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Clôture et palmarès complet du 60e Festival de Cannes

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Dimanche 27 Mai 2007. Le mistral s’est levé, soudain. Dernière journée du festival. Dernière projection. Derniers rayons du soleil. Après l’effervescence, son évanescence. J’ai l’impression pourtant encore que cela durera toujours : la musique environnante, incessante, qui rythme mes pas et cœur légers de festivalière aguerrie à l’insouciance, ou à la feindre jusqu’à y croire, la musique qui me donne l’impression d’avancer dans un ralenti langoureux, d’être la protagoniste mélancolique d’un film de Wong Kar-Wai, forcément envoûtant, d’une autre blueberry night, la musique qui enivre et ne laisse plus le temps de penser qu’un jour, peut-être proche, cela se terminera, il le faudra bien, la musique qui magnifie l’irréalité cannoise, la musique qui donne l’impression que Cyd Charisse et Fred Astaire vont surgir et esquisser quelques pas de danse sur le tapis rouge, la musique qui me donne envie d’esquisser quelques pas de danse à mon tour, la musique qui ne parvient néanmoins pas à me faire oublier les objectifs braqués sur le tapis rouge qui m’en empêchent, dans un sursaut de conscience, la musique de U2 souvent, réminiscence d’un moment magique de ce festival, With or without you, protagoniste d’un film de Winterbottom peut-être finalement, la musique qui ne parvient pas à dérider tous les festivaliers, ceux toujours énervés désabusés, harassés, blasés, aveuglés par leur suffisance, masque de leur frustration d’ignorés des flashs dont ils auraient aimé qu’ils les aveuglent, eux, les déjà aveuglés, la musique qui réunit les aveugles de toutes sortes, dans un tourbillon euphorisant. L’impression que la musique, heureusement, ne se taira jamais donc, l’impression que les journées s’achèveront toujours par des projections dans le Grand Théâtre Lumière, ou qu’elles ne s’achèveront pas même, puis par une cavalcade, souvent effrénée, malheureusement rarement sincère, d’applaudissements, par des déambulations sur la plage, toujours en musique évidemment, par une frénésie insatiable d’images, de découvertes cinéphiliques, de bruits et rumeurs, de fêtes, et l’illusion que tout cela est la réalité, immortelle, l’impression présomptueuse de l’être, qu’aujourd’hui et demain ne meurent jamais, la musique qui précède la cérémonie de clôture, qui précède le silence, la tension, le temps de réaliser que je suis dans cette salle où dans quelques secondes s’écrira une page de l’histoire du cinéma, la dernière page de ce 60e anniversaire surtout, page si dérisoire et essentielle, là où le dérisoire et le futile, l’espace de quelques jours, se sont transformés en essentiel. Faire taire la nostalgie qui pointe son nez, que dis-je, son cap, sa péninsule, repenser à la musique qui n’en laissait pas le temps, et surtout écouter Diane Krüger, hésitante, solennelle, gênée par son rire nerveux, probablement doublement angoissée puisqu’elle est à la fois la maîtresse de cérémonie et une des actrices principales du film de clôture : « L’âge des ténèbres » de Denis Arcand.

Cannes, déjà dégrisée, déjà ailleurs, déjà au lendemain, déjà au 61e, est bien morne en cette soirée de clôture. Elle est déjà bien loin l’atmosphère festive du dimanche 20 mai, fête d’anniversaire de ces 60 ans. Jamel Debbouze tente l’impertinence avec un succès relatif. Alain Delon réussit à émouvoir de sa belle et charismatique audace, sursaut de magie dans une salle qui en a connu tellement, qui n’en est jamais rassasiée, qui s’en galvanise, pour prolonger encore un peu la musique puis, après les 25 secondes d’applaudissements pour Romy Schneider qu’il a demandées, il annonce le prix d’interprétation féminine pour l’actrice de Secret Sunshine, la Coréenne Jeon Do-yeon aussi inconnue que son homologue masculin primé pour Le Bannissement, le Russe Konstanton Lavronenko dans un film qui, pour sa réalisation magistrale, aurait mérité le prix de la mise en scène. Je précise que je n’ai pas vu trois des films figurant au palmarès d’où leur absence dans mes pronostics, dont Lumière silencieuse du Mexicain Carlos Reygadas, prix ex aequo du jury avec Persepolis film d’animation de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud, satire du régime iranien, que je n’ai pas vu également.

58781468d4ba2956a9815b7e3e7035c6.jpgL’annonce du palmarès se poursuit : le Festival de Cannes, plus que jamais fenêtre ouverte sur le monde, récompense cette année essentiellement le jeune cinéma, le cinéma d’auteur... et d’inconnus. Le scaphandre et le papillon reçoit le prix de la mise en scène, lueur d’espoir malgré son sujet âpre, hymne au pouvoir de l’imagination, de la création artistique, bijou de poésie, de dérision et de grâce. (J’y reviendrai dans une critique).

