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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Création et Internet, la noosphère de demain

Création et Internet, la noosphère de demain

La majorité, ayant repoussé la nouvelle motion socialiste sur la licence globale, lors de la 2ème journée d’audition du 12 mars, portant sur le projet de loi Création et Internet, toujours passionnée en pourparlers, une tierce voie médiane pourrait être intéressante à envisager. La licence globale, seule, n’offre pas de moyens de mieux réguler le trafic, de plus en plus coûteux en bande passante pour les FAI. En raison parfois d’un mauvais usage du P2P de la part de l’abonné, gourmand en téléchargement et disposant d’une connexion à très haut débit, la qualité de service desservie pour les autres abonnés finit par en souffrir. D’autre part, bien que prévue en contrepartie par la rétribution forfaitaire, la licence globale – universelle ou optionnelle – n’offre pas non plus de garanties suffisantes en ce qui a trait aux quantités d’œuvres numériques téléchargées – effectives – au prorata de la demande. C’est là que le bât blesse. Car il s’agit de la fameuse rétribution forfaitaire que les ayants droit, les studios auront à se répartir suivant ces données statistiques, à l’instar des cotes d’écoute du monde télévisuel...
Est-ce que l’homme a été fait pour le Sabbat ou le Sabbat pour l’homme ? Ce passage de l’évangile considère l’éternelle question de la place l’Être au sein d’un univers phénoménal l’ayant engendré, ou à l’inverse, engendré par ce premier. La création est-elle le fruit d’une conjonction fortuite de phénomènes exogènes, qui au fil du temps ont donné naissance à une vie organisée, capable de s’élever vers la conscience de son sens existentiel ? Ou, tout cela résulte, comme le postule l’approche hindouisme, d’une projection créative, la maya de nos mondes intérieures, destinée ainsi à nous explorer nous-mêmes par ce processus réflexif ? N’éclaire-t-elle pas sous un jour nouveau l’Arbre de la connaissance de la Genèse biblique ? Une chose demeure certaine, à l’Être s’oppose l’avoir. Une opposition non pas au sens de dualité, mais au sens d’une complémentarité par laquelle la lueur de la conscience progresse dans l’univers connu. À l’activité conscience vient se greffer le champ de la pensée, une instance indispensable de la psyché en mesure de cartographier, d’inventorier le flux brut de la perception, en une représentation. De ces cartes de l’esprit que tente d’appréhender la linguistique par l’usage des symboles, des lettres, assemblant par la suite des mots, puis des phrases, prend essor une culture.
 
L’Être culturel, qui n’est pas plus important que l’Être sensoriel par la plante, ou l’Être émotif par l’animal, puisqu’ils sont à la base, les ancêtres de ce premier, évolue non seulement dans un biotope exogène, mais exploite un « bio-sphère » endogène. Une biosphère de nature archétypale. Le précepte selon lequel ce qui se conçoit aisément s’énonce clairement laisse implicitement sous-entendre l’existence de l’idée avant sa formulation, son implémentation culturelle, étant elle-même enfant du temps et de l’espace. La préexistence platonicienne d’un univers nouménal relativement au phénoménal, dans lequel puise l’Être culturel, revient à parler de la virtualité de l’idée, de sa délocalisation par rapport au continuum espace-temps. La délocalisation de l’univers psychique, où évolue ce monde des idées, traverse les portes du phénoménal à travers n’importe quel point de l’espace et du temps. Un point que d’aucuns pressentent par ce vide déguisé, en raison de la tromperie de nos sens, comme l’origine du point zéro, où repose le potentiel d’une énergie infinie. Par le jeu de l’expansion d’échelle, qualifiée de Big Bang, depuis l’univers subquantique, l’Être a pu revêtir toutes les enveloppes macrocosmiques par la métamorphose des différents règnes de la Nature. En partant des étoiles, matrices de l’Être vibratoire matériel, celui-ci est passé par le photo-sensitif végétal puis l’émotif animé, jusqu’à percer la couche de la sphère de la pensée structurée, dite rationnelle. 
 
L’existence de la noosphère de Teilhard de Chardin (1881 1955), exploite une idée simple, fondée sur l’analogie d’une sphère exogène vitale commune, que se partagent des êtres biologiques d’une biocénose : le monde des idées est trans-personnel. Si une idée se formule culturellement dans une individualité, elle ne lui appartient pas en propre. Pour que cette première soit communicable et appréhendable, il est nécessaire qu’elle préexiste en tout un chacun, à son état latent. En somme, si il y a des formateurs ou sculpteur d’une idée, devenant une œuvre littéraire, scientifique, musicale, architecturale, etc., un contemplateur de cette même idée doit également exister pour en jouir et motiver sa raison d’être, lorsque celle-ci est rendue sensible, soit culturalisée.
 
Le développement de la mécanique quantique, notamment en ce qui a trait à la singularité de son intrication par le fameux chat de Schrödinger, a donné lieu à deux théories antagonistes tentant de justifier le phénomène de la décohérence. Une décohérence par laquelle surgit mystérieusement l’univers macrocosmique. Selon Eugène Paul Wigner (1902 1995) la conscience, comme le formule très précisément le bouddhiste, forme la perception. En d’autres termes, la forme est vide en elle-même, ce sont les forces subconscientes - liées aux mémoires, au bagage culturel - qui lui donnent une puissance vitale projective. Ces mémoires de la forme constituent le fantôme à l’œuvre, évoqué en tant que champ morphogénétique par Rupert Sheldrake, vivant sous le seuil de la perception. Ce fantôme, ou esprit de la forme, donne un visage, un contour au monde selon le niveau de perception ; il intervient dans le processus de la décohérence pour devenir un macrocosme projectif, inhérent au règne d’appartenance. Aux antipodes de cette première hypothèse unissant sujet et objet dans l’acte d’observation de Wigner, Hugh Everett (1930 1982) voit dans cette décohérence le déploiement d’univers parallèles : à chaque instant du macro-monde, une prolifération de convergence infini d’univers parallèles et indépendants les uns des autres, voit le jour. Une chose cependant demeure certaine, en deçà de la limite de Planck, l’espace et temps s’effondrent, disparaissent comme par enchantement. Le concept d’un univers transcendant le nôtre devient une hypothèse plus que probable. Probable, dans le sens que de ce rien perceptif et imaginaire émerge ex nihilo une totalité contenue dans une unité adimensionnelle par le point, d’où le phénoménal a pu s’extirper. Cet univers transcendant, qualifié de royaume des cieux dans sa traduction liturgique, ne peut avoir nulle autre existence qu’en nous-mêmes.
 
La mission de l’art au sein de la société est donc d’éveiller, ce qui déjà immanent dans le peuple. Le formateur d’une idée possédant des facettes neurosensorielles - visuelle, auditive ou plus mentale à travers l’approche littéraire ou plus scientifique -, n’est en rien le détenteur de cette idée, préexistante au-delà de l’espace-temps. Une idée s’exprimant par exemple dans une œuvre musique ou cinématographique, ne devient vivante que dans l’esprit du contemplateur. Ainsi, ce que nous appelons dans le langage courant, la création, revient à parler d’un acte de formation. Un tel constat s’applique à l’acte de procréation. Une progéniture tant qu’elle n’a pas atteint son stade de maturité reste à proximité de son cercle familial ; à sa majorité, devenue indépendante, elle le quitte, afin de se réaliser elle-même dans l’existence.
 
De tels fondements philosophiques méritent d’être soulevés, lorsqu’il s’agit de légiférer en matière de conception sur ce cyber-transmetteur de la conscience collective, que constitue de nos jours l’Internet. Le monde d’aujourd’hui emprunte les voies de la virtualité qu’implémentent des circuits électroniques de transmission, tout à fait assimilables à l’espace nouménal de la noosphère. Ils ne sont que le prolongement à la fois analogique et logique - le temps que les donnés transitent par l’interface informatique -, d’un système nerveux global et planétaire. Si le media, ce support du flux informationnel, ne constitue pas un droit fondamental, le champ culturel dans lequel l’Être humain d’aujourd’hui évolue, l’est. Sous-estimer un tel lien, lorsqu’il est question d’une coupure au réseau à des fins coercitifs, reviendrait à couper un cordon ombilical chez de jeunes internautes - pouvant être plus fragiles que d’autres -, pour lequel l’Internet constitue le reflet de leur espace psychique en développement. Il est important de prendre conscience, que la jeune génération du cyberespace accorde une toute autre valeur à cette interconnexion mondiale que la génération en charge de la légiférer ; celle-là même qui débat actuellement sur les bancs de l’assemblée nationale française. 
 
