• samedi 26 mai 2012
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Ciné : J’ai rencontré le Diable
34%
D'accord avec l'article ?
 
66%
(6 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Marquer et partager

Ciné : J’ai rencontré le Diable

Dans les salles cette semaine, J’ai rencontré le Diable est le dernier film en date de Kim Jee-Woon, l’auteur du magnifique A Bittersweet Life et du délirant Le Bon, la Brute et le Cinglé. Un pitch réjouissant, une réalisation épatante, des acteurs magistraux : J’ai rencontré le Diable a tout pour séduire et plaira indubitablement aux amateurs d’objets radicaux. Pourtant, les fans du cinéaste ne s’y tromperont pas : Kim Jee-Woon peut mieux faire.

On ne présente plus Kim Jee-Woon, réalisateur sud-coréen à qui l'on doit entre autres le drame horrifique Deux Sœurs, le film noir A Bittersweet Life et le western oriental Le Bon, la Brute et le Cinglé. Après un parcours sans faute, le cinéaste revient vers le genre du thriller noir. Très noir. L’histoire repose sur un duel impitoyable : d’un côté, un tueur psychopathe, et de l’autre, le fiancé de l’une de ses victimes. Le fil rouge du scénario est simple : le premier est poursuivi par le second qui entreprend de lui faire vivre un véritable enfer. Un film sadique, violent et nihiliste, en somme.
 
 
N'y allons pas par quatre chemins : Jeong Gyeong-Chul (Choi Min-Sik) est un monstre sanguinaire de la pire espèce, qui viole et assassine toute personne de sexe féminin un tant soit peu attirante, adultes ou enfants, qui aurait le malheur de croiser son chemin. Sa brutalité n'a d'égal que le sadisme de son mode opératoire puisqu’il découpe en morceaux ses victimes alors que celles-ci respirent encore. Même pour les plus réfractaires à la peine de mort, difficile de ne pas souhaiter voir le bonhomme crever d’une fin atroce, de préférence administrée par un proche de l’une de ses proies. Par exemple Kim Soo-Hyeon (Lee Byung-Hun), un agent secret déchu dont la fiancée est sauvagement assassinée par le tueur. Le cinéma d’action sud-coréen est réputé pour ses thrillers impitoyables et J’ai rencontré le Diable ne déroge pas à la règle : la vengeance de Soo-Hyeon sera à la hauteur des crimes insensés de Gyeong-Chul. Toutefois, plutôt que de reposer sur la quête de l’assassin par le personnage principal, ce vigilante voit le vengeur retrouver rapidement la trace de sa cible, là où les flics en restent sans voix – comme souvent dans les thrillers coréens, police rime avec comble de l’incompétence (voir The Chaser et bien d’autres). Ainsi, au lieu de tuer son ennemi, Soo-Hyeon l'interrompt dans ses ébats, le passe à tabac, pour le soigner ensuite et le laisser partir afin de faire durer le plaisir de la traque. Le chasseur devient la proie, et le moment de la vengeance ne s’étend plus seulement sur un climax cathartique mais constitue le gros morceau du film.
 
 
Au contraire des vigilantes américains qui érigent souvent le vengeur en une sorte de justicier purificateur, J'ai rencontré le Diable soulève une question de taille : à partir de quand le vengeur devient-il un monstre comparable à celui qu'il condamne ? J’ai rencontré le Diable pousse l’amateur du genre dans ses derniers retranchements, quitte à provoquer l’écœurement, et s’impose comme un film extrême, voire extrémiste, atteignant un degré de férocité inouï. Tous les coups sont permis : couteaux, tenailles, serpes et toute sorte d'arme blanche est employée pour faire passer des moments inoubliables à Gyeong-Chul, grâce à l’imagination sans borne de Soo-Hyeon. D’autant que Soo-Hyeon fait preuve d’un réel acharnement : même lorsque Gyeong-Chul se réfugie chez son meilleur pote, un cinglé qui garde des filles dans sa cave pour les martyriser et les promener en laisse, il a tout juste le temps de sauter bestialement la maîtresse de maison que Soo-Hyeon débarque déjà sur place tel un fléau pour mettre le bazar dans cette tranquille demeure (mention au plan excellentissime où Lee Byung-Hun, alias Soo-Hyeon, évite de justesse un coup de fusil à pompe dans un couloir).
 
Outre une réalisation haute-gamme et maîtrisée, J'ai rencontré le Diable s'offre une photographie de toute beauté (certains plans sont empreints d’une poésie macabre) et s'accompagne d'une partition musicale inspirée. On ne se fatigue décidément pas du style de Kim Jee-Woon. Pourtant, J’ai rencontré le Diable n’est pas exempt de défauts, avec en première ligne, sa longueur. Puisque l’intrigue repose sur le jeu pervers du chasseur et de sa proie, le scénario joue sur un effet de répétition qui finit quelque peu par s’essouffler – 2h24 de bobine, c’est tout de même long pour un film au concept aussi simple. Kim Jee-Woon a bien raison d’aimer ses acteurs, Choi Min-Shik (Old Boy) et Lee Byung-Hun (A Bittersweet Life mais aussi Le Bon, la Brute et le Cinglé) sont magistraux, le premier par son énergie et son humour salvateurs, le second par son mélange de froideur et de sensibilité intériorisée. Mais à force de se reposer sur les deux superstars, le cinéaste néglige le développement de ses personnages, dont les tourments sont superficiellement explorés, et en oublie d’insuffler de réels enjeux dramatiques à cette chasse à l’homme qui aurait dû être désespérée et qui s’avère juste divertissante.
 
 
Alors oui, nous l’avouons, nous avons été un peu déçue. Rien de grave puisque l’expérience ne provoque nullement l’ennui. Mais J’ai rencontré le Diable ne possède pas la flamme d’A Bittersweet Life, qui teintait son univers ironique de gangsters crapuleux d’un soupçon de tragédie toute coréenne, auquel venaient répondre des pointes d’action enragée. Ceux qui ne connaissent pas Kim Jee-Woon se montreront peut-être plus indulgents. Quoiqu’il en soit, même s’il ne s’agit pas du meilleur film de son auteur, J’ai rencontré le Diable devrait retenir toute l’attention des amateurs d’objets radicaux.
 
Notons que le film a engrangé environ 1,8 million d’entrées et qu’il est sorti à la même période qu’un autre vigilante, The Man From Nowhere (avec Won Bin), un film lui aussi très violent et très gore qui a réuni plus de 6 millions de spectateurs ! Autant dire que les critères définissant un film comme grand public varient sensiblement d’un pays à un autre. Cela dit, au contraire de The Man From Nowhere qui se caractérise par une morale plus consensuelle, J’ai rencontré le Diable s’est heurté dans son pays aux foudres de la Censure, certaines scènes ayant été jugées « dégradantes pour la dignité humaine ». J’ai rencontré le Diable sort donc en salles dans une version édulcorée : la scène de sexe dans la maison vient remplacer une scène de cannibalisme. Il n’y a plus qu’à espérer retrouver la scène alternative dans le DVD et le Blu-ray.
 
par Elodie Leroy samedi 9 juillet 2011 - 9 réactions
34%
D'accord avec l'article ?
 
66%
(6 votes) Votez cet article

2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don

Les thématiques de l'article

Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox