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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Claude Levi-Strauss, centenaire révolté, assiégé et célébré

Claude Levi-Strauss, centenaire révolté, assiégé et célébré

 Claude Levi-Strauss a 100 ans. « Les mythes se pensent en nous » écrivait-il. Et son âge est désormais constitutif de son mythe. Claude Levi-Strauss vit cloîtré chez lui depuis un an, ne recevant plus, ne répondant plus qu’à ses proches. L’occasion d’une immersion dans la philosophie du grand-âge ?

Comment cet homme monument vit-il l’hommage public considérable qui lui est rendu à l’occasion de son centenaire ? Sans doute avec un peu de lassitude a dit Françoise Héritier, disciple de Claude Levi-Strauss, sur France Inter ce 26 novembre. Contrairement à l’exploratrice Alexandra David-Neel, qui avait poussé la provocation jusqu’à faire refaire son passeport à l’âge de 100 ans, Claude Levi-Strauss ne s’exprime plus. Une intervention de sa part n’est pas prévue dans les nombreuses manifestations programmées pour son centenaire. Mais s’il s’exprimait, que nous dirait-il ? Car, même son silence pourrait même avoir une éloquence inquiétante si on se rappelle sa dernière intervention télévisée. C’était au début de l’année 2005 dans l’émission spéciale de « Campus » diffusée sur France 2 le jeudi 17 février 2005 et les mots sont durs : « Ce que je constate : ce sont les ravages actuels ; c’est la disparition effrayante des espèces vivantes, qu’elles soient végétales ou animales et le fait que du fait même de sa densité actuelle, l’espèce humaine vit sous une sorte de régime d’empoisonnement interne – si je puis dire – et je pense au présent et au monde dans lequel je suis en train de finir mon existence. Ce n’est pas un monde que j’aime ».

Un chaos, voire un enfer qui est aussi d’une lucidité terrible. Peut-on encore apporter le signifiant apaisant du grand-âge sur un esprit en révolte ? Je ne sais pas, car pour celle ou celui qui s’approche de la fin de sa vie, comment les lendemains peuvent-ils sourire ? Les centenaires sont aujourd’hui plus de 20.000 et les 85-110 ans inventent désormais une nouvelle philosophie de la vie, que j’étudie comme sociologue, mais, en référence à ces disciplines qu’il a fait reconnaitre, un peu à la manière d’un ethnologue, qui s’immergerait, ou d’un anthropologue, qui rechercherait de nouvelles lois humaines. Et je pense que la vieillesse et le grand âge ne sont pas les naufrages annoncés, mais plutôt le temps de la liberté de l’esprit, des rivages et des tempêtes apprivoisées. Peut-être grâce à des instants décomposés, comme des quarts d’heure magiques, des matins et des soirs uniques dont parle si bien Jean Paulhan, dans cette lettre méconnue, en réponse à une amie, à la fin de sa vie : « Mardi. Et bien oui, je vais mieux. (A vrai dire, très prudent, ne bougeant guère de Boissise). Mais songez que j’ai passé quatre-vingts ans. A cet âge, est-il raisonnable de faire des efforts, pour gagner quoi ? Cinq ou six ans de vie. Ah pour vous c’est tout différent. Mais qui disait, « Il se peut bien que la mort soit la vie et que la vie soit la mort » ? C’est Echyle, je pense. Il vient un temps où l’ont sent que c’est une pensée très sage. N’empêche que cinq minutes, et des heures et un matin, c’est long, c’est un trésor à ne pas laisser perdre. Ne connaissez-vous pas de ces instants où l’on sent en quelques secondes toute une éternité ? Cela vous arrivera, soyez-en sûre. Avec l’amitié de Jean Paulhan ».

Il aurait pu aussi se retrouver dans ces quelques lignes imagées : « Le crépuscule envahissait la guérite. […] Je me suis retrouvé auprès du banc. […] Un moineau s’est perché soudain à l’extrémité, je me suis incliné devant le moineau, puis j’ai senti une présence dans mon dos qui m’a fait me retourner : le soleil attendait que je le salue pour se coucher. » Ce sont les derniers mots de René de Obaldia, né en 1918, le journal intime d’un centenaire, publié en 1959. Le personnage de ce roman se présente ainsi : « Dans treize ans, je serai centenaire. On ouvrira grande la porte du salon et les contemporains viendront me toucher. […] Passé quatre-vingt, quatre-vingt-deux, quatre-vingt-cinq ans et jouissant encore de toutes mes facultés. […] Ne vous fiez pas à mon écriture tremblante, dansante devrais-je dire. Ma tête et ma main sont à moi. […] Je suis un vieillard sec, un coup de trique à la face du ciel. Ni barbe, ni moustache, mais des cheveux de premier communiant, légèrement enneigés, disposés en couronne. Honneur aux rides ! Aux sillons qu’une main auguste… J’attends la bohémienne qui me lira les lignes du visage… » De même, bien que fatiguée, Colette semble toucher la plénitude dans son avant-dernier livre, L’Étoile Vesper, publié en 1946, alors que l’écrivain a 73 ans : « Avant de toucher au but, je m’exerce. Je ne sais pas encore quand je réussirai à ne pas écrire ; l’obsession, l’obligation sont vieilles d’un demi-siècle. J’ai l’auriculaire droit un peu arqué, parce que la main droite, en écrivant, prenait appui sur lui, comme fait le kangourou sur sa queue. Un esprit fatigué continue au fond de moi sa recherche de gourmet, veut un mot meilleur, et meilleur que meilleur. Heureusement, l’idée est moins exigeante, et bonne fille pourvu qu’on l’habille bien. Elle est accoutumée à attendre, mi-endormie, sa pâture fraîche de verbe. »

À tout âge de sa vie, mais peut-être avec plus de conscience à la maturité du temps passé et du temps restant, toute personne a non seulement la possibilité, mais le devoir de vivre ! Car à cet âge, l’état civil s’efface, ou pas, devant un état d’esprit qui forge l’estime de soi et influence le regard des autres. N’oublions pas que ce qui caractérise le vivant, c’est l’usure progressive, accélérée, puis définitive de toutes les fonctions vitales. Aussi, n’attendons pas qu’il soit trop tard, pour regretter la douceur, le privilège et la valeur de la vie. Inutile d’attendre une mort facile et stérile pour comprendre intimement. Reconnaissons ainsi à la mort le don de signer une vie comme le dernier mot d’un livre ou la dernière note d’une musique. Et c’est son évidence, son inéluctabilité, qui nous invite à vivre chaque âge, chaque instant, chaque jour et chaque nuit, comme un trésor à transformer, à réaliser et à goûter. Tant mieux, si, comme le disait de façon inattendue le philosophe Gaston Bachelard – « Gaston le magicien » –, dans La Poétique de la rêverie  : « Le paradis, à ne pas en douter, n’est qu’une immense bibliothèque. » Avant la venue de cet inéluctable, c’est à chacun de nous d’en écrire et d’en imprimer les lignes et les livres dans le creux de nos actes. N’oublions pas que le passé se mélange au présent, comme au futur et que l’un comme l’autre sont des passés en action ou en devenir. Le passé coexiste avec le présent, un présent qui passe au rythme du jour et de la montre et rejoint un passé, immense, qui tout entier est contemporain de l’instant que nous sommes en train de vivre tout en étant devenu virtuels, parce qu’il n’existe que grâce à nous, à nos souvenirs et nos visions. Pour reprendre les termes du philosophe Gilles Deleuze, « Il s’agit des paradoxes de la contemporanéité du passé avec le présent qu’il a été, de la coexistence de tout passé avec chaque nouveau présent, et de celui de la préexistence du passé pur au présent qui passe. » Qui parle de pente de la vieillesse, de descente inéluctable ?

Si l’eau prend le ciel dans son miroir changeant, pourquoi ne pas plutôt se laisser aller à une comparaison avec le fleuve et la vie, ce qui bouge et ce qui ne bouge pas, ce qui va arriver et donc finir et ce qui sera toujours là. C’est ce voyage qu’évoquent ces lignes d’Anaïs Nin, dans La Cloche de verre, un récit où elle raconte ses émotions à bord d’une péniche sur la Seine. « Nous glissons doucement sur l’eau. Je courais d’un bout à l’autre de la péniche, fêtant la plus étrange sensation de ma vie, celle de descendre un fleuve en compagnie de toutes mes possessions, mes livres, mon journal intime, mes meubles, mes tableaux, mes vêtements rangés dans le placard. Je me penchais par chacune de mes petites fenêtres pour regarder le paysage. Je me couchais sur mon lit. C’était un rêve. Un rêve, ce sentiment d’être un escargot d’eau qui se promène avec toute sa maison autour du cou. […] Je voyais défiler tous les immeubles où j’avais habité. Par toutes ces fenêtres j’avais regardé avec envie et mélancolie couler le fleuve et passer les péniches. Aujourd’hui j’étais libre, je voyageais avec mon lit, avec mes livres. Je rêvais, je me laissais descendre avec le fleuve [...] et j’étais libre. »

Et pour achever cette conscience de la vie et du temps qui passe en soi, entre limon et horizon, qui, mieux que Francis Ponge évoquant la Seine ? Ce fleuve qui « coule moins entre ses deux rives qu’entre deux parties de mon corps qui se ressemblent mais qu’elle sépare, et que ces eaux rajointent et reflètent. [...] Oh comme il est bon que le liquide existe, et creuse et comble ainsi et satisfasse, panse, abreuve certaines fentes naturelles de la terre et de mon corps ! Comme il est bon que la nature entière ne soit pas seulement solide et gazeuse ; que quelque chose de pesant, de dense et de tangible comme le solide s’écoule et fuie pourtant ; et puisse être aisément divisé, habité ; et puisse s’infiltrer dans mes vides, en mes sécheresses et les ranimer. Que quelque chose ainsi, susceptible de mouvement, fasse miroir, miroite, et réfléchisse le reste du monde, solide ou gazeux ; multiplie le ciel et les choses ; paraisse à la fois éternel et passager, fatal et accidentel, profond et superficiel, stupide et doué de réflexion. Comme il est bon que les nuées fondent et que l’éparpillement, la dispersion des pluies se rassemble en sources profondes, puis en ruisseaux et fleuves qui donnent l’impression du volume, de la force, de la musculature, de l’abondance, de la générosité, et à la fois d’une assurance sereine, d’intentions précises, de persévérance, de continuité… et que cela s’écoule tranquillement vers les grands reposoirs, les grands réservoirs de l’Océan. » Car en son estuaire du Havre comme en la mer, la Seine se glisse dans le lit commun… « Parvenu à ce point, pourquoi coulerais-je encore, puisque je suis assuré de ne cesser de couler en toi, cher ami ? »

Oui, sur le grand-âge, j’aimerais bien entendre celui à qui le Magazine littéraire a décerné il y a quelques mois le titre emphatique de « penseur du siècle ».

Joyeux anniversaire Monsieur Levi-Strauss

Jean Paulhan, 1884-1968 La Nouvelle Revue Française, Gallimard, 1969

Le Centenaire, René de Obaldia, Grasset, 1959

Pierre Sansot, Ce qui reste, Payot, 2006.

Colette, L’Étoile Vesper, Paris, Milieu du Monde, 1946.

Anaïs Nin, La cloche de verre, Éditions Des Femmes, 1975.

Francis Ponge, La Seine, Images de Maurice Blanc, Éditions de Clairefontaine, Lausanne, 1950.


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43 réactions à cet article    


  • Imhotep Imhotep 27 novembre 2008 11:08

     L’article est fort intéressant, dommage que le le titre n’est que racoleur et ne correspond en rien au contenu.


    • Eric Donfu eric donfu 27 novembre 2008 12:27

      Merci. Vous avez peut-être raison.
      Quel titre auriez-vous préféré ? Plus serein, peut-être.
      Mais ce titre doit être proche de l’état d’esprit de CLS en cet instant...
      Et il est sans concession, un peu comme lui, il me semble.
      En tous cas, merci d’avoir pris le temps de lire ce long papier
      Cordialement,
      ED


    • dom y loulou dom 29 novembre 2008 12:34

      ne vous excusez pas pour votre titre monsieur. Il est de nos jours impossible de faire, dire ou écrire quoi que ce soit ni même de faire un pas sans immédiatement entendre un jugement supérieur de paccotille, irréfléchi et grandiloquent.

      Ce n’est pourtant pas au lecteur de dire quel serait le meilleur titre pour un article mais au lecteur de comprendre pourquoi l’auteur le titre ainsi.

      c’est une vile manie que je constate tous les jours et qui FAIT l’énergie ignoble qui nous entoure de toutes parts et serre en permanence notre espace de respiration.

      Elle est issue de ce jugement sempiternel, imbécile, ridicule, qui croit que notre vue personelle serait infaillible, même quand parfois elle ne s’est jamais donné la peine de rien apprendre de l’univers ou que son jeune âge lui interdirait de croire connaitre le monde avant de l’avoir un tant soit peu exploré et vécu quelques douleurs qui réduisent ce genre de prétentions outrancières.

      Le jugement, cet outil sécateur très utile lorsqu’on nous agresse, puisqu’il permet de séparer, devient une plaie absconne utilisé en permanence et toutes les souffrances que nous endurons ne proviennent que de cette vile manie montrée comme une vertu supérieure par les boîtes à imposition ... entendez télévision... voir au loin pour juger est imbécile, juger avant-même de réfléchir ne produit qu’UNE seule chose possible : la cécité. On ne peut voir correctement de quoi on se sépare.


      Si c’était le cas, si notre jugement était infaillible et pur... il n’y aurait qu’Adam et Eve sur terre, inutile d’être sept milliards pour se répondre et converser.

      Ce n’est pas le cas, nous devons donc considérer que le jugement ne nous sert strictement à rien en termes de communication ni de compréhension, il est un sécateur, c’est tout, comme le sabre du samouraï il doit rester dans son fourreau car s’il en sort une élément du vivant disparait. Le jugement est hautement assassin pratiqué en permanence.



      Il serait même totalement vain de discuter avec une personne prétendant l’inverse, car ce serait une personne qui se parle à elle-même se séparant continuellement du haut de son jugement ostentatoire.

      C’est bien la plaie de notre temps ce jugement supérieur qui voudrait se persuader qu’il est un autre tant l’habitude de combattre des démons, comme la jalousie, a été effacée de la nécessité des hommes. Alors que jamais peut-être la reconnaissance de cette nécessité n’aura été plus vitale.


      Mais nous parlons dans le vide, les animaux supérieurs sont parmi nous et on invite tout le monde à se rafraichir les méninges avec "Rhinocéros" de Ionesco pour comprendre les mécanismes qui transforment les hommes en ruminants cornés. Et y faire face au lieu de s’y plier chaque fois que la vague du temps se fait coercitive.


      Merci pour ce très bel article, un bel hommage à ce grand ami de l’humanité.


    • Eric Donfu eric donfu 27 novembre 2008 12:37

      Je tiens à présenter mes excuses aux lecteurs ainsi qu’à Claude Levi-Strauss sur la confusion entre Levy -Strass et Levi -Strauss qui figure dans le chapô de cet article. Cette erreur a été rectifiée sur le site www.lemarchedesseniors.com qui reproduit également ce texte.


      • Médiateur Médiateur 27 novembre 2008 13:12

        @Eric Donfu
        Ne serait-ce pas plutôt le texte que vous donnez en lien qui conserve la confusion entre Levi-Strauss et Levy-Strauss ?


      • Eric Donfu Eric Donfu 27 novembre 2008 13:22

        A "Médiateur"
        Non, le texte a été corrigé ce matin sur ce site spécialisé sur les séniors et l’âge.
        Le texte publié sur agoraVox - déjà bien repris sur google actualités - est bon, sauf le chapô, où la confusion sur le nom subsiste. Pensez-vous que celà puisse être corrigé ?
        C’est une erreur facile, car Levi s’écrit généralement Levy...
        Cordialement,
        ED


        • Médiateur Médiateur 27 novembre 2008 14:17

          Eric Donfu,
          J’avoue ne pas bien comprendre le problème. Vous voulez que Claude Levi-Strauss soit écrit de cette façon : "Levi-Strauss". Je ne vois pas où se situe la confusion dans le texte mis en ligne sur AgoraVox, puisqu’il n’y a qu’une seule version du nom Levi-Strauss dans le chapô et dans le texte qui suit.


        • Eric Donfu Eric Donfu 27 novembre 2008 14:55

          Merci, oui, maintenant tout est Ok,.
           


        • Eric Donfu Eric Donfu 27 novembre 2008 15:13

          La dimenssion litteraire et philosophique de Claude Levi-Strauss est -elle reflétée dans cet article ? Je le souhaite en tous cas, en tenant compte que "Triste Tropique" devait être un roman à l’origine, et en lisant certains hommages, cont celui-là dans le Monde daté 28 novembre de Jean-Marie Blas de Roblès,philosophe et écrivain. (Dernier ouvrage paru : Là où les tigres sont chez eux Zulma, 2008, prix du roman Fnac et Renaudot).
          " J’avais lu Lévi-Strauss en détail pendant mes études de philosophie, mais, cette fois, j’ai redécouvert l’aspect littéraire de son oeuvre, en plus de la qualité persistante de son travail scientifique, qui reste entièrement d’actualité. Il a encore grandi dans mon panthéon personnel, aux côtés de Michel Leiris et de son Afrique fantôme. J’ai été frappé par la beauté de son texte et par son maniement de la langue. De ce point de vue, son oeuvre est extrêmement différente des traités d’anthropologie habituels - c’est même un autre monde. " 


          • ymer ymer 27 novembre 2008 18:26

             Merci à l’auteur.
            Il serait légitime et profond que Claude Levi-Strauss puisse réagir lui même à ce beau voyage dans l’âge.


            • catastrophy catastrophy 27 novembre 2008 19:51

              On ne peut que saluer cet homme qui nous a fait en partie. 
              Son influence ne fait que commencer et le fil du linceul qu’il a tissé, comme celui des nazca ne devrait pas se casser de sitôt.


              • manusan 27 novembre 2008 21:36

                en hommage, j’ai mis un 501 ce matin.


                • sisyphe sisyphe 27 novembre 2008 22:41

                  Bon anniversaire à un grand homme, un grand sociologue, anthropologue, ethnologue, penseur, humaniste.
                  Qu’il puisse profiter encore de la vie, avant que son oeuvre l’installe dans l’immortalité.


                  • Pierre 28 novembre 2008 01:54

                    Je vous salue Claude Lévi-Strauss en cette centième année de votre vie, vous avez l’esprit généreux, noble et à la vue lointaine et profonde, votre diagnostique des maux qui défigurent notre Terre, en pillent les richesses et en déciment les êtres vivants est juste, et votre révolte devrait être contagieuse. L’état du monde aujourd’hui est effectivement un scandale, une honte universelle. 

                    A l’occasion de votre centenaire, je me permets de rappeler ce passage tiré de Mythologiques 3 (Plon, 1968, p. 422) :

                     « En ce siècle où l’homme s’acharne à détruire d’innombrables formes vivantes, après tant de sociétés dont la richesse et la diversité constituaient, de temps immémorial, le plus clair de son patrimoine, jamais, sans doute, il n’a été plus nécessaire de dire, comme font les mythes, qu’un humanisme bien ordonné ne commence pas par soi-même, mais place le monde avant la vie, la vie avant l’homme, le respect des autres avant l’amour-propre. »


                    • Eric Donfu Eric Donfu 28 novembre 2008 06:46

                      En ce jour anniversaire du 28 novembre 1908, vos messages et vos témoignages sont  justes et profonds. Ils accompagnent un hommage unanime  mais aussi un article un peu décalé, volontairement, car tenant compte de l’âge de cet intellectuel au parler vrai, n’ jamais goûté les hommages. Je pense cependant que le concert médiatique qui accompagne ce centenaire est utile à la conscience et à l’éveil collectif. Car pendre conscience de la fragilité du monde, de sa diversité, de ses langues et cultures, est moderne et même d’une urgence criante. Valoriser les sciences humaines aussi, c’est important alors que le CNRS semble devenir  l’ombre de lui-même.