D’un autre côté, il est normal de trouver des modèles économiques visant à promouvoir la création, selon notre réalité sociologique d’aujourd’hui. Tout d’abord, promouvoir la création, ce n’est pas pencher systématiquement du côté des maisons de production - des majors -, aspirant inlassablement au profit. Le but principal de ces derniers est de fracasser du record en marges de profit, encore fondé sur l’unité du support physique (CD, DVD, HDVD, etc.). Cette position est encore issue de l’ancien modèle antérieur à l’ère du numérique. Et leur marge bénéficiaire est acquise sur le dos leur poulain favori, de leur poule aux œufs d’or, autour duquel gravitent les ayants droit. Dans le cybermonde, tout est à réinventer du point de vue du modèle de rétribution. La croyance en l’ancienne pratique commerciale, héritée du monde physique, est telle, que des lobbyistes à la solde des majors, proches des cercles du pouvoir, n’ont aucuns scrupules à suggérer des mesures légales draconiennes. Des mesures, dont ils ne mesurent pas encore pour le moment la portée et les impacts psychosociaux à venir, tant ce tsunami des hérétiques téléchargeant sur Internet est devenu puissant, redistribuant les règles du marché conventionnel. Suite à cette évolution, il est essentiel d’établir un véritable dialogue, qui ira dans le sens du courant plutôt qu’en contresens ; essentiel sera-t-il pour les enjeux du futur, permettant de satisfaire chacune des parties. D’autre part, l’approche manichéenne opposant le vilain pirate téléchargeur au concepteur de contenu, devrait être abolie, pour se fondre dans ce milieu culturel de l’idée impersonnelle, enrichissant la noosphère. Ceci semblera sans l’ombre d’un doute un peu naïf et idéaliste, mais les analogies les plus simples cachent souvent de profondes vérités essentielles : l’espace culturel est vital pour l’Être humain, pour l’équilibre de sa psyché, n’en déplaisent à certains. Autrement dit, la dimension culturelle de l’être humain est un droit fondamental ; il ne devrait pas être sujet à autant de spéculations visant à faire passer le facteur économique au premier plan ; il n’est pas à vendre. Il y va de sa santé, conçue comme une globalité psychosomatique.
 
En restant dans cette définition précise de l’internaute téléchargeant pour son usage personnel du contenu partagé par toute une communauté, en raison principalement des contraintes imposées par le protocole P2P, sans chercher à en tirer profit, il ne saurait être question de piratage. Au contraire, le téléchargement d’une œuvre est une énergie motrice en demande, au même titre qu’une valeur boursière, dont les maisons de production auraient avantage à tirer parti. Et comme le font remarquer judicieusement certains, cette jeune génération délinquante, qui implique 64 % de la tranche 18-25 ans, selon le sondage de l’institut TNS-Sofres-Logica du 9 mars, ne que démontrer en fait un marché inadapté pour ces nouveaux consommateurs. Un gouvernement au service de sa population, soit une démocratie, devrait donc se soucier de répondre aux nouvelles exigences de l’air du temps, plutôt que de tenter de les réprimer. Les soixante-huitards ne devraient pas avoir de peine à comprendre ça. À l’instar des arts martiaux, si les majors mettaient en pratique certains préceptes des arts martiaux, principalement gouvernée par l’approche taoïste du monde du Yin et du Yang, ils y gagneraient en temps et en argent. Il suffirait d’exploiter cette cinétique naturelle de leurs opposants pour trouver de nouvelles sources de revenus, plutôt que de riposter à leur encontre. En dépit de moyens faramineux mis en œuvre, toute riposte ne fait que rendre plus virulent l’adversaire, dont on veut, au fond, s’en faire un allié. Notamment dans ce contexte socioculturel, où le volet économique tente d’y trouver son dividende.
 
