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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Chanson française : 1930-1939, ou l’insouciance aveugle

Chanson française : 1930-1939, ou l’insouciance aveugle

Après La chanson française à la Belle Époque (mai 2012) et Chanson française : de la Grande Guerre aux Années folles (novembre 2012), ce 3e volet, proposé sous la forme d’un florilège, est consacré à la décennie qui précède la 2e Guerre mondiale. Une décennie d’insouciance, malgré les conséquences de la « Grande dépression », malgré la montée des fascismes en Allemagne et en Italie...

Entamée dans le sillage du krach de 1929, cette décennie est d’abord marquée par une grave crise économique aux répercussions planétaires qui a eu raison des Années folles. Dans le sillage des États-Unis, la France est touchée, comme toutes les autres nations développées. Elle résiste pourtant mieux que certains de ses voisins : le Royaume-Uni, l’Italie, et plus encore l’Allemagne, s’enfoncent dans un marasme sans précédent. En 1932, le chancelier Hindenburg doit faire face, outre-Rhin, à un taux record de 25 % de chômeurs. Inexorablement, l’inquiétude monte dans la population allemande. Cette même année, le Parti National-Socialiste (NSDAP) devient la première formation politique allemande et place Hermann Goering à la tête du Reichstag. Quelques mois plus tard, le 30 janvier 1933, Adolf Hitler prend le pouvoir, porté par la colère des classes populaires dans un contexte aggravé par les conditions d’un Traité de Versailles qui n’a jamais été digéré. Ce pouvoir, les nazis ne le lâcheront plus. Comme chacun sait, il entraînera la planète dans le conflit le plus épouvantable de son histoire.

En France, la crise produit également des effets aux conséquences durables : en 1935, la IIIe République, plombée par une situation socioéconomique piteuse et une instabilité chronique paralysante, semble incapable de faire face aux difficultés. C’est alors que se constitue le Front populaire sous la pression des militants de base et du peuple, lassés de constater les désaccords stériles qui ne cessent d’opposer socialistes, communistes et radicaux et ont conduit à l’échec du Cartel des gauches en 1932. Dirigé par Léon Blum de 1936 à 1938, le Front populaire offre au pays la première grande réforme sociale du 20e siècle. Elle est marquée notamment par la création des congés payés, la réduction du temps de travail à 40 heures et la création des conventions collectives. Le Front populaire introduit, dans le même temps, une plus grande autonomie des colonies qui jettera les bases des futures décolonisations. A-t-il, par aveuglement idéologique relativement à une Allemagne qui ne cesse de s’armer et qui se livre à une inquiétante persécution des Juifs, fait le lit de la victoire des nazis sur l’armée française et de l’avènement du régime de Vichy ? Cette opinion, encore défendue ici et là au sein de la droite française, est désormais clairement récusée par les historiens.

Sur le plan musical, la décade est marquée par quatre faits majeurs : 1) Le développement sans précédent du disque 78 tours auquel se rallient désormais tous les artistes. 2) La multiplication progressive, dans les foyers français, des postes de TSF dont le nombre passe de 500 000 à 5 millions durant la décennie ; l’audience des chanteurs s’en trouve considérablement élargie et leur permet de faire connaître les nouveautés au public. 3) Le déclin du bon vieux café-concert d’antan au profit des grandes salles de spectacle comme Bobino, l’Empire ou Olympia, mais également des cabarets ouverts à l’initiative d’artistes comme Lucienne Boyer (Chez Elle), inoubliable interprète de Parlez-moi d’amour (1930), ou Suzy Solidor (La Vie Parisienne). 4) Les mutations profondes du cinéma et le recours dans de nombreux films aux prestations de chanteurs et de chanteuses.

 

Si tous les cocus...