                       

                      Même le  Jean’s 501, mis en hommage, est bien trouvé ! Car savez-vous qu’il fait indirectement référence à une anecdote citée par Claude Levi-Strauss lui-même ?

                       

                      Il raconte qu’une fois, aux Etats-Unis, une femme lui a demandé un autographe, qui lui fit de bonne grâce. C’est alors que la femme, flattée lui a demandé « Mais, pouvez-vous me dire, comment avez-vous eu l’idée de  cette fameuse toile bleue ? »  Il aimait citer cette anecdote,  avec une saine dérision, pour relativiser la notoriété d’un intellectuel, lui qui disait que le scientifique était surtout fait pour rechercher les bonnes questions.

                       

                      Dans le même esprit, en ce jour anniversaire,  je viens d’entendre ce matin dans le journal de 06 h de France Inter, l’extrait d’une interview de CLS réalisée à l’occasion de son 90e anniversaire, il y a dix ans : " Il n’y a aucune raison de célébrer une marche de plus descendue vers la déchéance physique et intellectuelle"... Commentaire de la journaliste, Patricia Martin " Il déteste que l’on célèbre ses anniversaires et ce n’est pas à 100 ans que ça va changer". Puis, « pas de chance pour lui, il aurait aimé fêter son anniversaire en toute discrétion »

                      Centenaire assiégé ? Cette déclaration, sonne juste avec ces quelques lignes d’hommage tranquille aux cimes de l’âge, à cette ascension en apnée au-delà d’un siècle d’existence.  « centenaire révolté, assiégé et célébré » Car chacun sait que l’esprit combatif de celui qui débutait « Tristes tropiques » par un désormais célèbre « je hais les voyages et les explorateurs » Centenaire révolté ai-je écrit. Cette vivacité d’esprit et ce ton rebelle sont ses meilleurs passeports de longue vie. Alors, oui, centenaire célébré, pour cet « immortel » qui signait aussi cette évidence trop négligée dans son premier ouvrage « Le monde a commencé sans l’homme et finira sans lui »…

                      ED


                      • ZEN ZEN 28 novembre 2008 08:45

                        Excellent papier

                        Ce grand bonhomme , dont j’ai eu le plaisir de suivre quelques séances de séminaire au début des années 70 et sur lequel j’ai fait un travail de maîtrise dans ma jeunesse , m’a toujours fasciné par sa capacité de rendre plus compréhensible ce qui nous est proche par l’observation du lointain
                        .
                        Il avait sur ce point, comme il le dit, beaucoup reçu de Rousseau, qui, dans son "Discours sur l’origine..." (les notes surtout) , développe des intuitions génialement visionnaires sur ce que pourrait être une meilleure connaissance de l’homme, abstraction faite de l’etnocentrisme.

                        Un cas rare dans l’histoire des idées :
                        "Claude Lévi-Strauss aura 100 ans le 28 novembre, ce qui lui a donné le temps d’inventer une troisième possibilité : avoir été considéré comme dépassé par quelques-uns, et être redécouvert de son vivant." (MC da Cunha)



                          • Senatus populusque (Courouve) Courouve 29 novembre 2008 10:19

                            Il est le seul à aborder le sujet tabou de la surpopulation mondiale.


                            • alberto alberto 29 novembre 2008 12:04

                              Il a abordé avec lucidité la nature de l’humain avec, je le pense, une regard désespéré sur l’évolution de la "civilisation" dominante, qui semble bien détruire la Nature dont nous sommes et dont sa destruction nous emportera aussi à l’évidence !

                              Cette désespérance est peut-être aussi une des raisons de son silence...

                              Et puis, j’ai pu constater, auprès de mes parents, qu’à cet âge rien ne vaut un petit matin aux doigts de rose, le reste étant inutile et bruyant.

                              Bien à vous.


                              • Hieronymus Hieronymus 29 novembre 2008 17:10

                                une note discordante au milieu de ce concert de louanges de thuriferaires

                                Levi-Strauss (Claude pour les intimes) m’a toujours fait l’effet d’un raseur indescriptible ..

                                indice sans doute de ma profonde inculture, ainsi je n’ai jamais ete foutu de lire le moindre de ses bouquins,
                                j’ai essaye "tristes tropiques" je n’ai meme pas pu finir un seul chapitre

                                preuve de mon insondable crasse, je suis absolument incapable de reconnaitre un grand esprit
                                pour etre encore plus brutal, le structuralisme m’apparait etre une grosse fumisterie
                                et je crois que ds un siecle, tout le monde s’en foutra ..


                                • ZEN ZEN 29 novembre 2008 17:32

                                  "indice sans doute de ma profonde inculture"

                                  Dans doute , puisque vous le dites...
                                  Le stucturalisme pour LS n’est pas un dogme, mais un paradigme(importé de la linguistique de Jacobson), une méthode d’analyse qui a abouti à une compréhension profonde des relations de parenté , par exemple, et à privilégier les relations dans les échanges sociaux de toutes natures

                                  Lisez donc Race et histoire , une suite de conférences pour le grand public , ensuite La pensée sauvage


                                • fouadraiden fouadraiden 29 novembre 2008 17:46



                                  on a le droit de ne pas "accrocher" voire d’être indifférents , mais avouons qu’il est difficile de trouver un esprit aussi "élaboré" que celui-là. le reste n’a aucune importance et sans doute que le structumachin est une fumisterie du siècle passé........c’est pas très grave.
                                  .


                                • sisyphe sisyphe 29 novembre 2008 18:00

                                  @ Hieronymus

                                  Ma foi, que vous ne soyez pas capable de lire Levi Strauss n’est dommageable que pour vous.
                                  Quant à vos conclusions tirées de la pensée d’un auteur que vous avouez n’avoir pas lu, vous conviendrez qu’elles ne présentent pas le moindre intérêt. 

                                  Et pour ce qui est de jouer les voyants, vous n’en présentez, manifestement, aucun don. 
                                  Vous auriez donc pu vous passer de votre intervention inutile. 

                                  Mais il n’est pas trop tard pour vous instruire ; sait-on jamais...


                                • easy easy 29 novembre 2008 18:25

                                  Comme Hieronymus, je trouve à redire sur l’oeuvre de ce personnage.