En admettant que la loi Création et Internet soit finalement adoptée, telle que rédigée, il est fort possible que la machine de guerre, consistant à envoyer 10 000 courriers électroniques par jour, finira, dans un premier temps, par en dissuader un nombre suffisamment important, pour atteindre les 70 à 80 %, selon les estimations. Mais, bien vite, soutenue par une communauté riche en programmeurs, rompus au langage de bas niveau (langage machine, assembleur - lié au processeur propriétaire), une parade sera trouvée afin de contourner le fameux dispositif anti-piratage. Nous parlons de celui qui est censé être installé sur des ordinateurs, visant soi-disant à attester que l’internaute est au-dessus de tout soupçon de téléchargements illicites. Ce sont ces mêmes petits (ou grands) génies qui façonnent quotidiennement des virus, des vers, des spywares, des chevaux de Troie, etc., à n’en plus finir. Alors qu’une illustre compagnie, hyperspécialisée dans le domaine, comme Microsoft investit à coups de centaines de millions de dollars US annuellement dans la sécurisation de ses données propriétaires, celle-ci peine toujours à endiguer les conséquences dévastatrices de ces légions de « malwares » produites quasiment quotidiennement. Elle doit mettre régulièrement à disposition des internautes des correctifs, pour la grande majorité des internautes qui exploitent son OS (Operating System) de l’heure. Les dispositifs de contournement, circulant à vitesse-lumière sur Internet, finiront par regagner les internautes, autrefois délinquants, ayant opté par prudence pour la survie de leur connexion ; ces derniers feront alors de nouveau appel aux nouvelles techniques de masquage qui auront fait à ce moment-là leur preuve. Les 70 à 80%, qui auront fait les heures de gloire de la jeune Hadopi, seront de nouveau perdus, et la population de téléchargeurs renégats reviendra tôt ou tard à son quota initial, exploitant des techniques d’avant-garde underground de l’heure. Pire, certaines de ces nouvelles techniques pourraient incriminer, par usurpation, des internautes respectueux et innocents, dont l’adresse IP se retrouvera dans les filets du relevé mensuel des contrevenants de la Haute Autorité. Certaines techniques permettent, en effet, de modifier, à même les paquets d’en-tête de contrôle UDP et TCP, l’adresse initiale de l’expéditeur.
 
La licence globale, seule, ne régule pas le trafic, de plus en plus coûteux en bande passante pour les FAI, en raison de certaines pratiques anarchique du P2P, dues à la haute et à l’ultra vitesse de transfert. Tels des bolides surpuissants entre des mains trop fougueuses, les affaissements et accidents de réseau deviennent inévitables. Mais, surtout, la tentation de mettre tout et n’importe quoi, en partage, est grande. Bien que prévue en contrepartie par la rétribution forfaitaire, la licence globale ne parvient pas dans ce contexte trop débridé à établir de façon suffisamment rigoureuse les quantités téléchargées d’œuvres numériques au prorata de la demande. En d’autres termes, elle n’inspire pas suffisamment confiance de la part des studios de production, que toutes les précautions ont été prises afin que le pourcentage de fuite n’ait été réduit à son minimum. Par fuite, sont évoquées ici toutes sortes de contrefaçons référencées dans les moteurs de recherche, les trackers, etc. Ce point constitue précisément le nerf de la guerre, naviguant dans le flou artistique complet, et qui permettra, lorsqu’il sera élucidé, de mieux valider la distinction d’une cotation d’un ayant droit par rapport à un autre. Pour gagner la confiance des producteurs, il est nécessaire que la rémunération provenant des hits de la semaine ou du mois, plus conséquente que le peloton de queue, reflète le plus justement possible la réalité.
 
La conjonction d’une contrainte de régulation du réseau et de la licence globale peut devenir une solution gagnante. D’une part, cette nouvelle génération ayant grandi avec l’Internet, peut laisser libre cours à sa créativité pour innover, par elle-même, son propre programme TV, en différé par le téléchargement, en direct par le streaming. D’autre part, la contrainte d’un Internet non plus débridé - jungle, comme le déclame certain - quant à ses vitesses de transfert, mais bridé au niveau du débit, pourrait permettre aux FAI de mieux servir l’ensemble de leur parc d’internautes, en croissance perpétuelle. Le modèle de la licence globale « à palier » n’est pas suffisamment équitable, puisque en matière de débit les plus riches empiéteront continuellement sur les plus modestes. Alors qu’une régulation du flux numérique, rendue obligatoire pour tout le monde, serait plus aisée à gérer du point de vue de l’administrateur réseau ; plus juste, en ce qui a trait à la qualité du service desservie pour tout un chacun. Du côté des majors, l’existence d’un tracker officiel, fondé sur le protocole BitTorrent, offrirait le matériel audio et vidéo de leur cru. Une telle démarche de leur part serait accueillie les bras ouverts par les regroupements de consommateur, militant à juste cause pour une meilleure démocratisation de l’offre, ce qui inclurait des émissions en direct via le streaming.
 
