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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Daniel Pennac, un cancre avec avenir

Daniel Pennac, un cancre avec avenir

Un bulletin scolaire annoté par les professeurs de remarques ironiques ou désabusées. Une conclusion terrible pour un élève : « Le troisième trimestre sera déterminant. » C’est ce que l’ont peut lire sur la quatrième de couverture du dernier livre de Daniel Pennac, classé parmi les meilleures ventes du moment.

C’est un chagrin d’école que nous propose cet auteur dans son dernier livre. Un chagrin de cancre, une incompréhension face aux matières enseignées, une incompréhension du corps professoral et des parents aussi. Et c’est quelques morceaux de sa propre vie qu’il nous livre, créant la surprise générale.

Car oui, ce grand écrivain, cet ancien professeur de français, oui, c’était un cancre. Un mauvais élève, un élève qui ne comprenait pas, qui n’assimilait pas. Un élève qui avait tout pour réussir mais qui s’endormait sur ses devoirs.

« Interdit d’avenir. » C’était sa vision du futur, pensant que les professeurs n’étaient là que pour lui interdire le sien.

L’auteur prend la défense de ces enfants trop vite catalogués au dernier rang, véritables « patates chaudes » dont on se débarrasse en les passant de main en main, de classe en classe. Il se souvient de son mal-être, de sa honte et de la peur qu’il ressentait. Et puis, il avait fini par croire ces paroles qu’on lui répétait sans cesse, par les penser en son for intérieur, jusqu’à ce qu’elles s’imprègnent complètement en lui : « Je suis un nul. »

Mais Daniel Pennac ne s’arrête pas là. S’il rapporte sa propre expérience de cancre, il y rattache quelques anecdotes qu’il a vécues lorsqu’il était professeur. C’est qu’il en a rencontrés des cancres. Ou des élèves qui se pensaient cancres. Il a consolé des Nathalie, appris à des Sami, des Véronique ou des Nicolas à ne plus redouter les dictées.

Une nouvelle approche de la grammaire, une attaque directe contre les « y » et les « en ». Une analyse pour percer les « on n’y peut rien », « j’y arriverai jamais » et autres « je m’en moque ».

Il insiste sur le fait qu’ils ne s’en moquent pas du tout, tous ces élèves qui « n’y arrivent pas », « qui le font exprès ». Tout au long de sa carrière de professeur, il a tenté de les aider, il a su les écouter, trouver des solutions à cet isolement du cancre. Pourtant, ce n’est pas un tableau idyllique qu’il nous dresse, il a fait des erreurs, il a ses « fantômes familiers ». Autant de regrets que souligne une petite voix qui intervient au fil du récit, impertinente et moqueuse.

Cette voix, c’est celle du cancre qu’il était. Elle est là, elle guette chaque tentative d’embellie de l’auteur pour mieux le corriger, pour ne pas qu’il oublie, trop plongé dans son rôle de professeur, ce qu’il avait d’abord pensé étant élève.

Cette insolence du cancre qui ne l’a jamais quittée, il s’en sert pour dénoncer tous les préjugés, toutes les fausses idées véhiculées par la télévision et les discours politiques sur ces mauvais élèves. Il y a cette image du jeune de banlieue défavorisée qui hante les esprits, un des membres de cette « armée des cancres qui aura raison de notre civilisation ». L’auteur se dresse contre cette représentation fantasmée, soulignant avec justesse l’existence des cancres dans tous les milieux, quelle que soit leur éducation.

Il veut abaisser cette barrière de l’ignorance et parvenir à transmettre du savoir à ces élèves. Un savoir qui ne se donne pas mais s’apprend, avec amour.

C’est une véritable bouffée d’espoir que l’on respire en lisant ce livre, piqué d’humour et d’un regard tendre porté sur ces mauvais élèves. A lire sans modération, pour bousculer certaines idées.

Chagrin d’école, de Daniel Pennac, éditions Gallimard, paru le 11/10/07.

Béatrice Mounier


Moyenne des avis sur cet article :  4.6/5   (10 votes)




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11 réactions à cet article    


  • alberto alberto 29 octobre 2007 11:51

    Bien, Béatrice, de nous rappeler à l’occasion de la présentation de ce livre que le costume de cancre, peut être porté de façon tout à fait temporaire... pendant la période des études !

    Je me plais à souligner que j’entends fréquemment les déclarations de tel ou tel personne célèbre pour sa réussite ou son talent : « quand j’étais à l’école, j’étais un vrai cancre » !

    Bien à vous.


    • jakback jakback 29 octobre 2007 12:30

      explique-t-il comment de cancre, on réussit a devenir Prof de Français.

      J’avoue pour ma part que tout ces cancres qui réussissent de brillantes études, me laissent perplexe.


      • Béatrice Mounier 29 octobre 2007 12:51

        Oui, il explique qu’il s’en est sorti grâce à trois professeurs qui ont su lui montrer leur propre passion face à leur matière. Sans jamais le rabaisser ou lui dire qu’il n’avait pas d’avenir, ils lui enseignaient ce qu’ils savaient, lui apprenaient peu à peu à travailler. Ces résultats n’étaient pas brillants mais c’était suffisant pour le plonger dans ses études. Il ajoute aussi qu’il n’aime pas vraiment tous ceux qui disent « j’étais un véritable cancre » alors qu’ils ont une bonne situation professionnelle comme s’ils s’en vantaient. Il avoue de pas s’en vanter mais plutôt en avoir encore honte, et que celui qui a véritablement été un cancre ne s’en vanterait pas. Il y a donc cette exagération entre ceux qui prétendent avoir été cancres alors que ce n’était pas le cas,et puis ces professeurs qui l’ont sorti peu à peu de son enfermement. Il explique aussi comment il s’y prenait pour sortir ses élèves de ce statut de cancre, même s’il reconnait qu’elles ne sont pas absolues et qu’il y avait certains élèves qu’il ne parvenait pas à atteindre. J’espère avoir bien répondu à votre interrogation. Mais le mieux, c’est encore de lire le livre smiley


      • jakback jakback 29 octobre 2007 12:57

        Merci, je lirai le livre de Pennac, que j’ai découvert il y a fort longtemps en lisant la fée carabine, avec le fameux Mr malaucene


      • haddock 29 octobre 2007 14:01

        Jackback ,

        Penseriez-vous qu’ un renard pour être rusé saurait lire et écrire ?

        l’ inné serait à qui ?


        • haddock 29 octobre 2007 14:03

          l ’école est un formatage de pensée unique au service de ?


        • haddock 29 octobre 2007 14:13

          Au fait c ’est quoi « réussite » . ?---.


        • 5A3N5D 29 octobre 2007 14:04

          C’est une mode. Le citoyen « qui a réussi » se doit de s’attribuer tout le mérite de sa réussite. Avec ou sans diplômes, l’important est la réussite.

          Je me permet de poser la question : comment Pénac a-t-il pu devenir prof de français, et à quel âge (sachant qu’il est probablement sorti du lycée sans le bac ?)

          Tout ceci me rappelle une émission de Michel Polac au cours de laquelle il avait invité le regretté Coluche. Celui-ci nous a bien évidemment raconté sa vie de cancre. Jusqu’au moment où son ancien instituteur, invité également, raconta que, loin d’être un cancre, il avait été un élève brillant...


          • Béatrice Mounier 29 octobre 2007 15:26

            L’auteur explique dans son livre qu’il a eu du mal à obtenir son baccalauréat mais qu’il l’a obtenu au bout de la deuxième tentative. De même pour sa licence de Lettres, il retiendra une phrase de son père, « Il t’aura fallu une révolution pour la licence, doit-on craindre une guerre mondiale pour l’agrégation ? ». Selon le livre, c’est en 1969 qu’il est entré dans sa première classe en tant que professeur. Il a donc bien obtenu ses diplômes, même difficilement.


          • Christoff_M Christoff_M 30 octobre 2007 02:29

            Je ne suis pas un cancre, mais je me suis trouvé face à des enseignants qui me donnaient l’impression de cerveaux léthargiques ; alors que d’autres sont restés des perles, pour leurs élèves, faisant appel à notre esprit critique, stimulant notre imagination, et relançant sans cesse le débat en cours, de peur que notre esprit s’engourdissent...

            Je tiens à féliciter les enseignants du Lycée Aubanel d’Avignon, je leur dois beaucoup... et par opposition à citer le Lycée Alain d’Alençon, pure boite à bac, à l’esprit fermé, à la discipline plus que limite, ou venant du précédent établissement, j’ai cru passer du paradis à l’enfer ; j’ai eu mon Bac C de justesse, et une année dans cet établissement aux méthodes carcérales, a foutu en l’air toute la scolarité qui précédait ; je dois mon salut à une prof de Physiques, sans qui je n’aurais jamais eu mon bac...


            • Martin Lucas Martin Lucas 31 octobre 2007 09:40

              En tombant sur cet article, j’ai entrapperçu un lien avec celui que j’ai écrit il y a deux semaines. Je ne sais pas si D.P. en arrive aux mêmes conclusions, mais je suppose que ça peut intéresser les lecteurs...

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