                                  Mais pour ma oart j’apprécie ses rélfexionx sur le structuralisme sauf que je ne pige pas du tout pourquoi il a utilisé la racine "structure" là où il aurait mieux fait, à mon sens, d’utiliser la racine "relation" ou "perspective" (pour : mise-en-perspectiive) ou ’’interaction"

                                  Un mot n’est pas à considérer isolément comme pourrait l’être l’atome mais plutôt dans un contexte donné. Or s’il est très pertinent de parler de la "structure" de l’atome (pris isolément donc) , il ne fallait pas utiliser "structure" pour parler de l’essence toujours contextuelle ou relative ou relationnelle ou intersubjective du mot. (surtout que l’étude de sa st’ructure interne n’offre que peu d’intérêt)

                                  Là où je trouve à redire c’est simplement sur le fait qu’il s’est retrouvé finalement le seul ou quasi seul anthropologue du Monde.
                                  Etre l’unique médium Mondial, issu d’une seule culture, pour un sujet aussi multi-culturel, ne peut aboutir qu’à un point de vue partial. Ce point de vue est très valable, mais il n’est que le point de vue, l’analyse d’un judéo chrétien,
                                  Nous devons considérer son analyse, mais nous devrions disposer de l’analyse de mille autres anthropologues issus de mille autres cultures.

                                  C’est du reste la même remarque que je ferais au sujet de Freud

                                  Alors que pour Darwin, je tolère mieux son unicité. J’imagine mal ce que d’autres observateurs, venus d’autres régions du Globe, auraient pu nous dire de très différent.


                                  C Lévi-Strauss est loin, très loin d’avoir passé quelques années avec les millers de peuplades ou ethnies qui composent notre Monde. D’autre part, comme beaucoup d’Occidentaux, il tenait à trouver LA Formule magique. LA Grille de lecture universelle. Il a donc recherché tout ce qu’il pouvait y avoir de commun, de partagé entre les quelques peules qu’il a recontrés. A ce jeu, on trouve, forcément quelques points communs. Mais rien ne prouve que ces points soient centraux pour chacun de ces peuples. Je pense en particulier au sujet de l’interdit de l’inceste

                                  Le "drame" c’est que ses conclusions ont servi de spot , de cristal, de base, à toutes les études postérieures du fait de la disparition à grande vitesse des diversités culturelles et des ethnies. Et cela, en même temps que son succès a -subjectivité faisant’- influencé les cultures restantes au point de les conduire progressivemen,vers LA Formule.

                                  C’est le coup des Peaux Rouges réitéré. Après quelques années de pollution par les Blancs, il est devenu possible de dire qu’ils sont souvent alcooliques, qu’ils aiment les armes à feu et les motos, qu’ils supportent la prison et les chaussures.serrées comme tout le Monde




                                • fouadraiden fouadraiden 29 novembre 2008 18:50


                                   vous avez mille fois raison, mais personne(enfin personne de censé) n’a dit que la discipline du monsieur est scientifique. donc forcement à prendre avec des pincettes.


                                   à qd des Chinois et des Noirs analysant des société occidentales avec leurs échanges des femmes , la mise en distance de leurs étrangers ....j’en ris déjà.


                                   c’est vrai ns souffrons du regard européen sur l’humanité.


                                • Hieronymus Hieronymus 29 novembre 2008 19:48

                                  Eh bien ca moinsse sec ?

                                  il ne fait pas bon sur AVOX aller contre la pensee dominante ..

                                  Et oui ZEN, heureusement qu’il y a des gens comme vous pour relever le niveau
                                  peut etre vous deviez vous de reagir en me voyant ecrire le mot "raseur" ?
                                  c’est, dirais-je, que vos interventions pour souvent pertinentes qu’elle soient
                                  ne sont pas de celles qui egaient specialement l’atmosphere et permettent
                                  de porter un regard plus joyeux sur le quotidien et le monde qui nous entoure
                                  a preuve ce masque de Thucydide qui "pose" tout de suite le personnage
                                  il est bien normal qu’entre "vieux sages" (vous et LC) on se la joue un peu ..

                                  Sisyphe vous avez parfaitement raison, je ne connais rien au sujet ou si peu
                                  mais que voulez vous, je suis par nature irreverencieux envers les puissants
                                  gens "reconnus", sommites de ceci ou de cela, je suis foncierement hostile
                                  a tout conformisme ds le monde des idees et deteste toute forme d’idolatrie
                                  ce qui m’a fait reagir c’est ce concert de louanges, ca donne la nausee ..
                                  et reconnaissez qu’avec moi au moins le debat s’est amorce
                                  les seules critiques un peu pertinentes de ce fil ne sont apparues
                                  que suite a mon post iconoclaste, il fallait bien "decoincer" quelque part ..


                                • easy easy 30 novembre 2008 07:02

                                  Fouadraiden,

                                  C L-S, un esprit élaboré. je veux bien.
                                  Mais, pas plus chez lui que chez n’importe quel autre "influenceur", je ne trouve des avertissements du genre "Attention mes chers lecteurs. Ce que je vous raconte c’est ce que je vois et interprète sur le terrain, en, première main donc, mais avec mon regard qui est un prisme à fort indice et avec des urgences toutes personnelles. 
                                  Alors, observez donc les choses directement pour vous faire votre propre idée sur elles à partir de votre propre prisme. A défaut, n’ayez jamais d’idées arrêtées sur ces choses que vous n’auriez jamais vues directement. Inspîrez-vous de regards des autres, s’il est de première main, mais ne les faites jamais vôtres"

                                  Car il est devenu une habitude, que dis-je une loi dans nos régions, d’apprehender les choses au travers une multitude de prismes médias (dont celui de la scolarité) Comme nous pratiquons tous cette intermédiation (ne serait-ce qu’au travers de l’exemple de ce topic sur un centenaire médiatisé) il en résulte certes un certain état de faits (par exemple, si Brad pète, il se produira le fait que 100 000 000 de personnes au moins vont en parler en rigolant) mais ces faits résultent plus de la mécanique médiatique et du panurgisme bien compris que de la nature de l’Homme.
                                  Sauf à ce que notre nature soit déjà devenue essentiellement médiatique et panurgique (la démocratie et ses nécessités de coaguler des masses autour d’un cristal en seraient une des causes, le travail industrialisé en serait une des autres causes. Cf Nietzsche le travail et la perte de l’individuum)


                                  Si des influenceurs à l’esprit aussi élaboré ne mettent pas d’abord en garde leur lectorat contre notre très mauvais habitude de ne saisir les choses qu’au travers du regard d’autrui, lequel n’est pas de première main non plus, c’est qu’ils sont plus narcissiques ou égocentriques que bons pères.