Avec une régulation du débit numérique transitant sur Internet, devenant le nouveau cours du pétrole du troisième millénaire, soit un flux d’informations à valeur ajoutée, les internautes ne seront plus tentés de télécharger sur des trackers privés, indexant éventuellement des contrefaçons. Naturellement, l’internaute soumis à un profilage de débit ira vers les trackers officiels diffusant des contenus de qualité, ce implique en parallèle une remise en question des maisons de production pour se lancer dans l’aventure. Définie dans un tel cadre, une licence globale à débit régulé (ou à profilage de débit) sera en mesure de mieux garantir les règles de la rétribution forfaitaire. Ces scores seront directement exploités sur le site de leur tracker officiel associé. De plus, et surtout, une telle pratique n’est plus intrusive du point de vue du droit au respect à la vie privé : il n’est plus question de mettre une connexion sur écoute. Excepté, si de telles mesures sont requises par un juge ou par une brigade de la cybercriminalité, opérant dans le cadre d’une enquête dûment mandatée, auprès d’une population de délinquant en pornographie juvénile, par exemple. Suivant cette logique, l’existence de trackers privés, relativement à ceux qualifiés d’officiels, pourrait venir soutenir ces derniers en sous-traitance, par des accords commerciaux. Certains de ces accords pourraient exonérer les trackers privés de la contrainte des connexions régulées, les enjoignant à reproduire en miroir le contenu du tracker officiel, et bien entendu à fournir à ce dernier les statistiques de téléchargement, si précieuses pour la rétribution à la proportionnelle des ayants droit.
 
L’autre point essentiel de la licence globale à débit régulé est l’incitation à une meilleure exploitation du fabuleux protocole, que constitue le P2P. Ce protocole de transfert est non seulement l’avenir avec le P4P, mais permet d’exploiter véritablement la topologie réseau de l’Internet. L’une des plus grandes pierres d’achoppement du serveur centralisé (fat server), demeure le nombre sans cesse grandissant quotidiennement du nombre d’internautes. Un serveur centralisé peut être sujet à un black-out, lorsque le nombre de connectés dépasse ses capacités de traitement. La solution à cette croissance naturelle du nombre d’internautes est le P2P, qui autorise une distribution, une répartition des données, en permettant à chaque ordinateur relié au réseau de se comporter à la fois comme serveur et comme client. En somme, le concept de données localisées, centralisées, sur un serveur unique, devient délocalisées par la répartition. Ce schéma de l’information logique répartie est non seulement optimisé, face à l’ampleur grandissante du nombre d’interconnectés, mais constitue le reflet analogique de l’idée délocalisée en regard de la noosphère. En considérant le profilage du débit, qui de toute façon est déjà pratiqué par les FAI, à l’insu de leurs abonnés ayant signé un contrat pour du haut débit, une harmonisation du flux Internet à l’échelle mondiale sera probante. Le streaming P2P, qui est d’ores et déjà exploité par le client Tribber, permet d’associer une diffusion en temps réel à un protocole Bit Torrent modifié. Ce qui laisse largement présager que l’Internet de demain évoluera bon gré mal gré vers ce type de plateforme d’échanges. Alors pourquoi retarder l’échéance, et voter pour des mesures législatives largement dépassées par les événements ?
 
 
Pour qu’un tel procédé fonctionne, il faut bien entendu le rendre obligatoire quelque soit le FAI de prédilection choisi par l’internaute. Puis, étendre progressivement un tel principe à l’échelon planétaire par des accords internationaux.
 
Parallèlement à une licence globale à connexions régulées, viendrait se greffer l’existence d’une liste blanche, allant dans le sens d’une labellisation de sites reconnus d’utilité publique. Cette labellisation gagnera en crédibilité, si elle émane d’une Haute Autorité d’obédience internationale, étant donné que le cybermonde n’a cure des frontières géographiques du monde physique. Les sites connectés en question, présent sur cette liste, seraient affranchis de toute contrainte de régulation de débit, qui normalement frapperait par défaut les autres serveurs exclus de la liste. Ce qui ne retirait en rien la libre expression de la formule 1 d’Internet, avec l’ultra haute vitesse, de poursuivre ses 24 heurs du Mans ; les abonnés bénéficiant de ce type service pourront continuer à apprécier que leurs délais de téléchargement fondent comme neige au soleil. Cependant, ce type de pratique ne devrait s’exercer que dans un cadre complètement balisé et bien défini, c’est-à-dire sur des circuits de distribution sous contrôle de contenu. Ces sites pourront éventuellement diffuser, en règle générale, des œuvres libres de droit ou au contraire aménager leur propre modèle économique. Lesdits sites seront, bien entendu, sévèrement contrôlés sur les offres diffusées, afin qu’aucune règle du marché ne soit enfreinte. Au fond, un cybermonde à contrainte de débit, où peuvent coexister des aires de courses balisées, ne serait pas si différent de celui qui codifie déjà les contraintes routières, régulant le trafic automobile et ferroviaire, voire aérien.
 
 
Dernier point, et non des moindres, l’internaute lambda désireux de mettre en vente sa capsule vidéo, son clip ou son album musical, pourrait passer par les trackers officiels pour se lancer, voire passer par des trackers privés, moins achalandés, pour des débuts plus modestes. En dernier recours, pour ceux qui ne pas particulièrement attiré par l’appât du gain, un « post » sur un serveur labellisé pourrait très bien leur permettre aussi de se hisser vers la célébrité. Ainsi, une telle loi, qualifiée de Création et Internet, prenant en compte toutes les parties et l’ensemble des aspects socioculturels, et non seulement ceux économiques, porterait plus adéquatement son nom. Elle respecterait ainsi le flambeau que porte nos institutions politiques, vouées au peuple, et non parfois vendues aux monarchies financières de ce monde.

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12 réactions à cet article    


  • plancherDesVaches 20 mars 2009 20:41

    Qui est ce sabbat. Un pote à vous ???


    • Forest Ent Forest Ent 20 mars 2009 20:42

      Houlala, quel bazar ! smiley

      Evitons la philo bizarre, et restons sur la technique.

      Un problème de trafic avec le p2p ? Admettons (bien que j’aie un gros doute). Le jour où tout le monde y sera, les FAI offriront le débit dont ils sont capables. Ce n’est pas un problème d’attendre 10mn de plus pour voir un film. Tant qu’on ne fait pas du streaming ou du temps réel.

      Mais là où je suis mort de rire, c’est en imaginant l’alternative selon la HADOPI. Ce serait mieux que le p2p que d’avoir des serveurs commerciaux qui uploadent pour toute la population ? Il faudrait déjà une centrale nucléaire de plus pour les alimenter. Et ça créera d’évidents goulets d’étranglement. Le p2p est de loin le principe de diffusion le plus efficace en termes d’utilisation de l’infrastructure. Alors si l’idée qui guide actuellement la MPAA et les FAI, c’est la VoD par serveurs centralisés style youtube, on peut d’ores et déjà prévoir le Titanic.

      Pour ce qui est de l’identification de la demande sur le p2p, il n’y a effectivement aucun problème. Les trackers privés ne sont que la conséquence du refus des majors de changer leur modèle. A partir du moment où le p2p devient comme prévisible le mode normal de distribution, tout le monde ira sur les sites officiels. Mais ça n’a rien de nouveau comme idée. C’est ce qu’on s’est efforcé de répéter de 2000 à 2005 pour dissuader la DADVSI. Sans succès.

      Il faut attendre la faillite de la MPAA pour que ce sujet puisse être abordé sereinement.

      Que la peste emporte la RIAA et la MPAA, les dinosaures qui n’en finissent pas d’agoniser au détriment de tous les créateurs.


      • plancherDesVaches 20 mars 2009 20:42

        La projection créative, c’est celle que je lance au plafond tous les soirs ?


        • plancherDesVaches 20 mars 2009 20:48

          La lumière de la conscience qui progresse dans l’obscurité de votre divergence notoire devrait vous montrer que le chemin de votre délire n’a d’égal que le fond asséché de votre bouteille.
          Et c’est publié, ça ?
          Ben dis donc....
          Vivement la pub sur cetelem, ça me donnera une raison de croire en quelque chose.


          • HELIOS HELIOS 21 mars 2009 01:33

            Tehchniquement... la bande passante est loin d’être occupée par la fraction du P2P qui effectue du téléchargement de musique et de film.
            Les FAI connaissent bien le pb et ont même mis en place des "peer cahe" pour fluidifier le trafic. sur ce protocole.

            Philosophiquement, je suis plutôt beotien, bref j’ai rien compris de ce que vous racontez. J’en reste bea d’admiration comme une autruche devant un reveil. J’hesite entre l’oeuvre d’art et le plus haut niveau de c...erie. Mais comme je suis respectueux, je pense que cet article est bourré d’intelligence. J’en deduis qu’il faut arreter d’echanger gratuitement si c’est bien ce que vous préconisez.

            Avec mon esprit rebelle, tordu et contradictoire, je ferai exactement le contraire, j’ai d’ailleurs signé "je suis un pirate" l’autre jour... c’est ma nature.




            • foufouille foufouille 21 mars 2009 11:32

              @ auteur
              les patch de microsoft ne luttent pas contre les malwares, mais repare les erreur de programmation qui sont due a un logiciel fait trop vite et trop proprietaire
              c’est pareil pour les jeux videos. sauf lorsqu’un editeur est present, ce qui aux utilisateur de debugge eux memes le programme comme sous linux


              • Fab Ezelson Fab Ezelson 24 mars 2009 14:55

                Bonjour,

                Dans le cadre de cet article, le rapprochement entre malware et correctifs de sécurité, concerne évidemment les failles, les brèches qu’une application - censée être un dispositif de surveillance - peut recéler dans sa mise au point. Surtout, si elles font appel à des services de bas niveau dejà corrompus, et implémentés dans le système par des rootkits. Certains malwares de type "exploit" sont spécialisés dans les failles de sécurité dues, en effet, aux problèmes de conception. En d’autres termes, colmater ces trous ne constitue certes pas une panacée, comme le ferait un malware removal tool (livré régulièrement dans les mises à jour) ou un antivirus, mais lutte cependant à inhiber l’action d’un certain type de programmes malveillants.


              • Mougeon Mougeon 21 mars 2009 16:42

                "Le développement de la mécanique quantique, notamment en ce qui a trait à la singularité de son intrication par le fameux chat de Schrödinger, a donné lieu à deux théories antagonistes tentant de justifier le phénomène de la décohérence."

                Et la marmotte, elle met le chocolat dans le papier d’aluminium...


                • fano 21 mars 2009 19:33

                  "Mais, bien vite, soutenue par une communauté riche en programmeurs, rompus au langage de bas niveau (langage machine, assembleur - lié au processeur propriétaire), une parade sera trouvée afin de contourner le fameux dispositif anti-piratage."
                  Je vous passe le reste mais là c’est vraiment trop gros...
                  Pour votre information, ça doit bien faire 30 ans qu’on utilise plus le language machine , quand à l’assembleur, il est connu et pratiqué par une minorité de programmeur, de plus je ne vois pas trop son rapport avec la programmation réseau puisque c’est de ça dont il s’agit, et encore les couches supérieures non la partie ’bas niveau’.


                  • Fab Ezelson Fab Ezelson 24 mars 2009 17:28

                    Bonjour,

                    En espérant de quoi vous parlez, assembleur et langage machine - indissociable du type de processeur - couvrent l’unique domaine par lequel il est possible d’envoyer des instructions aux registres (16, 32, 64 bits) d’un processeur donné. Ainsi que de lire et écrire en RAM, ou encore sur différent ports de communication, etc. Les machines virtuelles ont été spécialement créées pour s’affranchir du processeur physique, afin de pratiquer un langage binaire non plus propriétaire. Alors oublions, SVP, dans ce contexte, la programmation d’un traitement de texte, d’un jeu 3D, ou d’un navigateur web, par exemple. Nous parlons de microchirurgie, du grain de sable venant éventuellement mettre à bas une "usine à gaz" système.
                    Il est vrai que "l’assemblage du langage binaire en mnémonique assembleur" est plus agréable pour le programmeur humain, mais "penser en binaire", par le bias de l’hexadécimal, aide à savoir avec précision ce que la machine devra exécuter en bout de chaîne. Soit d’écrire du code très compact et très optimisé. Les compilateurs existent pour permettre cette éternelle traduction du langage source (C, C++, Delphi, etc.) en langage machine, dieu merci ! Mais pour ceux qui désassemblent des programmes, comme ce sera probablement le cas pour le dispositif anti-piratage, la connaissance de l’assembleur est un atout formidable. Une telle maîtrise du code aide à connaitre de façon très exhaustive les failles d’un programme et à la mise au points de cracks.

                    Ce point traitant du langage de bas niveau, s’adresse donc ici à la retro-ingénierie logicielle, et non à la programmation réseau à proprement dit... quoiqu’un masque de sous-réseau d’une adresse IP , par exemple, doit pouvoir se lire en binaire pour bien être saisi. Comme mentionné dans l’artique, dans le cas du spoofing (usurpation) d’une IP, venant modifier l’en-tête TCP, la chirurgie assembleur n’est pas sans intérêt avec de telles pratiques, puisque une offset de flux est généralement invoquée.  


                  • Le chien qui danse 24 mars 2009 19:06

                    Je ne connais rien à la programmation, je suis pas sur d’avoir tout compris, mais j’ai lu Theillard et tout Theillard, et je vous remercie de le citer et de faire le lien entre le concept de Noosphère et internet. La décentralisation des données et la liberté qui nous affranchira définitivement de la propriété privée et des pouvoirs qui y sont adossés. L’esprit d’accaprement doit cèder la place à l’esprit de partage, il en ira de notre survie. Que les nouvelles générations en soit empreintes fera le plus grand bien. Mais il est vrai que les dinausores qui doivent légiférer entravent que dalle à tout ce chamboulement.

                    Tout finira par suivre, l’énergie aussi un jour sera produite par tout un chacun et sera "en ligne" pour l’intérêt de tous. Le temps des grands monopole à vécu.

                    Si vous avez lu Theillard, ce que nous vivons de nos jours m’incline à penser qu’il était vraiment un grand visionnaire.

                    Nous vivons le début de la fin d’un monde fatigué de lui-même et les prémisses d’un monde plein de promesses.

                    Puissions-nous le vouloir vraiment et "respirer enfin pleinement" comme aurait dit Theillard.



                    • LeGoJac 25 mars 2009 07:09

                      La présence d’eau potable au robinet n’a pas empêché que se maintienne un marché d’eau de source même si la Lyonnaise des Eaux ne verse rien à Volvic de notre part. Voilà pour la licence globale. De même personne n’envisage de nous obliger à boire de l’eau de source et ça va plutôt bien merci.
                      Voilà, je pense, qui illustre tout le ridicule de ces débats HADOPI destinés à protéger des personnes qui n’en ont aucunement besoin. La vraie raison est dans l’imbécilité crasse mais l’actualité notamment financière devrait nous y habituer. Ok ça gratte quand même, oui oui moi aussi, j’ai presque plus d’ongles c’est vous dire...

                      Par ailleurs je trouve que l’auteur, malgré ses références illustres qu’il fait bon voir ici, se laisse aller lui aussi dans des représentations "d’adhésion" plus que de réalités. Le rapprochement du P2P à la jeunesse est certes la valeur commune dans les discours mais c’est totalement faux. Les procès passés sont là pour dire le contraire. Ce sont des adultes, notamment des enseignants (wouaaarf), qui se sont faits choper pour l’essentiel.
                      Aussi je lui conseille de fréquenter un peu plus de grandes personnes. J’en connais de plus de 60 piges qui se servent simultannément de réseaux bittorrent et de "la mule" même s’ils ne comprennnent pas très bien comment ça marche. Au passage les mômes non plus ne savent pas comment ça marche, là aussi l’imaginaire est bien au delà du terrain.


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