Un genre musical fait son entrée en force : le jazz. On le retrouve toutefois assez peu dans le répertoire des artistes qui reste principalement axé sur les rythmes de danse. Une exception notable : Ray Ventura et les collégiens du lycée parisien Janson-de-Sailly auxquels il a fait appel dès 1929. Très vite, sa formation, composée, entre autres, de Paul Misraki et Loulou Gasté, devient célèbre et se produit dans les plus grandes salles de Paris et de province. Peu à peu, la musique de Ray Ventura et ses collégiens se fait plus populaire et les paroles plus humoristiques, à l’image de Tout va très bien, madame la Marquise (1935), dont on dit qu’elle a été inspirée par le chaos ayant précédé l’arrivée du Front populaire. Des Collégiens que l’on peut également entendre en 1936 dans le one-step Ça vaut mieux que d’attraper la scarlatine ou, pire, « d’avaler d’la mort aux rats » (ici chantée la même année par Lyne Clevers). Autre grand succès de Ray Ventura et ses protégés : Comme tout le monde (1938) dans laquelle les Collégiens font le constat des petites joies et petits soucis de tout un chacun, impôts compris.

Souvent attribuée à tort à Ray Ventura et ses collégiens, tant elle s’inscrit dans la même veine, Au lycée Papillon (1936) est, sur un rythme de fox-trot, une création déjantée de Georgius où, pour notre plus grand plaisir, la parole est donnée aux élèves « Peaudarent », « Trouffigne » ou « Cancrelas ». Malgré la crise économique et la montée des fascismes à nos frontières, la franche rigolade est de rigueur. Pas toujours très fine comme le montre, dès 1930, Georges Milton avec un autre célèbre fox-trot, Si tous les cocus, dont le refrain a été si souvent détourné dans le sens que l’on devine : « Si tous les cocus avaient des clochettes, des clochettes au... ». Guère plus intellectuelle, La vigne aux moineaux, créée par Dranem en 1931, nous convie dans le vignoble bourguignon ; on y apprend que la p’tite Margot, « en grignotant l’raisin, elle a avalé l’pépin ».

L’année suivante, en 1932, c’est au tour du comique troupier Ouvrard d’amuser la galerie ; entre « la rate qui s’dilate » et « le sternum qui s’dégomme », ses petits ennuis de santé exposés dans Je n’suis pas bien portant connaissent un triomphe durable. Georgius n’a toutefois pas dit son dernier mot. Avec sa « chanson bretonne » Sur la route de Penzac (qui connaîtra bien plus tard une renaissance à succès grâce aux Charlots), il contribue à détendre en 1938 une atmosphère alourdie par les bruits en provenance d’Allemagne, dominés par l’Anschluss et, en fin d’année, l’annexion des Sudètes, validée par les Accords de Munich. En 1939, c’est au tour de à Fernandel : quatre mois avant l’entrée de la France en guerre, il chante d’un air espiègle : « J’ pris un homard sauce tomate, il avait du poil aux pattes, Félicie aussi ».

 

Du disque au cinéma

En ces années 30, le cinéma joue désormais un très grand rôle qui, au fil des années, va croissant. Très souvent, producteurs et metteurs en scène incluent dans les films une ou plusieurs chansons dont les acteurs sont parfois eux-mêmes les interprètes. Nombre de titres à succès doivent une grande partie de leur notoriété au grand écran. 

Si l’on a largement oublié Henri Garat, tel n’est pas le cas de la dynamique marche Avoir un bon copain tirée du film Le chemin du paradis (1930). En 1930 encore, Alibert chante dans le film Cendrillon de Paris ses déboires amoureux dans Rosalie est partie (ici chantée en 1931 par Malloire). Toujours en 1930 sort Le roi des resquilleurs. Georges Milton, dans le one-step C’est pour mon papa, y plaint son pauvre père, contraint par sa dispendieuse mère, à s’habiller au « décrochez-moi ça », elle qui « commande des robes de chez Patou ». Humour encore en 1934 avec Koval et Pauline Carton, désopilants créateurs de Sous les palétuviers. Passé de la scène à l’écran dans Toi, c’est moi, le duo « aimons-nous sous les palé, prends-moi sous les létu, aimons-nous sous l’évier  » connait un grand succès public.

Ignace, « c’est un petit nom charmant ». Assurément, et l’on croit sur parole Fernandel qui nous l’affirme en 1935 dans l’opérette et le film éponymes. En cette même année 1935, Alibert et Gaby Sims se taillent également un succès durable avec Le plus beau des tangos du monde, tiré de l’opérette et du film Un de la Canebière dont la chanson a repris le titre. Après le tango, la rumba. Un an s’écoule lorsqu’en 1936 Tino Rossi enregistre Marinella pour le film éponyme et fait chavirer les cœurs de bien des filles qui aimeraient tant « danser cette rumba d’amour » avec le séduisant corse.

La très belle chanson Où est-il donc avait été créée en 1927 par Fréhel. C’est une artiste vieillie et bouffie (cf. Splendeur et déchéance : Fréhel, 60 ans déjà !) qui la reprend en 1936 dans Pépé le Moko. La chanson y prend une dimension nostalgique qui la propulse dans les anthologies du cinéma français. On retrouve Fréhel en 1938 dans un autre film, Une java. Elle y interprète un autre de ses plus grands succès, La java bleue, « la java la plus belle, celle qui ensorcelle quand on la danse les yeux dans les yeux. »

Héros de Pépé le Moko, Jean Gabin est nettement plus détendu dans l’ambiance guinguette de La belle équipe : « Le dimanche, viv’ment, on file à Nogent », nous confie-t-il dans une entraînante valse-musette : Quand on s’promène au bord de l’eau (1936). Autre acteur-chanteur : Albert Préjean. « Elle était demoiselle, (...) il se débrouilla pour qu’elle ne le soit plus », nous avoue-t-il dans la valse musette Comme de bien entendu (1939) tirée de l’excellent Circonstances atténuantes. Albert Préjean récidive la même année dans un autre titre célèbre, Dédé de Montmartre, superbement interprété dans Dédé la musique ; le film a été vite oublié, mais l’entraînante valse musette a gagné sa place dans toutes les anthologies.

 

Monsieur, vous oubliez votre cheval

D’autres grands noms marquent cette décennie, et notamment Jean Nohain et Mireille (Hartouch), auteurs de très nombreux titres à succès. Mireille n’entreprend toutefois sa carrière d’interprète qu’en 1933. C’est donc à d’autres artistes que sont confiées les chansons écrites par ces deux créateurs de talent, « Jaboune » pour les paroles et Mireille pour la musique. À Pills et Tabet par exemple qui, durant l’année 1932, créent Le vieux château, avec « un fantôme à chaque étage », et Couchés dans le foin, pour des ébats plus champêtres et bucoliques qu’avec ces « femmes du monde qui jusqu’à 80 ans (...) sont folles de leur corps ».

Autre géant de la chanson française : le « fou chantant » et grand amateur de swing Charles Trénet. Sa collaboration avec Johnny Hess ne dure pas mais elle est à l’origine d’un immense succès, interprété par Jean Sablon en 1936 : Vous qui passez sans me voir. Mais le temps vient très vite pour Trénet d’interpréter lui-même ses chansons. De bien belles œuvres, imaginatives et poétiques, comme le démontrent en 1937 Vous oubliez votre cheval (quelle idée d’oublier « un pur-sang dans un vestiaire » !) et Je chante dont le refrain est encore sur de nombreuses lèvres des décennies plus tard. Avec La polka du roi en 1938, Trénet réussit même le tour de force de tirer une larme de compassion pour une marquise en cire qui fond « comme une banquise ».

Largement méconnue du public d’aujourd’hui, il est une dame qui marque cette époque par son talent et son charme : Rina Ketty. Dans le tango La madone aux fleurs (1936), la chanteuse d’origine italienne évoque Florence et la tentation de l’Arno pour « Nita, l’humble Madone aux fleurs ». D’Italie encore vient la chanson Tornerai. Traduite en français et créée en 1938 au Lapin Agile, elle devient un succès maintes fois repris : J’attendrai. La même année, sourde aux échos dramatiques de la guerre civile, Rina Ketty chante une Espagne et des señoritas de carte postale dans un autre titre appelé, sur un rythme de paso-doble, à connaître un énorme succès : Sombreros et mantilles. Qui n’a pas en tête son refrain, peuplé « de fandangos et séguedilles » ?

Durant cette décennie, Fréhel ne s’est pas limitée à ses seules prestations cinématographiques. Elle a aussi enregistré de nombreuses chansons. Parmi celles-ci, Tel qu’il est (1936), ou la confidence sur un air de tango : « Je suis chipée pour la pomme d’un vrai tordu mal balancé ». L’année suivante, dans Sur la commode, chanson créée dans la revue V’la le travail, Jeanne Aubert fait allusion aux congés payés, mais refuse la dépense : « Pour éviter les frais, tout en suivant la mode, chez moi je prends le frais, le cul sur la commode ».

Retour à 1933. Cette année-là, la grande Mistinguett se produit dans Les Folies en Folie où elle confie « On dit que j’ai la voix qui traîne, (...) que j’montre mes gambettes, (...), que je n’ai que trois notes... » avant d’ajouter : C’est vrai. L’immense artiste Berthe Sylva (cf. Des roses blanches pour... Berthe Sylva) n’est pas en reste. En 1935, elle enregistre ce que l’on appelle un « tube » depuis les années 60 : On n’a pas tous les jours 20 ans ou l’histoire de l’anniversaire de Marinette dans le milieu des « trottins, petites mains et premières ». En 1937, on la retrouve dans un répertoire plus leste avec Le joli fusil*** : « ce fusil à deux coups, ma mère, était un merveilleux objet, que lui avait acheté mon père, à sa naissance, à c’qu’il paraît. »

Dans un contexte de crise, la France et l’Angleterre réaffirment la « préférence impériale » au libre-échange. Comme pour illustrer ce regain d’intérêt pour les territoires lointains, se tient à Paris l’Exposition Coloniale de1931. Joséphine Baker chante, sur un air de fox-trot, J’ai deux amours (1930) tandis que Réda Caire nous compte l’histoire d’un « petit négro » joueur de banjo dans Un soir à La Havane** (1931). Les « Nègres », à l’image du célèbre tirailleur sénégalais de Banania, sont à l’honneur durant ces années-là. Ils le resteront jusqu’à l’Exposition Universelle de 1937. Entretemps, le Tout-Paris des intellectuels et des artistes germanopratins aura fréquenté le fameux Bal Colonial (cf. Quel avenir pour le « Bal Nègre » ?) où se produit l’Orchestre Colonial d’Alexandre Stellio et Ernest Léardée. Une formation que l’on peut écouter dans la survitaminée biguine Ah si paré !, enregistrée par Léona Gabriel en 1930.

La note finale reviendra à Maurice Chevalier qui, dans la revue Paris London chante en décembre 1939, sur un air de valse musette, les amours d’une demoiselle « en robe blanche » et d’un garçon vêtu d’un « kickerbocker à carreaux » dans Ça s’est passé un dimanche. Ambiance caboulot, belote et petits gâteaux, « un dimanche au bord de l’eau ». Ambiance de paix dans un pays en guerre. La Drôle de guerre, le calme avant la tempête, avant cette « pluie de fer, de feu, d’acier, de sang*** » qui va s’abattre sur les villes et sur les hommes, qui va tuer, mutiler, multiplier les veuves et les orphelins. « Quelle connerie, la guerre !*** »

 

 

Pas de lien vers Le joli fusil, mais on peut l’entendre sur Deezer.

 

** Pas de lien vers la création de Réda Caire, mais il est possible d’entendre sur Deezer une superbe version de Un soir à La Havane interprétée en duo par Berthe Sylva et Fred Gouin.

 

*** Barbara, de Jacques Prévert.

 


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54 réactions à cet article    


  • Fergus Fergus 5 septembre 2013 09:19

    Bonjour à tous.

    En fin d’article, lire « knickerbocker » et non « kickerbocker ». Un vêtement aujourd’hui totalement oublié (lien).


    • morice morice 5 septembre 2013 10:09

      j« ai fait cours avec un Gramophone à manivelle devant mes élèves pour expliquer les années 30 et la montée vers la guerre, avec notamment ... »Ah, si on avait le charbon de la Ruhr" de Jacques Helian si mes souvenirs sont bons...


      texte

      ttp ://fr.lyrics-copy.com/jacques-helian-et-son-orchestre/le-charbon-de-la-ruhr.htm
      Ce n´est pas un refrain
      Qui nous vient de l´Amérique
      Naturellement
      C´est un air plein d´entrain
      Une chanson calorique
      Évidemment

      Et cet hiver
      Si vous manquez de bois
      Voici la scie dont l´air
      Seul vous réchauffera
      Dès le matin
      Devant le poêle éteint
      Vous serez en chantant
      Sur des boulets ardents

      Ah ! Si l´on avait un jour
      Le charbon de la Ruhr
      Que la vie serait belle !
      Oui, avec ce charbon-là
      Y aurait chez les bougnats
      Du bonheur à la pelle

      Bien au chaud, le percepteur
      Nous recevrait, la bouche en coeur
      Y aurait que dans son bureau
      Qu´ça ferait rentrer les impôts
      Ah ! Si la Ruhr était là
      Y aurait du feu chez moi
      Et même dans la pipe à papa


      ah ah ah : insouciant, enfin pas totalement....

      • Fergus Fergus 5 septembre 2013 11:44

        Bonjour, Morice.

        Merci pour ce texte.

        On peut également citer le 3e couplet de la chanson écrite par un certain... Churchill (Franck) en 1934 : Prenez garde au grand méchant loup, créée par Perchicot dans une sorte de clip, puis enregistrée par Jean Sablon.

        • Tiens, mais j’la reconnais
        • C’est Marianne et son bonnet !
        • Bonjour. Eh, Marianne, c’est vous surtout
        • Qui devez craindre le loup !
        • Vous risquez gros, s’il a faim
        • Car il est votre voisin.
        • Si c’n’est pas le loup, je suis certain
        • Que c’est son cousin germain !
        • Quoi ? Vous dites maintenant
        • Que, brusquement,
        • Il est pour vous, charmant !
        • Que plus n’est besoin
        • D’avoir au poing
        • Votre gourdin.
        • Et vous renvoyez vos chiens,
        • Vous ne craignez donc plus rien ?
        • Mais quel est ce rire, là, tout à coup ?
        • J’en ai des frissons partout.
        • Ah, ah, ah !
        • Je connais cette voix
        • Que l’écho nous renvoie...

        Il y a eu, ici et là, quelques chansons qui ont évoqué, de manière plus ou moins explicite, la situation géopolitique et la menace que faisait planer sur le continent la montée des fascismes et la course à l’armement nazi. Mais il faut bien reconnaître qu’elles ont été très rares, et ceux qui se sont risqués à cet exercice n’ont pas connu un grand succès avec ces titres engagés. L’ambiance était clairement à faire l’autruche.


      • Fergus Fergus 5 septembre 2013 12:00

        @ Morice.

        J’ai un doute sur Le charbon de la Ruhr. Cette chanson n’a-t-elle pas été écrite après la guerre, alors que les Alliés contrôlaient la région et supervisaient la production et la distribution du charbon et de l’acier ? Je n’en trouve en tous les cas pas trace dans mes archives d’avant-guerre. Mais il peut y avoir des lacunes...

        Bonne journée.


      • Fergus Fergus 5 septembre 2013 22:29

        Bonsoir, Lavigue.

        Merci pour cette précision.


      • brieli67 8 septembre 2013 22:14

        un peu sur les De Wendel 


        les Maîtres de Forges lorrains vendaient leur « mauvaise » houille et la minette aux Allemands surtout la Ruhr
        et travaillaient des matières premières « plus nobles » venues d’ailleurs dans leurs acieries.

        d’où en Lorraine le magnifique parc de bassins et canaux à la joie des plaisanciers



      • Fergus Fergus 8 septembre 2013 22:48

        Bonsoir, Brieli.

        Merci pour le lien. Aucun doute, les De Wendel ont été des industriels particulièrement avisés pour faire fructifier leurs affaires.


      • ZEN ZEN 5 septembre 2013 11:21

        Salut Fergus

        On en apprend beaucoup sur une époque et ses aveuglements
        Tout va très bien, madame le Marquise...quand ça fait boum... !


        • Fergus Fergus 5 septembre 2013 12:06

          Bonjour, Zen.

          On peut parler d’aveuglement, en effet, mais aussi, concernant les artistes, d’une grande prudence relativement à ce qui passait alors chez nos voisins, le public étant peu réceptif à des œuvres véhiculant des messages angoissants.

          Merci pour le lien sur Boum ! de Charles Trenet (1938). J’ai failli mettre cette chanson dans les liens avant d’y renoncer pour ne pas trop charger l’article.


        • Fergus Fergus 5 septembre 2013 12:09

          @ Zen.

          Bien que cette chanson n’ait eu aucun caractère politique à ma connaissance, on ne peut s’empêcher de penser qu’il était prémonitoire d’écrire « Le monde entier fait boum ! »


        • psynom 5 septembre 2013 12:01

          Insouciante aussi, cette éternelle Y’a d’la joie , écrite en 1937 par Charles Trenet pour Maurice Chevalier, que Trenet interprète et ’’grave’’ en 1938

          les paroles


          • Fergus Fergus 5 septembre 2013 12:14

            Bonjour, Psynom.

            Merci pour ces lien sur Y’a d’la joie, autre titre du très dynamique Charles Trénet qui a connu un énorme succès ; on peut encore l’entendre de temps à autre, fredonné par quelques retraités nostalgiques ou heureux de l’arrivée du printemps.


          • psynom 5 septembre 2013 12:12

            chanson crée pour la Revue du Casino de Paris : « Paris en joie »


            • Fergus Fergus 5 septembre 2013 12:15

              @ Psynom.

              Et que l’on retrouve dans le film L’homme du jour, un opus qui n’a pas laissé un souvenir impérissable.


            • psynom 5 septembre 2013 12:37

              Si l’on parle cinéma, alors, il y a Les Gars de la Marine marche du film « Le Capitaine Craddock » 1931.
              Extrait des paroles :
              « Dans chaque petit port,
              Plus d’une fille blonde
              Nous garde ses trésors. » smiley


            • Fergus Fergus 5 septembre 2013 14:01

              @ Psynom.

              Une chanson qui a fait l’objet d’une reprise, dans les années 70, par Georgette Plana dans son exploration des grands succès d’antan.


            • Citoyen85 5 septembre 2013 12:53

              Tiens vous ne parlez pas de « Ça fait d’excellents Français » de 1939 parodiée par Pierre Dac à Londres... Pour le prochain article ?


              • Fergus Fergus 5 septembre 2013 14:24

                Bonjour, Citoyen85.

                J’aurais peut-être dû mentionner cette chanson. Maurice Chevalier a effectivement chanté également Ça fait d’excellents français dans la revue Paris-London. Une chanson où il nous apprenait, avec beaucoup d’humour que « Le colonel était d’Action française / Le commandant était un modéré / Le capitaine était pour le diocèse / Et le lieutenant bouffait du curé / Le juteux était un fervent extrémiste / Le sergent un socialiste convaincu / Le caporal inscrit sur toutes les listes / Et le 2e classe... au PMU ! »

                Comment ai-je oublier cette chanson ? Pour ma pénitence, je serai privé de plage aujourd’hui, malgré le soleil et la chaleur !

                Cela dit, voici, en musique, la parodie de Pierre Dac, ou la dénonciation sur Radio-Londres en 1944 de la racaille collaborationniste, suivie de l’éloge du courage des résistants. (Les paroles de Pierre Dac).


              • psynom 5 septembre 2013 15:59

                Oui, effectivement il ne fallait pas l’oublier cette chanson, qui montre une vision, disons angélique de la France de l’époque. Surtout que pendant la guerre Maurice Chevalier fut soupçonné de collaboration. Et, sa parodie sur Radio Londres est une forme d’accusation de la part de Pierre Dac. Rappelons que Pierre Dac fut la fameuse voix : « radio Paris ment, radio Paris est allemand » …


              • Fergus Fergus 5 septembre 2013 16:25

                @ Psynom.

                Beaucoup d’artistes furent en effet soupçonnés de collaboration sans que cette accusation, essentiellement fondée sur le fait qu’ils aient continué de travailler durant cette période, repose sur des éléments sérieux. Au cinéma, Arletty a également connu des problèmes du même genre, comme Marcel Aymé en littérature.

                Des années plus tard, Amalia Rodrigues a dû faire face à des reproches identiques pour n’avoir pas expressément dénoncé le pouvoir dictatorial de Salazar. Partout l’on cherche des boucs émissaires. Un vieux travers humain qui ne grandit pas ceux qui se livrent à ces chasses aux sorcières.


              • jack mandon jack mandon 5 septembre 2013 14:38

                Fergus bonjour,

                Son et lumière. Le musée vivant qui passe par delà le temps.
                C’est étonnant de recevoir comme un feu d’artifice, des mots
                et des musiques alors que se faufilent les sensations et les
                sentiments qui accompagnent ce joyeux cortège.
                Et pourtant ces époques sont délirantes plus que folles par
                le caractère événementiel qui les pollue.
                La mémoire sélectionne et nous restitue le meilleur.

                Aujourd’hui, en aparté, nous avons un comique troupier
                qui porte le nom d’un fromage, il ne m’amuse plus.

                Même le musée aux horreurs ne retiendra pas son nom.

                Avoir un bon copain...c’était autre chose.
                Ce n’est plus d’actualité, les guinguettes et les bonheurs simples


                • Fergus Fergus 5 septembre 2013 16:42

                  Bonjour, Jack.

                  « La mémoire sélectionne et nous restitue le meilleur ». En l’occurrence, ce processus humain qui s’apparente à la résilience post-traumatique est très bien fait car il permet à chacun de poursuivre son petit bonhomme de chemin sans avoir le cerveau (trop) encombré de regrets et de scrupules relativement aux actes accomplis ou subis.

                  Qui peut savoir si, de Hollande, l’histoire retiendra plutôt le nom du fromage ou celui de ce président si décevant ? Le quinquennat est encore long, et l’homme peut avoir de la chance. Dès lors, qui peut savoir ce qui se passerait, eu égard précisément à cette mémoire sélective des Français ?

                  « Les guinguettes et les bonheurs simples » n’ont pas disparu partout, mais se sont faits rares. La faute à l’évolution galopante des techniques et des faux-besoins qui leur sont liés ; la faute aussi à la généralisation d’un confort qui, insidieusement, à blasé nos compatriotes et les rendus toujours plus impatients, toujours plus exigeants.


                • Taverne Taverne 5 septembre 2013 14:52

                  Bonjour Fergus,

                  Je précise que Trenet avec La polka du roi en 1938, faisait un clin d’oeil à son ami Max Jacob (qu’il a connu par le biais de Cocteau). En effet, le poète quimpérois était affligé à ce moment-là d’une claudication passagère. Et on sait aussi que Trenet s’est beaucoup inspiré de l’univers des poèmes de Max Jacob.

                  J’en profite aussi pour dire que j’ai préparé la suite de ton article : les chansons des années 1940 à 1944. Pour ces jours-ci. Une période sombre à traiter avec précaution...


                  • Fergus Fergus 5 septembre 2013 16:46

                    Salut, Taverne.

                    Je te passe donc le relais pour la période suivante. A traiter effectivement avec précaution, si l’on en juge par les sensibilités exacerbées qui s’expriment parfois sur AgoraVox.

                    Je savais que Trénet était un admirateur de Max Jacob. J’ignorais en revanche que la claudication de ce dernier ait inspiré le « fou chantant ». Merci pour cette précision.

                    Bonne journée.

                     


                  • Taverne Taverne 5 septembre 2013 17:08

                    Charle Trenet et Max Jacob partageaient une passion pour le dessin. Trenet faisaient d’ailleurs lui-même ses affiches. Un sous-préfet de Châteaulin (ville entre Brest et Quimper pour ceux qui ne connaissent pas...) connut aussi Max Jacob dans les années 30. Il dessinait également et admirait le poète au point de prendre le nom de Max plus tard dans la Résistance. Ce sous-préfet était un certain...Jean Moulin !


                  • Fergus Fergus 5 septembre 2013 17:40

                    @ Taverne.

                    Effectivement, Jean Moulin a choisi ce nom de code, Max, en hommage à Max Jacob. Mais en hommage à qui a-t-il, en d’autres occasions, pris le nom de code Rex ? Son chien ? Son chat, Rex étant le nom d’une race de greffiers ?

                    A noter, concernant Jean Moulin, cette particularité peu connue : il aimait le dessin et se livrait à de la caricature politique sous un nom de... pinard : Romanin, un cru de la région des Baux-de-Provence.


                  • L'enfoiré L’enfoiré 5 septembre 2013 16:04

                    Bonjour Fergus et Taverne,

                    Quel est le plus musicien des deux ?
                    Vous vous complétez très bien avec vos articles.
                    A quand la collaboration et un duo ?
                     smiley

                    • Fergus Fergus 5 septembre 2013 16:51

                      Salut, L’enfoiré.

                      Pas de compétition entre nous. Chacun agit en fonction de son inspiration et de son désir d’aborder tel ou tel sujet. La collaboration existe, mais à distance : celle qui sépare Dinan de Quimper.

                      Bonne journée.


                    • L'enfoiré L’enfoiré 5 septembre 2013 16:59

                      Je ne parlais absolument pas de compétition, mais d’une collaboration.

                      Quimper et Dinan ne sont pas tellement éloignés l’un de l’autre.
                      Je suis pour la fusion et pas pour la fission comme Olivier... smiley

                    • Fergus Fergus 5 septembre 2013 17:07

                      @ L’enfoiré.

                      J’avais bien compris. Le mot « compétition » répondait à la 1ère question « Quel est le plus musicien des deux ? »

                      De Dinan à Quimper, il y a environ 200 km. Bien que cela n’ait rien à voir avec le sujet, j’en profite pour fustiger les prévisionnistes météo de radio : quand comprendront-ils que la Bretagne mesure 300 km de long et que la météo de Brest est rarement celle de Vitré ? Idem pour celle de Paimpol (sur la Manche), et celle de Quiberon (sur l’Atlantique).


                    • Taverne Taverne 5 septembre 2013 17:21

                      Il me semble même que la Bretagne historique (incluant la plus grosse partie de la Loire-Atlantique) est d’une superficie plus grande que celle de la Belgique.

                      Par les chansons, je trouve qu’il est plus plaisant de visiter l’Histoire. smiley


                    • Tall 5 septembre 2013 17:37

                      Il me semble même que la Bretagne ... est d’une superficie plus grande que celle de la Belgique

                      Exact, et il n’y a pas que la superficie, il y a la gueule aussi

                      • Fergus Fergus 5 septembre 2013 17:45

                        Bonjour, Tall.

                        Et en Bretagne comme en Belgique, on joue de la cornemuse : elle s’appelle biniou en Bretagne et dodelsack en Belgique. Après quoi, on sirote de l’hydromel (le chouchen breton) ou de la bière régionale, la bière bretonne étant, tous les amateurs le confirmeront sans difficulté, infiniment supérieure à la bière belge.

                        Heu... je crois que je vais me faire incendier sur cette dernière affirmation, au demeurant parfaitement injustifiée, la bière bretonne étant aux bières belges ce qu’est le Breizh Cola au Coca Cola.


                      • alinea Alinea 5 septembre 2013 17:43

                        Beau boulot ! Du coup j’ai navigué aussi, chez Damia, Marie Dubas..
                        « Tout fout l’camp » de Damia est tout à fait dans le ton d’aujourd’hui ! Sacrées bonnes femmes !


                        • Fergus Fergus 5 septembre 2013 17:57

                          Bonjour, Alinea.

                          J’aurais dû sans doute citer ces deux-là, et notamment Damia, tant cette chanteuse a été adulée entre les deux guerres. Avant d’élaguer, j’avais initialement prévu deux chansons de Damia, La complainte de Macky (1930), tirée de l’Opéra de Quat’sous de Weill, et La guinguette a fermé ses volets (1934).


                        • Antoine 5 septembre 2013 23:37

                           Fergus, l’insouciance aveugle, comme vous pendant la compagne présidentielle...


                          • Stupeur Stupeur 5 septembre 2013 23:46

                             lapsus clavis ?


                          • Antoine 6 septembre 2013 00:11

                             potius lapsus electio !


                          • Fergus Fergus 6 septembre 2013 09:04

                            Bonjour, Antoine.

                            Tout le monde n’est pas aussi élitiste que vous, et beaucoup de gens savent que les meilleurs plaisirs de la vie résident souvent dans les choses simples. Ce qui n’empêche pas d’apprécier par ailleurs des œuvres ou des constructions intellectuelles plus complexes.

                            Quant à la campagne électorale, c’est du passé. L’urgent a été fait : virer Sarkozy. Pour le reste, il se passe ce qui était prévisible, rien de plus.


                          • Stupeur Stupeur 5 septembre 2013 23:38

                            On dirait des petites chansons de rien du tout 
                            Une misère, pas plus de trois francs six sous 
                            Et pourtant elles sont toutes dans nos coeurs
                            Ces douces mélodies, vitamines du bonheur

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