                                • Hieronymus Hieronymus 30 novembre 2008 12:13

                                  @ Pluto
                                  merci de vos aimables appreciations sur mes post
                                  helas je vis a l etranger et ne dispose que d’un clavier QWERTY
                                  pour parvenir aux accents francais, c’est une procedure fastidieuse
                                  de configuration de l’ordinateur, en plus les touches ne correspondent plus
                                  Resultat : depuis des annees j’ecris en Qwerty, lis et me comprends comme cela
                                  j’exprime mes regrets sinceres a tous mes lecteurs pour l’incommodation provoquee ..


                                • Christophe Christophe 30 novembre 2008 20:41

                                  @Easy,

                                  Un mot n’est pas à considérer isolément comme pourrait l’être l’atome mais plutôt dans un contexte donné. Or s’il est très pertinent de parler de la "structure" de l’atome (pris isolément donc) , il ne fallait pas utiliser "structure" pour parler de l’essence toujours contextuelle ou relative ou relationnelle ou intersubjective du mot. (surtout que l’étude de sa st’ructure interne n’offre que peu d’intérêt)

                                  Là où je trouve à redire c’est simplement sur le fait qu’il s’est retrouvé finalement le seul ou quasi seul anthropologue du Monde.

                                  A la vue de ce que vous exprimez, je ne pense pas que Claude Lévi-Strauss se soit trouvé isolé dans le monde. En France, sans doute, mais il me semble que l’anthropologie culturelle américaine a eu une influence prépondérante sur Claude Lévi-Strauss ; comme il y a un lien avec l’anthropologie sociale britannique.

                                  Les prémices du structuralisme ont été introduit par Ferdinand de Saussure en sémiotique ; nous retrouvons cette influence chez Charles Sanders Peirce en ce domaine.

                                  Concernant l’approche structuraliste, si il est isolé sur le sol français à cette époque (début du XXéme siècle), nous ne pouvons nier les influences de Franz Boas en anthropologie ni la défense qui corrélait l’approche de Lévi-Strauss en philosophie par le logicien Willard Van Orman Quine : Si le mythe des objets physiques est supérieur à la plupart des autres, d’un point de vue épistémologique, c’est qu’il s’est avéré être un instrument plus efficace que les autres mythes, pour insérer une structure maniable dans le flux de l’expérience. (De Vienne à Cambridge, Gallimard, 1980).

                                  Il fût tout autant soutenu dans l’approche par les linguistes anthropologues tels que Benjamin Lee Worf reprenant des idées introduites par Edward Sapir (élève de Boas). Côté britannique, en anthropologie sociale, le structuralisme a été intégré au fonctionnalisme (défendu en France par Durkheim) par Edward Evan Evans-Pritchard.

                                  Claude Lévi-Strauss est loin d’être le seul défenseur du structuralisme dans le monde. Aujourd’hui, même en France, nous ne pouvons écarter la réflexion de Claude Lévi-Strauss qui apporte des éléments essentiels à intégrer dans nos études des comportements humains.

                                  L’anthropologie a mis en évidence les relations entre les structures usuelles de communication (symbolique dont la langue est un élément) et les croyances d’une culture. Il ne faut pas dissocier les outils d’expression et les schémas mentaux permettant tant d’appréhender le monde qui nous entoure ou d’exprimer notre perception du monde (pour cela lire la pensée sauvage de Claude Lévi-Strauss qui est déterminant dans la relation entre symbolique et pensée).

                                  Les travaux de Claude Lévi-Strauss sont toujours présents dans ceux menés en sciences cognitives, surtout dans les analyses sémantiques qui reposent sur des schémas mentaux, appelés structures, circonscris dans des contextes précis.


                                • Bergame Bergame 30 novembre 2008 21:17

                                  @Easy

                                  Vous ne comprenez pas son utilisation du terme "structure" chez L-S parce que, tout simplement, vous ne l’avez sans doute jamais lu. Le structuralisme est une forme de holisme en sciences sociales, l’interactionnisme est plutôt une forme d’invidualisme méthodologique. Reprocher à L-S d’avoir choisi une option méthodologique plutôt qu’une autre n’a aucun sens -épistémologiquement- et le fait que vous préfériez l’autre ne regarde que vous. Mais dans la perspective qui est celle de L-S, soyez bien sûr que ce choix est justifié.

                                  Ce que L-S a trouvé n’est pas la centralité de l’interdit de l’inceste, cela est connu depuis bien longtemps. Ce qu’il a trouvé est une structure particulière qui préside aux relations de parenté dans des cultures extrèmement diverses. Et bien entendu, comme tout scientifique ou savant, il s’appuyait sur des recherches précédentes portant sur le même sujet. Non, bien sûr, il n’a pas eu à voyager dans toutes les cultures ou civilisations du monde...

                                  Bien évidemment, par la même occasion, que L-S n’est donc pas le seul anthropologue au monde ! Intéressez-vous un peu à cette discipline et vous découvrirez plein d’auteurs très très intéressants qui écrivent sur des choses passionnantes.

                                  Dernière erreur mais ça va devenir un peu compliqué : Le fait que L-S ait mis en lumière une structure identifique dans les relations de parenté -et qu’il ait tenté d’en identifier d’autres dans les mythes- n’implique pas que, selon son point de vue, toutes les cultures soient identiques ou tendent à s’identifier. Bien au contraire, L-S est plutôt un partisan de l’incommensurabilité des cultures, ce qui lui a été beaucoup reproché d’ailleurs.

                                  @christophe, revoyez vos chronologies, il y a quelques problèmes. Ce n’est pas L-S qui a influencé Durkheim, mais plutôt l’inverse -par l’intermédiaire de M. Mauss.
                                  Saussure est le fondateur de la linguistique, pas de la sémiotique. Et comme le dit Zen, c’est plutôt plus précisément à la phonologie de Jakobson et Troubetzkoï que L-S emprunte.
                                  L’analyse sémantique n’a strictement rien à voir avec le structuralisme, on pourrait presque dire que c’est son envers, comme le fond s’oppose (conceptuellement) à la forme.

                                  Et pour ceux qui se délectent de leur ignorance et la brandissent comme un étendard, qu’ils soient bien conscients que, certes, on a le droit de s’exprimer et de dire ce qu’on veut y compris à propos de sujets dont on ne connait rien, mais l’ignorance crasse et fière d’elle érigée en valeur positive, voila bien l’une des tares de notre époque.


                                • Christophe Christophe 30 novembre 2008 23:40

                                  @Bergame,

                                  revoyez vos chronologies, il y a quelques problèmes. Ce n’est pas L-S qui a influencé Durkheim, mais plutôt l’inverse -par l’intermédiaire de M. Mauss.

                                  Je ne pense pas avoir explicité que Durkheim avait été influencé LS, Durkheim me semble plus proche de l’école britannique qu’américaine ; c’était le sens de ma parenthèse, mais sans doute cela était-il peu explicite.

