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Charlotte Rampling joue « La danse de mort » au Théâtre de La Madeleine

Serait-ce un crime de lèse-majesté que de jouer la version longue de « La danse de mort » ?

L’ensemble de la critique semble en effet pris au dépourvu par cette option de Hans Peter Cloos impliquant trois acteurs renommés de la scène dramatique, Charlotte Rampling, Bernard Verley et Didier Sandre.

Voilà en effet qu’à ceux-ci viendraient s’adjoindre, en scène 5, Judith (Ophélia Kolb) et Allan (Matthias Bensa), fille et fils respectifs d’Edgar et Kurt qui, de manière inéluctable, vont s’approprier l’atavisme de destruction conjugale à la suite d’Edgar et Alice.

Cette répétition d’une génération à l’autre des mêmes réflexes conditionnés vient en effet expliciter et compléter la vision pessimiste du couple perçu par August Strindberg dont la misogynie légendaire corrobore l’issue fatale de sa pièce in extenso, alors qu’il était envisageable de rester sur une ambiguïté salvatrice dans la version courte traditionnelle.

En outre la rupture de ton, quasi inévitable entre le huis clos intimiste réunissant le trio mari, femme et soupirant, d’avec l’impétuosité effervescente du jeune couple fait basculer d’un coup l’atmosphère de Bergmann à Rohmer sans que le spectateur puisse d’emblée y attacher ses repères objectifs.

Et pourtant telle est ainsi construite d’origine la pièce de Strindberg avec cinq personnages alors qu’habituellement Alice et Edgard se déchirent en la seule présence opportune de Kurt sans que l’on sache au bout du compte quel est le protagoniste qui catalyse activement la désagrégation des affects.

Difficile donc pour le spectateur initié de substituer un point de vue ironique et cynique à l’égard de cette récurrence générationnelle, au détriment d’une perspective mortifère et complice à trois, comme si serait mis en péril un équilibre psychologique instable avec lequel il était toutefois jusque-là fort possible de s’accommoder.

Ce malentendu délibéré pourrait-il retentir jusque sur les planches en instaurant un malaise entre les comédiens, jouant chacun sa partition en osmose avec l’autisme protecteur de cette mise en scène d’apparence brouillonne, tant dans le décor que dans sa direction d’acteurs ?

Il semblerait en effet qu’au Théâtre de La Madeleine, cette partie de poker menteur ne sache pas rendre crédible la désagrégation générale et qu’ainsi la mystérieuse alchimie de Strindberg ne s’offre pas aux foudres fascinantes de la connivence avec le public.

Il reste néanmoins le plaisir ineffable d’apprécier la conviction élégante de Charlotte Rampling portée par la discrète perversité duelle de Didier Sandre et Bernard Verley ainsi que la découverte persuasive d’Ophélia Kolb.

Photo © Dunn Meas

LA DANSE DE MORT - ** Theothea.com - d’August Strindberg - Mise en scène : Hans Peter Cloos - avec Charlotte Rampling, Didier Sandre, Bernard Verley & ... - Théâtre de La Madeleine -


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