Le reste du palmarès laisse de côté les habitués du festival et le cinéma américain (à l’exception du prix du 60e attribué à Gus Van Sant pour Paranoïd park dans lequel on retrouve la marque du cinéaste : plans séquences, même scène vue sous un angle différent, plans de dos...mais qui n’arrive pas à la hauteur de Elephant et Gerry. Dommage que ce prix n’ait pas été attribué à Wong Kar-Wai, peut-être par ce prix le jury a-t-il souhaité contenter le cinéma américain alors que le cinéma asiatique figurait déjà largement au palmarès, le Festival de Cannes est autant affaire de diplomatie que de cinéphilie...)

Jane Fonda se prend pour Marilyn Monroe et confond Gilles Jacob et Kennedy en susurrant un « happy birthday president » (Ah bon c’est Gilles Jacob qui a 60 ans ?) puis elle annonce la palme d’or attribué à 4 mois, 3 semaines et 2 jours du roumain Cristian Mungiu.

Les lauréats et les remettants reviennent sur scène, après quelques timides applaudissements. Puis, déjà, on démonte la scène pour projeter le film de clôture. Cela se termine, toujours brutalement.

Je m’éclipse. Je ressors du Grand Théâtre Lumière, pour la dernière fois cette année, encore grisée malgré tout, de cinéma, de 12 journées intenses, entre cinéma et réalité, de réalité très cinématographique, d’un cinéma très réel aussi. Je suis surprise de constater qu’il fait encore jour, ce rêve-là n’était pas nocturne, surprise que les passants avancent à un rythme normal, ni au ralenti, ni en accéléré. C’est terminé, je marche toujours au ralenti, vraiment.

Dimanche 27 mai 2007. Le mistral s’est levé, le soleil imperturbable de ce 60e festival s’est discrètement éclipsé mais le vent n’a pas tout balayé : les souvenirs, de vie et de cinéma, les illusions retrouvées, la passion, toujours et plus que jamais vivace et irrépressible pour le cinéma et la vie qu’il sait si bien retranscrire, traduire, sublimer, refléter, défendre, moquer... même lors de cette soixantième édition dont les films étaient pour la plupart empreints de douleur (douleur du deuil souvent, douleur de la misère sociale, douleur de la séparation, douleur résultant d’une situation politique)...et empreints de beaucoup d’espoir malgré tout. Quelques minutes plus tard, des applaudissements spontanés, effrénés ET sincères résonneront dans le restaurant d’un grand hôtel cannois où je me trouve et où Julian Schnabel vient de faire son apparition. Ultime sursaut de magie cannoise. Celle-là, elle ne s’éclipse jamais tout à fait. J’applaudis à mon tour. J’applaudis : son prix, l’émotion que m’a procuré ce film bouleversant, poétique, j’applaudis la fin du festival, j’applaudis ce dénouement rêvé et pourtant réel.

Je vous laisse avec le palmarès : d’autres aventures, cinématographiques et scénaristiques, m’attendent.

2b9f4a8be6c92b89e284e5d243e2e37b.jpgPALMARES DU 6Oe FESTIVAL DE CANNES

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Palme d’or  : "4 luni, 3 saptami si 3 zile" réalisé par Cristian Mungiu

Grand prix  : "Mogari no mori" réalisé par Naomi Kawase

Prix du 60ème anniversaire  : Gus Van Sant pour "Paranoïd park"

Prix du scénario  : Fatih Akin pour "Auf der Anderen Seite"

Prix de la mise en scène  : Julian Schnabel pour "Le scaphandre et le papillon"¨

Prix d’interprétation masculine  : Konstantin Lavronenko dabs "Izganie" de Alexandrev Zviaguintsev

Prix d’interprétation féminine  : Jeon Do-yeon dans "Secret Sunshine" réalisé par Lee Chang-dong

Prix du jury  : "Persepolis" réalisé par Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud et "Stellet licht" réalisé par Carlos Reygadas

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Palme d’or du court métrage : "Ver Llover" réalisé par Elisa Miler

Mention spéciale court métrage : "Run" réalisé par Mark Albiston

Mention spéciale à "Ah Ma" réalisé par Anthony Chen

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Caméra d’or : "Meduzot " réalisé par Etgar Keret et Shira Geffen présenté dans le cadre de la semaine internationale de la critique.

Caméra d’or-mention spéciale : "Control" réalisé par Anton Corbun présenté dans le cadre de la quinzaine de la réalisateur.

Prix Un Certain Regard : California dreamin’ réalisé par Cristian Nemescu

Prix spécial du jury Un Certain Regard : Actrices réalisé par Valeria Bruni Tedeschi

Coup de cœur du jury Un Certain Regard : Bikur Hatizmoret réalisé par Eran Kolirin

Prix de la critique internationale  : 4 mois, 3 semaines et 2 jours de Cristian Mungiu

Prix Fipresci dans "Un Certain Regard" : La visite de la fanfare d’Eran Kolirin

Prix Fipresci dans la Quinzaine des réalisateurs et la Semaine de la critique  : "Elle s’appelle Sabine" de Sandrine Bonnaire

Cinéfondation :

Premier prix  : "Ahora todos parecen contentos" réalisé par Gonzalo Tobal

Deuxième prix : "Ru Dao" réalisé par Chen Tao

Troisième prix ex-aequo : "A reunion" réalisé par Hong Sung-Hoon et Minus réalisé par Pavle Vuckovic

Cette note a aussi été publiée sur In the mood for Cannes


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