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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Cronenberg : « Les Promesses (non tenues) de l’ombre »

Cronenberg : « Les Promesses (non tenues) de l’ombre »

Requiem pour une indépendance défunte.

Mais de combien est le découvert de David Cronenberg à la banque d’Hollywood ?
Le rouge doit être foncé, et les avis « réservés », pour qu’il nous abreuve de ce film Canada Dry.
Ça a la couleur du film noir indépendant, le goût de l’audace indépendante, mais ce n’est plus du cinéma indépendant, c’est-à-dire le cinéma libre auquel nous avait habitué Cronenberg. Cela n’est pas un crime en soi, mais une légitime déception que nous inflige le génial réalisateur de King of New York ou Vidéodrome.
On se croirait chez Mme Verdurin, où la façon de tenir une cigarette serait le comble de la décadence, où un nœud de cravate original provoquerait évanouissement et pâmoison, sous le lourd velours vert et dans les odeurs d’opoponax...
Grâce soit ici rendue aux acteurs, Viggo Mortensen et Vincent Cassel, formidables, qui m’ont empêché de sortir avant la fin de la séance.
Très bonne direction d’acteur, donc, mais au service de quoi ?
Un scénario que n’importe qui d’autre aurait pu diriger, une lenteur qui ne doit rien à la profondeur d’un propos que l’on cherche en vain à deviner.
Une suite de clichés éculés sur une mafia russe qui devrait faire trembler, et qui ne ressemble ici qu’à une aimable variation sur les « méchants » qui osent couper des doigts au sécateur !
La responsabilité de Cronenberg et, en même temps, son accréditation aux grands studios, c’est de n’avoir rien choisi, d’avoir signé un film qui ne lui doit rien.
Le personnage de Mortensen aurait pu être un axe silencieux et morbide autour duquel l’histoire aurait pris une dimension plus vraie, c’est-à-dire insignifiante, mais avec des personnages aux couleurs plus improbables, c’est-à-dire plus intéressantes.
Celui de Cassel aurait pu, lui aussi, offrir le point d’ancrage du film, offrant au spectateur un point de vue schizoïde qui aurait donné un mystère et de la profondeur aux autres personnages, sans qu’ils en aient nécessairement l’utilité. Mais c’est le propre de la création, de nous emmener là où ne sait pas, encore.
Mais non, un peu de ci un peu de ça, un peu de trahison, un peu d’infiltration ; un peu de suspense (et encore !), un peu de compassion et un peu de frayeur, un peu de folie, un peu de réalisme. Bref, un peu de tout.
Suffisamment pour que certaines critiques, lyriques en diable, y voient de la noirceur là où Cronenberg n’exhibe que du gris, et l’histoire vraie des « fraternités » mafieuses russes à travers ses tatouages... mais force est de constater que c’est au travers de ces mêmes critiques que l’on en apprend le plus sur l’importance symbolique de ces scarifications. Elles ne sont dans Les Promesses de l’ombre qu’un sujet d’article sur ledit film.
De fait, toutes les critiques que j’ai lues à propos de ce film ne sont que des synopsis du film, des précisions sur le film. Des dossiers de presse, pour tout dire.
Un réalisateur du calibre de David Cronenberg se (nous) doit de produire des œuvres originales, inclassables et par, conséquent, au-dessus de toute critique.
Et si ce n’est pas le cas, qu’il ait au moins l’honnêteté intellectuelle de nous dire : Gotta make a living.
Cela est respectable, mais comporte le risque de tirer vers le bas toutes nos attentes futures.


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3 réactions à cet article    


  • anakin 7 décembre 2007 16:07

    Oh ! Quelle erreur ! King of New York n’est pas un film de Cronenberg mais l’oeuvre d’Abel Ferrara. Et Oh mon Dieu ! Nous n’avons pas vu le même film ! De là à vouloir se sauver de la salle comme si vous aviez à faire au pire des navets. Quid des faux semblants ? De l’ambiguité générée par le dernier plan ?


    • wangpi wangpi 8 décembre 2007 00:33

      mille excuses, c’est la troisième fois que j’essaye de le dire mais problème de connexion ? j’ai, dans ma colère, et dans ce billet d’(e mauvaise) humeur, mêlé mes souvenirs de ferrara et de cronenberg, crash et bad lieutnant, les souvenirs que j’avais de films dérangeants, neufs. je ne suis pas critique de cinéma (est-il besoin de le préciser ?), juste un spectateur frustré par un film dont les mérites tiennent plus aux critiques qui diluent le dossier de presse, qu’à sa qualité intrinsèque. rien à sauver dans les promesses de l’ombre, fors les acteurs. et encore mille excuses pour avoir mis cronenberg sur le même plan que ferrara, par ce que jusqu’à preuve du contraire, ce dernier a gardé (à quel prix ?), une originalité de ton qui a quitté le premier.


    • Jean-Paul Doguet 7 décembre 2007 22:58

      Je suis tout à fait d’accord avec cette critique. J’ai été irrité par le manichéisme et même à mon avis la xénophobie du film. Non seulement il y a les bons et les méchants mais les bons sont anglais ou assimilés et les méchants sont « russes » (ce qui comprend les Tchétchènes etc). Ce sont deux travers que je n’avais pas du tout vu dans « A history of violence » avec les deux frêres. Pour moi Cronenberg était le cinéaste de la métamorphose et de l’ambiguité, et là il n’y a rien de tout ça. l’ambiguité est réduite à vraiment peu de chose. Expliquez moi anakin à quelle ambigüité vous pensez. Je ne demande qu’à apprendre comment vous avez vu le film.

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