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Coups de coeur d’automne (II) : Hildegard Von Bingen par Per-Sonat

On ne présente plus la mystique Hildegard von Bingen (1098-1179) depuis que l’Ensemble Sequentia en a magistralement enregistré une intégrale établie sur plus de 30 ans. Ensemble dont Sabine Lutzenberger fait partie : elle est donc ici en terrain bien connu et parfaitement maitrisé, choisissant d’être accompagnée de la vièle de Baptiste Romain.

Dixième enfant d’une famille noble, Hildegard - surnomée « la Sybille du Rhin » - est confiée à l’âge de huit ans par ses parents au couvent des bénédictines de Disibodenberg comme ‘oblata’ (don à dieu pour une vie spirituelle). Le 1er novembre 1112, elle est cloîtrée de son propre gré dans une tour du couvent habité depuis 1108 par des moines bénédictins. Au fil des années menées d’une vie ascétique et accompagnées de visions, la cellule est devenue un couvent de femmes et c’est en 1136 que Hildegard est élue abbesse de sa congrégation.

Elle fonde et dirige l’abbaye de Rupertsberg près de Bingen sur le Rhin où sont accueillies en priorité des jeunes femmes nobles. Outre ses écrits religieux, on garde d’elle une correspondance avec le moine cistercien Bernard de Clairvaux qui défendra ses messages et ses visions face au pape Eugène III lors du synode de Trèves en 1147/48. Alors que l’on aurait pu penser à une canonisation après sa mort, une initiative dans ce sens ne fut prise que l’année dernière par Benoit XVI : son inscription au martyrologue romain est à dater du 10 mai 2012. Elle peut donc être vénérée à titre de sainte dans toute l’Eglise sans canonisation formelle.

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Ce disque nous confronte au Codex de Dendermonde, datant de1175. Il fut écrit au scriptorium de l’abbaye de Rupertsberg sous la supervision d’Hildegard elle-même. Hildegard était présente à l’abbaye cistercienne de Villers-la-Ville en Belgique où elle donna le manuscrit en cadeau aux moines de l’abbaye. Les siècles passant, le manuscrit passe de Gembloux à Afflighem pour terminer à la Sint-Pieter en Paulusbasiliek, faisant partie de l’abbaye de Dendermonde. Le codex contient 56 chants d’Hildegard sous le nom « Symphonia harmoniae caelestium relevationum ». Ce n’est pas un Codex homogène comme un antiphonaire ou un graduel mais plutôt une suite d’ajouts textuels et musicaux chantés aux offices des Heures et aux messes.

Considérant la forme et l’apparence des neumes, il n’y a pas de doute que ceux-ci sont une forme ancienne de la notation allemande du plain chant sur une portée de 5 lignes, chronologiquement entre les neumes de St Gall et les neumes gothiques. Les clés d’ut et de fa donnent ici des indications sur les hauteurs de son. Ainsi, la ligne d’ut est marquée en jaune et la ligne de fa en rouge. Ce qui explique et rend visible sur le plan graphique les intervalles de demi-ton do-si et fa-mi. Parallèlement d’autres neumes contiennent des ligatures afin de souligner le besoin d’ornementations, de changements de hauteurs ou de signes pour le vibrato emphatique sur une hauteur de son.

Voici le folio 153r - le premier du codex - avec l’antiphon O magne Pater, que vous pouvez écouter parallèlement dans la vidéo en bas de page. Vidéo qui intègre aussi à la suite le Responsorium Ave, Maria, o auctrix vitae dont le début et ses mélismes sont visibles à la fin du folio ci-dessous : 

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Les mélodies monodiques ont recours ici aux modes ecclésiastiques sous formes authentique (aspirant mélodiquement vers le haut) et plagale (paraphrasant la fondamentale) dans un seul et même chant. Ce qui est contraire à la tradition requérant un seul mode ecclésiastique. On obtient ainsi un élargissement l’espace tonal. De plus, Hildegard caractérise elle-même ses chants de « cantus et melodia », ce qui signifie que les textes peuvent exister sans mélodie. En effet, si l’on a vu qu’elle pouvait illustrer bien des aspects d’un même texte à travers l’alternance des modes ecclésiastiques, elle liait aussi mot et musique en prenant des libertés quant à l’ambitus. Quelques-unes de ses compositions ont une étendue qui dépasse les deux octaves, comme dans l’antienne aux apôtres « O lucidissima apostolorum turba » (plage 9), alors que le chant liturgique de l’époque, à en croire les traités musicaux de son temps, devait s’articuler sur une octave. Ceci laisse supposer qu’Hildegard disposait dans son abbaye de chanteuses virtuoses.

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Sabine Lutzenberger et Baptiste Romain construisent à partir de ces 11 pièces et 1 improvisation un parfait écrin. Vielle, lyre et cloches viennent ponctuer un discours sans faute grâce à la voix mature et agile de la soprano. Ecoutez ces mélismes parfaitement maîtrisés (« Ave Maria » ci-dessous), ces improvisations toujours inventives ; c’est en quelque sorte un hymne au chant médiéval, une synthèse de tous les apprentissages que Sabine Lutzenberger a pu rencontrer au fil de sa carrière.

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Hildegard Von Bingen (1098-1179) :

 

I. Antiphon O Magne Pater (f. 153v)

II. Responsorium Ave, Maria, O Auctrix Vitae (f. 153v-153r)

Ensemble Per-Sonat

Sabine Lutzenberger : soprano & cloches

Baptiste Romain : vièle

Album “Kiss of Peace : Songs from the Dendermonde Manuscript”, 2013 Christophorus


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