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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Chronique de « Aimé Césaire, frère volcan »

Chronique de « Aimé Césaire, frère volcan »

"Il s’agit bien d’un long hommage à Aimé Césaire, un retour sur 40 ans d’amitiés qui donne la possibilité à l’auteur de nous faire entrer dans l’intimité de Césaire, dans l’intimité de ses convictions poétiques, de ses engagements littéraires, de ses prises de positions politiques."

"Mon père, à l’inverse de toi, était de ces poètes qui écrivaient trop bien. D’une belle écriture héritée d’instituteurs intraitables, respectant le quadrillage de feuilles immaculées, noircies sans ratures avec un stylo waterman à plume large pour l’assurance des défauts de machine à écrire."

Ou comment découvrir un auteur, entre deux paragraphes dédiés au poète martiniquais. J’ai abordé avec un peu de fébrilité la lecture de ce livre impossible à caser dans un genre littéraire. C’est aussi bien une biographie du poète Césaire, une autobiographie du poète Maximin qu’un essai sur la vision de l’auteur concernant les Antilles, les poètes écrivains phares du monde noir (en partant de Damas à Senghor en passant par Alioune Diop, Placoly...)

Il s’agit bien d’un long hommage à Aimé Césaire, un retour sur 40 ans d’amitiés qui donne la possibilité à l’auteur de nous faire entrer dans l’intimité de Césaire, dans l’intimité de ses convictions poétiques, de ses engagements littéraires, de ses prises de positions politiques.

Daniel Maximin commence son voyage Césairien par un parallèle entre des enfances Martiniquaise de l’un et Guadeloupéenne de l’autre. Le livre commence par le coup de cœur que fut "Cahier d’un retour au pays natal" pour le jeune Maximin et qui l’envoya définitivement dans le pays des merveilles de la poésie. Livre révélation également pour Césaire lui-même mais aussi, pour les deux, cris d’amour énorme pour ces pays Antillais qu’ils ont pourtant longtemps ressenti comme étant des prisons.

"Je n’ai pas du tout quitté la Martinique avec regret, j’étais très content de partir. Incontestablement, c’était une joie de secouer la poussière de mes sandales sur cette Île où j’avais l’impression d’étouffer. Je ne me plaisais pas dans cette société étroite, mesquine ; et, aller en France, c’était pour moi un acte de libération."

Le troisième chapitre est une vraie œuvre de salubrité publique. Je n’avais jusqu’ici que vaguement la connaissance de l’importance qu’a eu la librairie "Présence africaine" dans les combats littéraires - et autres - des élites afro-descendantes, avec Daniel Maximin je prends une conscience nouvelle de ce lieu d’histoire. Punaise... J’aurai tellement voulu qu’un génie me livre en guise de premier don une Doloréane qui me permettrait d’aller trainer mes guêtres dans le passé du "25 rue des écoles" et coudoyer les Angéla Davis, Birago Diop, Badian, Soyinka, Depestre, Laboutansy, Rabemanajara et autres futurs grands en devenir.

"Présence était un défi à la balkanisation résultant de la décolonisation, qui avait vu le retour au pays natal des élites intellectuelles et politiques rassemblées à Paris dans le même combat jusqu’aux indépendances de 1960, dont la revue avait été sans relâche le témoin engagé."

Daniel Maximin, en nous parlant du rôle pivot de la revue TROPIQUES, nous parle aussi de Léon Damas, poète guyanais à l’engagement féroce, et surtout de l’influence qu’a pu avoir Suzanne Césaire sur Aimé. Suzanne, non pas la femme derrière le grand homme mais la femme à ses côtés, par le corps ou par l’esprit, jusqu’à la fin de sa vie.

"Mais j’étais déjà certain d’avoir compris l’une des causes du silence éditorial du poète entre 1960 et 1980 : la fin des poèmes d’amour, ou de l’amour dans sa poésie. A quoi bon embarquer la poésie dans le sillage d’un acquiescement perdu ?"

Ce livre nous fait voyager entre présent et futur non seulement dans la vie du poète Césaire mais aussi dans celle de tous ceux qu’il a pu impacter par ses écrits. Dans les évènements qui font sens avec ses engagements et ceux de ses contemporains. Daniel Maximin termine d’ailleurs l’ouvrage avec deux annexes. L’un qui est un long entre-deux qu’il a eu avec Aimé Césaire en 1980 et qui nous montre encore mieux les engagements de Césaire. L’autre qui est une rétrospective datée des moments clefs de la vie de Césaire.

Cependant, Je ne voudrai pas vous leurrer. Daniel Maximin est un - grand - poète dans la lignée des plus grands impressionnistes. Son écriture est donc gorgée de cette poésie très belle, faite d’ellipses, de monts, de vaux et de plongées dans des racines dialectiques parfois durs à saisir. En résumé, il y a des passages de lecture assez ardue dans ce livre. Des moments de solitude pour l’hémisphère cérébral gauche qui aura l’impression de patauger dans quelques marécages de la compréhension. Et à ces moments-là votre capacité à l’émotion prendra le dessus et vous vous laisserez emporter par les longs extraits des textes de Aimé Césaire qui parsèment ce livre.

"quand
quand donc cesseras-tu d’être le jouet sombre
au carnaval des autres
ou dans les champs d’autrui
l’épouvantail désuet"

Nous aurions, sans doute, un millier de questions à poser à Daniel Maximin. Et sans doute n’aurait-il pas le temps d’assouvir toute notre curiosité l’espace d’une rencontre d’un soir. Mais avec ce livre nous aurons réussi à lever d’un chouïa le grand voile qui masque encore l’impact historique immense qu’à pu avoir Aimé Césaire et ses contemporains sur la libération des esprits des afro-descendants.


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