                                  Saussure est le fondateur de la linguistique, pas de la sémiotique. Et comme le dit Zen, c’est plutôt plus précisément à la phonologie de Jakobson et Troubetzkoï que L-S emprunte.
                                   
                                  En effet, j’ai fait un abus de langage, considérant que Saussure a proposé les bases de la sémiologie qui aboutira à la sémiotique de Peirce.

                                  L’analyse sémantique n’a strictement rien à voir avec le structuralisme, on pourrait presque dire que c’est son envers, comme le fond s’oppose (conceptuellement) à la forme.

                                  Il n’y a pas opposition me semble-t-il, mais continuité. La pensée (fond) se bâtit et se restitue par le biais des symboliques culturelles (forme), ce qui me semble correspondre à un facteur de liaison bidirectionelle indissociable entre le fond et la forme.


                                • easy easy 1er décembre 2008 12:42

                                  @ Christophe,

                                  Je me doutais bien qu’il allait surgir au moins un exégète ou un amateur éclairé pour dire que l’anthropologie ne se résume pas à C L-S et de nous faire un exposé de la diversité des sources d’inspiration.

                                  De même que pourrait surgir un psychanalyste pour nous prouver que Freud n’est pas l’Unique source.

                                  Il peut apparaître à un étudiant en anthropologie obligé d’engloutir des sommes que les influenceurs sont innombrables. Il est même possible d’affirmer que Jules Cesar, Bougainville, Yuan-Tsann, Hassan al-Wazzan et autres Marco Polo sont à compter parmi les contributeurs des sources de l’anthropologie.
                                  Mais il me semble que depuis le point de vue d’un non spécialiste qui se contente des bibliothèques communales, cette science, qui se veut pourtant multi et transculturelle, n’est éclairée que par une poignée de Blancs dont C L-S est la figure centrale. Alors qu’il apparaît au quidam que les sources des expressions culturelles comme la musique, la danse, le théâtre, la poésie, sont de tous les horizons et que nous sommes réellement en train d’en déguster aussi bien des purs jus que des cocktails .

                                  Holistique oblige, il est regrettable qu’il n’y ait pas beaucoup de Massaïs, de Mongols ou d’Inuits dans ta liste des maîtres de cette science.



                                • easy easy 1er décembre 2008 13:50

                                  @ Bergame,

                                  (J’aime beaucoup la ville de Bergamo)

                                  ""Vous ne comprenez pas son utilisation du terme "structure" chez L-S parce que, tout simplement, vous ne l’avez sans doute jamais lu.""

                                  Mauvaise hypothèse.


                                  ""Le structuralisme est une forme de holisme en sciences sociales, l’interactionnisme est plutôt une forme d’invidualisme méthodologique""

                                  Je ne saisis pas si dans cette assertion, tu fais ou non une opposition. Si tu en fais une, je ne comprends pas son intérêt alors qu’on préconise ici un regard aussi holistique que possible. Pour moi, holistique et interactionnisme se rejoignent complètement.



                                  "" Reprocher à L-S d’avoir choisi une option méthodologique plutôt qu’une autre n’a aucun sens -épistémologiquement- et le fait que vous préfériez l’autre ne regarde que vous""
                                  A mes yeux, le recours à la racine "structure" ne relève pas spécialement d’une option méthodologique mais plutôt d’une option cognitive. L’essentiel pour un chercheur c’est de chercher, d’analyser, d’édifier une hypothèse ou théorie et de sa faire comprendre (de tel ou tel cercle)
                                  Il se trouve que j’ai été imprégné par l’analyse de la "structure de la matière" sujet hautement parcellisant. Je n’arrive donc pas à comprendre qu’on puisse trouver judicieux de parler de "structure" quand on cherche à promouvoir un regard holistique.qui refuse précisément la division, l’atomisation.


                                  ""Ce que L-S a trouvé n’est pas la centralité de l’interdit de l’inceste, cela est connu depuis bien longtemps.""
                                  Ah bon ?
                                  Tu es sûr que les premiers chercheurs n’auraient pas trouvé ce qu’ils voulaient trouver ? Tu as lu des textes Mayas qui établissaient cet interdit comme étant aussi absolu qu’il l’est ici ?


                                  ""Ce qu’il a trouvé est une structure particulière qui préside aux relations de parenté dans des cultures extrèmement diverses""
                                  Dommage que tu ne nous précises pas de quoi il s’agit.


                                  . ""Et bien entendu, comme tout scientifique ou savant, il s’appuyait sur des recherches précédentes portant sur le même sujet. Non, bien sûr, il n’a pas eu à voyager dans toutes les cultures ou civilisations du monde... ""
                                  C’est précisément ce que je lui reproche tout en intégrant bien qu’il ne pouvait matériellement faire autrement. D’où ma critique précise sur le fait, qu’en bon père, il aurait dû nous dire à quel point son étude manque de connaissance de "première main". Il tait le défaut de qualité de ses sources.

                                  Les paléontologues, les archéologues qui ne théorisent que sur des bribes et des restes, me semblent souvent plus prudents et réservés quant à leurs conclusions et il est un fait que leurs théories sont régulièrement corrigées en approchant de plus en plus de la vérité.
                                  Au contraire et c’est ce que je considère comme "drame" de l’anthropologie, plus le temps passe et plus les sources pures disparaissent, plus les dernières affirmations d’imposent et plus on s’enfonce dans le faux.
                                  Si les volets les plus immatériels de l’anthropologie consistent à raconter ce que nous sommes devenus ici et là, Ushuaïa, Faut Pas Rêver, Les Simpson, Le 20 h, le Parisien, Gala et Thalassa font déjà la moitié du boulot.
                                  Si les volets les plus immatériels de l’anthropologie consistent à raconter ce que nous étions et comment nous avons évolué, c’est une science vouée à la faillite

                                  Un jour, nous serons en mesure de savoir combien de temps durait la copulation du T- Rex alors que nous ne saurons jamais plus comment se traitait la question de l’inceste et de la culpabilité chez chacune des milliers de peuplades qui ont composé l’Humanité (avant que les arpenteurs Blancs ne foutent leurs pieds partout).
                                  Et plus ça ira, plus nous devrons nous contenter des conclusions de C L-S, un homme imprégné de la tête aux pieds de notre culture judéo-chrétienne qui n’a pas eu - à a que j’en sais- la lucidité ou l’honnêteté de nous mettre en garde contre les limites de son étude.




                                • fouadraiden fouadraiden 1er décembre 2008 14:02

                                   @BERGAME


                                   vs êtes amusant à lire.


                                   vous nous dites à propos de l’inceste que L-S a trouvé une structure inédite ... vous pensez donc qu’on trouve ces choses comme on trouve des champignons rares au bois...


                                   qd on croit donner des leçons à la terre entière il faut être irréprochable dans le choix des mots.


                                • fouadraiden fouadraiden 1er décembre 2008 15:09

                                  @ easy 


                                   je crois avoir une réponse à votre question.
                                   
                                  L-S écrit pour un public "déterminé ", qui je pense partage avec lui la même culture. et je ne crois pas qu’il ait jamais pensé écrire pour ceux qu’il étudiait , ni même pour les Chinois.

                                   à l’époque où il écrit la mondialisation n’avait qu’un seul sens, celui de l’homme , pour reprendre votre qualificatif, judéo-machin.

                                   ce n’est tt de même pas de sa faute.


                                • Bergame Bergame 1er décembre 2008 15:14

                                  J’ai dit "une structure particulière". Eh bien oui, c’est effectivement ce qu’il a découvert, la structure logique, combinatoire, qui permet de rendre compte du fait que, dans une multitude de cultures différentes, tel homme doit épouser telle femme, et pas une autre. Et oui, on a pu dire que c’était l’une des rares découvertes en sciences sociales, au sens où l’on emploie le terme dans les sciences physiques et naturelles. Je ne vois pas où se situe votre problème ?
                                  Je ne suis pas un thuriféraire de L-S, je n’aime pas particulièrement le structuralisme, mais il faut bien rendre à Cesar, que voulez-vous. D’ailleurs, ensuite, ce que les uns et les autres ont fait du "structuralisme" est très discutable, et L-S lui-même, je crois, n’appréciait pas vraiment ce que devenait la méthode qu’il avait formalisée et expérimentée avec tant de rigueur épistémologique.
                                  Bref bref.


                                • easy easy 1er décembre 2008 18:31

                                  @ Fouaiderien,

                                  En effet. mais ce doit être vrai de la plupart des chercheurs-trouveurs, ils s’adressent généralement à un cercle donné (c’est pourquoi j’ai évoqué ce point)
                                  Posons donc que CLS , comme Freud, thésait pour un cercle de pairs.

                                  Le résultat c’est que leur cercle a explosé et c’est le Jacquouille moyen qui en suce la substance sans forcément avoir les prérequis permettant de placer les échelles, les distances, les réserves qu’il faut où il faut.

                                  Du coup, on se retrouve avec du régurgité de CLS à tous les étages des débats, de la cave au grenier en passant par les salons et les chambres closes. Et là-dedans, chacun de reprendre en choeur le dogme de l’inceste. "C’est un tabou universel. C’est pour que la tribu A s’ouvre à la tribu B, c’est pour apaiser les tensions interclaniques" On chante et on répète cela à l’envi san même se reposer la question de la validité qu’un tel principe lorsqu’il n’y a plus de tribu (Qu’on ne me dise pas que les gens de la tribu de la Muette envoient leurs filles se marier avec les gars de la tribu des Minguettes, ça me ferait trop rire)

                                  Alors d’une part ; la seule trouvaille de CLS serait d’avoir posé que l’interdit de l’inceste tenait davantage à un principe de pacification qu’à un principe de non consanguinité. Résumé, raccourci, réduit ainsi, c’est vrai que la grande oeuvre paraît soudain bien petite.
                                  D’autre part nous ne devrions pas faire nôtre ce principe sans rediscuter de ses fondements de ses justifications actualisées.
                                  Or je ne vois strictement personne partir par exemple de la thèse "pacificatrice" de l’illustre CLS et proposer qu’on examine pourquoi elle devrait perdurer ; En tous cas pourquoi l’inceste devrait être interdit de nos jours de manière aussi sévère, absolue, intransigeante, infamante.

                                  Il est par exemple très risqué pour une femme de plus de 40 ans de faire des gosses. Les femmes le savent et elles évitent. Et bien il n’est pas nécessaire d’interdire et de condamner les mères qui outrepasseraient les règles de prudence
                                  De la même manière, il y a des risques génétiques dans la relation incestueuse (risques qui augmentent au fur et à mesure que l’inceste perdure dans la lignée) Il suffit que les gens le sachent et évitent, tant que possible. Il n’est pas nécessaire de l’interdire comme c’est quasiment le cas de nos jours (même si la loi ne cite pas le mot inceste) de la pourchasser, de la stigmatiser. Surtout qu’il est devenu tout à fait possible d’avoir des relations incestuelles sans faire des bébés pour autant.

                                  Je trouve donc grotesque qu’on célèbre CLS alors qu’on est resté pétrifié devant le tabou de l’inceste. CLS ne l’aura en rien rendu plus vivant, plus adaptatif, plus évolué, plus souple, plus neuf

                                  Freud a bien plus secoué les idées, mais hélas, partant encore et toujours de mythes à substrat culpabilisateur, les vagues qu’il a soulevées sont restées lourdes, amères et schizophrénisantes


                                • fouadraiden fouadraiden 1er décembre 2008 21:03

                                   @easy,


                                  pas seulement ses pairs. c’est ne l’oublions pas un philosophe qui se met à l’ethnologie. il écrit en dialoguant avec tte la culture occidentale.rien de moins !

                                  c’était même devenu très chic de lire L-S pour le public judéo-machin.les autres ils s’enfoutent toujours.

                                  et je parie qu’ aucun Chinois au monde ou presque n’a jamais lu Tristes Tropiques.

                                   ET j’imagine des chinois anthropologues possibles .


                                  pour le reste , parfois il existe des petits problèmes qui nécessitent pour les résoudre une machine de guerre très sophistiquées , L-S c’est ça . ni plus ni moins.


                                   et comme vous je ne crois pas un seul instant que ns parvenonsà mieux comprendre les hommes en découvrant chez eux l’origine de l’inceste.

                                   


                                • fouadraiden fouadraiden 1er décembre 2008 21:19

                                   on ne découvre pas des structures.ça fait argument religieux.

                                  à la limite on les construit pour rendre compte d’une certaine expression du réel.


                                • Aafrit Aafrit 29 novembre 2008 17:42

                                  Il est des brigands de la pensée pressée qui ne comprennent pas dans l’immédiat ce que veulent dire les autres.

                                  Il est aussi des gens qui portent un regard calme sur des phrases ayant paru confuses auparavant qui serviront à reconnaitre aux auteurs l’avance sur leur époque.

                                  Il est aussi des auteurs ayant un style inaccessible et des lecteurs n’étant pas faits pour y accèder.

                                  De toute façons, il a pris son stéthoscope d’anthropologue il a fini par compter les battements du coeur de ce monde..et il a conclut que ce monde là va mal, très mal, cela doit suffire.. smiley

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