérix fut une succession de contraintes : il fallait renoncer aux calembours à la Goscinny pour satisfaire une large audience européenne. Le plus drôle épisode de la trilogie, Mission Cléopâtre, est celui qui a le moins marché à l’exportation (en même temps, sous-titrer un calembour comme "Itinéris a raison de ne pas se laisser faire" est un cauchemar pour tout interprète...). Alors il a fallu faire rire les Italiens, les Québécois, les Espagnols (d’où l’intrusion au casting de Stéphane Rousseau et d’une troupe de comiques européens), avec une comédie... qui n’arrive même pas à faire rire dans son pays d’origine sauf, ironie du sort, dans le moment le plus ’franco-français’ du film, quand Alain Delon se lance dans une tirade où, parlant à la troisième personne comme César (et sa marionnette des Guignols), il envoie de multiples clins d’oeil parodiques à sa carrière cinématographique, clins d’oeil surtout compréhensibles de la part du public hexagonal...

Dany Boon, lui, ne s’est pas soucié de savoir si la fricadelle pouvait s’exporter. Il joue sur un comique purement français, surfant sur le succès d’émissions comme Striptease ou 7 jours en Groland, où le comique le plus facile ressort du décalage entre la terra incognita du Nord (Lyon ??? Non, pire. Ah non, pas Paris !!! Non, encore plus haut.) et le reste de la France. Idée simple, mais diablement efficace.

Après s’être moqué des images sur la grisaille, le grand froid, les gens simplets, Boon montre ensuite des gens du Nord qui ont dans le coeur le bleu qui manque à leur décor (comme le dirait le grand poète méditerranéen Enrico Matias) et qui vont jouer de la solidarité pour aider leur nouveau directeur des postes ’puni’ par sa mutation. L’un des avantages, c’est que Boon n’a pas cherché à accumuler les grands noms, mais juste quelques acteurs locaux pour donner une vraie sincérité aux personnages. Je dois avouer qu’un film avec Patrick Bosso, Michel Galabru et Line Renaud n’a rien d’attrayant au niveau de l’affiche, pas plus du reste que le nom de Dany Boon (n’étant pas très friand de ses sketchs). Mais le collectif prend bien. Galabru prouve qu’il a de beaux restes dans son rôle de patriarche méditerranéen traumatisé par son passage en pays "che-ti-mi", Bosso arrive à faire sourire en policier compréhensif, et entendre Line Renaud parler en ch’ti (souvenir d’une origine qu’elle n’a jamais reniée, mais si pour réussir dans la chanson, mieux vaut chanter une cabane au Canada qu’une baraque à frites à Bergues...) est assez amusant. Quant à Dany Boon, il accepte de rester en retrait à l’écran. Car la vraie valeur ajoutée de ce film, c’est Kad Mérad.

C’est simple, Kad Mérad l’avait déjà prouvé dans le drame Je vais bien, ne t’en fais pas qui lui avait valu un César mérité, quand on lui demande de faire autre chose qu’une resucée de son duo comique avec Olivier Barroux, il fait partie des meilleurs acteurs de sa génération. Kad Mérad est très à l’aise dans son personnage, jamais trop excessif, et en plus sa complicité avec Dany Boon est évidente (à travers notamment la scène de la tournée postale arrosée qui vire en grand n’importe quoi burlesque...).

Ce film étant sorti il y a plusieurs semaines, et étant déjà largement rentré dans ses frais, il ne s’agit pas dans cet article de rajouter un coup de promo (juste un coup de coeur qu’il mérite). Et un rappel aux grandes maisons de production qui préfèrent investir dans des adaptations à grosse promotion, mais de qualité médiocre à force de retravailler les scénarios, comme Astérix aux Jeux Olympiques : c’est encore quand on laisse les comiques travailler en paix, avec de faibles moyens, mais une liberté totale, qu’on arrive à obtenir des films réellement drôles ou, du moins, tout le monde n’ayant pas le même sens de l’humour, réellement sincères. Et il faudrait peut-être penser à faire rire les Français, avant de songer à l’Europe...

par Brady (son site) lundi 10 mars 2008 - 14 réactions
8%
D'accord avec l'article ?
 
92%
(38 votes) Votez cet article

2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Les réactions les plus appréciées

  • Par Fanfan1204 (xxx.xxx.xxx.46) 10 mars 2008 12:59
    Rosemarie

    Astérix, c’est la grosse production à 70 millions d’euros. Eh bien j’espère qu’ils vont se prendre une gamelle. Les producteurs et réalisateurs de ce film pensent qu’il suffit de qq stars pour combler l’absenc de de scénario ?

    Les ch’tis c’est sympa, c’est pas le film du siècle mais c’est sympa. Je pense qu’il a coûté beaucoup beaucoup moins chèr qu’Astérix et Dany Boom va faire la culbute, tant mieux pour lui, il a fait un film simple mais humain.

     

  • Par Nicolas Peuch (xxx.xxx.xxx.106) 10 mars 2008 13:52

    "Enfin une comédie française drôle, auquel le public adhère plus grâce au bouche-à-oreille qu’à la promo"

    Y en a eu de la promo quand-même pour Bienvenue chez les Ch’tis ;)

    A part ça, je suis d’accord avec le reste de l’article.

  • Par Brisefer (xxx.xxx.xxx.137) 10 mars 2008 16:52
    Brisefer

    Les ch’tis sonne la revanche de la Baraque à frites sur le Mc Do,

    la revanche des gens du peuple sur le show-biz,

    revanche des sans-culottes sur la néo-aristocratie des "césars" du fric et des "victoires" de la médiocrité...

    La revanche de ceux qu’on n’écoute jamais, des sans-voix, fils et petit-fils de mineurs polonais, qui ont voté à 75 % Non à un certain référendum, et qui l’ont eu dans le cul sitôt retournés, bonne pâte qu’ils sont par nature.

    Comment ne pas féliciter Dany Boon, euch’tiot malin ? Comment ne pas voir, revoir, grâce à lui ce qui transpire de l’écran, l’humilité, l’authenticité, l’intelligence populaire, l’intelligence du coeur, l’esprit bon enfant des gosses d’ouvriers.

    On est loin, très loin de la décadence décomplexée des parisiens "fils-de", artistes officiels malgré eux, c’est à dire pratiquement tous ceux dont on nous rebat les oreilles, pratiquement de force.

    Pour compléter, il faut revoir un documentaire oublié, magnifique, sur un village de Normandie à Loué, qui s’appelle "La douceur du village", de Denys de la Patelière, palme d’or à Cannes en 63, pour retrouver un peu de cet esprit là.

    Bienvenue chez les ch’tis est déjà culte. Après une semaine, fort ! Vingt d’diouss !

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don

Les thématiques de l'article

Sondage

Pour quel candidat pensez-vous voter à l’élection présidentielle de 2012 ?


Voter

Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox