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  Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Charles de Gaulle Terminal 1 : l’aérogare mal-aimée
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Charles de Gaulle Terminal 1 : l’aérogare mal-aimée

 L’architecture des années 60 à 70 est souvent décriée. Les grands travaux gaulliens, qui ont considérablement modifié la physionomie de la région parisienne ont été l’occasion pour les architectes de concrétiser des utopies d’alors.
En 1964 le Général de Gaulle lance la construction d’un troisième aéroport parisien à Roissy en France à 25 km de Paris. Le Bourget et Orly arrivent en effet à saturation.
 
Paul Andreu est désigné maître d’oeuvre pour la construction de la première aérogare, mise en service en 1974.
 
C’est ce bâtiment délirant, unique au Monde, un peu oublié mais fraichement rénové, que nous souhaitons vous faire (re)découvrir.
 
Visite guidée
 
Une aérogare conçue pour l’automobile
 
Nous vous conseillons d’arriver très tôt le matin. En arrivant par l’autoroute A1, après avoir emprunté quantité de bretelles, de voies de sortie, on découvre face à nous l’ombre menaçante du « camembert » géant.
 
Vue générale du terminal n°1
 
Ce qui frappe en premier lieu, c’est le parti pris du concepteur pour l’automobile. La route nous mène directement au cœur de l’ouvrage.
 
Première surprise, si vous souhaitez vous garer, vous n’allez pas vous rendre dans un parking souterrain, mais dans un parking aérien.
 
L’architecte a en effet choisi d’affecter les trois derniers étages aux parkings, ainsi que la terrasse, où se situe la barrière de sortie.
 
Aussi surprenant que cela puisse paraître, c’est donc au moment de quitter l’aérogare, en payant votre place de parking, que vous aurez le seul contact visuel de votre visite avec le ciel !
 
Ainsi, pour accéder aux salles d’embarquement, vous faut-il prendre l’ascenseur dans le sens descendant, ce qui, au moment d’appuyer sur le bouton entrave cet instinct qui nous commande de monter pour sortir.
 
Premier ensemble fonctionnel : les halls des départs (enregistrement) et des arrivées.
 
Le camembert est symboliquement coupé en quatre. Huit halls d’enregistrement se répartissent ainsi sur les deux niveaux inférieurs. Juste au dessus, le hall des arrivées.
 
Sols en pierre naturelle, béton mis à nus, encorbellements en tôle émaillée, éclairage soigné, réorganisation de l’espace, l’équipe d’architecte qui a rénové le bâtiment entre 2004 et 2009 a réellement réussi son pari.
 
Le hall des départs
 
Le caractère bâclé des aménagements d’origine avait grandement contribué à la désaffection du public dès son inauguration.
 
Au centre de cet espace circulaire un puits de lumière qui vient éclairer les étages inférieures, vouées aux fonctionnalités nobles de l’aérogare.
 
Deuxième ensemble fonctionnel : les zones de filtrage.
 
Pour y accéder, vous devez être muni d’une carte d’embarquement. Vous emprunterez l’un des tubes transparents qui traversent de part en part et de façon faussement aléatoire le puits de lumière évoqué plus haut.
 
Le puits de lumière
 
Vous serez alors dans la partie supérieure du Camembert, à proximité de son centre (la périphérie est, nous l’avons vu, réservée aux parkings).
 
Il vous faudra vérifier la bonne porte et surtout ne pas vous tromper, car vous allez redescendre, cette fois sous le niveau de sol pour emprunter un long souterrain qui rejoindra l’un des sept pavillons annexe (ou satellite), devant lequel vous attendra votre avion.
 
Troisième ensemble fonctionnel : les satellites.
 
Une fois passée l’épreuve du souterrain, vous arrivez dans un « satellite ». C’est un bâtiment annexe, de forme trapézoïdale, qui abrite les salons d’attente. Ils sont fort agréables et donnent enfin au voyageur aérien une vue sur les pistes et le ciel. Quel soulagement et quelle récompense après les multiples formalités d’embarquement et les cheminements interminables dans l’ouvrage !
 
Un salon d'attente, dans un satellite
 
La faillite d’une utopie ?
 
Ouvert aux passagers dès 1974, la finition initiale des espaces a beaucoup contribué à la mauvaise réputation du bâtiment.
 
Conçu selon les standards des années 70, les architectes et décorateurs faisaient alors peu de cas du choix de matériaux d’habillage (petits carreaux ronds type RER) ainsi que de l’éclairage. De plus les Aéroports de Paris accordait alors peu d’intérêt à la propreté et la maintenance.
 
Aussi, quelques années seulement après son inauguration, mais comme beaucoup de constructions contemporaines (cf. les gares RER de Châtelet les Halles ou Gare du Nord), l’aérogare donnait déjà une impression désagréable de vétusté et de saleté.
 
L'arrivée dans le satellite
 
Mais au delà de ces aspects liés aux aménagement intérieurs, que dire du concept ?
 
On ressent que l’architecte a travaillé de manière très poussée les fonctionnalités de l’ouvrage, avec les contraintes inhérentes au transport aérien (formalités, transport des bagages), mais en se plaçant du point de vue de l’usager depuis son arrivée en automobile jusqu’à son entrée dans l’avion.
 
Le camembert est ainsi au cœur du dispositif, le point d’entrée qui concentre dans un espace limité l’ensemble des services nécessaires à l’embarquement, sans se préoccuper du fait que l’on est ou non dans un aéroport. C’est en effet dans le satellite, aboutissement de son séjour dans l’aérogare, que le voyageur verra devant lui les pistes et le ciel.
 
S’il présente un intérêt indéniable (concentration des services aux voyageurs, du parking à l’enregistrement, tout en s’adaptant au besoin d’espace des avions, grace aux satellites), ce concept n’a jamais été reproduit ailleurs et pour cause.
 
Son concepteur lui même en a abandonné le principe en construisant l’aérogare n°2, de manière plus traditionnelle.
 
Principaux inconvénient du système circulaire, la grande surface utilisée par les satellites, mais surtout l’impossibilité d’en augmenter la capacité, ce qui n’est pas le cas de l’aérogare n°2, construite de manière linéaire, qui se voit ajouter régulièrement une extension (on en est au terminal 2F). Le terminal 1 n’absorbe plus qu’une partie très modeste du trafic de l’aéroport.
 
Pour conclure, gageons que nous apprendrons à aimer ce bâtiment si décrié.
 
Bien que faisant déjà indiscutablement partie de notre patrimoine architectural national, cette aérogare tentaculaire, qui nous semble aujourd’hui grise de laideur, nous apparaîtra dans quelques années comme représentative d’un certain génie, propre à une époque.
 
Article publié dans L’ÉCLAT
 
Fiche technique de la rénovation de 2004-2009 : 
  • Maître d’ouvrage : René Brun Directeur de l’aéroport de Paris-Charles-de-Gaulle assisté de Jean Louis Cavaillès, directeur des terminaux 1 et 3 de Paris-Charles de Gaulle
  • Maître d’ouvrage délégué : Guillaume Sauvé directeur de la maîtrise d’ouvrage, assisté de Pascal François (DMO).
  • Chef de projet maîtrise d’œuvre : Stephane Tilly, Thierry Delaune et Bruno de la Fayolle (INA)
  • Architectes : Jean-Paul Back et Karine Droit-Mijoule (INA)
  • Durée des travaux : Juin 2004 à mars 2009. En 4 phases successives sans interruption d’exploitation. Phase 1 : novembre 2005. Phase 2 : mars 2007. Phase 3 : mars 2008. Phase 4 : mars 2009
  • Investissement estimé : 280 millions d’euros
  • Surface commerciale : 2 500m² de commerces et 2 400m² de restaurants
  • Capacité globale : 12 millions de passagers après rénovation (2009)
  • Surface (SHON) : Corps central 126 400m². Satellites : 52 200m²
par Axel de Saint Mauxe (son site) samedi 31 octobre 2009 - 9 réactions
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