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« Charles Gonzalès devient Camille Claudel » au Théâtre des Mathurins

 

Une totale pénombre, soudain surgit dans un halo de lumière une "gueule, une belle gueule" à la Léo Ferré, anguleuse, blafarde et fardée, auréolée de cheveux hirsutes, au regard à la fois étrangement doux et tendu, d’un éclat particulier prêt à exploser à tout instant et qui révèlera la permanente dichotomie de Camille Claudel, féminine et masculine, tour à tour clairvoyante et démente, pleine d’amour pour aussitôt sombrer dans la haine, calme ou agressive, créatrice géniale et spectaculaire autodestructrice.

Ces versants antinomiques de sa personnalité sont complètement endossés par Charles Gonzalès dont le visage serait pétri par une Camille en fureur qui voudrait y inscrire tous ses désirs et tous ses délires jusqu’à le déformer et le rendre grimaçant et finir par tirer la langue à Rodin et ses "sbires" qui l’ont dépouillée de son art.

Outre un visage modelé à tous les caprices de la psychologie de la sculptrice, Charles Gonzalès module sa voix en conséquence de tous ces états changeants ; cette voix sera tantôt lente et fragile, tantôt profondément intense, rauque et caverneuse, à nouveau doucereuse, réclamant la tendresse pour finalement s’emporter, blasphémer, jeter son venin puis devenir véritable cri de souffrance.

Charles Gonzalès, revêtu de haillons, mains bandées comme les momies, symbolisant les mains qui "se sont tues", elles qui parlaient si fort, ou des mains qui ont été tuées, s’empare de cette artiste à l’aide de quelques accessoires, un vieil éventail, une canne chaplinesque pour exprimer la démarche cahotique et bringuebalante, une chaise sur laquelle il s’immobilise et montre l’impossibilité d’agir, une corde blanche pour tenter de s’accrocher tel un fil de funambule duquel Camille, à l’équilibre instable, tombera, une paire de bas pour étrangler son cri et la réduire au silence, des accessoires simples, des presque riens pour signifier le pire, l’anéantissement de la création, la dégradation de l’être, le repli et l’enfermement ; la dernière image terrible, les simples bras relevés au dessus de la tête, le visage ravagé, dans une attitude de supplication, est bien le sacrifice d’une femme crucifiée par les hommes.

Un monologue déchirant, tragique, bouleversant. L’acteur, Charles Gonzalès, aux limites des transes qui vous exaltent hors de soi, telle une pythie, est bien devenu Camille Claudel, la maudite, Camille Claudel, la martyre, Camille Claudel, la mythologique.
 
Photo presse DR.
 
CHARLES GONZALES DEVIENT CAMILLE CLAUDEL -*** Cat.S / Theothea.com - d’après les lettres de Camille Claudel - mise en scène : Charles Gonzalès - avec Charles Gonzalès - Théâtre des Mathurins -

 


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